Afin que vous ne croyiez pas que je ne fais que me dorer les fossettes ou discuter à l'ombre des cocotiers, bananiers et autres activités exotiques devenant quelque peu frustrantes lorsque l'automne belge* se fait de plus en plus présent de votre côté du globe (*je précise juste pour éviter toute confusion avec les tons picturaux des étés indiens incompatibles avec la drache nationale!) , je vous envoie ce mail "rectificatif", épinglant certaines des situations plus cocasses de ces derniers jours sur le terrain...
Tout d'abord, moi qui m'émerveillais des buses, cigognes et rapaces de la vallée, ai vite compris que faute de pigeons de plumes au Pérou, les péruviens trouvaient tout de même matière à plumer des pigeons...vous l'aurez compris, j'y en ai laissé quelques-unes! Je pourrais argumenter qu'il faisait noir ds ce bus et bla et bla et blaa... mais à vrai dire, ils auraient pu me refiler ces fausses pièces en plein jour, je n'y aurait vu que du feu!! Prenez donc garde à la fausse monnaie, car impossible de la refiler par après, le plus "naïf" des vendeurs de rondelles d'ananas vous rira au nez!

Le fait de pouvoir aller récolter des données auprès des gens, vivant parfois dans des zones très isolées, est une démarche intense en émotions! Du découragement lorsque vous tournez en rond au côté bouleversant de la réalité de ces familles vivant pied-nus dans des cabanons sans eau ni sanitaire, vous expliquant en toute simplicité leur quotidien et qu'il faudra sans doute vendre l'âne qui vient de traverser la pièce pour faire face à la maladie du fils...en passant bien sür par rires et frayeurs!
Lundi, j'avais rendez-vous à Chocan, si vous ne situez pas de suite, il y a de quoi, autant dire que c'est le bout du monde!! Je débarque donc dans cet hameau désertique encore sous l'hypnose des zig-zags parcourus, un sourire béat sur le visage...une fois le taxi parti et le nuage de poussière retombé, je réalise que j'ai largement loupé mon rendez-vous et que je suis seule au milieu de nulle part...
Même pas moyen de faire une pirouette à la Ombeline et d'interroger le premier passant pour la simple raison que par ici, ON ne passe PAS.
Ceci dit, de fil en aiguille, mon compère au chapeau de paille me retrouve et m'introduit chez le garde de l'eau du village (...je passe les "passionant!" et autres exclamations pour arriver)...au hic de l'histoire: LE gateau. L'assiette sur les genoux, la vue de la patisserie m'évoque les quelques fois où j'étais à deux doigts de sortir mon appareil photo en pleine rue pour ramener une preuve des vitrines -- supposées alléchantes?? -- exposants de dodus gateaux de mariés sortis tout droit de films amérloques sous toutes leurs variantes de crèmes, de perles et pastilles multicolores ou gelatines extravagantes et dont on se méfie presque de voir sortir quelqu'un s'exclaffant: "Surpriiise!"...les yeux rivés sur le contenu, je réalise donc que non ce n'était pas seulement décoratif. Pas mauvais non plus d'ailleurs, même si j'avoue que malgré l'oeil inquisiteur du "Jésus-rasta-man" dont la photo orne toutes les pièces par ici, je n'ai pu résister à refiler quelques miettes au chien...

Un autre jour, revenue dans la zone des bananiers et marchant dans la direction du prochain village, je me suis fait rattraper par 2 enquiquineurs s'empressant de me mettre en garde des mauvaises rencontres éventuelles (la spécialité des péruviens est de souligner le danger et la méfiance qui est de mise dans leur propre pays, ce qui soit dit en passant ne rassure pas sur les intentions des "anges gardiens" en question!) et que je suis sur le point de remballer lorsque je m'aperçois que le gars à ma droite trimbale une machette digne du dernier James Bond!! GLOUPS, je ravale tout ce qui me reste de fierté et marche muette en espérant arriver au plus vite au village...
"Arme de travail" qui m'a tout de même sacrément refroidie!
Ah oui, ils sont bien sympa les enquêteurs précédents mais à force d'offrir des cadeaux pour remercier les gens de leur patience, je me suis retrouvée face à un: "et notre cadeau???" crié haut et fort en sortant d'une des maisonnettes "enquetée"...j'ai alors confectionné un avion en papier sur lequel j'ai griffonné "vol direction Belgique, le pays du chocolat!" tendu avec un grand sourire, ce qui nous a valu de francs éclats de rire mais il faudra songer à une technique plus subtile pour la suite...
Enfin, on ne pourra me reprocher d'avoir testé tous les moyens de transport: après l'âne, le cheval, mon vélo rafistolé de 12 rustines, c'est une motocross que j'ai chevauchée hier pour parvenir à l'endroit indiqué car la piste n'était pas praticable autrement... à quand la montgolfière?
C'est parfois bizarre l'impression de partager tant de choses avec les gens d'ici tout en étant autre, inatteignable dans ma différence et presque à l'abri de cette réalité tantôt dure, tantôt tellement simple dans sa capacité de vivre le présent qu'il nous est parfois difficile d'appliquer face à un rythme de vie occidentale rapide et sans cesse tourné vers le futur et ses projets...presque devenus partie de qui nous sommes. Pourtant, est-ce vraiment là que réside l'essence de l'être? Je ne le sais...