Odyssées vers le Sud

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samedi 24 mars 2018

M2 Transandine 2018

Changement de programme

Arrivé à San Carlos Bariloche, il était prévu que je continue vers le Sud, vers Ushuaïa, la ville la plus australe du monde et cette année 2018 ; d’aller au moins jusqu’à Perito Moreno , de laisser le reste (environ 2.000 km) pour le début de 2019 et de rentrer en bus à Santiago au Chili… avec le vélo bien sûr.

Mais en Argentine, il est impossible de charger un vélo dans un bus alors que, renseignements pris auprès des cyclotouristes rencontrés en chemin, c’est tout à fait prévu et possible au Chili. Et ce n’est pas la froideur de la réponse on ne peut plus distante de l’employée du guichet vendant des billets qui me calme … « son regard semble me dire … votre problème, je n’en ai rien à cirer … » ! … « Merci madame pour votre (manque d’) empathie » !

Bon dès lors, comme dans chaque cas où un « problème » vient compliquer la suite du voyage, il s’agit de réagir en disant « il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions ». C’est ainsi que aussitôt le plan « B » est mis en application : retourner vers le Nord et puis vers l’Ouest en regagnant le Chili par le col Cardinal Samoré.

Je ne sais ce que ce brave ecclésiastique a fait mais il n’a sans doute jamais passé ce col à vélo. Ni le douanier qui me souhaite « bonne montée » jusqu’à la frontière : 17 km en 3h54 pour être précis, soit un peu plus de 4 km / heure, sans compter les arrêts. Un peu avant le sommet, je croise un cyclotouriste chilien venant du Chili et qui s’arrête tout heureux d’avoir terminé la longue et difficile ascension ; il me donne un chocolat, « pour (re)prendre des forces », me dit-il ! Au sommet, fier comme D’Artagnan, je me fais un « selfie » (comme les Chinois devant le « Manneken Pis » à Bruxelles) devant le panneau : « Bienvenido a Chile ».

(re)bienvenue au Chili

Excès de zèle

C’est vrai que je les aime bien les chiliens … jusqu’à un certain point quand même ! Ils ont une de ces rigueurs sans doute héritée des Espagnols « conquistadores » ! Tout d’abord, le premier douanier me demande plusieurs renseignements concernant le véhicule utilisé, à savoir dans mon cas un vélo : la marque, la couleur, l’année de fabrication … je lui demande : « voulez-vous savoir le nombre de km parcourus ? » - « Non, il n’y a pas de case prévue à cet effet » …

Ensuite, de nouveau un différend à la frontière qui m’avait déjà provoqué une belle colère à l’aéroport de Santiago à mon arrivée. L’objet du conflit, c’est le contrôle des bagages pour raison sanitaire.  Bon, quand vous avez une seule valise de touriste voyageant en voiture, même si elle est bourrée de vêtements dont dix robes (dont 8 inutiles), c’est vite ouvert et refermé. Quant à moi, sept sacs à ouvrir après avoir patiemment enlevé les cinq sangles qui les attachent au vélo … je refuse … « et bien alors, vous ne passez pas, c’est la loi ! » - « Mais ce ne sont que des vêtements et autre matériel de camping ! » - Peu importe.

Après un certain temps, je me résous quand même à tout ouvrir, n’ayant pas envie de passer la nuit au poste de douane. Le douanier zélé, muni de gants comme un chirurgien, l’air hyper-convaincu de l’utilité de ce qu’il fait, ouvre chaque paquet, même la petite casserole qui me sert à me chauffer une soupe ainsi que ma trousse de secours … pour vérifier qu’il n’y a pas une banane dedans ! « Comme si j’allais y mettre une banane ! » Car en fait, le Chili craignant je ne sais quelle maladie, interdit tout entrée de fruits de leurs voisins argentins qu’ils suspectent sans doute de manque de respect de je ne sais quelles normes d’hygiène. 

Il a donc fallu un certain temps pour que le douanier ait tout inspecté ! Et pour finir, d’une façon aussi froide et antipathique qu’à Santiago : « vous pouvez passer ! » Le comble qui m’a fait sourire et même sauter de joie : un peu après le contrôle frontalier, j’ai senti un citron argentin que j’avais gardé involontairement dans la poche arrière de mon maillot. Un « passager clandestin » de couleur jaune – mais totalement inoffensif - aura quand même bravé l’interdiction !

Vers l’île de Chiloé

Sèchage des vêtements et de la tente au bord d’un lac situé au pied du volcan d’Osorno au Chili

La suite du voyage vers l’île de Chiloé au Chili fut merveilleuse quant aux paysages surtout grâce aux nombreux lacs et aux volcans dont celui d’Osorno. Le problème c’est que plus j’avançais vers l’Ouest, c’est-à-dire vers l’océan Pacifique, qui comme chacun sait n’est pas souvent « pacifique », plus le risque de pluie s’amplifiait. Les nuages cachaient les volcans et la pluie de plus en plus froide s’invitait. C’était la fin de l’été (austral) qui s’annonçait. 

Certaines nuits furent très difficiles à passer dans ma petite tente prévue pour des pays chauds. Tout finissait par être mouillé et « insèchable ». Heureusement, j’ai pu compter sur l’accueil des « Chiliotes », les habitants de l’île de Chiloé.

Une maison ancienne en bois typique de l’île de Chiloé

Ainsi, un soir en voyant au loin une belle ancienne ferme aux murs recouverts « d’ardoises » en bois, j’eu la surprise de la réponse positive de la dame âgée à qui je demandais de pouvoir passer la nuit dans son hangar à l’abri de la pluie. Tout d’abord, elle n’avait pas de chien comme dans la plupart des maisons ... « Non, j’en avais un et il a tordu le cou à mes poules qui me pondaient de bons œufs. » 

Gentille la dame ainsi que la fille qui habite avec elle : séchage de tout ce qui est mouillé dans la pièce chauffée par un ancien poêle à bois comme je les aime même s’ils sont rétro (comme en Roumanie, Ukraine, etc.) Une bonne nuit au sec dans le hangar et au matin, avant de prendre la route … et deux « remontants » œufs sur le plat.

Chiloé, terre de conquête et de mission

Revenons à l’île de Chiloé et à son histoire. Le caractère des « Chiliotes » semble différent de celui des autres chiliens. D’abord c’est une île. Il y a une forte opposition de certains au projet de construction d’un pont pour gagner 25 minutes de traversée en bateau … ce qui du point de vue économique est un frein au développement … du moins c’est le point de vue de ces économistes qui veulent toujours plus de croissance, de plus en plus de biens de consommation … et donc de plus en plus de camions qui jour et nuit saturent les routes et vous empêchent de dormir.

Et ils sont têtus ceux-là qui veulent absolument construire un pont … comme les spéculateurs immobiliers à Namur de mèche avec les politiciens qui veulent absolument construire des commerces et autres bâtiments en rasant les quelques malheureux arbres qui nous restent – au Square Léopold - dans notre jolie petite ville !

Petite église typique en bois de l’île de Chiloé

Historiquement, Chiloé fut colonisée par les Espagnols comme le reste du Chili. Quant à l’évangélisation, elle fut le travail courageux des missionnaires de l’ordre de la Merced, des Franciscains et surtout des Jésuites. Ceux-ci sont parvenus en quelques dizaines d’années à organiser toute une vie communautaire en formant des catéchistes – des laïcs (c’est-à-dire « non clercs ») – qui étaient chargés de toute l’organisation communautaire alors que le missionnaire ne passait dans le « village » que trois jours par an ; cela s’appelait la « ronde » missionnaire.

Construction également d'écoles, de centres de santé, etc. Personnellement, j’ai connu cela lors de mon service civil au Brésil, en Amazonie, dans l’île de Marajo, avec les « communautés de bases » … tiens c’était avec un évêque jésuite (Dom Angelo Rivato). Il avait de bonnes idées … un peu comme un certain François à Rome (tiens tiens, qui est aussi un Jésuite) !

L’intérieur de la belle église en bois de Castro au centre de l’île de Chiloé

Un des résultats de ce type de mission, c’est que l’île de Chiloé a compté longtemps le taux d’analphabétisme le plus bas du pays.

Mais ce travail mené par les Jésuites à partir de 1608 ne plut pas aux colonisateurs de l’époque et l’ordre des Jésuites fut interdit dans l’île comme dans toute l’Amérique dite « latine » en 1767. Les « conquistadores » faisaient couper les arbres de l’île pour les vendre aux Péruviens … bonjour les dérégulations climatiques ! Mais aussi les Droits humains des autochtones. Rappelez-vous le film « Mission » de Roland Joffé, avec Robert De Niro, palme d’or au Festival de Cannes de 1986, retraçant le courageux travail des Jésuites dans les « réductions » du Paraguay.

Ceux qui recherchent le pouvoir n’aiment pas ceux qui « ouvrent les yeux » aux personnes à qui ils donnent des responsabilités pour mieux se défendre. Et pas mal de politiciens dans nos pays qui se disent démocratiques seraient tentés de faire pareil. Pourquoi chez-nous investit-on si peu dans l’enseignement alors que nos dirigeants veulent absolument remplacer des avions de combat « F16 » par ailleurs toujours opérationnels ?

Toujours est-il que du travail des Jésuites même après leur départ forcé, il en est resté quelque chose … les Franciscains ont pris le relais et les laïcs ont continué … c’était trois siècles … avant le Concile Vatican II avec la stratégie suivante utilisée : « donner une responsabilité croissante aux laïcs » comme leitmotiv. A Rome aussi où Il y a encore pas mal de travail malgré les blocages de la Curie mais patiemment – avec François et les autres de bonne volonté – les choses avancent …

Malgré la pluie, envers et contre tout … et grâce à la solidarité de certains !

Accueil un dimanche dans deux familles de Chiloé

Accueil chez Dionisio le dimanche 11 mars 2018

Dimanche 11 mars 2018, après avoir réservé une place (pour moi ainsi que pour mon compagnon le vélo dans le bus de retour à Santiago pour le dimanche suivant), j’assiste à la fin de la messe dans l’église des Jésuites à Puerto Montt.  J’écoute avec beaucoup de bonheur les chants « style misa criola » pour ceux qui connaissent et se rappellent les années 1970.

A l’issue de la célébration, j’échange avec l’un et l’autre et je reçois l’invitation de Dionisio à passer chez lui (à 16 km sur la route vers Chiloé) au km 2,750 … facile à trouver car c’est inscrit sur la route, tous les 100 mètres. Outre une bonne douche, un contact téléphonique et par Skype avec Danielle (ma « compagne » qui ne « m’accompagne pas »), l’épouse de Dionisio a préparé un délicieux repas : des « mariscos » crus, crustacés vivant à un certain niveau dans la mer et du saumon avec des patates du jardin, donc « bio ».

Le soir de ce dimanche de chance, je m’adresse à un monsieur pour planter la tente près de chez lui … il m’envoie chez la voisine, Valéria, une femme courageuse, qui élève seule deux garçons et qui m’invite à dormir dans une annexe, où il y a un lit. Ayant peur que je n’aie froid, elle ajoute un édredon aux nombreuses couvertures déjà sur le lit. 

Le soir, elle m’invite à manger pendant qu’à la télévision, le nouveau Président élu, Sebastián Piñera fait son premier discours.  Je demande aux personnes présentes ce qu’elles pensent de ce nouveau Président … « Nous verrons bien si nous aurons plus dans « notre assiette » … puis elles se plaignent qu’elles n’ont plus d’eau depuis plusieurs jours … alors que la facture continue d’arriver chaque mois.

Le matin, la grand-mère me prépare deux œufs avant de prendre la route.  Valéria est déjà partie très tôt : en plus de tout ce qu’elle fait à la maison, elle travaille au péage de la « Panaméricaine » … Femme courageuse et en plus accueillant un étranger pour la nuit !

Le chalet d’accueil chez Valéria, seule nuit passée dans un lit durant un mois

Revenons à notre route sous la pluie dans cette belle île de Chiloé. Au bout d’une journée épouvantable arrosée d’une pluie fine, continue et froide, je cherchais un endroit sec pour monter la tente. Au détour du chemin, un écriteau « Communauté Franciscaine ».

Je me réjouis déjà de dormir dans un bon lit. Au bout d’un chemin rocailleux, entouré de maisons typiques d’un quartier populaire défavorisé (beaucoup d’annexes et d’objets hétéroclites à l’entour), une belle grille peinte en vert entourant le monastère, des bâtiments modernes récents.

Personne ne répond au parlophone apposé à la grille d’entrée qui semble pouvoir se mouvoir toute seule si quelqu’un pousse sur la télécommande … sans doute est-ce le moment où la communauté est occupée à d’autres « tâches » liées à leur vie contemplative ?

Je poursuis ma route. Un garage ouvert me donne l’idée de demander au patron de pouvoir planter la tente … mais n’ayant guère de place pour me caser entre les voitures en réparation et les bidons d’huile et d’autres pièces hétéroclites de voitures en récupération, celui-ci me suggère d’aller un peu plus loin « chez un ami. »

Bonne idée car cet ami, bien qu’occupé malgré la pluie au travail de montage d’un chalet, m’accueille, prend le temps et me propose de passer la nuit dans un chalet lui appartenant.

Très bonne idée car en plus d’un toit, il y a moyen de chauffer de l’eau et un feu ouvert pour réchauffer le corps, le cœur, l’esprit … et surtout sécher les vêtements devenus « inséchables » depuis plusieurs jours. Belle, chaude et douce nuit malgré la tempête … je n’ose imaginer avoir planté ma tente quelque part en dehors d’une habitation !

Enfin un bon feu de bois pour tout sécher une nuit de tempête

Quelques réflexions supplémentaires à l’issue de ce voyage.

Stop ou pas stop ?

Dans la belle région touristique des « sept lacs », à plusieurs endroits des routes de montagne sinueuses de la « Suisse argentine », j’ai croisé des jeunes qui font – ou plutôt qui tentent de faire – du stop. Je me revois, il y a cinquante ans, faisant du stop à travers l’Europe (en quelques années de 1966 à 1973, j’avais accompli plus de 40.000 kms en stop de Stockholm à Siracuse pour les extrêmes) … mais à l’époque, je n’attendais en moyenne que 15 minutes avant d’être chargé par une voiture ou un camion … parfois pour une distance de 500 ou même 900 kms.

Pour ces jeunes Argentins, Chiliens ou d’autres pays, c’est la désolation, le découragement … « nous attendons depuis des heures » et personne ne s’arrête. Pourtant des voitures, il en passe des dizaines avec chaque fois au moins trois ou quatre places vides … mais pas beaucoup de bonne volonté de partage dans la tête des conducteurs … pas plus que chez nous en Belgique … où l’on ne voit plus depuis longtemps – sauf dans les environs de la ville universitaire de Louvain-La-Neuve – la moindre ombre d’autostoppeur(euse). 

C’est sans doute la faute à un égoïsme croissant chez les possédants de voitures, y compris chez ceux qui font de beaux discours sur la nécessité de construire plus de démocratie, plus de justice, etc. … tous ces « poncifs » qui remplissent les journaux !

J’ai chargé une fois, à la sortie de Salzinnes jusque Floreffe, deux jeunes filles, un mois de décembre, attendant depuis deux heures sous une pluie glaciale. Pourtant, elles ne cachaient aucune « kalachnikov » sous leurs vêtements. Pas plus que les belles Argentines … qui auraient eu beaucoup de peine à cacher ce genre d’engin sous leurs courtes mais par ailleurs jolies tenues estivales …

Pour ces jeunes qui n’ont pas la possibilité de se payer les moyens de transports par ailleurs très chers dans ce pays où le taux de chômage reste élevé, c’est le découragement et un sentiment de révolte totalement justifié naît dans leur cœur par rapport à ceux qui peuvent se payer de telles voitures – par ailleurs très polluantes - et qui leur refusent – l’espace de quelques kms – le bonheur d’être emmené(e)s pour quelques heures au bord des lacs tant que l’été est encore là. 

Faut-il s’étonner si ces jeunes en passe de devenir adultes voient d’un mauvais œil le discours incohérent des adultes qui les précédent sur la route des prises de décision concernant la gestion de la société ? Le dernier jour, j’eu l’occasion d’échanger avec un jeune Equatorien en voyage en stop depuis un an en Amérique du Sud. « Dur dur le stop … parfois des heures d’attente ».

Pour vivre, ce jeune récolte quelques piécettes en animant en jonglant les deux minutes passées par les automobilistes aux carrefours disposant de feux tricolores. « Cela me donne tout au plus 5.000 pesos (moins de 10 dollars étasuniens) au bout de la journée »… juste pour payer une nuit dans un camping au mince filet d’eau à peine tiède … ce qui ne nourrit pas encore l’intéressé !

Il est vrai que, en ce qui me concerne, le fait d’avoir un vélo et d’avoir « le loisir » de pédaler pour avancer (quel que soit le temps) me dispense de devoir attendre « bêtement » et ce serait certainement « rageusement » au bord de la route !

 « Hasta la vista, Chiloé ! »

« Petit » sourire chilien

Un dernier moment de stress à Ancud, le dimanche 18 mars 2018 sur le coup de 18h10. Le bus venant de Castro, ville du centre de l’île de Chiloé à destination de Santiago, arrive à l’heure prévue. Sur mon billet de réservation, il est inscrit « vélo accepté comme bagage »; les deux chauffeurs sont bien au courant et pendant cinq longues minutes, ils s’y sont mis à deux pour tenter de faire entrer mon vélo (pourtant démonté) dans la soute à bagages … ouf, ils y sont parvenus ! C’est vrai qu’il y avait déjà trois vélos dans la soute.

Ainsi grâce à la bienveillance et l’obstination de ces chauffeurs chiliens, ma fidèle monture (38.519 kms au compteur depuis janvier 2009 pour 3.105 heures de bons et loyaux services) m’accompagne pour rentrer au pays. Il est vrai que j’en aurai encore besoin en 2019 pour accomplir le chainon manquant de la traversée des Andes, à savoir de San Carlos Bariloche jusqu’Ushuaïa en Argentine. Alors et alors seulement, mon rêve de traverser l’Amérique du Sud par les Andes de l’équateur à la ville la plus au Sud, sera réalisé … !

Du carton pour emballer le vélo … à une interview à l’aéroport par une chaine de télévision chilienne.

Cartons rassemblés en prévision de l’emballage du vélo pour l’avion de retour

Cette année, pour mon retour à l’aéroport avant de rentrer en Belgique, j’ai innové. Je suis allé à vélo jusqu’à l’aéroport en passant la dernière nuit dans ma tente à deux kms de la piste de décollage, dans un endroit boisé et sec. E

n traversant la ville de Santiago, en débarquant du bus venant de Chiloé (15 heures de route pour 1.122 km), j’avais récupéré des cartons à l’entrée d’un supermarché et le long de la route, en prévision de l’emballage de mon fidèle compagnon qui – contrairement aux bus argentins – pouvait entrer dans la soute à bagage, et ce pour la première fois, sans payer de supplément car ne dépassant pas le poids de 23 kgs.

Cette anecdote, n’a pas échappé à la journaliste de la chaine de télévision Canal 13 de Santiago qui m’a interrogé pendant plus d’un quart d’heure sur tous les détails de mon voyage on ne peut plus insolite : le nombre de kgs chargés sur le vélo, mon couchage, ma batterie de cuisine de campagne, les gens qui m’accueillent, le nombre de kms parcourus par jour, au total, depuis le début de mes voyages, mon âge, ma compagne qui ne m’accompagne pas (« et pourquoi ? »), les dangers de la route, le gilet fluo, le casque de sécurité, l’écarteur qui fait peur aux voitures, etc. Un quart d’heure de bonheur car je sentais que mon voyage on ne peut plus original finissait pas intéresser quelqu’un. … C’est un peu comme … lorsque je reçois vos messages … !

Du Chili … de bonnes idées à mettre en application ?

Je vous ai déjà parlé de la piste utilisable par les vélos le long de l’autoroute. Le long de certaines nationales, il y a une « ciclopista » qui permet aux cyclistes d’utiliser un endroit sécurisé qui leur est réservé et cela dans les deux sens, séparés par une ligne jaune, et réunis du même côté de la route … avec ce qui est génial, une zone neutre de 50 cm pour éviter que les cyclistes ne soient frôlés par les véhicules. Idée géniale, déjà utilisée depuis des décennies aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves … à quand en Belgique ??

Intéressant aussi c’est le feu clignotant qui rend opérationnelle la « zone 30 » à l’approche des écoles, uniquement lorsqu’il y a des enfants. Est-ce « juste », comme cela arrive parfois en Belgique d’avoir un procès lorsque vous dépasser la limite de 30 km heure à 3 heures du matin ou lors de congés scolaires ?

Ce gentil chien m’a accompagné en courant durant plus de 20 km ... il n'a pas aboyé une seule fois !

Retour en Belgique : de bonnes et d’étranges nouvelles … !

En 2016, au retour de Durban après la Transafrica qui m’avait conduit dans le village de Nelson Mandela en Afrique du Sud, je rentrais au lendemain des attentats de Bruxelles … détourné sur Luxembourg. L’atmosphère était lourde mais dans la sérénité, il y avait une recherche de dignité malgré les souffrances. Cette année, des nouvelles moins tristes et plutôt étonnantes !

Tout d’abord la veille de mon retour, « Monsieur » Sarkozy, ancien Président de la République Française et par ailleurs candidat aux élections il n’y a pas si longtemps alors qu’auteur « présumé » d’une série de scandales et de tentatives de corruption à répétition, se retrouve en garde à vue … au moins çà c’est une bonne chose : au moins un peu de justice dans notre société, pourquoi n’y aurait-il que les petits voleurs et les étrangers en recherche d’asile dans un parc qui seraient mis en centre fermé ?

Par ailleurs des décisions peu reluisantes du Gouvernement Wallon qui nous dirige : tout d’abord le fait de suspendre la coopération avec certains projets de développement dans les pays du Sud du Centre National de Coopération au Développement … qui tente depuis cinq décennies de travailler pour plus de justice dans ces pays.

Et tout aussi triste et décevante c’est la décision du Parlement Wallon de suspendre la coopération avec l’autorité Palestinienne … comme si la préoccupation actuelle de nos « pays européens » était de soutenir unilatéralement un des derniers régimes d’apartheid, à savoir l’état d’Israël. Au moment où l’on se rappelle le triste anniversaire des 70 ans de l’occupation de la Palestine, la « Nakba » cette « catastrophe » que l’expulsion de plus de 700.000 Palestiniens de leur terres et de leurs maisons dans ce qui est devenu Israël !

Ceci dit et malgré cela, je vous souhaite bientôt de bonnes fêtes de Pâques ou de Printemps, c’est comme vous voulez.

Coucher de soleil sur la mer à Chiloé

Sourires belgo-brésilien

Les maisons sur pilotis de l’île de Chiloé

Bilan de la "Transandine" à ce jour : 11.790 km soit :

  • 2009  de Quito en Equateur jusque Salta en Argentine : 6.988 km ... en 112 jours;
  • 2013  de Salta en Argentine à Santiago du Chili : 2.838 km ... en 42 jours;
  • 2018  de Santiago du Chili à Chiloé via San Carlos de Bariloche en Argentine : 1.964 km ... en 28 jours de route.

En janvier-février 2019, sur la "Ruta 40" en Argentine, il me restera bien plus que 2.244 km (vraisemblablement entre 2.500 et 3.000) à parcourir de San Carlos de Bariloche jusqu’Ushuaïa … « dans le soleil, la pluie et dans le vent des Andes » … !

Léon Tillieux de retour de la Transandine 2018

mardi 6 mars 2018

M1 Transandine 2018

Je vous retrouve en ce mois de mars 2018, huit mois après la traversée du Pamir au Tadjikistan et au Kirghizistan (dont une partie en compagnie de ma fille « globetrotteuse » Sueli, actuellement au Japon).  Le rêve de traverser les Andes depuis l’équateur (Quito) jusqu’Ushuaïa, la ville la plus australe proche de l’Antarctique, se concrétise à nouveau.  Me voilà sur les routes chiliennes et argentines pour quatre semaines.
 
Dimanche 18 février 2018, à peine atterri à Santiago du Chili, le vélo et les bagages sont arrivés en même temps.  Quant à ceux-ci, ils furent fouillés un à un et le moindre paquet fut ouvert … je n’avais jamais été fouillé de la sorte même en Israël !

Une seule fois en Russie en 2006, lorsque j’avais approché involontairement une centrale nucléaire et une base de sous-marins et l’an passé au Kirghizistan en rentrant de mon périple au Pamir.  Je ne savais pas que les Chiliens pratiquaient les mêmes méthodes que celles encore en vigueur dans certains satellites de l’ex-URSS. Peut-être ont-ils hérité cela des Espagnols qui les ont envahis … il y a quelques siècles de cela ?


Bien décidé à retrouver les Andes le plus vite possible, je me suis mis à « tracer » à bonne allure vers le Sud.  Objectif atteindre Temuco en une semaine : et bien le dimanche 25 février, j’étais à Temuco. Je profitai de la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute pour rouler en sécurité. C’est tout à fait permis et les policiers que j’ai croisés m’ont salué … et même encouragé !

Un avantage sur cette autoroute : quatre fois, j’ai pu bénéficier d’une douche chaude gratuite sur un parking de « repos » destiné aux camionneurs, nombreux également sur cette autoroute de l’hyper consumérisme qui gagne aussi les pays émergents de ce que l’on appelait autrefois le « tiers-monde ». 

Car l’hyper consumérisme – dont nous sommes tous volontairement ou involontairement complices – nécessite un tas de biens de consommation qui doivent bien être transportés vers les lieux d’achat. Dès lors, un véhicule sur deux sur cette autoroute chilienne d’un pays qui est un pays développé, est soit un bus (hyper confortable) soit un camion.

Chaque soir, je privilégiai le contact avec les gens en leur demandant de pouvoir planter ma tente dans leur propriété.  Très peu de refus et certains soirs, cela marchait même du premier coup. Le premier soir, un monsieur seul a accepté après avoir demandé l’avis de ses enfants venus lui rendre visite. Un bon melon et une petite bière chilienne le soir et le matin deux œufs sur le plat.

Moment d’émotion quand nous nous sommes quittés lorsque ce monsieur m’a montré fièrement une photo de Salvador Allende en visite dans le coin et une copie de son dernier discours … avant d’être renversé par un coup d’état orchestré par la C.I.A étasunienne. Il y avait encore dans le regard de ce brave homme la lumière d’espoir d’un chemin démocratique brutalement interrompu pour de nombreuses années de dictature pinochienne.

Les deux petites filles d'une famille d'accueil pour un soir

Le lendemain, deux familles vivant dans des maisons peu confortables me dirent « oui » de suite et m’offrirent un plat de tomates accompagnées de maïs. Un autre soir, j’ai planté ma tente entre les voitures des ouvriers venus passer la nuit dans une pension.

Le lendemain, j’ai pu occuper un local en bois nouvellement construit.  Et encore le « oui » d’une dame demandant l’avis de son mari rentrant du travail et m’offrant une bonne tartine au fromage local. Le samedi 24 février, près de la gare du village de Pua, un couple m’indiqua un terrain vague … « pas de problème pour la sécurité » car il se trouve en face du poste de police … policiers avec qui j’ai pu échanger sur le but de mon voyage autour d’une tasse de café.

Enfin, le plus drôle, c’était une petite scierie où j’ai pu monter ma tente ; les ouvriers venant de terminer de travailler m’ont laissé seul … avec le chien comme gardien !  Et il n’a pas été impressionné par ma présence : il n’a même pas aboyé !

Dans sa niche en forme de tente en bois, le chien de garde

Peu de rencontres de cyclotouristes au Chili si ce n’est Cyntia, une jeune argentine sympa, venant à vélo de Ushuaïa et se dirigeant vers Santiago : l’inverse de ce que je fais. Elle m’a dit que la route du col que j’allais prendre pour passer en Argentine est mauvaise sur 13 km … mais j’ai été gâté : 700 kms sans un trou sur la bande d’urgence de l’autoroute entre Santiago et Temuco … pas sûr d’en faire autant en Belgique sans tordre une roue !

Cyntia cyclotouriste "jeune" argentine sympa en route de Ushuaïa vers Santiago croise un "vieux" Belge en route de Santiago vers Ushuaïa !

A Villarica, je laissai mon vélo et mes bagages dans un camping. Levé à 5h du matin pour partir pour l’ascension du volcan culminant à 2.800 mètres.  Ce volcan est encore en activité et s’est réveillé en 2015.  Dans les années 1960 et 1970, il fut responsable de la mort de plusieurs personnes.

Partis avec deux guides, un touriste chilien et deux Brésiliens ainsi qu’un masque à gaz (utile en cas de réveil du volcan), j’ai bien suivi le rythme des plus jeunes et en un peu plus de cinq heures d’ascension, nous arrivâmes au bord du cratère.

Quel spectacle ! Quelques fumerolles permanentes et de temps en temps un bruit sourd venant du « ventre » de la terre … oui, le volcan est encore bien vivant !  Pour la descente (plus dangereuse), nous avons glissé sur notre arrière-train sur une « pelle » en plastic comme les enfants à la citadelle de Namur (quand il y a de la neige).

Assez impressionnant quand on prend trop de vitesse et que l’on craint un plongeon final dans le lac !  Finalement deux heures de descente.  C’était mon troisième volcan après le volcan Tunupa (5.321 mètres au sommet) au nord du salar d’Uyuni en Bolivie en 2009 … et le fameux « Lascar » et ses 5.592 mètres au Chili en 2013 !


Au bord du cratère du volcan Villarica au Chili, toujours en activité

Après Villarica et Pucon, un col m’attendait : celui de Mamuil-Malal. Même s’il ne dépasse guère les 1.200 mètres d’altitude (1.253 pour être précis), j’ai eu droit à quelques belles montées.  Mais rien à voir avec les cols de plus de 4.000 mètres, dont celui de 4.850 mètres au Pérou en 2009 et le fameux col de Sico (4.092 m) sous la neige en 2013 (rappelez-vous les films tournés ces années-là).

Dans la montée du col de Mamuil-Malal, frontière entre Chili et Argentine

A la frontière entre le Chili et l’Argentine, pas de problèmes.  Je fus invité à me présenter aux policiers mais ne les voyant pas, je continuai mon chemin sans problème : des contrôles comme à l’aéroport de Santiago, une fois cela suffit !

Du côté argentin, pas question de demander à des familles pour planter la tente et pour cause : mis à part les villes, dans les campagnes, pas le moindre village, rien que des barbelés et derrière des troupeaux de vaches, de brebis, de chevaux.

A un certain moment, pas moyen d’avoir accès à la rivière pour m’approvisionner en eau : la rivière est tout simplement insérée dans la propriété (« merci » les Conquistadores).  Aussi n’ayant plus d’eau, j’ai fait comme dans le désert d’Atacama, j’ai agité une bouteille vide au passage d’un véhicule et une voiture s’est arrêtée pour me ravitailler !

Je suis passé par l’Araucanie, la région où habitent beaucoup de Mapuches, les rares amérindiens à avoir résisté sans concession aux envahisseurs espagnols. Ils ne sont pas prêts d’oublier les siècles de souffrances qui leur furent imposés. Des Mapuches, il y en a aussi du côté argentin.  

Un matin, j’eu l’occasion de parler avec l’un d’entre eux. Dans son regard, luit la fierté d’appartenir à cette communauté. Parmi les Mapuches, n’oublions pas le célèbre compositeur argentin Atahualpa Yupanqui qui chante toute la détresse mais aussi le courage de ce peuple.

Mapuche et fier de l'être !  ... Ne lui dites pas que vous êtes Espagnol !

Entre San Martin de los Andes et San Carlos de Bariloche, je me croyais en Suisse.  La route des sept lacs m’a fait suer avec ses nombreuses montées.  Mais quels paysages !  Ce message je vous l’écris depuis un camping merveilleusement situé au bord d’un lac.
 

Léon Tillieux en Argentine à San Carlos Bariloche (WIFI gratuit sur une place)

lundi 31 juillet 2017

On the road again with Sueli (suite et fin)

Début juillet dans le précédent message, je vous avais quittés à Sary-Tash au Kirghizistan. Une journée de repos et me voilà reparti vers le Nord. Deux cols successifs m’attendent. Mes amis Slovène et Néo-Zélandais partis après moi me dépassent … en m’encourageant !

Je monte doucement et entre les deux cols, je prends le temps d’accepter l’invitation d’une famille nomade habitant dans une roulotte au bord de la route : thé, pain, beurre comme d’habitude selon la tradition de l’accueil dans la région.

Je repars pour affronter un orage et c’est sous la pluie que j’effectue la longue descente ; des coulées de boue traversent la route ; je rends visite à une jeune dame qui pétrit le pain, à quelques mètres de la yourte où elle habite avec deux beaux enfants.

Le soir je suis hébergé chez une dame qui est tenancière d’un café routier ; elle confie la clef de sa maison à un des clients qui m’amène à mon lieu d’hébergement : il fait froid dehors et tout est mouillé. Ouf je ne devrai pas monter la tente ! C’est là que je passerai la nuit après m’avoir cuisiné des pâtes.

Le lendemain journée facile jusque la ville de Gulcha Je m’arrête dans une « guest house » qui propose la nuit dans une yourte. Celle-ci est vraiment bien décorée. Comme le temps est resté couvert la journée, l’eau de la douche via un panneau solaire n’est pas chaude. Le propriétaire chauffe de l’eau pour ma toilette pendant que son épouse me prépare une bonne omelette avec des tomates.

La nuit est un peu difficile, à quelques mètres de la route nationale où les camions se dirigeant vers la Chine… roulent également la nuit ! Le lendemain, un « petit » déjeuner composé d’un verre de lait fraichement « môdu » de la vache familiale ! Oui au Tadjikistan et au Kirghizistan pas moyen de prendre des kilos, que du contraire surtout quand on se déplace à vélo !

Le lendemain, je croyais qu’il n’y avait plus qu’à descendre vers Osh. Erreur : un col long de 15 km m’attend … j’effectuerai une bonne partie en poussant le vélo et après six heures « de patience » j’arrive au sommet. Dans un petit restaurant, je récupère un peu, avec au menu deux œufs et du thé. Pas grand-chose à se mettre sous la dent mais cela aide à repartir !

La longue descente de 60 km qui suit m’amène comme « dans un fauteuil » (comme certains coureurs du Tour de France) à Osh dans une auberge renseignée par Sueli et où je retrouve plusieurs cyclistes randonneurs longue distance déjà rencontrés précédemment ou connaissant Sueli.

L’ambiance est aux retrouvailles. Durant les cinq semaines de mon périple, j’ai compté avoir croisé une cinquantaine de ces « voyageurs » tous courageux, des pays suivants : Allemagne, Espagne, France, Slovénie, USA, Canada, Nouvelle-Zélande, Pologne, Russie, Argentine, Royaume-Uni, Pays-Bas, Danemark, Suisse, Roumanie … et bien sûr Belgique !

Une demande de visa chinois … surréaliste !

Arrivée à Osh, Sueli envoie son passeport, les documents (trois pages avec moult détails) en vue de la demande d’un visa pour la Chine à René, un ami Bruxellois à qui nous avons demandé de s’adresser à l’ambassade de Chine à Bruxelles … à notre place. Les contacts par courriel avec René nous apprennent que le formulaire dûment rempli est satisfaisant.

Reste un problème : une des deux photos envoyées par Sueli, la même que celles qui lui ont permis d’obtenir d’autres visas pour d’autres pays précédemment, est refusée car ils (les Chinois de Bruxelles chargés d’octroyer le visa) trouvent que Sueli est trop « bronzée ». Difficile, après avoir roulé 27.000 kms sous «les soleils » de 18 pays différents… d’avoir un « visage pâle » comme une Japonaise !

S’en suit un échange de courriels avec René pendant que Sueli trime sur la tôle ondulée (voir définition dans le message précédent) au retour du lac (merveilleux) de « Son Kül » et dans le dernier col vers Bichkek la capitale. René parvient finalement à rectifier la photo et la nouvelle tombe mercredi 12 juillet 2017 : le visa est accordé !

Juste à temps car un cycliste Bruxellois, Samuel, revient à Bichkek le mardi 18 juillet avec le passeport de Sueli. Dès le lendemain, celle-ci se présentera au Consulat de Mongolie à Bichkek pour demander un visa. Gageons que les Mongols ne seront pas aussi « Chinois » !

Entretemps, Sueli partira trois jours à vélo avec bagages allégés vers une vallée où elle effectuera un trekking jusqu’à un glacier, « toujours plus haut, rien ne l’arrête ! »

Trois jours pour terminer au lac d’Issyk-Köl

Avec le vélo, je suis venu passer trois jours de la dernière semaine kirghize au bord du lac Issyk-Köl, le plus grand lac du pays avec une superficie égale à la moitié de celle de la Belgique ; avec ses 220 km de long, l’on n’en voit pas le bout ! Le plus profond également avec 668 mètres ! L’occasion de nager … et d’être invité à partager le repas d’une famille venue se détendre au bord du lac. Les hommes m’ont invité également à boire « un p’tit blanc » mais en tant que sobre cycliste, j’ai décliné la proposition.

Quelques réflexions après la randonnée à travers les montagnes du Pamir

En lui annonçant que j’avais l’intention de la rejoindre au Pamir sur la route de « son tour du monde », Sueli m’avait répondu « tu n’as pas choisi le plus facile ! » En effet, de tous mes voyages y compris lors de la traversée des Andes (2009-2013), jamais ce ne fut aussi pénible.

Mais en revanche, ce fut merveilleux d’admirer les sommets et de rencontrer les gens et de bénéficier d’un accueil sans pareil. A condition bien sûr de le faire à vélo. Car les parties effectuées en voiture ne m’ont pas permis de bénéficier de cette liberté de s’arrêter quand on veut, là où l’on veut et quand les gens vous font un signe d’accueil !

La simplicité de ces gens qui vivent dans des conditions très difficiles dans les montagnes est frappante. Encore était-ce l’été … je n’ose imaginer les conditions de vie de ces gens durant l’hiver avec des températures de -20, -30 degrés, -40 degrés comme en Mongolie dans des maisons sans double vitrage ou des yourtes aux ouvertures laissant inévitablement le vent froid et mordant entrer au cœur de « l’habitation ».

Rendez-vous fin septembre pour d’autres nouvelles de Sueli, depuis la Mongolie et la Chine. Nous sommes impatients de savoir comment se déroulera la traversée de ces pays … très certainement différents de ceux traversés jusqu’à présent.

Léon Tillieux

PS: photo prise par Sueli d'un enfant rencontré par Léon, quelques jours après au même endroit :

mardi 11 juillet 2017

On the road again with Sueli

De Dushanbé à Khorog au Tadjikistan

Après deux mois, nous nous retrouvons Sueli et moi à Dushanbé la capitale du Tadjikistan. Sueli y est arrivée après un long voyage à travers la Turquie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, la traversée de la mer Caspienne en bateau, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan.

Sueli m’attend chez Véronique, une Française, travaillant ici et qui accueille notamment des cyclistes longue distance. Le soir, debriefing avant le départ avec trois Belges, deux Anglais, une Etatsunienne, Sueli et moi-même. C’est un Anglais qui a préparé le repas.

Sueli et Léon

Le premier soir, après 80 km de parcourus, nous passons la nuit dans une famille. Les jours suivants, Sueli s’occupe de l’intendance et de trouver un endroit calme, discret avec eau et un terrain plat pour les tentes. Un soir, nous sommes installés dans une prairie. La propriétaire nous invite à prendre le thé; elle nous raconte son histoire.  

Sueli et une dame

Pendant cinq ans, avec son mari, ils ont travaillé (dur) à Moscou pendant que les trois enfants étaient éduqués par les grands-parents. Avec l’argent gagné, ils ont pu améliorer leur maison. Elle est professeur retraitée d’anglais et de russe. Elle préfère plus que tout vivre au Tadjikistan. 

Il est vrai que le tadjik n’a rien à voir avec le russe imposé du temps de l’URSS (et encore en vigueur actuellement dans les écoles ainsi que son alphabet) : c’est une langue apparentée à l’iranien et à l’afghan. Au petit matin, la gentille dame (en photo avec Sueli) nous offre à nouveau le thé.

De commun accord, Sueli et moi nous ne pédalons pas ensemble : différence de rythmes, de conditions physiques… et d’âges. De plus, je prends le départ après une longue période d’inactivité (la Transafrica numéro deux, c’était au début de 2016). Sueli part deux heures après moi et arrive deux heures avant moi le soir. A midi, de préférence à l’ombre, nous piqueniquons ensemble.

Un jour, Sueli cherche en vain du pain dans un village; une dame lui en offre deux. Un homme nous invite à partager le repas de midi pour nous seulement, car c’est le Ramadan : bel exemple d’ouverture… !

En huit jours, nous parcourons les 530 kms séparant Dushanbé de Khorog, dont un col dépassant les 3.200 mètres d’altitude. Comme Sueli souhaite faire une boucle au Kirghizistan, qu’elle espère arriver en Mongolie au début septembre (avant les grands froids), qu’elle n’a pas encore son visa pour la Chine, et que je vais nettement moins vite qu’elle, nous décidons de nous séparer.

Sueli s’envole à son rythme. Suivez son périple sur sa page Facebook ! Quant à moi, m’on objectif est de rejoindre Osh au Kirghizistan avant le 13 juillet, car mon avion de retour est réservé pour le 15.

Mercredi 21 juin 2017 : une journée mal commencée qui se termine bien

Parti vers le Sud avant elle, Sueli me rejoint après 18km d’une belle montée au moment où je répare un dérailleur un peu récalcitrant ; le matin, son chargeur haute puissance avait disparu à l’auberge de jeunesse, elle était toute désemparée… quand elle a vu l’appareil réapparaître deux heures plus tard : l’énigme restera.

Au moment de nous séparer, Sueli constate que nous nous sommes trompés de route, retour à Khorog (18 km). La journée se terminera toutefois bien pour moi : je suis invité pour le repas du soir (spaghetti) et la nuit dans une famille Tadjike.

De même que le jour suivant et encore une troisième nuit dans le Wakhan, la région qui jouxte l’Afghanistan. Cette fois en demandant dans un village un endroit pour planter ma tente, une jeune de 14 ans prend l’initiative de dire « venez chez nous ». Elle invite une de ses cousines étudiante en médecine et l’échange se fait en anglais.

La route est belle jusque Ishkashim et encore après mais bien vite, place à la « tôle ondulée » comme sur le « Ruta 40 » en Argentine pour ceux qui connaissent : c’est l’horreur. Il faut souvent pousser le vélo et la moyenne horaire ne dépasse pas le 5 km/heure. Toutefois peu de passages avec du sable où les roues enfoncent au point de bloquer le vélo. Pour agrémenter le parcours, l’un ou l’autre passage de torrents.

Wakhan

Mardi 27 juin 2017 : un pneu défaillant qui entraine un passage de col difficile… en voiture

N’ayant pris avec moi qu’un pneu de réserve qui avait déjà servi à changer l’avant, quand survint l’éclatement du pneu arrière, je me trouvais dans le devoir de trouver une solution. Je m’apprêtais à réparer le pneu défaillant avec les moyens du bord quand arrivèrent quatre motards russes. L’un d’entre eux déballa son matériel de secours. Le pneu à peine réparé et les roues du vélo toujours vers le haut, déboucha un 4x4 occupé par cinq russes : Roman et quatre dames. Aussitôt, ils se proposèrent de m’embarquer avec le vélo ficelé sur le toit.

Vous ne pouvez vous imaginer combien plus facile fut le passage du col, pas trop dur selon Sueli mais constitué de gravier et de sable ! De l’autre côté, les russes m’emmenèrent admirer plusieurs lacs… un merveilleux spectacle qui ne se trouve pas nécessairement sur la route choisie par les cyclistes. 

Arrivé à la « guest house » où je partage la chambre avec un motard russe, le gérant m’apprend que Sueli a passé la nuit précédente à cet endroit et qu’elle est partie vers le Nord le matin-même. De par le trajet en voiture (180 km) j’ai refait une partie de « mon retard » !

Les Pamiris : toute une histoire

Après la vallée de la Wakhan, l’on remonte la vallée du Pamir, frontière avec l’Afghanistan, plus précisément avec le couloir du Wakhan, créé à l’époque de la colonisation par les grandes puissances pour constituer une zone tampon entre les « territoires » visés par l’empire britannique et les menaces de la Russie et ensuite de l’URSS en expansion tant géopolitique qu’idéologique.

Les Pamiris sont très accueillants et ouverts d’esprit. Alors que la plupart des Tadjiks sont de religion musulmane sunnite, les Pamiris sont d’obédience chiite ismaélienne et reconnaissent comme chef spirituel, l’Aga Khan, un richissime habitant en Europe et dont la fondation vient en aide à sa région d’origine sur le plan social, sanitaire, etc.  J’ai croisé un véhicule de cette fondation. Dans leur religion, les Pamiris ont intégré différents éléments ancestraux comme en témoignent les cornes d’animaux (le fameux « mouton de Marco Polo ») sur certains murs.

Montée du col le plus élevé du voyage en trois jours

Alors que la plupart des (jeunes) cyclistes enjambent le col le plus élevé à savoir 4.655 mètres en une étape, j’ai choisi la prudence et de prendre le temps d’admirer les montagnes. Heureusement, le vent se calme car toute une journée durant il fut de face. Deux nuits à 4.200 mètres furent supportables car au delà de 4.000 mètres d’altitude, le cœur doit pomper beaucoup plus pour compenser la raréfaction d’oxygène dont le corps a besoin.

C’est donc souvent en poussant le vélo et après beaucoup d’heures d’obstination, d’arrêts et de relances que j’arrive au sommet. J’ai beaucoup de chance car le lendemain, le cycliste Roumain que j’ai rencontré par après a du affronter la neige et un vent délirant.

J’ai pris le temps de me reposer une journée dans un « Home stay » (hébergement bon marché mais avec un très bon accueil même s’il n’y a que des pommes de terre au menu du repas du soir) dans le village de Karakul.

C’est dans une yourte que j’ai passé deux nuits dont l’une en compagnie de deux Français et d’un Australien qui voyagent en taxi-collectif (en Afrique l’on dirait taxi-brousse mais ici ce n’est pas la brousse). En effet pas le moindre morceau de bois… si bien que pour le chauffage, les gens ont recours à des plantes séchées pour l’allumage et comme combustible les excréments séchés d’animaux. Merci à la dame qui allume le feu afin que je puisse passer une bonne nuit, car à près de 4.000 mètres d’altitude, il fait froid.

Lac de Karakul

La journée de repos est consacrée à la visite du merveilleux lac de Karakul, au bord duquel paissent des moutons, des vaches mais aussi des yacks (bien connus de ceux qui randonnent au Népal).

Lundi 3 juillet 2017 : la neige cela vaut bien le passage d’un col en voiture

De nouveau la chance me sourit. Parti de bon matin vers le col situé au Nord de Karakul, je fais vite demi-tour car la neige a fait son apparition. Revenu me chauffer à l’endroit où j’ai passé deux nuits, j’entends un véhicule… occupé par deux Néerlandais qui acceptent de me charger avec vélo et bagages pour passer le col.

De l’autre côté de celui-ci à la frontière Kirghize, je retrouve Katrin et Sven, deux (jeunes) cyclistes Suisses qui ont passé la nuit sous 10 cm de neige et un Slovène, Carlo (le vélo disparaissant sous la boue) que Sueli avait rencontré à Dushanbé avant le départ… les rencontres c’est souvent le fruit du hasard. Tiens à ce sujet, Etienne Hazard (je ne connais pas plus l’orthographe du nom que le football) est étonnamment bien connu dans les montagnes du Pamir ! 

Après le col, pour la descente, je reprends mon vélo et prends le temps de découvrir les Kirghizes qui habitent dans des yourtes. Que cet habitat est beau et harmonieux avec la nature ! Et dire qu’en Belgique, à cause d’une réglementation de plus en plus alambiquée, il est encore interdit en Région Wallonne de se domicilier dans une yourte, même dotée de lagunage pour récupérer les eaux usées, de toilette sèche, etc. Bien sûr cela ne fait pas aussi bien que les appartements de Thomas et Piron !

Les fonctionnaires de la Région Wallonne bien confortablement assis dans leur bureau ne se soucient guère que la plupart des Namurois, du haut de leur maison ou appartement envoient dix litres d’eau à la Meuse même pour trois gouttes de pipi ! Et pas seulement à Namur ! Et dire qu’ici dans les villages, trouver un peu d’eau pure est bien difficile. En revanche, des sourires et de l’accueil, vous en recevez par seaux entiers… que du bonheur !

Sourire tadjiks

Je vous quitte en vous donnant rendez-vous fin juillet avec la suite des infos du voyage de Sueli et de la traversée du Kirghizistan. Portez-vous bien en espérant que la canicule s’atténue et que l’eau réapparait en Belgique …pour que les légumes et les céréales puissent grandir.

Léon Tillieux

PS: Message arrêté au 4 juillet 2017. Bien arrivé à Osh ce vendredi 7 juillet 2017

mardi 22 mars 2016

M22 Transafrica 2016 - Arrivée à Durban

La suite de la traversée du Transkei

Jeudi 10 mars 2016, longue route jusque Port-Saint-John situé sur la côte Sud-Est de l'Afrique du Sud. J'y trouve un camping "The Pont" au bord de la rivière qui se jette dans l'océan Indien. De très rares campeurs dont deux Suisses, "von Basel".

Ensuite pour rejoindre Port Edward également sur l'océan Indien, il faut remonter à l'intérieur du Transkei sur près de 200 kms, s'éloigner de la mer, ce qui veut dire remonter très haut. Sur la route du travail, un jeune pose avec son échelle pour la photo. 

Sur un chantier de route, toute une équipe on ne peut plus orange fluo est au repos: c'est le moment de la pause. Après un échange sur le début et l'objectif du voyage, le nombre de pneus de rechange que j'emmène avec moi, etc. , l'on parle de Mandela et au moment de les quitter, ils et elles se mettent à entonner "Amandla" ("le pouvoir au peuple"), inscrit dans l'hymne de libération de l'ANC de Madiba. L'un me dit "Mandela, c'est un héro", l'autre, une dame qui se met en danser, "ma vie s'est améliorée depuis 1994 ... "  

A2 ils ont chante Amandla.JPG

A Flagstaff, ne trouvant pas de camping, je m'adresse au bureau de la police. De suite voyant mon âge "respectable aux yeux des Africains" après avoir jeté un coup d'oeil sur mon passeport, ils marquent leur accord pour que je plante la tente à l'intérieur du périmètre de sécurité, juste avant la pluie. 

Le lendemain, un jour supplémentaire long de 110 km me ramène sur l'océan, les nombreuses côtes étant cependant moins pentues que la veille. Un arrêt en montée me permet de prendre une photo d'un poster de Mandela avec une fillette à ses côtés et les fils barbelés rappelant "Robben Island" (voir message n°21).

A3 Mandela fille et barbeles.JPG

A Port Edward, station de villégiature sans camping, les maisons sont toutes fermées, exceptées une, où le portail et la porte sont ouvertes ... et pas de chien ! Une jeune dame noire accepte de suite que je plante la tente. La maman qui a marqué son accord me demande d'installer la tente à l'arrière de la maison, le plus près possible de la porteLes deux gamins (2 et 3 ans) veulent "m'aider" à la monter !

C1 accueil Port Edward.JPG

D'un "faux" problème de coeur au pays du Docteur Barnard... à la découverte d'un virus : "Chicken pox" !

Samedi 12 mars : depuis deux jours et surtout deux nuits, une douleur intense se fait sentir du côté gauche ... c'est-à-dire du côté du coeur. Vers deux heures du matin, craignant une complication cardiaque, j'appelle Touring Assistance en Belgique qui me dit d'appeler une ambulance. Dans la nuit, celle-ci vient me chercher pour me conduire à Margate, dans un hopital moderne ... nous sommes au pays du Docteur Barnard. Qui se souvient encore en 1967 de la première transplantation cardiaque dans le monde ?  

L'infirmier de garde connait la Belgique (Bruges, la bière de Leffe ... et le stop facile - à l'époque - dans les années 1990 jusque dans le sud de la France).  Le médecin de garde parle un français impeccable. Les examens (électrocardiogramme, prise de sang) ne décèlent rien d'anormal. Je puis repartir et continuer la Transfrica jusqu'au bout ... ouf, si près du but, c'eut été "biesse" de devoir abandonner !

Le lendemain alors que je me repose sur une colline "Leisure view" avec vue sur l'océan et que le vent du large se met à souffler, Hilde de Touring Assistance depuis Bruxelles vient aux nouvelles de ma santé ... pendant un an, elle a bourlingué avec son mari à vélo à travers le monde et est tout à fait au courant des inquiétudes que l'on peut ressentir au cours d'un tel voyage avec un tel moyen de déplacement.  Mais maintenant il y a Skype qui peut vous réunir facilement sur un même écran.

C2 Skype cela rapproche.JPG
Six jours plus tard ... découverte du véritable mal : un virus. Le mal persistant du côté gauche, je me résous à consulter un médecin à Durban le vendredi 18 mars.  Tout de suite il découvre une infection purulente au bras gauche.

J'avais tenté de la soigner par une pommade antibiotique mais cela n'y faisait rien, en effet il s'agit d'un virus portant le nom de "Chicken pox". Traitement antiviral pendant quelques jours et cela sera vite oublié ... ! Grâce à ma fille Sueli, jai compris que le "chicken pox" est le terme anglais pour le virus de la varicelle, appelé également plus communément "zona". Je ne sais plus si j'ai eu cette maladie étant enfant, en tout cas elle a refait surface profitant de la fatigue accumulée au cours de la transafricaine ! Ce mal persistant m'aura accompagné durant les 400 derniers kms ! 

La longue ligne droite le long de l'océan Indien jusque Durban

Pour le logement des deux dernières nuits sur la route de Durban, j'ai reçu l'aide précieuse de Dilla, la soeur de Frans qui m'avait accueilli du côté de Vryheid et avec qui j'étais allé visiter le mémorial de la guerre entre les Boers et les Zoulous de 1838.

Lundi 14 mars, c'est dans l'internat d'une école secondaire gouvernementale de Port Shepstone que je suis accueilli tout d'abord par un bon repas bien belge : frites et steak avec grand renfort de mayonnaise. En Afrique du Sud, une bonne partie de la population - y compris les jeunes qui ne font pas de sport - souffre de surpoids ... l'on comprendra pourquoi. Ceci ne concerne bien sûr pas la plupart de ceux qui habitent sur les collines du Transkei et celles qui portent sur leur tête de lourds fardeaux...  

Le matin, réveil à la cloche, petit déjeuner commençant par un benedicite dit par un élève... discipline qui me rappelle le temps de l'internat (1960-1966) au collège de Bellevue à Dinant, où la journée commençait très tôt à 6h20 par la messe, suivi d'un moment d'étude avant le petit déjeuner ! De ce temps, il m'est resté non seulement de bons souvenirs mais aussi un caractère "modelé" et bien préparé à résister à toute épreuve... la preuve : cette Transafrica de 6.000 kms comme mes autres voyages, que je dédie à mes parents qui m'ont transmis ces valeurs de courage et de détermination !
 
Mardi 15 mars, longue chevauchée sur l'autoroute avec la très large bande d'arrêt d'urgence permise aux vélos ... et aux vendeurs de fruits de la forêt proposés par des jeunes sans emploi ... de l'économie informelle. Malheureusement pour eux, peu de véhicules s'arrêtent pour en acheter... !

D2 ocean indien.JPG

Le soir, je réalise un rêve: planter la tente au bord d'un océan ... l'Indien à 60 kms de Durban, le terme de mon voyage transafricain. La dernière fois, c'était il y a 10 ans en Estonie, au bord de la mer Baltique, face au soleil de minuit, lors du retour du voyage à St-Pétersbourg... à vélo en 2006 au départ de Namur. 

Ici à Scottburgh, je suis bien installé à côté de la caravane d'un couple à qui je demande de faire bouillir de l'eau pour mon sachet lyophilisé et qui m'offrira une tasse de café le lendemain matin avec les traditionnels et délicieux biscuits au beurre sud-africains. 

La nuit, un orage bien trempé et un coup de tonnerre de Dieu le Père me réveillent en sursaut... une partie de mon matelas autogonflant Thermarest se mettant à voguer sur l'eau qui a envahi le dessous de la tente ! 
 
Le lendemain matin, mercredi 16 mars 2016, journée historique. Après avoir tenté de sècher le contenu des bagages, après un moment de méditation face à l'océan Indien, incluant dans mes pensées celles et ceux que j'ai rencontrés dans ce long voyage de 6.000 kms depuis Kigali, je prends la route de la dernière journée de la Transafrica.

Restent 59 kms pour atteindre la maison de Dilla vers qui je me dirige muni des indications recueillies sur le site www.viamichelin.fr ... vraiment efficace ! C'est bien mais de cette manière l'on ne doit même plus demander son chemin !  Il est vrai que sur les voies rapides envahies par un trafic de dingues, il n'y a guère de piétons ... juste un fou à vélo entrainant des coups de klaxon de quelques énervés (on m'avait prévenu et le drapeau écarteur rouge et jaune est pointé à droite au maximum ... puisque l'on roule à gauche et que "normalement" les véhicules me doublent par la droite) !  

A l'entrée de Durban, une dame a arrêté sa voiture sur un espace sécurisé. Elle me prend en photo qu'elle m'envoie par courriel la nuit suivante avec un message intitulé "Faith in Humanity" : "I pray that your cycle through our beautiful continent was successful in every way, accomplishing that which you set out to do. " - "Je prie pour que votre voyage à vélo au travers de notre beau continent soit un succès chaque jour, accomplissant ce que vous cherchiez à réaliser" ... et oui, puisque je suis arrivé sans accroc (une seule voiture a touché le bout du drapeau écarteur, une cette année et une autre en 2015) ni accident, au coeur du quartier Umbilo de la seconde ville la plus importante d'Afrique du Sud ! Mandela disait : " It always seems impossible until it's done "  ...  et maitenant, la Transafrica " is really done ! "

DSCN4307freduit.JPG 
Quelques dernières côtes dont la dernière dans le quartier Umbilo de Durban immortalisée en video et à insérer dans le futur film "Transafrica 2016" et j'arrive chez Dilla à 16h30 avec 90 minutes d'avance.

Les chiens viennent à ma rencontre et me lèchent dès que Isabel, la fille de Dilla m'ouvre le portail. Accueili par une bonne bière sudafricaine dans la famile Krüger ayant une lointaine parenté avec celui qui ouvrit le fameux parc animalier Krüger ... en attendant la venue d'un journaliste contacté le matin même.  Celui-ci arrive comme prévu à 18h et c'est reparti pour quelques centaines de mètres à vélo pour qu'il puisse immortaliser en photo la fin de la Transafrica. Interview très détaillée dont vous trouverez le contenu ci-dessous traduit en Français.

Guy Duncan, c'est son nom, est descendant d'Huguenots Français et parle un peu la langue de Voltaire mais "à l'africaine".  Chose étonnante : en 1992, peu de temps après la fin de l'apartheid, Guy a fait un long voyage tout d'abord en stop jusque Bujumbura et ensuite à vélo qu'il acheta au Burundi d'où il redescendit jusque Johannesburg en passant par Kigoma en Tanzanie, voyageant sur un très vieux bateau sur le lac Tanganyka (le "Liemba", un ancien navire de guerre allemand), ensuite la Zambie et le Botswana ... une Transafrica bis un peu semblable à "la Transafrica with Mandela" dont il relate en détail la traversée par pays avec des questions tant judicieuses qu'intéressantes pour chacun d'eux. Ensuite, il nous raconte également avec beaucoup d'enthousiasme un autre voyage à vélo : Madagascar. 

De la culture du Braai à celle de la canne à sucre...

Le soir, Mr Krüger (Gert de son prénom, professeur de chimie organique dans une université de Durban) m'initie à la culture sudafricaine du "braai", terme Afrikaans à utiliser absolument lorsque l'on veut parler de "barbecue" (terme réservé plutôt aux anglophones) et que l'on est invité chez eux. Souvenir de l’époque des "voortrekkers" – le repas des pionniers boers entre les chariots bâchés dans la longue route vers le nord-est – représentant pour la classe moyenne blanche, un acte social adopté par l’ensemble de la population, employé à toutes les sauces dans les onze langues officielles du pays. La viande (abondante) badigeonnée d'une sauce caramélisée est succulente à un point tel que l'on oublie la diététique pour ce soir-là.
 
Ensuite c'est une longue explication historique des très nombreuses facettes raciales de cette région "le Natal" (Noël en Portugais) donné par l'explorateur portugais Vasco de Gama. Par exemple, la présence de nombreux Indiens date de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle lorsque les colonisateurs anglais décidèrent de planter de la canne à sucre dans cette région et suite au refus des Zoulous de "se payer" ce travail épuisant et très mal rémunéré de coupeur de canne. 

Parmi ces indiens, le plus célèbre de la lutte non-violente contre les discriminations raciales qu'il initia ici-même, Mohandas Karamchand dit le "Mahatma" Gandhi.  Une de ses petites filles, Ela Gandhi habite encore ici à Durban. L'an passé, en juillet 2015, celle-ci était présente à l'inauguration du "Hall Gandhi - Luthuli" du nom de son grand-père et d'Albert Luthuli, ancien Président de l'ANC (African National Congress), l'un des quatre sudafricains à avoir reçu le prix Nobel de la Paix (lui-même en 1960, Desmond Tutu en 1984, Nelson Mandela et Frederik de Klerk en 1994).

Rencontres à Durban 

Le Centre Denis Hurley 

Le directeur Raymond Perrier (rencontré précédemment à Bruxelles avec Jacques Briard d'Entraide et Fraternité) charge son adjoint Jean-Marie du Burundi de m'accueillir et de me faire visiter ce Centre ouvert à Durban non loin du marché central, coeur névralgique de la cité avec une population multiculturelle  augmentée depuis quelques années de très nombreux migrants venus d'abord du Zimbabwe voisin et ensuite principalement des pays africains suivants : Congo, Burundi, Somalie, Ethiopie.

E1 Centre Denis Hurley.JPG

Un centre d'accueil pour celles et ceux qui cherchent un repas ou résoudre un problème de santé urgent et qui sont dépourvus de ressources de par leur situation précaire. Le midi, des repas sont préparés et distribués par des bénévoles à 80 personnes, cinq jours sur sept.

Parmi ces bénévoles des jeunes venant de différents pays (Allemagne, Suède, Corée du Sud) vivant pendant 5 mois une expérience de vie à bord d'un bateau "Logos hope team" qui demain sera dans un autre port. 

Avec ces jeunes, je visite la mosquée située à côté du Centre portant le nom - Denis Hurley - de l'archevêque catholique de Durban (de 1947 à 1992) qui lutta contre le système de l'apartheid à côté de l'archevêque anglican plus médiatisé et mieux connu, Desmond Tutu (prix Nobel de la Paix 1984).

Le Centre est ouvert à toute personne en difficulté quelle que soit sa nationalité et sa religion, et propose également des formations en langues (anglais, zoulou), informatique, couture, etc. Une lutte également contre les discréminations dont sont victimes les très nombreux migrants en Afrique du Sud (certains chiffres s'élèvent jusqu'à des millions) dans un climat de violence qui a atteint son paroxysme il y a presqu'un an lorsque plusieurs d'entre eux furent assassinés.

E3 Gandhi Hurley Mandela.JPG

La problématique des migrations qui marque également de plus en plus l'actualité des pays européens dont le nôtre - la Belgique - depuis de nombreux mois avec les conflits au Moyen Orient, trouve ici en Afrique du Sud une dimension encore bien plus grande.

Les différentes églises ainsi que la communauté musulmane fort présente (30%) dans la ville de Durban collaborent dans la lutte contre les problèmes engendrés par cette situation d'extrême précarité.

Diakonia Council of Churches

Une seconde visite très intéressante au Centre Oecuménique situé non loin du premier avec un très bon accueil de la Directrice Nomabelu qui me présente avec video à l'appui les grands axes d'actions de ce "Council" composé des principales églises présentes sur le terrain : justice sociale, justice économique, respect environnemental et des Droits humains.  Une grande "démonstration" de foi regroupant environ 3.000 personnes venant des différentes églises chrétiennes est organisée chaque année le vendredi saint ... cette année - "infelizmente" pour moi - ce sera deux jours après mon retour en Belgique.

Derniers jours de repos à Durban avant le retour en Belgique le jeudi 24 mars 2016

Ce lundi 21 mars, jour férié en Afrique du Sud. Une dame professeur dans une école secondaire doit consulter un calendrier pour me dire pourquoi ce jour est férié : pour rappeler l'adoption de la nouvelle constitution post-apartheid en 1993 après des années de négociations entre Mandela et l'ancien pouvoir, initiées bien avant la sortie de prison de Madiba.

Visiblement il y a encore un long chemin - en Afrique du Sud comme partout ailleurs d'ailleurs - pour que les Droits Humains soient considérés à la hauteur de ce qu'ils représentent en humanité dans notre monde sans cesse en quête de démocratie et plus de justice. 

A vous revoir "tout bientôt" comme dirait Danielle...!

Léon Tillieux ... le "transafricain"

mercredi 9 mars 2016

M21 Transafrica 2016 - Visite de la prison de "Robben Island" à Cape Town et arrivée à Qunu, le village de Nelson Mandela

Voici venu le terme de la Transafrica 2016 !

Avant de descendre vers le Transkei

En quittant l'hôtel de la Montagne à Lady Grey, je ne pourrai oublier l'accueil du couple qui m'a permis de planter ma tente dans le jardin de ce très vieux hôtel où il y a encore des vieilles charrettes du temps des boers ... et ce sans débourser le moindre rand (sauf pour les repas) et de prendre une bonne douche.  "Des gens comme vous à vélo - me dit la gentille dame - il y en a un tous les trois ans qui passe par ici ! Alors, vous êtes le bienvenu." 

Sur la route vers le sud, une voiture s'arrête ... "We have seen you in Lesotho, five days ago !" ... La dame (habitant le Lesotho) voudrait bien m'offrir une boisson ... elle va chercher dans son sac un billet de 100 rands (6 Euros environ) ... pour "m'acheter un coca !"  Sûr que je pourrai m'en payer plus d'un et boirai à la santé des Sothos ! 

Je me suis dit que pareil accueil ne pourrait se faire en Belgique ou en France!  Imaginez-vous demander pour planter votre tente sur la pelouse d'un hôtel dans la vallée de la Meuse... ! La réponse serait inévitablement "allez vous ... voir ailleurs !" ... Mais chez nous il y a des campings, ce qui n'est pas le cas ici.

La journée du dimanche 28 février fut marquée par deux très longues côtes, dont celle pour sortir de la vallée de la rivière Krai avant d'arriver à la ferme d'un couple de fermiers retraités, Norman et Hilly, tous deux d'origine allemande. Je finirai par être accueilli par les représentants de toutes les origines en Afrique du Sud : néerlandaise, allemande, française (Huguenots: les "de Villiers"), anglaise, Xhosa (Mandela était Xhosa) ... sans oublier l'accueil d'une dame Swazi au Swaziland et d'une famille Sotho au Lesotho ... un arc-en-ciel à compléter vraisemblablement !

A1 ferme Norman Kitty.JPG

Norman (80 ans en septembre prochain) a 4 enfants mais aucun n'a voulu être fermier ("c'est un métier trop dur !") ; il a confié sa ferme à un autre fermier blanc pour la gestion. Il m'explique que depuis trois ans, il y a très peu de pluie : le sol devient trop dur pour les cultures.

Autre signe du réchauffement climatique: dans cette région montagneuse où il y a une station de ski ouverte en juillet (nous sommes dans l'hémisphère sud), il n'y a plus de neige (naturelle) depuis trois ans. Mais pour satisfaire l'appétit "sportif" des skieurs (souvent privilégiés) de Joburg, Cape Town et Durban, les canons à neige en fabriquent de l'artificielle ! A quand des canons à pluie pour les cultures... l'être humain au cours de son histoire a bien inventé des tas de canons, bien plus sophistiqués et... destructeurs ?

Avec la réforme agraire mise en place depuis quelques années par le "nouveau" gouvernement (majoritairement ANC, African National Congress), Norman hésite à vendre sa ferme dans ce cadre car il sait que le travail de trois générations risque d'être démantelé en quelques années si elle est mal gérée (arbres coupés, animaux mal soignés, etc.)  

En ce qui concerne Nelson Mandela, il ne tarit pas d'éloges envers ce grand homme; il affirme toutefois que ceux qui l'ont suivi en particulier le Président actuel n'est pas à la hauteur de la responsabilité d'un chef d'Etat : évocation de décisions prises en dépit du bon sens et de la corruption qui grangène l'Afrique du Sud comme pas mal d'autres pays... et pas seulement africains.

Les maisons nouvelles du "nouveau" gouvernement

Un point positif toutefois pour la gestion du gouvernement élu à la suite de la fin de l'apartheid : la construction de très nombreuses maisons "sociales" pour les populations noires des "townships" où celles-ci étaient confinées du temps des Verwoerd et autre Botha. Des maisons qui ne sont ni minuscules ni très grandes mais qui ont l'air d'être bien construites... et colorées à l'image de l'arc-en-ciel. Ce qui contraste avec le temps des "bidonvilles" construits avec des tôles et matériaux de tout venant et également avec les très tristes cités des pays de l'Est (Roumanie en particulier).

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Tout autre chose : dans cette ferme, il y a quelques mois, un cycliste français, Guy Baudry de Poitiers, a aussi été accueilli par Norman et son épouse:  il venait de Joburg vers Cape Town par le Lesotho mais via la partie centrale la plus pentue de ce pays, aussi était-il tout à fait crevé en arrivant ici. Ce soir, j'irais bien aussi me reposer en prévision des jours à venir.

Préparation de la traversée du Transkei

De Barkly East, je quitte les terres des hauts plateaux (le "pass" du même nom et d'une très grande beauté de par ses rochers culmine à 1.990m); ces terres sont trop froides pour les populations noires qui se concentrent dans les terres plus basses du Transkei.

Une belle et facile journée que celle de ce lundi 29 février (tiens cette année, j'ai un jour de plus pour pédaler) car la route ne fait pratiquement que de descendre vers la ville d'Elliot. 

Douze kms après la sortie de cette ville, je me hasarde vers une ferme où les patrons ne sont pas là. Les deux dames noires qui y travaillent me semblent très craintives. La fermière et son mari ne tardent pas à arriver et sont ravis de m'accueillir : boisson fraîche offerte par la petite fille de 8 ans, emplacement libre pour la tente, des réserves (fruits, viande sèchée sud-africaine appelée biltong, bonbons, etc.) pour la route, un bon repas du soir, un bon bain bien chaud ... un whisky que je décline... ma "religion" de cycliste ne me le recommandant pas !

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Préparer la traversée du Transkei

Vient ensuite le plus intéressant. Peet et Anél m'avertissent du (des) danger(s) que je risque de rencontrer en traversant le Transkei (jusque Umtata et au delà jusque Port Edward sur la côte). Dans cette région, il n'y a pas de fermiers blancs. Le taux de criminalité y est élevé... ce que je savais précédemment, mais maintenant il faut s'y préparer mentalement pour le traverser !

Mes hôtes m'indiquent des endroits "sûrs" pour passer la nuit et vont contacter le maire d'Elliot pour qu'il se renseigne sur des lieux sécurisés au-delà de Umtata (qui s'écrit Mthatha en Xhosa). Nous communiquerons par nos "cell phones". Ils me disent que je dois me méfier des policiers du Transkei, dont certains seraient corrompus... ayant eu eux-mêmes une mauvaise expérience avec leur camion traversant cette région.

Arrivée à Mthatha, "capitale" du Transkei

Ce mardi 1er mars, bien arrivé à Mthatha après une très très longue journée de 126 km via un itinéraire magnifique du point de vue paysage mais avec de très nombreuses côtes (j'en ai comptabilisé 35) et pas des côtelettes !

En arrivant dans cette grande ville du Transkei, je me rends à l'hôtel renseigné par Anél et Peet. Pas possible de planter la tente, de même qu'à l'hôtel voisin... où le prix d'une chambre est encore plus élevé. De plus en plus audacieux, je tente le coup au "Green Park Lodge", un très grand hôtel ... et à ma plus grande surprise, après avoir expliqué le sens de mon voyage depuis Harare jusque Qunu "On the road again with Nelson Mandela", la gérante, une dame blanche, m'indique un endroit herbeux pour planter la tente, une toilette, une salle où je puis bénéficier d'eau chaude et où mon vélo et ses nombreux bagages resteront en sécurité pendant mon voyage en bus à Cape Town, ... et me réchauffe "gratos" un plat de la veille !

De plus, demain, elle s'occupera de la réservation du billet de bus (près de 22 heures de voyage assez confortable) pour Cape Town... où je compte visiter la célèbre prison "Mandela" de Robben Island.

Robben Island ... la mémoire de Mandela et du "long chemin vers la liberté"

C2 prison Robben Island.JPGL'île de Robben Island au large de Cape Town ("Kaapstad" en Afrikaans) a "accueilli" successivement des esclaves, des lépreux, des malades mentaux, des prisonniers de guerre et de droit commun et surtout les opposants à l'apartheid dont le plus célèbre Nelson Mandela. Celui-ci y passa 18 des 27 années passées en prison à la suite de la condamnation du procès dit de "Rivonia" (octobre 1963 - juin 1964).

C'est avec une foule de visiteurs respectueux représentant la diversité raciale du continent africain et des continents Européen et Nord-Américain que j'ai visité ce lieu durant trois heures le vendredi 4 mars.

C6 ancien prisonnier Robben Island.JPG

Un ancien détenu nous a guidé dans les différents lieux de détention. Celui où Robert Sobukwe (fondateur du PAC  - Pan African Congress, rival de l'ANC de Mandela) fut détenu alors qu'il avait terminé de purger sa peine de trois ans.

En visitant cette prison, on a l'impression que les murs se souviennent encore des souffrances endurées par ceux qui y furent incarcérés. 

Toutefois l'on ressent en même temps un sentiment de liberté qui règne sur cet endroit, tellement le courage, la détermination et l'intelligence de Madiba ont réussi à les imprégner plus que la méchanceté et la cupidité de ses gardiens et d'un des systèmes carcéraux les plus ignobles inventé par les dirigeants de l'apartheid Sud-Africain.

Il ne fut pas relâché et envoyé à Robben Island, à la suite d'une nouvelle loi autorisant le ministre de la Justice à prolonger la détention de condamnés pour des motifs de sécurité nationale.

Cette loi fut surnommée "la clause Sobukwe" car il fut le seul condamné à avoir eu sa détention en prison prolongée sur cette base législative... décision étonnamment injuste pour un ministre de la "Justice" !

C3 carriere Robben Island.JPGNous avons également vu la carrière où Mandela et ses compagnons furent contraints de se rendre durant de nombreuses journées pour travailler sous les railleries des gardiens.

Mais où ils pouvaient aussi rester en contact avec la nature et le monde des animaux (koudous, springbox), dont certains sont bien plus pacifiques que d'aucuns de notre "espèce" humaine.

C5 cellule Nelson Mandela.JPG

Nous terminons notre visite par les cellules dont celle de la "quatrième porte" où Madiba passa de très longues années. 

C'est là qu'il réussit à écrire en cachette une partie du livre autobiographique intitulé "Un long chemin vers la liberté", avec la complicité et l'intelligence de l'un et l'autre de ses compagnons codétenus qui en recopiaient les chapitres terminés, notamment sur du papier toilette où en écrivant avec du lait sur du papier de fortune.

Des explications aussi sur les visites annuelles des représentants de la Croix Rouge qui s'inquiétaient si les prisonniers pouvaient "faire du sport", d'un rare journaliste de l'AFP qui, en 1977, prit - malgré la désapprobation de Mandela - une photo de lui, la pelle à la main.

Détail surprenant, les gardiens, en prévision de la visite avaient repassé son pantalon... !  De la visite également de la seule opposante féminine blanche d'origine juive et lithuanienne, Helen Suzman, ancienne élue du Parti fédéral progressiste (FPP), seule à tenir tête aux "hommes" de l'apartheid et qui fut la première femme à rendre visite à Mandela en prison en 1967.

Idée intelligente car l'original des mains de Mandela fut découvert, subtilisé par la direction de la prison et finit par disparaître... sauf la copie !

Puisse cette visite nous aider à garder en mémoire l'héritage que Nelson Mandela nous a légué, de par son combat contre l'apartheid et l'instauration des bases d'un système démocratique dans une société multiraciale. Soyons toutefois bien lucides et conscients que l'arc-en-ciel tracé grâce à lui dans le ciel et sur la terre de l'Afrique du Sud est une oeuvre d'art en grande partie inachevée et dont nous sommes tous et toutes les artisans actuels et futurs en puissance.  ... Message à transmettre à nos enfants et petits-enfants ... 

En quittant Cape Town, d'où je ramène une photo de la pointe extrême du continent africain (je n'irai pas plus loin car plus au sud, c'est l'Antarctique), un arc-en-ciel apparait dans le ciel, comme signe d'espoir pour l'Afrique du Sud et le monde après être passé au cap "of good hope". 

D1 extremite Afrique.JPG

Le cap de bonne espérance

C'est de cet endroit que Alexandre et Sonia Poussin sont partis pour la traversée de l'Afrique depuis cette extrémité jusqu'au lac de Tibériade en un peu plus de trois ans de 2001 à 2004.

Durant la Transafrica, ce livre de chevet (deux tomes intitulés "Afrika trek") m'a permis de comprendre mieux la diversité des situations, des croyances, des souffrances et des luttes des peuples des pays traversés à savoir : l'Afrique du Sud, le Lesotho, le Zimbabwe, le Mozambique, le Malawi, la Tanzanie, le Kenya, l'Ethiopie, le Soudan, l'Egypte, Israël et les Territoires Palestiniens. 14.000 kms pour un étonnant voyage, non sans dangers (venant des humains et des animaux : hippos, buffles, lions, serpents, etc.) en partie le long du rift sur les traces de l'Homme et de l'histoire de l'humanité. Voir leur site: www.africatrek.com

L'Afrique du Sud, le pays des cyclos

Cape Town dimanche 6 mars 2016:  35.000 cyclistes... j'en ai vu quelques centaines au départ d'une boucle de 110 Kms dans la péninsule du Cap ! Je ne savais pas qu'il y avait tant d'adeptes de ce sport (mon sport préféré comme vous vous en doutez) en Afrique du Sud.

Qunu, le village de Nelson Mandela

Ce mardi 8 mars, il me reste 30 kms pour rejoindre Qunu depuis Mthatha sur la N2 vers Cape Town. Au moment de partir, un orage et une pluie diluvienne ouvrent les vannes célestes sur une région qui en a tant besoin depuis des mois ... par conséquent pas le moment de râler ... les paysans et la terre en ont trop besoin ... mais comme dit Ma Danielle, "pas d'état d'âme" et fort de cet encouragement lointain, je démarre sans attendre la fin de la pluie.

E4 Qunu Musee Mandela.JPG

Les employées de l'hôtel me regardent partir avec étonnement ("Pourquoi ne prend-il pas un bus ?"). Sur la route, l'eau ruisselle de partout mais je passe ... plus léger car, comme je fais un aller retour, je n'ai pris qu'un minimum de bagages.  Les trente kilomètres restant sont bien vite parcourus et j'arrive au Musée Nelson Mandela à Qunu.

Depuis Kigali au Rwanda, 5.813 kms ont été parcourus. 

Cette construction moderne et multifonctionnelle fut inaugurée tout juste dix ans après la libération de Mandela par lui-même et se veut être un lieu rappelant l'héritage légué par Madiba, surtout aux jeunes mais aussi au service du développement de la communauté villageoise.

Bien accueilli par une dame qui m'invite d'abord à me changer car je suis trempé des pieds à la tête. C'est ensuite en compagnie d'un guide que je visite le musée en prenant quelques clichés à insérer dans le prochain film "Transafrica 2016". 

Ensuite, je vais me sècher et me réchauffer dans un lodge situé au coeur même du village de Qunu. Le soir coup de fil d'une employée de l'hôtel de Mthatha qui s'inquiète si j'ai bien trouvé un endroit pour dormir ... sympa non ? 

La famille de Nelson Mandela n'ayant pas souhaité que la tombe de Madiba devienne un lieu de pélerinage, il n'est pas possible de se rendre à cet endroit car c'est une propriété privée.  Dès lors les cailloux transportés depuis Kigali et Harare et provenant du Square Nelson Mandela de Gesves ont été déposés symboliquement à l'entrée du Musée de Qunu.

E5 Qunu cailloux de Gesves.JPG

Avant de quitter ce haut lieu de mémoire auquel l'Unesco souhaiterait donner l'appelation historique "Patrimoine de l'Humanité", j'ai recueilli un peu de terre d'un champs de Qunu qui sera déposée à Gesves au Square Nelson Mandela au terme de cette longue aventure de plus de 6.000 kms et de près de deux fois trois mois, à travers l'Afrique de l'Est et Australe.

En conclusion une parole de Mandela qui m'inspire assez bien à la fin de ce voyage:
 
"It always seems impossible until it's done" ...  traduction: " Tout semble toujours impossible ... jusqu'à ce que cela soit accompli ! " ... cela peut être vrai même pour un Babou âgé de 67 ans avec un vélo en Afrique !

A suivre : encore 500 kms jusque Durban pour le dernier message, et deux semaines pour le retour (jeudi 24 mars 9h du matin à Zaventem).

Léon

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Note linguistique : en Xhosa, la langue traditionnelle du Transkeï, bonjour se dit "Molo" ... quand je vois des ouvriers travailler à la réfection de la route (en Afrique du Sud les routes étant généralement en très bon état, j'ai compté globalement moins de trous que dans certaines routes belges) je leur dis pour les encourager "allez-y molo molo les gars"... ils rigolent en répondant "Haï, Haï" comme s'ils comprenaient mon jeu de mots !
 
Note orthographique :  "Robben Island" ou "Robben Eiland" en Afrikaans s'écrit bien avec un "e" et non un "i" même si l'on prononce "i" en anglais.
 
Note sur la longueur de mes messages.  Veuillez m'excuser si vous trouvez mes articles un peu longs (il m'arrive de les compléter durant mes moments d'insomnie durant la nuit). Si vous êtes pressés, je vous suggère toutefois de lire au moins dans ce présent message la partie concernant "Robben Island" et Qunu.  

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Le lundi de Pâques, participez vous aussi à la Transafrica 2016 ...

en rejoignant avec votre vélo (à pulsion électrique ou non, VTT ou vélo de course) la dernière étape de cette traversée africaine de près de 6.000 kms à vélo. Le départ sera donné le lundi 28 mars 2016 à 8h au 36 de l'allée St-Vincent à Jambes vers le Square Nelson Mandela de Gesves via le RAVel jusque Thon-Samson et la vallée du même nom. Pour les non cyclistes rendez-vous à 10h en contrebas de l'église de Gesves, chaussée de Gramptinne.  A cet endroit qui porte le nom du premier président noir de l'Afrique du Sud, je déposerai symboliquement un peu de terre du village de Mandela.  

Merci de nous envoyer un petit courriel si vous comptez y participer en spécifiant "avec" ou "sans" vélo.

lundi 29 février 2016

M20 Transafrica 2016 - Du Lesotho à Lady Grey

Voici la suite de la Transafrica ... en Afrique du Sud en passant par le Lesotho.

En quittant Bruce et Catherine

Bruce est fier de son métier de fermier qu'il a transmis à ses 4 fils. Après un long repos récupérateur, il m'emmène sur ses terres jusqu'à l'endroit où son grand-père a fondé la ferme, lui qui était immigré du sud de l'Angleterre. Orphelin, il avait pris le bateau à Southampton fin du 19ème siècle et était arrivé en Afrique du Sud après des semaines de traversée.

A un endroit en pleine prairie, Bruce arrête son 4x4 auprès d'une tombe, celle de son arrière-grand-mère. Cela me rappelle le petit cimetière de Magureni, en Roumanie, dans la montagne où il y avait 3, 4 tombes par famille, à côté de la maison. Ensuite, nous nous rendons à la ferme; c'est l'heure de la traite des vaches. Avec ses 72 ans, il tient à être présent tôt le matin et à 16h chaque jour.

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Demain, à 14h, funérailles d'un ami décédé d'un cancer; c'est Andrew, le fils qui m'a repéré au bord de la route, qui présidera la cérémonie. Outre son métier de fermier, il a suivi des cours de théologie de l'église Méthodiste. Sur le chemin du retour, nous voyons un zèbre et des Koudous qui se nourrissent des plants de maïs.

Vendredi 19 février, 7h du matin, petit déjeuner; c'est Bruce qui me prépare deux oeufs; quant à Catherine, elle me prépare un pique-nique(fromage et confiture).  Au moment du départ, sa belle-fille cherche un petit drapeau Sud-Africain que l'on lie à celui du Zimbabwe qui m'accompagne depuis Harare. 

Longue journée difficile en contournant le lac du barrage de Woodstock (cela me rappelle quelque chose qui s'est passé en 1969)!  Le vent s'est levé et il est de face.  Dur dur dans les nombreuses montées. A 16h, j'arrive à l'entrée du Parc National Royal Natal, situé non loin du Lesotho. Il me reste 3 km pour arriver au bureau qui ferme à 16h30 ... j'y arrive tout juste avant la fermeture. 

J'installe ma tente dans un très beau camping où  de nombreuses familles viennent passer la fin de semaine.  Je suis le seul à être venu à vélo ...!  Un homme s'approche, il a reconnu le drapeau de son pays ... il me demande en plaisantant si je suis allé saluer le président Mugabe ?  En ce qui concerne celui-ci, voici un article de presse (signé Koaci) le concernant.

Dimanche 21 Février 2016.  Le président zimbabwéen Robert Mugabe a fêté ses 92 ans. Il est devenu ainsi le plus vieux chef d'Etat en exercice dans le monde alors que son parti, le Zanu PF est déchiré par une bataille de succession.  Au pouvoir depuis 36 ans, Mugabe avait expliqué que sa longévité était dû à « la volonté de Dieu » (NDRL: même un président marxiste peut utiliser Dieu pour son égo surdimensionné) et une vie saine loin de la fumée et de la bière et qu’il pouvait encore diriger le pays jusqu’à l’âge de 99 ans.  Mi-février, des rumeurs le donnaient mort. Finalement, le président zimbabwéen est réapparu, après un mois de vacances en Asie estimant que "les journalistes devraient mieux faire leur travail qu'ils ne le font".  Les célébrations publiques de cet anniversaire sont programmées pour le 28 février. L'année dernière, le chef de l’Etat a eu droit à des festivités marquées par l'abattage de plusieurs éléphants et de nombreux gâteaux d'anniversaire, dont l'un de 91 kg.  (NDRL : pendant ce temps, au Lesotho, les jeunes bergers et gardiens de troupeaux de vaches que je croise me font signent qu'ils ont le ventre vide ... triste et injuste Afrique !)

Samedi 20 février, après avoir lutté contre le vent de face y compris dans un col qui m'emmène au Drakensberg, je dois affronter par trois fois un orage dont un avec des grelons !  Pas moyen de trouver la moindre habitation et c'est entre deux champs de maïs que je plante ma tente à l'abri de tout regard.  Le lendemain, dimanche 21 février, je traverse le très beau "Golden Gate National Park".  

De nombreuses familles sont de sortie en voiture, certains à VTT; je rencontre un triathlète d'origine chypriote grecque.  Des gens s'arrêtent pour me ravitailler en eau ... très bienvenue surtout que la route monte, monte en lacets comme en Suisse.  Le soir, j'arrive à Clarens et je suis hébergé chez Janis et Peter, artiste-peintre, frère de Catherine, la fermière qui m'avait accueilli à Bergville.

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Le Lesotho

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L'histoire du Lesotho a commencé avec les Bushmen qui ont vécu en autarcie pendant des milliers d'années dans cette région montagneuse d'Afrique australe au cœur de l'Afrique du Sud.

Au XVIe siècle, les Sothos s'établirent sur le territoire et chassèrent les Bushmens.  En 1868, pour se protéger de la convoitise des Boers, les Sothos se placèrent sous la protection de la Grande-Bretagne. En 1966, le protectorat britannique du Basutoland devint un État indépendant connu sous le nom de Royaume du Lesotho.

Contraste saisissant entre l'Afrique du Sud et le Lesotho.  Celui-ci totalement enclavé dans le premier est un des pays d'Afrique où le sous-développement est le plus marquant. Comme au Burundi, le fait qu'il y ait un énorme taux de non-emploi, la plupart des gens sont dans la rue. 

Comme en Ethiopie, il y a de nombreuses personnes qui marchent le long des routes alors qu'en Afrique du Sud, l'on ne voit pas grand monde et où, le long des routes, d'interminables clôtures empêchent les animaux de sortir des grandes propriétés.

Au Lesotho en revanche, pas de clôtures et dans l'immensité des pâtures, les troupeaux circulent librement, gardés par des hommes, souvent très jeunes.  Ceux-ci me font comprendre qu'ils ont faim et lorsque je m'arrête pour me ravitailler, impossible de ne pas partager ce que j'ai.

Les écoles débordent d'enfants; le matin, à midi et vers 16h, d'interminables files d'enfants marchent le long des routes. Tous ont un uniforme ... très bien la différence de classes disparait mais que se passe-t-il dans la tête d'un jeune de 15 ans, habillé comme un "ministre" avec chemise et cravate ... que deviendra-t-il lorsqu'il aura un diplôme ... les emplois intellectuels sont rarissimes ?

Les deux premières nuits dans ce pays où il n'y a pas de camping et très peu d'infrastructures touristiques, je négocie un coin de pelouse dans les rares lodges que je trouve. Là ou le gérant(e) finit pas accepter que je dresse la tente ... qui fait l'objet d'une photo sur GSM; bien souvent c'est une première !  

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Le lendemain, le mercredi 24 février, je suis invité dans une paroisse catholique par un prêtre qui me dit qu'il y eut un Belge missionnaire ici dans le passé.  Je n'ai pas décliné l'invitation et j'en profite pour me reposer. J'ai dépassé les 2.300 km. Dans la baignoire, un mince filet d'eau ne me permet qu'une toilette limitée ...

Le lendemain jeudi 25 février, la nuit approche et je n'ai rien trouvé.  J'interpelle une dame qui, avec l'aide de la traduction de jeunes étudiantes rentrant de l'école, me fait comprendre que je dois aller plus loin... c'est-à-dire "allez voir ailleurs".  Toutefois, une dame depuis sa petite maison perchée sur la colline, a entendu la conversation et me fait comprendre que je suis le bienvenu.  

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Je monte la tente et prend mon repas lyophilisé (chauffé sur le gaz de la cuisine) sous le regard de 22 yeux interrogateurs. La nuit tombe et alors que je suis déjà couché, les voisins sont venus faire une papote et sans doute commenter le passage de ce blanc qui n'a pas de voiture ! Le lendemain matin, les enfants ne se rendent pas à l'école et pour cause : la papa n'a pas d'emploi et donc pas d'argent pour payer le minerval ... et l'uniforme !  La maman courageusement a planté quelques légumes à côté de la maison. Ils ont partagé ce qu'ils avaient: un peu de gaz et le terrain devant la maison.

Retour en Afrique du Sud

Vendredi 26 février, arrivé à Sterkpruit, une petite ville (en Afrique du Sud où, après le Lesotho, je suis entré pour la troisième fois), l'orage éclate ... au moment où je me réfugie sous les tôles d'un car-wash ... et ensuite chez le Pasteur de l'église Méthodiste.  Celui-ci s'interrogeant sur mon voyage un peu particulier, me demande "Qui vous paye pour faire cela ?"  ... ce n'est pas la première fois que l'on me pose cette ... étonnante ... question ! L'accueil chez un couple de noirs méthodistes me permet d'utiliser une baignoire avec de l'eau.  Par ailleurs, la dame (infirmière de profession ... oui elles sont gentilles les infirmières ...) prépare un copieux repas du soir.

B8 famille methodiste.JPG

Le lendemain, arrivé à la petite ville Lady Grey, j'assiste à un mariage dans l'église réformée néerlandaise... celle qui avait soutenu l'apartheid en son temps. Cette fois-ci l'assemblée est multicolorée contrastant avec la célébration du 14 février à Piet Retief où il n'y avait que des têtes blondes ! Aujourd'hui le célébrant était un pasteur noir ...  Tout doucement, les choses changent !

Qunu, le village de Nelson Mandela dans 5 jours

Si tout va bien encore cinq jours et j'arrive à Qunu, terme de la transafrica 2016, le village de Nelson Mandela. Comme j'aurai des jours supplémentaires disponibles, je compte faire un aller-retour en bus jusque Cape Town (2 x 1200 km) pour visiter la prison célèbre de Robbin Island. Pour terminer mon voyage j'aurai encore 450 km ... à vélo depuis Mthatha jusque Durban d'où je reprendrai l'avion pour Zaventem le 23 mars prochain.

A plus ... à Qunu

Léon

Le lundi de Pâques, participez vous aussi à la Transafrica 2016 ... en rejoignant avec votre vélo (à pulsion électrique ou non, VTT ou vélo de course) la dernière étape de cette traversée africaine de près de 6.000 kms à vélo.  Le départ sera donné le lundi 28 mars 2016 à 8h au 36 de l'allée St-Vincent à Jambes vers le Square Nelson Mandela de Gesves via le RAVel jusque Thon-Samson et la vallée du même nom. Pour les non cyclistes rendez-vous à 1Oh en contrebas de l'église de Gesves, chaussée de Gramptinne (ne le demandez pas à votre GPS, il ne le connait pas).  A cet endroit qui porte le nom du premier président noir de l'Afrique du Sud, je déposerai symboliquement les quelques cailloux que je ramènerai du cimetière de Qunu où ce grand homme a voulu être enterré.

lundi 22 février 2016

M19 Transafrica 2016 - Du Swaziland vers le Lesotho

Voici la suite de la Transafrica ... en Afrique du Sud en passant par le Swaziland vers le Lesotho.

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 "coucou ... je suis un Swazi du Swaziland ..."

Passage par le Swaziland

L'entrée dans ce petit pays coincé entre le Mozambique et l'Afrique du Sud fut tout aussi simple que lors de l'entrée en Afrique du Sud. Très bon accueil pour la première nuit au poste de police près duquel j'ai dressé la tente. Pour chauffer l'eau destinée à mon plat lyophilisé, deux policiers ont rallumé le barbecue.  

La nuit fut tout à fait calme, contrastant avec le début de soirée perturbé par quelques hommes éméchés par des boissons alcoolisées. A cinq heures du matin, lever et départ pour profiter des heures fraîches de la journée.  Je salue le garde qui a veillé sur le poste de police et par la même occasion sur ma tente.

C'est l'heure où les enfants se rendent à l'école ... un peu timides par rapport aux autres pays déjà  traversés, surtout le Burundi et le Zimbabwe.  Arrivés à un grand barrage, je demande aux gardiens un endroit pour camper ... "Après le pont, à l'aire de pique-nique ... tout à fait sécurisé !" disent-ils. Quand j'arrive à cet endroit, je vois la pancarte : "Beware crocodiles !". Heureusement, un peu plus haut, il y a un lodge où l'on peut camper ... ces sales bêtes ne grimpent pas si haut ! Heureusement ... car comme dit la petite Giulia de 3 ans et demi : "Quand on les caresse ... ils mordent !"  Et ce ne sont pas des caresses!

Le lendemain matin fut très pénible ... et oui, un barrage généralement cela se trouve à une altitude très basse par rapport aux montagnes qu'il faut grimper pour retrouver la route nationale. A midi, je m'arrête exténué : 5 heures de montée pour 22 km!  Je décide de me "payer" un demi-jour de repos ... d'autant plus que je trouve un camping dans une réserve naturelle.

Blesbok.JPGEn arrivant à l'emplacement de celui-ci, je vois non loin de moi un "Blesbok", une sorte de grand cerf.  Il ne s'enfuit que lorsque je tente de m'approcher de lui.

Sinon, il reste dans les parages en manifestant bruyamment sa désaprobation de me voir "envahir" son territoire.  Je dois être un rare candidat campeur depuis longtemps; un employé de la réserve prépare un grand feu qui chauffe une réserve d'eau pour la douche.

Celle-ce sera hyper chaude et ... bienvenue !

Le lendemain, une longue descente de 20 km - dans le brouillard malheureusement - vers Mbabane, la capitale de ce pays... je découvre qu'il s'agit d'un royaume en voyant le nom de l'aéroport international "King Mswati III " (né prince Makhosetive1 Dlamini le 19 avril 1968; le 67ème fils - "meus Deus (!)" - du roi Sobhuza II.)  

Emporté par mon élan, je vais 20 km trop loin et loupe la route vers la frontière avec l'Afrique du Sud. Un monsieur m'indique une route alternative mais beaucoup plus longue et accidentée. Je me renseigne auprès d'un blanc (ils sont environ 100.000 sur une population totale de 1.200.000 habitants).  Il me propose de me ramener à l'endroit où j'ai loupé la route vers la frontière, faute d'indication.

Avec son ouvrier, on charge le lourd vélo à l'arrière du pick-up et je reste derrière pour le sécuriser.  En quelques minutes, à du 100 à l'heure, je suis vite revenu au bon endroit.  Je parcours encore 25 km à vélo, totalisant près de 100 sur la journée.  Ne trouvant pas de camping, je m'adresse à une dame qui, après hésitation, accepte que je dresse ma tente près de sa maison.

Ce soir-là j'ai goûté au vrai bonheur d'être accueilli par des gens tout simplement qui ont très peu de biens matériels mais beaucoup de coeur ... outre une bassine d'eau chaude à m'offrir pour la toilette.  Ayant ma propre nourriture, je refuse poliment de partager le (maigre) poulet qui migeotte sur le feu.  Le lendemain matin, c'est cette dame qui prend en photo mon vélo.  Généralement c'est l'inverse.

Ce vélo arnaché comme il est, cela doit en étonner plus d'un ... cela m'arrive souvent d'être pris en photo ...  Il est vrai que maintenant avec les gsm photographeurs... !  Au moment de partir, elle me demande mon numéro de téléphone. Elle me donne son adresse postale, je lui promets de lui envoyer les photos prises avec sa famille.
Samedi 13 février dernière journée en Swaziland ... très pentu comme si l'on était en Suisse, avec la chaleur en plus !  De longues montées où je ne dépasse pas le 5 km/h ... tout le temps d'admirer ces beaux paysages, sous un soleil éclatant !  Je sympathise avec 4 coureurs - roulant ensemble - représentant bien la diversité des races ici au Swaziland (2 noirs pour un blanc et un métis). 

Cyclistes Swaziland.JPG

Retour en Afrique du Sud

Après de longues heures de sueur, j'arrive au poste frontière.  Je rentre - comme une lettre à la poste - de nouveau en Afrique du Sud. Direction : le Lesotho, un petit pays enclavé dans l'Afrique du Sud.  Le soir je campe dans une ferme tenue par Pieter et Elsie, un couple dont le nom de famille est "de Villiers", vraisemblablement des descendants d'Huguenots ayant du fuir la France (au 17ème ... après la révocation de l'Edit de Nantes et au 18ème siècle ... c'était avant la révolution de 1789) car ne partageant pas la même dénomination religieuse que le Roi et les détendeurs du pouvoir de l'époque.

Dans cette ferme, il y a des autruches et des singes de divers types ... enfermés dans des cages.  J'installe ma tente et alors que je sympathise avec un couple de Néerlandais, un gros chien vient uriner sur le coin de mon abri de nuit ... lui aussi pour marquer son territoire, sans doute ?  Un peu plus tard, je lui pardonne toutefois en lui refilant les os de mon souper !

Lundi 15 février, jour de chance. C'est tout d'abord un automobiliste qui me ravitaille en boissons, biscuits ... et chocolat.  Ensuite, revenant vers moi avec sa moto, il m'indique un itinéraire bis plus court de 5 km et moins pentu pour me diriger vers Dundee.  Par ailleurs, un monsieur s'était arrêté pour me dire qu'il m'invite chez lui dans 45 kms.  L'année passée, il avait vu un cycliste "international" mais ne l'avait pas invité. Cette fois, il n'a pas loupé le Belge ... et cinq heures après cette invitation je suis arrivé au moulin à maïs dont il est le gérant.

Son épouse m'accueille très gentillement jusqu'à lessiver mes habits (qui en avaient grandement besoin ... vous vous en doutez !). Après la visite du moulin à maïs, Frans me conduit à un endroit souvenir de la seconde guerre entre les Boers et les Anglais (1899-1902). Egalement visite d'un lac constituant une réserve d'eau pour les cultures de maïs environnantes.  Il n'y a presque plus d'eau. Cette année est la pire sècheresse depuis plus de 150 ans !  

Malgré cela, le moulin envoie du maïs (de la récolte 2015) au Zimbabwe encore plus touché par la sècheresse (voir messages précédents).  Suite à la pénurie de maïs, l'Afrique du Sud importe du maïs blanc (pour l'alimentation des humains) du Mexique et du Brésil (le maïs jaune produit patr les Etats-Unis étant destiné à l'alimentation du bétail).  Le soir, barbecue au cour d'un repas au cours duquel, nous parlons de Nelson Mandela ... "un grand homme" dit Frans (l'Afrikaner qui outre l'anglais parle également le Zoulou) qui a lu et apprécié son livre autobiographique "Un long chemin vers la liberté".

Chariots guerre boers 1828.JPG

Mardi 16 février commence par la visite du mémorial de la guerre des Boers, plus exactement celle de 1838 qui opposa plusieurs milliers (entre 12 et 15.000)  Zoulous et une poignée de Boers (400) qui avaient disposé leurs charriots en cercle. C'est l'épisode sanglant de la "Blood river" qui désormais porte la couleur de ce carnage.  Les Afrikaners se remémorent cette bataille depuis lors le 16 décembre de chaque année: le "jour du voeu" est férié.

Avec Frans Durr.JPGDepuis 1994, le gouvernement post-apartheid a rebaptisé ce jour "jour de la réconciliation". Selon Frans qui m'accompagne, seule une poignée d'Afrikaners ne veulent pas entendre parler de réconciliation. Par ailleurs, la fin du 19ème siècle fut marqué en Afrique du Sud par deux autres guerres des "Boers" qui opposèrent les colons d'origine anglaise et les Boers d'origine Néerlandaise et Allemande.

La région que je traverse compte pas mal d'endroits commémoratifs des différentes batailles de ces guerres. Au cours de la seconde, l'on organisa les premiers "camps de concentration" qui n'avaient pas pour but d'exterminer des gens mais de préserver les femmes, les enfants et les personnes âgées des zones de conflits. 

Malheureusement le fait de regrouper tous ces gens entraina beaucoup de morts à cause des maladies transmissibles. Ces camps accueillirent près de 120.000 blancs et 120.000 noirs également qui travaillaient avec les Boers. Un rapport postérieur à la guerre estima à 27.927 le nombre de Boers morts (desquels 22.074 enfants de moins de 16 ans) et 14.154 noirs, morts de famine et de maladies.

Le soir du 16 février après une longue journée de 69 kms sous le soleil, j'arrive juste à temps avant l'orage dans une station de la police où trois policiers (noirs) avec beaucoup de sympathie m'accueillent et me proposent de dresser la tente dans un garage à l'abri de la pluie ... qui réjouit particulièrement les fermiers Catherine et Bruce, les parents d'Andrew qui, me voyant arrêté le lendemain après 75 km, au bord du chemin (j'étais en train de me demander où j'allais passer la nuit suivante) m'invita chez lui.

Me précédant par un chemin de campagne, Andrew avait prévenu sa maman de mon arrivée, laquelle préparait la chambre pour me recevoir.  Me trouvant si bien à cet endroit, après un bon repas (de la viande des vaches de la ferme), suivant les conseils de ma Danielle "Demandez et vous recevrez", je décide de rester un jour de plus (le 18 février), le temps de calmer un mal de dos (merci à Bruce pour son "arnica") et planifier la fin du voyage.

J'envoie un courriel à Frans (voir ci-dessus et photo) qui me répond dans le quart d'heure que sa soeur m'attendra à Durban, m'accueillera chez elle et me conduira à l'aéroport ...  "Demandez et vous recevrez ..."  disai(en)t-il(s) ...!"   Par ailleurs, j'ai bien fait de m'arrêter ici ... la pluie ne cesse de tomber ... tant mieux dans un pays qui a soif !  Au programme de cette journée de repos :  sieste et traite des vaches à 16h !
 
Je vous retrouve après la traversée du Lesotho ... dans une semaine !
 
Léon Tillieux

Précision apportée par Jacques Briard quant à un des messages précédents où je parlais des tunnels "Verwoerd"

"Pour votre culture sud-africaine, sachez que Hendrik Verwoerd était Premier Ministre au moment de la création de la République d'Afrique du Sud en 1961. Adepte de l'apartheid, il fut assassiné en 1966 (peu après la condamnation à la prison à perpétuité de Mandela et ses compagnons)."

Le lundi de Pâques, participez vous aussi à la Transafrica 2016 ...

en rejoignant avec votre vélo (à pulsion électrique ou non, VTT ou vélo de course) la dernière étape de cette traversée africaine de près de 6.000 kms à vélo.  Le départ sera donné le lundi 28 mars 2016 à 8h au 36 de l'allée St-Vincent à Jambes vers le Square Nelson Mandela de Gesves via le RAVel jusque Thon-Samson et la vallée du même nom. Pour les non cyclistes rendez-vous à 1Oh en contrebas de l'église de Gesves, chaussée de Gramptinne (ne le demandez pas à votre GPS, il ne le connait pas).  A cet endroit qui porte le nom du premier président noir de l'Afrique du Sud, je déposerai symboliquement les quelques cailloux que je ramènerai du cimetière de Qunu où ce grand homme a voulu être enterré.

mardi 9 février 2016

M18 Transafrica 2016 - Accueil en Afrique du Sud

En cherchant en vain un camping, je finis par trouver

Samedi 30 janvier, je quitte la famille qui m'a accueilli pour une nuit dans son jardin.  Un petit café et trois fois deux litres d'eau filtrée pour la route.  Une carte de GSM ("Cell phone" en anglais), quelques réserves (pain, pâtes, corned beef, biscuits, bananes) et me voilà parti vers le Sud.  A peine sorti de la ville, une camionnette fait demi-tour.  Un Sud-Africain noir distingué me demande s'il peut me prendre en photo avec lui.  Il me donne son numéro de GSM à la ville (Polokwane) située à 200 km ("please contact me") ... et au moment de me quitter, me donne un billet de 100 rands (soit environ 5 Euros)pour aller boire un verre !

La suite est un peu plus dure.  Le monsieur blanc qui m'avait accueilli m'avait dit qu'il y avait un camping après 40 kms ... et bien non, après 60 kms toujours rien, rien que des fils de clotures (dont certains électriifiés pour dissuader les entrants et les sortants) des deux côtés de la route, pas la moindre maison, des lodges pour safaris à des kms sur une route en terre ... non merci!  

Le soir s'annonce et je ne trouve rien.  Je me renseigne auprès des gardiens de dépôts de matériaux divers, il y a une station d'essence "dans quelques kms".  Cela me parait long surtout que depuis longtemps, c'est un faux-plat montant !  Puis soudain la station d'essence apparait, ce n'est pas un mirage.  Elle est fermée mais il y a un gardien, un homme très gentil qui accepte que je plante ma tente.  Il veillera sur moi.

En effet, pas question de camping sauvage comme en Belgique ou en France ou dans le désert d'Atacama.  Des avis explicites de la police (voir photo) invitent les camionneurs à ne pas s'arrêter la nuit en dehors des zones réservées pour eux avec des grillages électrifiés.  Je passerai la nuit l'esprit tranquille après avoir fait de la place parmi un tas de brols.

A4 insecurite Afr.Sud.JPG

Le soir tombe ... enfin c'est un euphémisme, j'ai planté ma tente en dessous d'un gros spot qui ne s'éteindra qu'au lever du jour !  Levé à 5 heures, je démarre à 6 h.  Il fait frais. Un col de 20 kms.  Pas trop dur, mais long quand même: je mettrai 4 heures pour cette distance.  Deux tunnels ouverts en 1961 par un certain Verwoerd, nom Afrikaans.  A l'intérieur, un bruit assourdissant quand un camion s'y engouffre.  Le camionneur du lourd "truck" qui me suit, attend patiemment que je sois sorti du premier tunnel.  "Thanks you" ! 

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Vers 10h30, je bifurque vers une vielle ferme où il est possible de faire du camping.  Il est encore tôt mais je ne rate pas l'occasion qui doit être très rare.  Après m'être rafraichi dans la piscine, j'allume un feu pour me cuire des pâtes.  La suite de la journée : repos ...bien mérité.  En une semaine, j'ai dépassé les 700 kms ... je peux ralentir un peu !  Pour la seconde fois - la première c'était en 2009 au nord de Salta en Argentine - je passe le tropique du Capricorne, je me rapproche ainsi petit à petit du pôle Sud ... mais c'est encore loin !  Et puis comme diraient certain(e)s, il me faudra un pédalo pour continuer au-delà de Durban !

Lundi 1er février, la recherche d'un endroit sûr est un peu compliqué.  L'on me renseigne un ancien motel à 5 km.  Il y a bien un jeune qui le garde le jour mais pas la nuit.  Je n'ose pas - à 17h - me lancer dans les 50 kms restant jusqu'à la ville de Polokwane (anciennement Pietersburg).  "Only bush" me dit le jeune ... aucune maison ni pompe à essence.  

Je fais demi-tour et reviens au lodge où j'avais demandé le prix ... trop élevé pour mon budget.  J'explique aux gardiens du bar attenant que je cherche un endroit sûr pour monter la tente.  Finalement nous tombons d'accord pour 100 rands, l'équivalent payé au camping de la nuit précédente, pour un coin du bar pas trop éclairé.  Accès aux toilettes, eau chaude à disposition pour une soupe et des nouilles "asiatiques".  

La nuit sera plus ou moins bonne, les gars n'éteignant leur télé que tard ou plutôt le matin ... Au moment du départ, à 5 heures, un des deux gardiens dort encore.  Nous nous quittons ... le soleil radieux ne tarde pas à se lever.

Contrastes entre le post-apartheid et l'insécurité ambiante

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En passant près d'une école, les enfants étant en récréation, quelques-uns s'approchent du mur pour me saluer.  Deux filles blanches et deux filles noires en pleine harmonie dans une Afrique du Sud qui vit plutôt bien son post-apartheid même si tout n'est pas parfait ... est-ce parfait en Belgique, pour nous et nos communautés respectives avec X, Y et Z ...  ?  

Toutefois entre eux et moi, entre l'objectif et leurs visages, des fils barbelés - très visibles sur la photo autour de la tête des enfants - ne semblent pas inquiéter nos adorables fillettes.  Toutefois la réalité de l'insécurité - comme déja dit - me pousse à être très vigilant dans un pays réputé pour son nombre important de crimes par habitant.  Les maisons sont pour la plupart - même les "moyennes" - entourées de barbelés comme au champ d'aviation de Florennes. 

Un avis très explicite avertit les candidats voleurs : "arm response" (voir photo).   Le message de non-violence de Nelson Mandela (voir interview de John Stewart, message n° 17) est plus que jamais d'actualité !

Un igloo en Afrique !

Arrivé à Polokwane, je suis bien inspiré: je bifurque juste dans la rue où il y a un accueil des backpakers et un camping ... très bien entretenu par un Blanc.  Alors qu'il fait très chaud dehors, je me réfugie pour lire ("Afrika trek" d"Alexandre et Sonia Poussin) dans le local douches/toilettes ... installées dans un "bulle" en forme d'igloo ... qui porte bien son nom, il y fait plus frais!

A peine arrivé, je reçois un sms de Genock, le monsieur qui m'avait donné 100 rands pour me rafraîchir à la sortie de Musina.  Ce soir il m'invite à aller prendre un verre (qui devient un repas complet - voir photo) ensemble avec son frère, très sympa, prénommé Lucky (je lui ajouterais bien un second "Luck").

Rencontres et accueil en série...

Un jour de repos, j'en profite pour rencontrer une dame prénommée Motlanalo, la Directrice d'une ONG (Nkuzi Development Association) dont l'objectif principal est la défense des Droits des travailleurs dans les grandes fermes souvent encore gérées par des Blancs: droits des travailleurs eux-mêmes mais aussi droits des autres membres des familles, surtout les femmes et les enfants (accès à l'école, aux soins de santé, etc.)  

Exercice pratique pour moi, le surlendemain, vendredi 5 février: en recherche d'un endroit pour planter la tente, je me hasarde à franchir la grille d'une de ces fermes.  Une dizaine de tracteurs ; plongé dans le moteur d'un d'entre eux, un mécanicien blanc me renvoie au "chef".  J'explique à celui-ci fort occupé mon souhait ... il réfléchit de longues minutes, pendant lesquelles je sens combien mon sort de cette nuit est entre ses mains.  Il me répond : "juste un peu d'herbe" ... "ok, à côté des toilettes."  

Je monte ma tente près d'une maison dont l'enclos renferme dix chiens de toutes tailles; assez agressifs et aboyant ... à la limite je préfère encore un spot qui ne s'éteint qu'au matin !  C'est l'heure de la fin du travail.  Une dizaine de travailleurs agricoles s'approchent et veulent "tout" savoir sur mon voyage.  Ce sont des Zimbabwéens, jeunes pour la plupart.  Ils travaillent durant 5 mois d'affilée à raison de 100 Rands par jour (environ 6 euros) et ensuite ils ont le droit de retourner voir la famille durant une semaine.  Il y a un magasin dans la ferme ... où il payent leur nourriture bien sûr.  Le reste épargné est envoyé à l'épouse restée au pays.  Notez qu'au début des années 1950 en Belgique, "nous" avons traité les immigrés italiens de la même manière (voir la "cantine des italiens" à La Louvière) ... eux, ils pouvaient retourner en Italie, une fois par an !

Le jour précédent, vers 14 heures, j'interpelle des policiers qui ont planté leur voiture à l'abri d'un arbre.  Visiblement, ils font la sieste.  Je leur demande un endroit sûr pour passer la nuit ... "Near the Police Station", me répond l'un d'eux ... c'est à 30 km d'ici.  Fatigué par une longue journée de 80 kms, je m'arrête à l'entrée d'une réserve naturelle.  D'emblée, Walter un des gardiens accepte que je plante la tente dans l'enceinte du parc ... "en toute sécurité" me dit-il.  A force de savoir que l'insécurité est grande la nuit, les gens - y compris les policiers - vous accueillent facilement.

A la tombée de la nuit, un orage éclate en quelques minutes.  Le gardien arrive en me donnant l'ordre de quitter la "hutte" où j'ai monté la tente ... je passerai la nuit à l'abri de la pluie dans le local de conférence de la réserve naturelle où régulièrement des écoles viennent en visite.  Auprès de moi: chacal, hyène, chien sauvage, impala, antillope ... empaillés, rassurez-vous !

Avant d'arriver  à Lydenburg, j'ai vu comment les gens développent ce que l'on appelle l'économie informelle.  Au bord de la route j'ai vu plusieurs salons de coiffure (dont certains très rudimentaires, voir photos) et toute une série de car-washes improvisés constitués de quatre piquets et d'un toit en plastique.  Je me demande combien de clients ils se partagent sur la journée ?

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La région est très belle, semblable à celle des Vosges avec de belles moyennes montagnes ... et donc quelques côtes.  Région truffée de mines (platine, chrome, nickel) visibles à flanc de colline avec de très longues saignées noires, contrastant avec le vert originel. En me dirigeant vers le Sud, voila des montagnes, d'abord comme dans les Vosges, puis le Jura et ensuite la Suisse.

Il est vrai que je me rend au Swaziland, que l'on appelle - si je ne me trompe - la Suisse Africaine.  Ce dimanche 7 février, parti au lever du jour comme d'habitude, je suis arrivé au sommet d'un col de 2.15Om.  Les montagnes sont très belles et il fait assez frais à cette altitude.  Heureusement, j'ai mon polar !

Je continue d'être accueilli dans les fermes.  Ce dimanche 7 février, le fermier m'a proposé un bain d'au chaude ... ce que je n'ai pas refusé.  Le jour suivant approchant du Swaziland, un monsieur blanc s'arrête voyant que je cherche quelque chose.  Il me renseigne un camping.  Un peu plus loin, une dame m'invite à la suivre en voiture juqu'à ce camping situé dans un golf.  Guère habitué à ce genre de sport, je découvre un avis avertissant les passants "risque de traversée de balles de golf ... à vos risques et péril".  Bon, j'ai un casque !  Pour que l'herbe soit plus verte, celle-ci est aspergée sans relâche ... dans une région où les cultures ont soif !   Tiens, il paraît qu'en Belgique, vous êtes bien servis cet hiver !

Comme vous le constatez, les rencontres intéressantes se suivent !  Après le Zimbabwe, je suis ravis de l'Afrique du Sud !  Demain le Swaziland ...

Le lundi de Pâques, participez vous aussi à la Transafrica 2016 !

en rejoignant - avec votre vélo (VTT, de course, avec ou sans assistance électrique) - la dernière étape de cette traversée africaine de près de 6.000 kms à vélo.  Le départ sera donné le lundi 28 mars 2016 à 8h au 36 de l'allée St-Vincent à Jambes vers le Square Nelson Mandela de Gesves via le RAVel jusque Thon-Samson et la vallée du même nom. Pour les non cyclistes rendez-vous à 1Oh en contrebas de l'église de Gesves, chaussée de Gramptinne.  A cet endroit qui porte le nom du premier président noir de l'Afrique du Sud, je déposerai symboliquement les quelques cailloux que je ramènerai du cimetière de Qunu où ce grand homme a voulu être enterré.

Léon

lundi 1 février 2016

M17 Transafrica 2016 - Rencontres à travers le Zimbabwe et entrée en Afrique du Sud

Un grand merci pour vos messages. Voici la suite de la Transafrica avec l'entrée dans le sixième pays... celui de Nelson Mandela !

En quittant Kathy Bond et John Stewart

Kathy travaille sans relâche au sein d'une équipe rédigeant des manuels de vulgarisation à destination de toutes les couches de la population Zimbabwéenne (en anglais "Africa Community Publishing and Development Trust").  Parmi ces nombreuses publications, je relève les idées maitresses d'une brochure intitulée "Yesterday's sun rises today"  (traduction : le soleil d'hier se lève aujourd'hui).  Au moment ou le gouvernement Zimbabwéen entend rénover la constitution dans un pays aux multiples problèmes, l'équipe de Kathy parcourt les villages pour sensibiliser les gens à l'importance de cet ensemble de lois et de principes qui devrait conduire à un développement basé sur davantage d'humanité, de justice et de paix.
 
Quant à John, voici ce qu'il me disait au moment de le quitter, dans un interview dont vous retrouverez l'essentiel dans le film "Transafrica 2016" qui sortira vraisemblablement en mai prochain.  Cela fait longtemps que John agit et réfléchit à la problématique de la non-violence, dans différents pays d'Afrique, actuellement au Zimbabwe et par le passé avec les Quakers en Afrique du Sud.
 
Quant à Nelson Mandela, sorti de prison après 27 ans, John l'a rencontré une fois en tête-à-tête durant 10 minutes.  Celui qui a mis fin à une gouvernance exclusivement par les Blancs, est resté cinq ans seulement au pouvoir. Selon John, ce très grand personnage était très intéressé par les initiatives de non violence dans la région de l'Afrique Australe.  Selon John, il reste pour nous tous et en particulier pour les jeunes quelqu'un de très important qui peut encore inspirer notre action et notre engagement aujourd'hui, là où nous sommes.

La région de Masvingo touchée par une sécheresse sans précédent

Le phénomène "El Nino" (comme l'explique très bien un article de la revue "National Geographic" de mars 1999, trouvée dans la très achalandée bibliothèque de John) trouve son origine dans l'océan Pacifique à hauteur du Pérou, entrainant un réchauffement et un bouleversement climatique jusqu'en Afrique et en Europe, via le détroit de Magellan au Sud du Chili et de là, via l'océan Atlantique.  Dans la région de Masvingo au Zimbabwe que je viens de traverser, il n'a guère plu depuis longtemps.  Fin 2015, selon un journal zimbabwéen, près de 5.000 têtes de bétail sont mortes faute d'avoir pu trouver de l'eau en suffisance et à force de s'être épuisées à la chercher.

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Accueil durant trois nuits chez des fermiers blancs

Parti de la capitale Harare, vers 15h vendredi 22 janvier, j'arrive vers 18h à 30 km au sud sur une aire de stationnement de camions selon une suggestion de John.  Ne m'y trouvant pas suffisamment en sécurité, je poursuis ma route.  Bien m'en a pris ... car je ne tarde pas à rencontrer une dame blanche, une fermière à qui je demande de pouvoir installer ma tente dans sa propriété.  Avant de se prononcer, elle me dit qu'elle doit d'abord demander l'avis de son mari  ... lequel ne tarde pas à m'embarquer avec sa camionnette (avec le vélo) vers la ferme.  
 
Samedi 23 janvier, levé à 5h pour bénéficier des heures fraîches de la journée, je quitte mes hôtes vers le sud. Une heure de route à peine quand le pneu avant se dégonfle.  Après investigation, je retire du pneu un fin morceau de fer d'un centimètre de long et de moins d'un millimètre de section.  Première crevaison après 50 km seulement !  
 
Le lendemain matin, dimanche 24 janvier, départ en présence de la famille.  La petite fille me donne une pièce de monnaie sud-africaine ... en guise de porte-bonheur.  La fermière me précède sur 3 kms avec sa voiture afin de me montrer où bifurquer vers un itinéraire bis moins fréquenté.  En descendant vers Masvingo en passant par Gutu, ce sera bien plus agréable. Toutefois la chaleur à partir de 10  heures monte de nouveau pour devenir presque insupportable entre 12 et 16h.  
 
Lundi 25 janvier, à 6 heures du matin, Kobus me conduit à l'endroit où il m'a chargé.  Il prend des photos du vélo et de son chargement vraiment exceptionnel (en anglais Zimbabwéen c'est "Abnormal" comme écrit sur les gros camions).  Ann, son épouse m'a cuit des oeufs et préparé des tartines (fromage + confiture ... "very british" mais délicieuses) !  Au moment du départ, droit comme un "I", il soulève sa casquette ... moment rempli d'émotion : "Come back with your family !".  J'ai refusé qu'il m'avance de quelques kms.

Au bord de la route de Harare ... en attente depuis 3 jours ... 

C'est la situation pénible de trois femmes et d'un homme, attendant désespérément un transport pour leurs six énormes balles de fibres naturelles destinées à la fabrication de balais ... qu'ils espèrent vendre à la capitale à raison de 5 cents pièce.  S'ils y parviennent et après avoir payé le transporteur 10 dollars par balle, que leur restera-t-il de ce voyage d'une semaine ... qui n'a pas encore commencé ?  Nous parlons de la pluie ... qui ne vient pas et des estomacs qui restent désespérément vides ! Nous sommes ici tout proches de la réalité des séquelles du réchauffement climatique d'une planète ayant - par ailleurs - pas mal d'autres préoccupations!

Deux demi-journées de rencontres à Sese et à Ngundu

Mardi 26 janvier, 55 kms seulement parcourus en une matinée laissant le reste de la journée libre pour visiter le village de la famille de David Manenji.  Un projet intéressant pour cette région comptant beaucoup d'orphelins (en grande partie à cause du  décès des parents suite au SIDA), c'est celui de l'accueil par les familles elles-mêmes.
 
La suite de la visite nous mène à un barrage construit par les paysans en 1989 (ils avaient reçu le ciment); le système d'irrigation est à l'arrêt faute d'électricité et de pompe.  Un champ de légumes tout proche est alimenté en eau par quelques femmes se relayant pour porter quelques seaux ... gestes lourds et pourtant dérisoires face à l'étendue de la sècheresse à des kms à la ronde. En revenant vers la maison de la maman de David, un poulet nous accompagne ... ce sera son dernier voyage.  Question voyage, il en a du faire des marathons au vu de la taille (réduite) de ses cuisses !
 
Rebelotte le lendemain matin ... pour seulement 40 kms. A Ngundu, c'est Patrick qui m'accueille.  Cet ancien policier me présente sa famille comportant 4 enfants ("Je me suis marié tard" me dit-il).  Excellent repas préparé par son épouse prenommée Pétronella (prénom typiquement roumain) suivi d'une présentation de 4 dames veuves et d'un projet d'élevage de poules les concernant.  Les pensions - pratiquement inexistantes - ne suffisent pas pour vivre.  Quelques poules - et leurs oeufs - permettraient de mettre un peu de "beurre" dans les épinards ... !

L'Afrique du Sud est en vue !

Le jeudi 28 janvier longue route vers la frontière. Un orage le matin... un après-midi très chaud se terminant par une longue ligne droite en faux plat, ce qui est psychologiquement plus dur que des montées et des descentes successives.  Ariivée à Bubi sur la rivière du même nom à un Motel (encore géré par un  couple de Blancs) où il est possible de faire du camping.  Je choisis cette solution.  Je suis le seul client ... les pompes à essence ont été retirées.  Dans le bureau, une jeune dame vend des recharges de cartes téléphoniques ... et des boites de coca.

Entrée en Afrique du Sud

Ce vendredi 29 janvier, 85 kms dans la région du Zimbabwe limitrophe avec l'Afrique du Sud: un "nomansland" avec très peu de rencontres, seulement de nombreux ânes, chèvres et vaches.  Le long de la route certains de ces animaux y ont terminé leur vie ... au grand bonheur des vautours qui s'enfuient à mon approche en clopinant.  Bientôt Beitbridge est en vue.
 
Douze kms plus loin, j'arrive à Musina, ville importante où je cherche en vain un camping.  Un monsieur blanc parlant Afrikaans essaye de m'aider ... et n'ayant rien trouvé à me proposer sinon à 40 kms, il me suggère tout simplement de dresser ma tente dans son jardin à côté de la piscine ... à 30 degrés.  Oui le soleil Sud-Africain tape fort !   Et moi j'en ai de la chance de croiser ce monsieur au moment où il rentre chez lui !
 
A suivre ...

Léon ... le Sud-Africain ... depuis peu.

Avec des moyens pédagogiques appropriés et des illustrations à la portée de tous, ce manuel attire l'attention sur la nécessité de faire le lien entre les traditions et leurs innombrables richesses et les défis actuels à relever.  Parmi ceux-ci citons : la protection des personnes vulnérables (enfants, jeunes, personnes âgées, personnes "moins valides", etc.), la protection des Droits humains fondamentaux de tous en particulier des femmes et tout ce qui touche la problématique du genre (équilibre et respect mutuel hommes/femmes - "gender" en anglais), la liberté et en particulier la liberté de conscience, les droits du travail et les droits politiques de tout citoyen. ... Et comme le dit un poète Zimbabwéen : "Les plantes, la terre, le peuple ont besoin de soleil et de pluie pour fleurir.  Le peuple et ses leaders ont besoin à la fois des traditions et d'une constitution nouvelle pour fleurir comme un arc-en-ciel d'espoir."

A la suite de la guerre de libération se terminant par l'indépendance du Zimbabwe en 1980  que faire des nombreux soldats engagés dans cette guerre?  Il se fait que le  Zimbabwe est un des pays au monde qui consacre le plus fort pourcentage de son budget à la police et à l'armée : 30 pour cent !  Par ailleurs, une autre problématique est celle du multipartisme : comment faire en sorte que des partis différents puissent s'exprimer librement et accéder aux élections alors que dans la réalité un seul parti (celui de Mugabe qui s'accroche au pouvoir) prétend représenter- à lui seul - tout le monde !

En quittant Harare, devant mes yeux, dans les champs, c'est la désolation : je cherche vainement des plants de maïs dépassant un demi-mètre, souvent il n'y a rien qui a poussé ... faute d'eau !  Dans les champs le maïs qui est sorti est irrémédiablement sec.  Les pays d'Afrique Australe (Zimbabwe, Botwana, Lesotho, Afrique du Sud) connaissent une sécheresse telle que ces pays doivent importer des milliers de tonnes de maïs pour nourrir leurs population.  Dimanche matin, troisième jour à vélo, je parle avec deux femmes qui enlèvent quelques mauvaises herbes d'un champs de maïs en attendant désespérément la pluie. Le maïs dépasse à peine 50 centimètres.  Elles gardent malgré tout le sourire; elles acceptent que je les prennent en photo et que je les filme ... en les quittant, à ma plus grande surprise, l'une d'elles me demande mon numéro de tél !  Leur ayant donné un paquet de biscuits, elles se mettent à chanter ... comme Marceline, l'Africaine !

Accueil "aux petits soins" : chambre d'ami de style Zimbabwéen avec moustiquaire... non trouée, repas copieux et vin Sud-africain, glace au dessert.  Après le repas, échange très intéressant sur les réfugiés au Moyen-Orient et en Europe.  Dirk et Margo (ce sont leurs prénoms) prennent contacts avec des amis et des cousins respectivement à 110 et 180 km de chez eux.  Chouette je bénéficierai de deux nuits confortables de plus ... !

Cette première longue journée (110 kms) me conduira à Chivhu sous un soleil de plus en plus écrasant.  Durant les 20 derniers kms, je manque d'eau et j'arrive avec bonheur chez Pieter et Tudor, un couple de fermiers blancs qui ont quitté leur ferme pour ouvrir un commerce de vente de nourriture pour poulets. Ils sont installés dans l'ancienne cure de l'Eglise réformée Neerlandaise, le pasteur étant parti, ne restant plus dans la ville que trois familles suite au départ massif des fermiers blancs vers l'Australie, la Nouvelle-Zélande, depuis les dramatiques bouleversements provoqués par la réforme agraire imposée par Mugabe ... ce qui a provoqué - faut-il le rappeler - la désorganistion totale de l'agriculture, et delà du pays.  L'accueil est tout aussi excellent que la première soirée. 

Comme de coutume, c'est la petite fille prénommée Sharné âgée de 7 ans qui récite le bénédicité ... "Give us today our daily bread ... and also water !".  Au menu du poulet, légumes régionaux, riz et pommes de terre.  Il y a aussi un fils, prénommé Pieter comme son père et son grand-père qui a terminé sa scolarisation à domicile, avec comme professeur sa grand-mère.  Reste à passer au "jury central" du Zimbabwe. 

Avec fierté, il me montre son VTT qu'il a motorisé en lui ajoutant un moteur de motocyclette et un réservoir contenant deux litres d'essence avec lesquels il peut rouler durant 200 kms ! Durant la soirée, nous échangeons longuement sur les grands problèmes actuels : la radicalisation de certains musulmans en Europe et dans le monde, les guerres au Moyen-Orient et en Afrique; la montée des églises "Apostoliques" au Zimbabwé entrainant une terrible manipulation des consciences ... au service de l'un ou l'autre gourou !

Ayant mal interprété les explications de Dirk, je me retrouve à l'entrée de la ville alors que j'aurais du bifurquer vers la droite 20 kms plus tôt. Un coup de fil résout le problème : Kobus, le cousin vient me chercher avec sa camionnette.  Accueil tout aussi chaleureux par la famille Nel, également Afrikaans d'origine.  Le père de Kobus (diminutif de Jakobus, un prénom bien biblique) a érigé la ferme dans les années 1930, reprise par le fils dans les années 1970. Cette décennie fut très dangereuse durant la guerre de libération qui se termina en 1980 par l'indépendance du Zimbabwe.

Deux décennies suivirent marquées par un développement positif du pays.  Les années 2000 furent tout autre avec comme déja dit l'exode (souvent forcé) de la plupart des fermiers blancs.  Remplacés par des noirs - certains étant des "parachutés politiques" proche du pouvoir Mugabe sans expertise aucune - les fermes périclitent.  Le pays qui exportait du maïs vers la Zambie, est obligé d'en importer de ce pays limitrophe.

Nous échangeons de tout cela et surtout sur le problème de la sècheresse qui asphyxie la région depuis plusieurs mois, au cours d'un repas qui commence par un bénédicité, récité main dans la main, Kobus confiant mon voyage - non sans risques - à Dieu dans lequel nous croyons.

Leur seconde fille venant de perdre son emploi comme comptable dans une importante société de transports de la capitale est revenue chez ses parents.  Durant quelques secondes, huit mains blanches et nos bras forment un cercle en silence autour de la table. A la fin du repas, la famille m'invite à sortir pour se réjouir de la pluie qui vient de tomber... mais joie de courte durée, cette petite ondée n'ayant même pas pu rafraichir la terre.

Le bétail cherche désespérement de l'herbe en ce mois de janvier où d'habitude l'herbe est bien haute.  A 67 ans, Kobus et Ann ne savent où aller : ils ont investi tout ce qu'il possédaient dans cette ferme dans un pays qui est le leur depuis trois générations et où leurs enfants et petits-enfants sont nés; le système des pensions (pour les Blancs) a été supprimé du jour au lendemain depuis la crise de 2000 et ils n'ont aucun moyen pour émigrer vers l'Australie comme d'autres l'ont fait.

Depuis la radicalisation du système politique de Mugabe, un apartheid en sens inverse s'est installé au Zimbabwe.  Finira-t-il par disparaitre ... oui vraisemblablement de lui-même, sans faire de bruit ... faute de Blancs ?  Comme dans d'autres pays d'Afrique, viendront (et viennent déjà) des Chinois pour compliquer encore un peu plus la survie et la souveraineté des Zimbabwéens.

J'ai décidé de faire comme les "Poussins", le couple de  Français (Alexandre, également cycliste" tourmondiste" et Sonia - lisez les deux tomes de "Africa Trek") qui ont relié à pied durant trois ans, le Cap (au Sud de l'Afrique du Sud) jusqu'en Palestine en suivant la grande dépression du Rift, le berceau de l'humanité.  Comme eux, je suis bien décidé à demander chaque soir l'hospitalité ou un endroit pour planter ma tente.

Le début de la Transafrica 2016 me réussit pleinement.  Ce lundi soir, pour ma quatrième nuit, je suis hébergé chez John, un monsieur Blanc, un des rares à être restés dans cette ville de Masvingo oû je suis arrivé vers 16h et chez qui l'on envoie les "backpakers" et cyclistes (plus rares) de mon espèce.  Je loge à deux pas de l'église hollandaise (en Afrikaans, cela s'écrit "Nederduitse Gereformeerde Kerk") et de la mosquée ... demain, pas besoin de réveil-matin !

Pas besoin de grosse structure pour héberger collectivement ces orphelins; ceux-ci vivent dans les familles, leurs frais scolaires étant pris en charge.  Pas mal comme autofinancement d'un projet bénéficiant à jusqu'à 15O enfants et adolescents !  Nous visitons deux écoles (l'une secondaire, l'autre primaire).  Les élèves de celle-ci sont invités à se rassembler dans la cour en notre honneur.

Comme lors de chaque rencontre au bord de la route, Musiiwa le coordinateur de la visite répète pour la xième fois que "je suis parti du Rwanda jusqu'ici (soit 3.300 kms) à vélo en direction du village de Mandela ...". Une chorale d'enfants à plusieurs voix entonne un chant manifestement patriotique, le mot "Zimbabwe" (un des rares mots que je reconnais en Shona) revient à plusieurs reprises.  1250 mains s'agitent et autant d'yeux scintillent au moment de notre départ !

Néanmoins, il sera succulent avec le sadza (fait à partir du maïs) et de quelques légumes.  C'est la maman (86 ans) de David qui a cuisiné .  C'est elle qui, avec son dynamisme anime encore la communauté.  Dans la nuit j'arrive chez elle, je loge dans une chambre que j'essaye d'aérer au maximum.  La chaleur m'accompagnera une bonne partie de la nuit.  L'orage du matin "essuyé" pendant quelques kms a été insuffisant pour rafraichir ... ni surtout arroser les champs. 

Douche chaude ... mais il faut aller vite, deux minutes maximum ... l'avantage, on peut recommencer à la douche d'à côté et l'on repart pour deux minutes. Autant en profiter (pour enlever la crasse accumulée depuis quelques jours) car de toute façon je suis seul et il y a sans doute longtemps que personne n'a plus campé ici.  Le soir ... je suis également le seul client du restaurant (steak et frites) ... "pour 10 dollars de plus !". 

Très peu de beurre dans les épinards ce soir pour la gérante qui me regarde toute étonnée - un Blanc - pédaler vers l'Afrique du Sud !  Tout comme les policiers et les policières qui m'arrêtent - non pas pour me demander mon passeport - mais pour s'enquérir de ce voyage, il faut le dire ... peu commun pour eux !

La traversée de la frontière se fait sans problème; je n'ai jamais passé une frontière aussi facilement sans remplir le moindre papier.  La douanière en voyant mon casque me demande le numéro d'immatriculation de ma moto ... puis se ressaisit en voyant le vélo en rigolant.  Elle me rend mon passeport, je lui demande ou payer le visa ... elle me répond qu'elle m'a donné trois mois.  Je la remercie en lui disant en blaguant "It's not enough to go to Durban".   Elle éclate de rire!

Léon

mercredi 20 janvier 2016

M16 Transafrica 2016 - retour à Harare au Zimbabwe

Janvier 2016 : deux semaines au Zimbabwe avec Danielle ... sans son vélo.

Bien accueillis par le couple John Steward - Kathy Bond à Harare (dont j'ai décrit les multiples engagements humains et sociaux dans le message n° 11 en 2015), nous louons une voiture afin de visiter les sites les plus importants de ce Zimbabwe qui fut, du temps de la Rhodésie du Sud, un grenier pour toute la région et un pays africain particulièrement développé.  Comme déjà dit dans mon dernier message de la Transafrica 2015, ce pays n'est plus que l'ombre de lui-même.  Avec en plus d'énormes problèmes dus à la dérégulation climatique : les pluies qui devaient arroser les champs depuis novembre viennent seulement d'arriver.  En Zambie toute proche également - selon le dernier message de Pierre Ruquoy (responsable de l'orphelinat "Sunflowers") - la situation est catastrophique. Suite à ce manque d'eau, les réserves de maïs - source principale de la nourriture quotidienne - diminuent drastiquement tout comme la hauteur des lacs des barrages alimentant la production d'électricité.  Celle-ci a vu son prix quadrupler !

Le Grand Zimbabwe, site historique exceptionnel, témoin d'une civilisation très ancienne - le site archéologique le plus important d'Afrique Subsaharienne.

Dimanche 10 janvier, nous avons parcouru ce site dont les ruines découvertes en 1868 représentent un témoignage frappant de la puissance de la civilisation bantoue, au début du second millénaire.  Ayant connu une période florissante entre le XIème et le XVème siècle, époque à laquelle elle entretint de fructueuses relations marchandes avec les commerçants swahilis (on a retrouvé des fragments de porcelaine de Chine, de bijoux indiens et de poteries persanes), la capitale de cette cité médiévale fut victime de son succès et manqua rapidement de ressources naturelles pour nourrir une population sans cesse en augmentation.
Entre le XIIIème et le XVème siècle, le "Grand Zimbabwe" fut la capitale à la fois religieuse et séculière d'un très grand royaume.  Nous avons été impressionnés par ce cadre grandiose et avons été frappés par la technique de construction utilisant des pierres assemblées sans mortier comme le firent - vraisemblablement à la même époque -les Incas au Pérou ou encore bien avant eux,  les constructeurs du "mur paiën" au pied du Mont St-Odile en Alsace.  Aujourd'hui ces "murailles" hautes de plusieurs mètres tiennent encore debout ... majestueusement dans un cadre de forme elliptique de plus de 250 mètres de circonférence (voir les photos). 

Visites de parc animaliers ... et rencontres peu habituelles.  De vrais "simbas" à quelques mètres!

Ayant visité quatre parcs animaliers (le parc "Kyle" situé non loin du "Grand Zimbabwe", "Matopos" où l'Anglo-Sud-Africain Cécil Rhodes voulu être enterré, le parc "Hwange", le plus étendu du Zimbabwe et le parc Chobe au Botswana) voici un premier bilan de notre tableau de chasse ... rassurez-vous, uniquement photographique:

  • un rhinocéros blanc (au parc Kyle) croisant notre route par hasard sans se soucier nullement (heureusement) de notre présence;
  • une chasse 'toujours photographique" de deux rhinocéros ("noirs" ?) avec un guide et deux rabatteurs dont un armé d'un fusil, protection humaine oblige;
  • le dépeçage au petit matin,  par une horde de chiens sauvages ("painted dogs") d'un koudou tué à l'aube par ces chiens très voraces ... mais heureusement fuyant les humains;
  • quatre lions (au parc Hwange) se promenant nonchalament devant nous, sans se soucier nullement de nous, y compris pour satisfaire leur appétit conjugal (si l'on peut utiliser ce vocable pour des animaux);
  • trois lions (au Botswana) rencontrés au moment de leur sieste, nullement dérangés par notre incursion et intrusion (très courtes heureusement) de leur territoire et milieu de vie (remarque pour une fois, je n'étais pas seul à vélo mais accompagné d'un guide et d'un véhicule);
  • de nombreux impalas, antilopes, gnous bleus, zèbres, girafes, buffles ... éléphants s'approchant doucement (sans danger nous rassure notre guide) avec leur masse imposante à quelques mètres du 4x4;
  • des hippopotames endormis en groupe dans l'eau du Zambèze ou broutant l'herbe en dehors de ce fleuve, marquant la frontière successivement entre le Botswana et la Namibie puis entre la Zambie et le Zimbabwe;
  • de nombreux oiseaux multicolorés et d'autres animaux (chacal, autruches), reptiles et crocodiles ("du Nil") ... au bord du Zambèze.

Les chutes de Victoria Falls

Le grand explorateur écossais Livingstone (1813-1873, médecin, missionnaire protestant qui lutta contre l'esclavagisme) dont la statue trône non loin de ce site exceptionnel, découvrit ces chutes, les plus importantes au niveau mondial - avec ou après, selon les points de vue - celles du Niagara aux Etats-Unis et d'Iguaçu (Brésil/ Argentine).  En cette période de l'année, le niveau des eaux du Zambèze n'étant pas trop élevé, ces chutes sont aisément visibles alors qu'en d'autres périodes, seule une immense vapeur d'eau émerge du site.  Rencontre très intéressante de Pierre, un Canadien qui avec son superbe accent nous a décrit ses multiples voyages effectués chaque année de décembre à avril dans les continents du sud ... lorsque le Canada grelotte sous la neige.  A ce propos, nous avons bien pensé à vous en Belgique en cette "fin de semaine" des 16 et 17 janvier 2016, recouverte d'un manteau de neige alors que nous cherchions à nous protéger du soleil ! 

Des rencontres humaines aussi ...

De "belles rencontres" comme dit Danielle ! Nous sommes étonnés du nombre de personnes nous saluant en anglais en nous demandant : "How are you?", "Where are you coming from".  L'ensemble du pays et des habitants restant marqués par le style très "british" de la colonisation.  Pour la petite histoire nous avons passé une nuit dans un "cottage" typiquement anglais où Churchill passa dans les années 1950. Au long de la route, nous avons pris en charge des autostoppeurs ... dont un homme chargé d'un carton d'oeufs et une autre fois trois dames (et leurs paquets) avec lesquelles nous avons eu beaucoup de plaisir.  Egalement une maman avec un petit bébé ... et un lourd sac de farine de maïs que j'ai porté jusqu'à sa maison dans la brousse.  Cela me rappelle le temps (années 1967-1974) où je parcourais les routes d'Europe en autostop - de très belles rencontres restent dans ma mémoire ... J'avais comptabilisé 40.000 kms en stop ... la même distance que j'ai parcouru à ce jour sur deux roues ... sans assistance électrique !

Un dimanche au Zimbabwe.

A Bulawayo, nous avons participé à une messe bien animée par des chants rythmés à l'africaine.  Les paroles des chants en Ndébélé (une des 16 langues régionales) étaient projetées sur un écran. Une homélie très participative grâce à un prêtre dynamique. A la fin de la célébration d'une durée de 2h30 au cours de laquelle nous ne nous sommes pas ennuyés ni endormis, les anniversaires de la semaine étaient mis à l'honneur.   Et comme d'habitude un nombre impressionnant d'enfants.

Journée très riche organisée par David Manenji à 20 kms de Harare.

Retrouvailles chaleureuses avec cet ancien jociste (et jeciste) qui dynamise vraiment l'ONG Ziysap que j'avais déjà visitée en 2015 (voir messages précédents).  Ce mardi, dernière journée complète avec Danielle : après une visite de trois classes d'une école secondaire (les élèves très disciplinés ont appris à dire "bonjour", "merci" et "au revoir"), rencontre chaleureuse avec un américain responsable d'un orphelinat et quelques petits enfants.  Après une réunion de travail avec un responsable de la commune de Ruwa, au cours de laquelle nous avons parlé des problèmes de dérégulation climatique et de créations d'opportunités d'emploi pour les jeunes, nous avons visité une expérience très intéressante mise sur pied par une dame avec des potagers utilisant de l'engrais organique, élevages de poussins et de cailles.  Nous retrouvons pour terminer l'endroit ou j'ai passé deux nuits en 2016 et où les responsables projettent de construire un centre de formation pour les jeunes ruraux.

Retour en Belgique pour Danielle ... et départ à vélo pour Léon.

Jeudi 21 janvier 2016, j'enfourche mon vélo, ma fidèle monture vers le Sud, vers Beitbridge, frontière avec l'Afrique du Sud que je compte atteindre en 8/10 jours.  En fonction des possibilités de connexion Wifi, vous recevrez des nouvelles régulièrement de cette Africa 2016 ... désormais "sur les rails" !  Demain, celle-ci débutera à Harare, non loin de l'avenue Nelson Mandela comme en témoigne cette photo :


143 avenue Nelson Mandela
 

Comme de coutume, quelques autres photos jointes dont une avec une inscription concernant des crocodiles ... à vous d'interpréter à votre guise cette touche d'humour "anglais" !
 
Léon Tillieux ... et Danielle Pierre

lundi 4 janvier 2016

M15 TRANSAFRICA 2016 - départ imminent vers Harare au Zimbabwe

Chers amies et amis de la Transafrica,
 
Merci pour vos bons vœux - nous vous présentons les nôtres ...
 
Pour un année qui - espérons le - sera meilleure que 2015 , surtout moins violente et moins remplie de drames humains et d'injustices.
Une année qui espérons-le se réchauffera moins grâce aux initiatives qui seront prises - ou mieux que nous prendrons - pour respecter mieux la terre-mère et de-là, ceux et celles qui y vivent. 
 
Ecoutons Pierre Rabbhi nous rappeler : Vers la sobriété heureuse :

" En même temps que le réenchantement du monde que nous aurons à accomplir, la beauté étant à l'évidence une nourriture immatérielle absolument indispensable à notre évolution vers un humanisme authentique, nous devons également et impérativement trouver une façon juste d'habiter la planète et d'y inscrire notre destin d'une manière satisfaisante pour le cœur, l'esprit et l'intelligence. J'entends par beauté celle qui s'épanouit en générosité, équité et respect. Celle-là seule est capable de changer le monde, car elle est plus puissante que toutes les beautés créées de la main de l'homme, qui, pour foisonnantes qu'elles soient, n'ont pas sauvé le monde et ne le sauveront jamais. En réalité, il y va de notre survie. Le choix d'un art de vivre fondé sur l'autolimitation individuelle et collective est des plus déterminants; cela est une évidence. "

Mercredi 6 janvier 2016 - comme les Rois Mages ...

Ce 6 janvier, nous nous envolons vers l'Afrique.  Retour dans ce continent comme les Rois Mages ... du moins comme l'un d'eux qui - je ne sais plus lequel - s'appelait Mechior, Gaspard ou Balthazart.  Danielle et moi, nous voyagerons vers Harare via Londres et Johannesburg.  Pour un voyage de 15 jours en visite au Zimbabwe et à la découverte de ses richesses historiques, naturelles et humaines.

Transafrica 2016 : Harare - Qunu

La seconde partie de la Transafrica démarrera effectivement le 21 janvier 2016 de Harare vers Qunu dans le Sud de l'Afrique du Sud, le village de Nelson Mandela.  Léon remontera sur son vélo pendant que Danielle rentrera en Belgique.
 
Nous vous souhaitons un bon hiver pas trop rude en Belgique. Danielle revient le 21 janvier ... quant à moi ce sera le 24 mars juste avant Pâques !
 
Danielle et Léon

lundi 14 décembre 2015

M14 la TRANSAFRICA 2016 est en vue avec comme toile de fond le réchauffement climatique

Chères amies et amis,

Retour en Afrique - janvier 2016

Dans un mois, nous serons sur le point de rejoindre Harare au Zimbabwe pour la suite de la Transafrica à vélo "On the road again with Nelson Mandela". Danielle Pierre, ma compagne m'accompagne pour deux semaines dans ce pays qui fut la Rhodésie du Sud mais contrairement à ce que laisse sous-entendre le film "Transafrica 2015", Danielle ne prendra pas son vélo.  Le 21 janvier, je poursuivrai seul à vélo comme prévu jusque Qunu, le village où repose Nelson Mandela.  La seconde partie du raid Kigali (Rwanda) - Afrique du Sud est sur les rails ou plutôt sur les jantes !  Retour en Belgique prévu le jeudi 24 mars 2016.
 
For my English speaking friends in Africa, you will receive a special message in English in a few days.  Happy I am to meet you again ... !
 
Si vous n'avez pas encore vu le film de la première partie du voyage, ne manquez pas la dernière représentation le dimanche 13 décembre 2015 à 10h30 à la Maison de la Laïcité de Gesves, 118, chaussée de Gramptinne.  Sauf imprévu, une surprise musicale belgo-africaine introduira la matinée.

Sur la route de Paris, le 40.000ème kilomètre parcouru à vélo en dehors de la Belgique 

La semaine dernière, entre le mardi 24 et le samedi 29 novembre, sur la route du Sommet de Paris sur le réchauffement climatique, accompagné de 300 Belges à vélo, nous avons pédalé vers la capitale française.  Initié et préparé par trois jeunes depuis plus d'un an, ce rendez-vous a été mené à son terme malgré de nombreuses embûches dues aux décisions prises par les autorités gouvernementales Belges et Françaises suite aux attentats de Paris du 11 novembre.  Bruxelles nous a interdit le départ groupé, des salles de sport se sont fermées en France, la région d'Ile de France a été interdite aux bus et aux camions affrétés pour venir rechercher nos vélos, etc.  Qu'à cela ne tienne, nous n'avons pas baissé les bras ... et nous avons même parcouru 75 kms supplémentaires pour rejoindre les bus à Senlis. Malgré des conditions climatiques très difficiles le premier jour (pluie, bourrasques de vent) entre Halle et Mons et une journée longue de 130 km dans le brouillard entre Soissons et Paris, 250 courageux sont arrivés à destination par petits groupes.  Le soleil nous a toutefois réchauffé les trois autres jours !

 
Les manifestations de Paris, Bruxelles et Ostende ont été annulées en cascades ... mais cela n'a pas empêché une chaîne humaine de solidarité de 4.000 personnes de se former ce dimanche 30 novembre entre la Bourse et la Palais de justice de Bruxelles, comme dans d'autres villes belges et dans le monde entier.
 
Quant à moi, je suis heureux de vous faire savoir que 25 km avant d'entrer dans Paris, au bord du canal de l'Ourcq, j'ai parcouru mon 40.000ème km à vélo en dehors de la Belgique.  Cela représente - en 15 ans, de 2001 à 2015 - environ une distance équivalente au tour de la planète;  peut-être  40.000 gouttes de sueurs et davantage de tours de manivelles dans 4 continents (Asie, Afrique, Amérique du Sud et Europe) mais surtout d'innombrables rencontres, lieux d'accueil, de partage et donc de bonheur.

Léon à Soissons
Des gens heureux de partager le peu qu'ils possèdent, l'espoir qu'ils ont de résoudre leurs problèmes de survie mais aussi leurs craintes devant les menaces de réchauffement et plus encore de dérégulation climatique (catastrophique pour les cultures et dangereuse pour l'habitat).  Les paysans du Sud pourront-ils faire entendre leurs voix à Paris auprès des dirigeants des pays puissants, préoccupés d'avantage par le partage (et l'exploitation) des richesses de la planète (pétrole, minéraux, capitaux, etc.) ?
 
Quant à nous, venant de Belgique, nous ne sommes pas très fiers avec pas moins de 4 ministres en charge de l'environnement débarquant à Paris avec aucun accord préalable.  Logiquement, ce serait à eux qu'il faudrait interdire l'accès à Paris ... et pas à des cyclistes déterminés avec des solutions alternatives!  Cela montre bien combien un tel sommet rassemblant - à grands frais - autant de dirigeants du monde risque de rester très loin des préoccupations réelles des habitants de la planète. 
 
Mais d'autres plans alternatifs existent ... le problème c'est que leur mise en chantier dépend aussi de nos initiatives ... et de notre volonté de les mettre en route !
 
A vous revoir bientôt ...
 
Léon

mercredi 10 juin 2015

M13 TRANSAFRICA 2015 - Orphelinat Sunflowers

Des nouvelles de l'orphelinat des Sunflowers en Zambie

Le dernier jour de la visite de Léon Tillieux aux Sunflowers (fin février 2015), Pierre Ruquoy annonçait la construction d'un dortoir supplémentaire grâce aux parrainages de la Transafrica et à un don du Groupe Tiers-Monde de Gesves dont Léon est le coordinateur. Nous sommes fin mai ...

"Voici la hutte en construction. Elle est constituée de deux chambres; l'une de 6  mètres sur 4 pour loger 7 orphelins et l'autre de 2 mètres sur 4 pour Levy, l'assistant social. Les maçons sont en train de préprarer la ceinture en béton armé. Nous avons déjà tout le matériel pour le toit. Elle coutera un peu moins de 2.000 Euros. Elle s'appellera "hutte Nelson Mandela". Toutes les briques ont été fabriquées par nos adolescents."

Message courriel de Pierre Ruquoy, vendredi 29 mai 2015

Nouveau_dortoir_Sunflowers.jpg

lundi 27 avril 2015

M12 TRANSAFRICA 2015 suite sur les ondes et à l'écran

Chers amies et amis de la Transafrica,

Il y a trois semaines, je rentrais du Zimbabwe après un voyage à vélo de 3.000 km de Kigali au Rwanda à Harare en passant par le Burundi, la Tanzanie et la Zambie.

1) A l'écran

Un film sur ce voyage intitulé "On the road again with Mandela" est en cours de montage et des séances de projection sont prévues:

à Namur à la rue Rupplémont, n°20

  • dimanche 14 juin 2015 à 15h
  • mercredi 17 juin 2015 à 20h

à Mozet pour la commune de Gesves, salle communale, rue des deux chênes, n°11

  • mardi 16 juin 2015 à 20h

à Louvain-La-Neuve, pour les amis du Brabant Wallon, à l'école des Bruyères (école de la pédagogie Freinet), avenue des arts, 11

  • jeudi 17 septembre 2015 à 20h

à la Maison de la Laïcité de Gesves, chaussée de Gramptinne, 118 à Gesves

  • daté à fixer : octobre / novembre 2015


2) Sur les ondes

Par ailleurs, mon témoignage passera dans l’émission « Il était une foi » sur les ondes de la RTBF le dimanche 3 mai 2015 à 19h02 sur la première directement après les infos.  Voici le message reçu de Sophie Timmermans:

" Bonjour Monsieur Tillieux,

Encore merci pour votre participation à notre émission. L’émission sur la Transafrica est programmée pour ce dimanche 3 mai à 19h sur La Première (juste après le Flash Info). Je vous enverrai le podcast la semaine prochaine. Un grand merci et bonne semaine. "

Sophie Timmermans       

Journaliste-multimédia 

3) En images

Un livre photos a été réalisé avec les plus belles photos que vous avez pu voir attachées aux courriels que je vous ai envoyés. Le prix de cet ouvrage est de 45 €, hors frais de port.

Le prix est de 45 € à verser au compte de Léon Tillieux : BE42 1030 1806 0054 avec la communication : « livre-photos Transafrica 2015 »

A plus, au plaisir de vous revoir.

Léon Tillieux

0478/61 85 81

A0 De retour en BelgiqueAvec le vélo (bien emballé) de retour à Faulx-les-Tombes

samedi 28 mars 2015

M11 TRANSAFRICA 2015 - Arrivée à Harare

Chers amies et amis de la Transafrica 2015

La fin d'un voyage

C'est bien sûr la joie et la fierté de l'avoir accompli qui viennent au coeur mais c'est aussi le regret d'une aventure qui se termine.

Pourtant, le long chemin vers Qunu n'est pas terminé puisque en janvier 2016, je serai de nouveau ici à Harare pour la seconde partie de ce voyage intitulé "On the road again with Nelson Mandela".  Je suis certain que vous continuerez à me suivre comme vous l'avez fait lors de cette édition 2015. Mais, avant de dresser le bilan et d'envoyer la liste des remerciements, quid des derniers jours passés au Zimbabwe ?

A Chinoyi, une "précieuse" rencontre orchestrée par Precious, responsable de l'organisation Pamuhacha

Un courriel de Claude Mormont d'Entraide depuis Bruxelles, un SMS, un coup de fil et voilà une rencontre programmée en moins de deux avec ce partenaire d'Entraide et Fraternité qu'est Pamuhacha, grâce à la personne responsable de cette ONG prénommée "Precious" (prénom peu habituel).  

B04 Pamuhacha enfants activites.JPGCette organisation a comme objectif principal de venir en aide aux enfants porteurs du Sida, nombreux ici au Zimbabwe comme en Zambie (voir message n° 9). Veiller à ce qu'ils soient dans de bonnes conditions pour prendre régulièrement les médicaments prescrits par le traitement.  Organiser des activités en leur permettant d'exprimer leurs peurs, leurs angoisses mais aussi de réaliser leurs rêves.

Pamuhacha est le nom d'un grand arbre africain en-dessous duquel les gens se rassemblent pour échanger sur les problèmes importants... comme celui du Sida : comment organiser la prévention; comment permettre aux porteurs de continuer à mener une vie normale sans stigmatisation, etc.

Ce jeudi 19 mars dernier jour à Chinoyi, j'ai rencontré une dizaine d'enfants et vu comment les activités organisées par Pamuhacha les aident à re-vivre comme les autres enfants.
 
Translation for the "English speaking" friends.
 
A contact by Mail with Claude Mormont of Entraide in Brussels, one message, one phone contact and the meeting is arranged in less than one hour with this partener of "Entraide et Fraternité" : Pamuhacha, thanks to Precious, the responsible of this organisation that has the main purpose to help and take care of childrens having HIV/Aids, very numerous here in Zimbabwe (as in Zambia).  Try to give good conditions for them taking the medication regularly.  Organize activities in order to help them to say why they are afraid but also to reach their dreams.  Pamuhacha is the name of a big african tree under which people come together to share about important problems ... like that of HIV/Aids : how prevent it, how allow the young people to continue to live normally, etc.  This thursday 19th March, I participate to the activities organized by Pamuhacha in order to help these children to live again as the other children.

Camping à Chinoyi

En attendant cette visite, je me suis payé (encore un ?) jour de repos dans un immense camping situé près des grottes ("caves" in English) de Chinoyi;  beaucoup d'espace pour la seule tente mais aussi - et cela est très important - accès au WIFI, ce qui vous permet de suivre la Transafrica, pas à pas, il faudrait dire "tour de roue" après "tour de roue" ! 

Dans l'immense terrain du camping, une petite dizaine d'hommes et de femmes enlèvent à la main, une à une, les plantes envahissantes pour faire place à une belle pelouse... que l'on arrose à longueur de journée.  Par contre dans le sanitaire du camping, l'eau fait défaut ! C'est bien l'Afrique avec ses contrastes à chaque coin de rue ou de sentier ! Comme au bord des routes, en Zambie également, des dizaines d'hommes coupent l'herbe à la machette.

Toutefois entre Kariba et Makuti, sur la route des lions, j'ai remarqué que c'était une machine qui avait débroussaillé ... le Zimbabwe n'expose quand même pas ses ouvriers à l'appétit des simbas !

A10 aide barbecue.JPG

Pour mon barbecue, une aide inattendue des petits écoliers ... comme quoi "Small is beautiful" , comme le dit le titre d'un livre ... !

Un midi, j'étais en train de préparer le barbecue pour la cuisson de pâtes (au thon) lorsque, sans que je ne le leur ai demandé, une dizaine d'écoliers rentrant de l'école m'ont apporté spontanément du bois pour le feu (voir photo).  L'on voit bien qu'ils ont l'habitude d'aider leur maman pour ramener du bois pour la cuisson.

En remerciement, ils ont reçu un biscuit !  Ils sont sympas comme dans les autres pays traversés même si de prime abord, ils semblent plus réservés et moins exubérants qu'au Burundi par exemple ... quoique !

Arrivée à Harare : samedi 21 mars 2015 à 17 heures

C05 Zimbabwe danger.JPGLa longue route asphaltée depuis Morogoro en Tanzanie se termine pour moi à Harare, soit près de 2.5OO kms.  Si elle fut relativement sécurisante en dépit d'un trafic intense, ce fut grâce à une bonne piste cyclable la majeure partie du parcours jusqu'au Zimbabwe.

Dans ce dernier pays en revanche, comme en témoigne la photo jointe, la piste cyclable était très souvent inexistante. Toutefois le "fair-play" des chauffeurs de camions et des voitures a fait en sorte que les risques d'accrochage ont été limités.

Tout au long du parcours, je n'ai cessé d'être vigilant ... c'est la raison pour laquelle je suis toujours là pour vous le dire. Un allié important, ce fut le drapeau-écarteur jaune et rouge, orienté vers la droite (voir la photo) qui en a poussé plus d'un à ne pas me frôler !

La recherche de la maison où habitent John et Kathy Stewart à Harare fut un peu longue.  En m'adressant à des personnes qui ne connaissaient pas leur rue, je me suis retrouvé trop loin ... en fait, si j'avais su, les Stewart habitent - comme par hasard - non loin de l'avenue "Nelson Mandela" ... !

Programme de visites très intéressantes à Harare

Accueil chez les Stewart

Grâce à John Stewart chez qui je suis hébergé à Harare, une série de rencontres très intéressantes.  John, Sud-Africain d'origine, ayant vécu au Lesotho, au Kenya, a travaillé au Congo Brazzaville et en Angola.  Passionné de défense des Droits humains, il travailla en faveur des réfugiés Chiliens, Boliviens et Argentins dans les années 1970, dans la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, avec les Quakers, mouvement d'action non-violente.  

Avec son épouse Kathy, également Sud-Africaine d'origine, ils sont installés au Zimbabwe.  John a été témoin pour Entraide et Fraternité au moment important de la lutte anti-apartheid et à ce titre est venu dans la région de Namur et de Charleroi.  Actuellement, il est directeur de NOVASC (Nonviolent Action and Strategies for Social Changes), dont le siège est au Zimbabwe, et qui apporte un soutien technique et pratique au développement de compétences en matière de négociation, de médiation et d’action non-violente.  Il a également participé aux Forums Sociaux Mondiaux de Porto Alegre au Brésil au début des années 2000.

Quant à son épouse Kathy Bond-Stewart, elle fait partie d'une équipe d'une dizaine de personnes responsables de la publication d'ouvrages, publiés en Afrique du Sud : "Africa Community Publishing and Development Trust". Avec comme objectif la formation d'acteurs de changement au service du renforcement des capacités communautaires pour un développement véritable.

Semer les semences (les capacités des personnes) en renforçant la participation citoyenne; raviver l'espoir au delà de la pauvreté et de la survie; restaurer la dignité humaine basée sur la défense des Droits Humains  et sur la reponsabilité de tous.

Dans un ces livres publiés intitulé "Rising again", l'équipe propose une analyse du contrôle des ressources locales en abordant la problématique de la terre tenant compte des aspects fonciers, climatiques et environnementaux.

Une des questions posées dans ce livre : "comment se fait-il que dans un pays disposant de tant de richesses (sol et sous-sol) qu'est le Zimbabwe, il y ait tant de pauvreté?"   Un dessin illustrant des babouins détruisant la récolte d'un paysan porte le commentaire suivant : "comment se fait-il que nous paysans, nous ne pouvons pas exiger une indemnisation alors que, si notre vache entre dans un parc national et provoque des dégâts, nous devons payer une amende à l'Etat?".

Rencontre pendant deux jours de responsables de l'association ZIYSAP (Zimbabwe Integrated Youth Survival Alternatives Program Trust) dans une région rurale à 20 km de Harare

D01 Ziysap team.JPGDans un contexte d'un très grand sous-développement avec un taux de "non-emploi" atteignant 80% affectant principalement les jeunes (je n'utilise pas le mot "chômage" car dans ce pays comme dans la plupart des pays du Tiers-Monde, les indemnités chômage n'existent pas), cette association entend relever ce défi de créer des opportunités d'emploi : agriculture, menuiserie, construction, gardiennage, salon de coiffure, création musicale, etc.

Aider les jeunes à développer leurs capacités et à prendre des initiatives en rompant les chaînes de la pauvreté et d'une "culture du silence" qui les écrase dans un contexte politique difficile. 

Visite du Centre "Silveira House" : Centre Social Jésuite de Développement et pour la Justice
 
E01 Centre Silveira House.JPGSitué à 2O km à l'est de Harare en zone rurale, ce centre multidisciplinaire organise des formations dans différents domaines: écoles, santé des enfants, agriculture, artisanat, développement industriel, promotion des Droits humains, problématique de la paix et de la justice, éducation civique, auxquels s'ajoute celle liée à l'expansion du SIDA.

Fondé en 1964 par un jésuite, le Père John Dove né en Birmanie, ce centre entend promouvoir la doctrine sociale de l'Eglise en prenant ouvertement parti pour la défense des droits des opprimés et particulièrement des ouvriers via l'action syndicale.

Le mardi 31 mars - dernier jour au Zimbabwe

Kathy Bond-Stewart chez qui j'ai été hébergé durant huit jours, présente son dernier ouvrage. Il y a vingt ans, en 1995, cette travailleuse sociale énergique faisait partie de la délégation des ONG du Zimbabwe au "Sommet sur la femme" à Beijing (Péking) en Chine.

Vingt ans après, la problématique liée aux différences entre hommes et femmes est encore très importante en Afrique; de nombreuses personnes dont surtout des femmes s'engagent au quotidien pour un plus grand respect de la femme et de ses Droits. Mais le chemin - comme celui vers la liberté - est long et semé d'embûches ...

Bilan de la Transafrica 2015

C02 Village Zimbabwe.JPG

Kms parcourus : 3.122 kms
Nombre de jours roulés: 41 jours
Moyenne journalière : 76 kms
Temps total : 246 heures 21 min.
Moyenne horaire : 12,7 kms/h.
Nombre de crevaisons  et de problèmes techniques : néant.
Changement de chaine (en alternance) : deux fois.

C01 Traction animale.JPG

Une longue liste de "merci"

  • en premier lieu, à vous qui avez pris la peine de répondre à mes messages en m'encourageant dans ce défi un peu fou, moins escarpé que celui des Andes (2009 et 2013) mais beaucoup plus chaud et non sans risques (rappelez-vous l'histoire des simbas ... en plusieurs épisodes);
  • à celles et ceux qui m'ont accueilli au Rwanda: la soeur (Chantal) et le frère (Gaspard) de mon beau-fils Innocent; Soeur Alphonsine et les autres religieuses de Cyeza; l'abbé Rémi et ses collègues de Nyanza; Soeur Odette et les autres religieuses de l'école "Elena Guerra" de Butare, Eugène de l'Aprojumap et les personnes rencontrées sur le terrain lors des visites des projets soutenus par Entraide et Fraternité;
  • à celles et ceux qui m'ont accueilli au Burundi : Aude Rossignol et Alain Carpiaux travaillant à Bujumbura; l'abbé Marc de Ruganza (Kayanza); Pascasie, Pascal, Justin, Gordien et Moïse de l'OAP de Bujumbura ainsi que les personnes rencontrées sur le terrain lors des visites des projets soutenus par Entraide et Fraternité ; Thierry coordinateur régional africain de cette ONG;
  • à celles et ceux qui m'ont accueilli au Tanzanie et plus particulièrement Mr Jakobsen de Kigoma qui m'a aidé à réserver le train pour Morogoro;
  • à celles et ceux qui m'ont accueilli en Zambie : principalement Pierre Ruquoy, Amos, Chanda, le cuisinier et la centaine d'enfants des "Sunflowers"... sans oublier le jeune (dont je n'ai pas retenu le prénom) qui, en moins de deux, a recousu ma chaussure gauche qui "baillait" un peu trop; Thierry Dejonghe et son épouse de Lusaka; les deux familles nombreuses chez qui j'ai passé une nuit; le couple de fermiers blancs qui m'ont accueilli pour une nuit;
  • à celles et ceux qui m'ont accueilli au Zimbabwe :  les concierges de l'entreprise CMDE de Makuti; les abbés Batwell et Ignatius de Makuti qui m'ont ouvert la porte de leur presbytère; Precious, le staff de l'organisation "Pamuacha" de Chinoyi ainsi que les enfants avec qui j'ai passé une après-midi; les enfants de Chinoyi qui m'ont apporté du bois pour le barbecue; Mr Nelson de Mapucha, contacté par la très active Precious, qui m'a trouvé un coin de pelouse pour dresser ma tente la dernière nuit du voyage à vélo; la boisson rafraîchissante donnée par un retraité blanc qui a arrêté sa voiture tirant un bateau de plaisance pour me demander d'où je venais;  aux membres du ZIYSAP et en particulier David Manenji (ancien coordinateur panafricain de la JECI - Jeunesse Etudiante Catholique Internationale - et de la JOCI - Jeunesse Ouvrière Catholique Internationale - dans les années 1980) et son épouse Kenyane Frida; les personnes de Silveira House, en particulier Eve... et "last but not least" John et Kathy de Harare, qui laisseront dans mon coeur un souvenir inoubliable de cette fin de séjour en terre africaine; 
  • à celles et ceux qui ont soutenus les ONG parrainées (OXFAM, Entraide et Fraternité, the Sunflowers en Zambie et le Groupe Tiers-Monde de Gesves) ainsi qu'aux sponsors de la Transafrica, dont le nom paraitra dans le générique (sauf s'ils souhaitent rester anonymes) du film qui vraisemblablement s'intitulera "On the road again with Nelson Mandela".

Quid de la suite de la Transafrica 2015 dans les mois à venir ?

  • Un livre photos, comme d'habitude après un voyage, reprenant les plus belles de celles qui étaient attachées aux messages et les commentaires les plus significatifs des courriels que vous avez reçus
  • La réalisation de la première partie du film avec et par les frères de Ville; les projections seront vraisemblablement programmées pour le mois de juin, sinon septembre 2015
  • Un contact avec la journaliste Sophie Timmermans de l'émission "Il était une foi" (le dimanche à 19h sur la Première de la RTBF) pour un témoignage sur les ondes belges dans les semaines à venir, ainsi que sur celles de RCF Namur dans l'émission "d'écho en écho" de Marcienne Greindl. 

Retour en Belgique

Le vélo ayant retrouvé sa caisse en carton,  départ de Harare (Zimbabwe) le premier avril (ce ne sera certainement pas un poisson) à 12h45. L'arrivée est prévue le jeudi 2 avril 2015 à Zaventem à 8 heures du matin. Si le cœur vous en dit de vous lever tôt et de m'accueillir ...

Au plaisir de se revoir "tout bientôt" ... comme di(rai)t Danielle !

Léon

F02 Sadza.JPG

Précision relative au message précédent

La  traditionnelle purée de maïs, "Nshima" en Zambie, au Zimbabwe cela s'appelle le "Sadza". 

En fait le maïs trouve son origine dans les civilisations latino-américaines et est connu des populations de ces régions bien avant l'arrivée des Espagnols; le maïs - omni présent en Zambie et au Zimbabwe, le riz n'étant guère cuisiné dans ces pays  - fut importé en Afrique entre le 16ème et le 17ème siècle... via l'Europe.

lundi 16 mars 2015

M10 TRANSAFRICA 2015 - de Lusaka à Harare

Lusaka, capitale de la Zambie : contrastes

Après une semaine de repos et de rencontres enrichissantes aux "Sunflowers", je retrouve les folles sensations du vélo.  En arrivant à la capitale, impossible de louper le nouveau stade, hyper moderne à faire pâmer d'envie les Brésiliens avec leur "vieux" Maracaña même rénové pour le "Mundial" 2014 ! Selon notre ami Pierre Ruquoy, il a été construit par des Chinois qui n'ont nullement hésité à utiliser de la main d'oeuvre "très bon marché" : des condamnés de droit commun, qui au lieu de purger leur peine en Chine, ont pu librement respirer l'air de ce Cayenne Chinois en Afrique !  Les bagnes, c'est pas fini avec eux !

Un saut (en bus) jusqu'au parc national de Luangwa en Zambie orientale

A10 Leopoard dans la nuit.JPGUn petit extra, pendant 5 jours, sans le vélo qui "se repose" chez Thierry, un Belge retraité à Lusaka. Au menu de ce safari : éléphants, girafes, impalas, zèbres, buffles déjà vus en Tanzanie (voir message n° 6) avec comme nouveauté, à défaut de lion (ou Simba), un léopard (la photo jointe - prise à la tombée de la nuit - est floue mais montre bien le déplacement caractéristique de ce félin guêtant son"souper" : un impala tout proche).  

Egalement des hippopotames que l'on entend même la nuit depuis le "lodge",  de nombreux oiseaux, un crocodile (seule la queue était visible).  

Au petit matin, un couple de léopards ... mais comme c'était la saison des amours, nous n'avons pas trop insisté ... ils sont chez eux quand même !  Au coucher du soleil (magnifique comme souvent en Afrique), des koudous. 

A07 Koudous.JPG

Voir à ce propos ci-dessous, un extrait du livre biographique de Nelson Mandela "un long chemin vers la liberté", mon livre de "chevet" pour cette Transafrica 2015. Même à "Robben Island", il y a(vait) des koudous !

 P1110331.JPG" (...) Quelques jours plus tard, nous sommes allés à la carrière à pied, plutôt qu'en camion, et cela aussi nous remontait le moral.  Pendant les vingt minutes de marche vers la carrière, nous avions un meilleur sens de l'île, nous voyions les buissons très denses et les grands arbres, nous sentions les parfums des eucalyptus, nous apercevions parfois un springbok ou un koudou, en train de brouter au loin. (...)" 

Lundi 9 mars 2015

Sortir de Lusaka

Quitter Lusaka, une ville de plus d'un million d'habitants, ce n'est pas aisé surtout lorsqu'il n'y a aucun panneau directionnel. Mais avec mon (bon) sens de l'orientation et grâce au soleil qui brilla ce jour-là, malgré une erreur de parcours, je me suis retrouvé assez rapidement sur la bonne route vers le Zimbabwe et cela sans passer par le centre comme cela était initialement prévu.  

D'où un parcours plus aisé ... surtout qu'en Zambie, sur les nationales, 80% du temps, les cyclistes disposent d'une belle piste cyclable d'un mètre - et parfois un mètre vingt  - de large, du même revêtement que la partie de la route réservée aux poids (plus) lourds.  En Belgique francophone - mis à part le très beau réseau RAVel - les pistes cyclables des années 1950 sont dans un état déplorable (végétation et objets hétéroclites rejetés par les voitures). 

Rencontre de Dino ancien courreur cycliste

En sortant d'un petit "super-marché" à la sortie de Lusaka (où j'ai acheté un pot de "Nutela" ... cela fait deux mois que j'espérais me payer ce petit extra !), un homme m'interpelle.  Il - Dino Giuseppini - est fasciné par le vélo depuis toujours.  En effet, ancien cycliste professionnel du temps de Coppi, Gimondi, Zandegu et Merckx, il arrive en Afrique; il consacre sa vie au cyclisme : tour de Madagascar, de la Réunion, courses en Algérie, en Egypte, etc ... 

Ensuite, il essaye de constituer une équipe nationale Zambienne ... s'étant arrêté définitivement dans ce pays où "il y a tant de soleil et où le ciel est bleu" ... mais aussi pour les beaux yeux d'une Zambienne ! Tout heureux de rencontrer un "fana" du vélo, il m'invite à manger chez lui : de bons spaghetti à l'italienne.  

Ma connaissance de l'italien lui permet de s'exprimer dans sa langue maternelle et tout heureux (et très volubile), il ravive les souvenirs des années 1960, 1970 ... où l'on ne se dopait pas (ou moins) et où l'on prenait des pastilles de sel pour compenser la perte de liquide due à la sueur sous le soleil africain. Pour la Transafrica 2016, je prendrai cela dans ma musette ...!

Une cimenterie qui pose question 

Soudain une usine, décor inhabituel en Zambie : une cimenterie ! Pierre Ruquoy - toujours lui - m'a appris que la famille Le Pen est seule propriétaire et détient le monopole de ce secteur important pour la construction dans ce pays. Il est étonnant que des gens (dangereux) comme les Le Pen refusent de considérer les Africains sur un pied d'égalité avec les Français de souche, mais s'intéressent plutôt et malgré leurs convictions politiques à la génération de profit dans ce coin non-Français. 

Il est vrai - comme pour les Chinois - que les salaires ici sont (très) peu élevés et le syndicalisme quasi inexistant. Sur ce plan - toujours selon la même source, il en connait des choses le Pierre - une tentative de grève réclamant de meilleures conditions de travail a été réprimée par la police ... comme au temps de nos grands-parents ou de décembre 1960 en Belgique ! 

Informations bien sûr à vérifier concernant les capitaux Lepenistes investis dans les cimenteries en Zambie (invitation à tout qui peut m'aider sur ce sujet, car je n'ai guère l'occasion de "surfer sur le net" comme l'on dit en Franglais)...  je ne suis pas sûr que Marine soit locace sur cette question ! 

Une école pour dresser la tente

Lundi soir, pas moyen de trouver un camping ou une "guest-house" pour passer la nuit; je décide de m'adresser à la directrice d'une école dans un petit village.  Tout de suite, celle-ci marque son accord pour que je dresse la tente à proximité.  Echanges intéressants sur le sens du voyage jusqu'au village de Mandela. Elle m'assure qu'il n'y a aucun problème quant à la sécurité.

La nuit tombe vite en Afrique (18h25, il fait encore jour - 18h50, il fait tout noir). Une antenne GSM immense à côté d'une école qui ne dispose pas de l'électricité ... quel contraste !  Sur la porte de l'école, il est écrit "Welcome" ... en effet, c'est vrai !  Journée réussie pour moi sur ce plan-là sauf peut-être pour la cimenterie où je n'ai pas insisté pour être reçu !

Nouveaux langages

Fini le Bemba ("Mwashibukeni"), bonjour le "Nyanja" dans la région de Lusaka et en s'approchant du Zimbabwe, le "Tonga".  J'appends de nouveaux mots ("Mwauka Bwonji" et "Twalumba")... et cela fait toujours autant plaisir aux gens rencontrés quand on leur dit bonjour selon leur culture.  Il va falloir apprendre ces mots en langue locale du Zimbabwe!

Une journée de repos au bord du lac de Kariba 

P1110820.JPG220 kms en deux jours, cela mérite bien un jour de repos (mercredi 11 mars) dans un camping au bord du lac de Kariba, situé à la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe. 

D'autant plus que les dix derniers kilomètres présentaient un dénivelé important et cela sous un soleil bien africain ... une véritable fournaise sous le coup de 15h!  Chose rare dans la Transafrica, je suis descendu de vélo à plusieurs reprises ! 

Ce lac immense s'est formé lors de la construction (1956-1960) d'un très grand barrage hydro-électrique sur le fleuve Zambèze, sous les ordres d'un ingénieur français travaillant pour une société ancêtre de Tractebel.

Il semblerait que les années passant, des fissures représenteraient un danger énorme, ce qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour des centaines de milliers d'habitants des pays en aval : Zambie, Zimbabwe, Malawi.  

P1110687.JPG

Ces informations - à vérifier - m'ont été données par Victor, un Français de Roubaix, rencontré au parc Luangwa et travaillant pour une ONG sur les problèmes de l'eau au Malawi.

Tout près du barage, j'ai vu un chinois - qui m'a salué - ... il y en a partout!

La douanière voulait tout savoir ... "Welcome in Zimbabwe"

P1110683.JPGPour passer la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, le jeudi 12 mars, il suffit d'enjamber le fleuve Zambèze via le barrage de Kariba, construit en demi-cercle.  

Dans une tente où il fait suffocant malgré les ventilateurs tournant à plein régime, la douanière de service veut tout savoir : tous les prénoms (nous Belges, nous en avons parfois 5, c'est mon cas: le papa, le grand-père, l'arrière-grand père, le parrain et "Ghislain" pour éloigner les convulsions ! ); la profession exercée avant la retraite, l'adresse ... en Belgique, l'adresse de référence à Harare, le numéro de la réservation du billet d'avion de retour (qui se trouve enfouie dans les bagages. 

Heureusement, je l'ai noté sur mon carnet de route, toujours à portée de main. Finalement, le visa est accordé: 30 US$ au lieu de 50 dans les autres pays. Tout est moins cher au Zimbabwe et les billets de 2 US$ sont acceptés, moi qui en ai une flopée... 

P1110686.JPG

Un peu plus loin, un gardien dans une guerrite m'arrête pour me faire payer une taxe sur les véhicules à moteur ... à mon avis, il n'avait pas bien regardé mon moyen de locomotion, ne croyant pas qu'il est possible de venir de si loin avec comme seul "moteur" l'huile de jambes; heureusement, je n'ai pas d'assistance électrique, c'est peut-être considéré comme un moteur dans ce pays!

Une montée hyper raide ... efforts inutiles !

Arrivé au sommet d'une montée qui m'a fait suer comme jamais, j'apprends que je me suis trompé de route et que je dois redescendre si je veux arriver à Harare!  Bien, à Kariba, les rues portent toutes un nom mais à l'embranchement vers la capitale, pas la moindre indication!  Donc je râle. 

Toutefois ce détour m'a permis de faire mes achats dans un mini-super-marché: thon, biscuits, confiture, pâtes, sauce tomate (en Tanzanie, le commerçant m'avait dit : "faites la vous-même !") ... et du bon pain gris, le premier depuis deux mois et demi qui me rappelle celui de la Belgique, au point que je me taille un pique-nique tout de suite devant le super-marché ! Le caissier me propose une table à l'intérieur du magasin ... sympa ! Oui, au Zimbabwe, les premiers contacts sont positifs !

Une nuit en cage comme un "lion"

La douanière m'avait prévenu: je vais passer par une zone où il y a des animaux sauvages;  même les Simbas me poursuivent au Zimbabwe!  Heureusement pour la première nuit passée dans ce 5ème pays de la Transafrica, j'ai trouvé un restaurant-hotel "grillagé".  

P1110682.JPGLa patronne hyper gentille m'a permis d'occuper une partie du bâtiment me mettant la nuit à l'abri des éléphants, lions et autres animaux dangereux qui viendraient rôder par ici (voir la photo ci-jointe ... non nous ne sommes pas au cirque!)  Bien, pendant la journée, je ne risque rien mais "ce sera la forêt, rien que la forêt", me dit la dame qui me vend 12 bananes pour un dollar.  

Ici, Mugabe a instauré le dollar étatsunien comme monnaie nationale (comme Rafael Correa en Equateur). "Pédaler quand il fait chaud" ... C'est ce que me conseille le passager d'une voiture arrêtée qui m'invite à venir voir trois éléphants de l'autre côté de la route (pas trop prèq, car il y a un petit !).  Pendant les heures chaudes de la journée, me dit-il "il n'y a pas de danger ... les Simbas font la sieste".  Ils digèrent leur dernière proie !  

La nuit déjà tombée, alors que je suis attablé à l'extérieur, un des gardiens m'invite à me retourner : dans le noir, on distingue trois éléphants en train de manger à la limite de la propriété, à une trentaine de mètres de nous. Jusqu'à minuit, l'on a droit à de la musique bien africaine ... ensuite place au calme, la nuit appartient enfin aux animaux; quant à nous, nous sommes en sécurité.

Une seconde nuit derrière des barrières

Arrivé à Makuti, je me renseigne auprès de deux policières qui contrôlent les poids lourds.  Comme il risque encore d'avoir des lions la nuit (décidément, ils me poursuivent encore), l'une d'elles me suggère d'aller demander au propriétaire d'un grand dépôt de camions, entièrement clôturé, pour pouvoir planter ma tente.  Je m'adresse au couple de concierges qui m'accueillent chaleureusement.  C'est chez eux que je fais bouillir de l'eau pour me cuire des pâtes. 

Quant à la famille (trois enfants), ils mangent le "Nshima", la traditionnelle purée de maïs, comme en Zambie mais ici cela s'appelle le "Shada" (je ne suis pas sûr de l'orthographe). Le plus petit fait ses premiers pas en s'accrochant à moi.  Le lendemain matin, départ matinal vers Harare après une nuit calme et relativement fraîche. 

Je présume que je me trouve en altitude car la journée précédente, en quittant la vallée du fleuve Zambèze, je n'ai fais pratiquement que de grimper (d'où moyenne horaire inférieure à 10km/h).  Il en sera de même jusqu'à Harare ... la Transafrica 2015 doit se terminer en beauté !

Bienvenue à Lucie

Malgré les difficultés de communication (connexion internet difficile, pas facile de se procurer une carte Sim du pays) durant les premiers jours passés au Zimbabwe, j'apprends le 14 mars (via mon GSM belge) la naissance (le 13 mars) de la petite Lucie, la seconde petite-fille de Danielle, ma compagne. Félicitations aux parents Aurélie et Giovanni et à la Mamy ... très heureux !  

Prochain et dernier message à Harare

Ce sera chez John et Kathy, amis de Jacques Briard et de Claude Mormont (d'Entraide et Fraternité) que la Transafrica 2015 se terminera (avec le dernier message que je vous enverrai) et recommencera en janvier 2016 en direction de Qunu en Afrique du Sud.

Léon ... "on the road again with Nelson Mandela"

lundi 2 mars 2015

M09 TRANSAFRICA 2015 - les 100 orphelins de "Sunflowers" en Zambie

Chers amies et amis,
 
Me voilà à 50 kms de Lusaka, la capitale de la Zambie. Tout va bien !

Mais tout d'abord, qui est-il ce Pierre Ruquoy?

F01 Chapelle et Pierre.JPG

Pierre, originaire de Ligny, missionnaire Scheutiste, a suivi sa formation successivement à Namur, Mexico et Rome.  Mais avant d'étudier la théologie et d'être ordonné prêtre - afin dit-il d'avoir une formation pas trop "cléricale" -  il a vécu durant 5 ans au milieu des villageois en République Dominicaine à Cabeza del Toro ... comme l'un d'entre eux, vivant simplement et apprenant, entre autre, à monter à cheval, à cultiver la terre mais surtout à découvrir la profondeur des relations humaines.  
 
Avant de partir pour la Zambie en 2006, sa nouvelle terre de mission, il passe plusieurs mois pour se ressourcer à l'abbaye de Soleilmont, située non loin du R3 de Charleroi, pensant terminer sa vie comme moine contemplatif.  Mais le virus de l'engagement auprès des plus petits refait surface et le voilà - en 2007 - dans la région de Kabwé, à deux pas du barrage sur la rivière Mulungushi.
 
Sept ans après son arrivée en terre africaine, Pierre se débrouille pas mal dans cette langue difficile qu'est le Cibemba (dont je vous ai appris un mot dans mon message précédent : Mwashibukeni pour "Bonjour").  Les premiers temps, il ne cesse de se déplacer dans cette immense paroisse rurale (120 villages), étendue comme la province de Namur, qui lui a été confiée avec des dizaines de succursales.

C'est là qu'il retournera comme curé.  Il sera ensuite responsable d'une radio communautaire au niveau local et ensuite des radios catholiques au niveau de l'Amérique Latine, ce qui l'amènera à résister clandestinement - par les ondes, en créole - au coup d'état de Raoul Cedras en Haïti en 1991. 

Au début des années 1990, il rejoint les Bateys, partageant la souffrance de ce peuple exploité de planteurs de canne à sucre, originaires de Haïti, travaillant comme des esclaves (moins de deux dollars par jour) en République Dominicaine. 

Son presbytère étant avant tout une maison d'accueil, il n'hésitait pas à traverser la frontière entre Haïti et République Dominicaine pour défendre les droits de ces travailleurs. Jusqu'au jour où, 30 ans après son arrivée dans cette terre où déjà il avait adopté plusieurs orphelins,  les menaces de représailles  et menaces de mort des propriétaires des sucreries et autres politiciens devinrent tellement dangereuses que ses supérieurs décidèrent de l'envoyer en mission dans un autre pays. 

Il s'agit du premier barrage hydro-électrique contruit en Afrique par les Anglais dans les années entre 1910 et 1929.  C'est tout près d'ici, historiquement, le 22 décembre 1978, alors que des membres de l'armée de libération du Zimbabwe (qui à l'époque s'appelait encore la Rhodésie du Sud) s'entrainaient clandestinement, que des avions militaires commandés par les Anglais de Rhodésie du Sud sont venus les bombarder, tuant 200 d'entre eux, en violant l'espace aérien de la Zambie.

Cet épisode organisé au mépris des lois internationales ne fit l'objet d'aucun écho dans la presse nationale ni internationale. Trente cinq ans après, les victimes et surtout leurs familles attendent toujours un monument ou une cérémonie de reconnaissance ... pour ne pas tomber dans l'oubli!

Certains week-ends, il part en brousse pour célébrer 10 messes d'affilée du vendredi soir au dimanche, n'hésitant pas à camper sur place deux nuits dans une petite tente. Puis, un jour, il change de mission ... tout en restant fidèle à ses engagements de toujours.

Les orphelins de "Sunflowers"

A01 Sunflowers.JPG

En effet en Zambie, les enfants devenus orphelins suite à la mort des parents provoquée par ce fléau qu'est le sida, sont légions.  Selon l'UNICEF, en Zambie, un enfant sur quatre a perdu ses parents.  En 2007, Pierre accueille chez lui Kasonde, un des premiers jeunes (17 ans) à frapper à sa porte. C'est le début d'une longue histoire ... à ce jour, ils sont plus d'une centaine trouvant ici un lieu d'accueil, une table, la possibilité d'aller à l'école .. et de nouvelles raisons de vivre.  

The "Sunflowers" tel est le nom choisi pour ce lieu ... symbole d'espoir pour ceux et celles qui y vivent.  Parmi les plus grands, l'un ou l'autre suivent une formation d'infirmier ou d'enseignant.  

Un jour, certains parviendront vraisemblablement à l'université et comme au Guatemala - voir le projet de bourses d'études pour les Indiens de ce pays, une autre initiative de Pierre via l'ASBL SIG (Solidarité avec les Indiens du Guatemala) initiée dans sa première vie Mexicaine - ils prendront leurs responsabilités au service de leur peuple et du développement de leur pays africain.

Autre signe positif de ce lieu d'accueil, les enfants sont les seuls de la région à se rendre à l'école après avoir déjeuné ... les autres arrivent à l'école le ventre creux, le seul repas quotidien ayant lieu pour ces derniers vers 14 heures avec la purée de maïs, le "Nshima" et très rarement un petit morceau de poulet. Au menu des enfants de Pierre: oeufs, poulet, poisson, boudin, etc. 

Rappelons-nous le texte du rêve célèbre de Martin Luther King "Je rêve qu'un jour chaque enfant du monde recevra trois repas par jour ..."  Aux "Sunflowers", ce rêve est une réalité !

Les autres rêves de Pierre

Parmi ces rêves, la construction d'un hôpital où pourraient être soignés les malades du Sida, innombrables dans la région; une bibliothèque; la transformation de l'ancienne église en salle d'études; une troupe de théâtre-action comme il avait mis sur pied en République Dominicaine ... etc.   Autant de ponts à construire pour que en priorité, les Droits des plus faibles soient respectés, au delà des différences d'ethnies, langues, nationalités et dénominations religieuses

Une "hutte" de plus pour 10 garçons grâce aux parrainages de la Transafrica 2015.

G01 Depart Sunflowers.JPG

Une somme dépassant les mille euros a été versée sur le compte des "Sunflowers"  grâce à vos parrainages et au Groupe Tiers-Monde de Gesves.  Avec cet argent, une nouvelle hutte (dortoir) pour 10 garçons verra le jour bientôt aux "Sunflowers"... exactement à l'endroit où est prise la photo de groupe ci-dessus.

Un petit "flash back" : arrivée aux "Sunflowers" le lundi 23 février 2015 à 18h

B04 Admirateurs du velo.JPG

La route de Kabwe à Mulungushi est débordante de pluie lorsque Amos, le chauffeur m'amène aux "Sunflowers" avec le 4x4.  Dans la case centrale, tous attendent celui qui est venu jusqu'à eux de si loin avec un vélo !  Certains ne croyaient pas cela possible ! Premier "rite" d'accueil avant un repas on ne peut plus belge prévu par Pierre (compote de pommes, boudin fabriqué à partir des cochons de la ferme ... et frites !)

Ensuite soirée au cours de laquelle se mêlent chants, paroles d'accueil, partage de gâteaux et ... de nombreuses questions.  Le vélo est amené en tant qu'instrument ou mieux "acteur" principal de ce défi.  Les gars "veulent tout savoir" sur cet étonnant voyage : détails techniques, nourriture, problèmes rencontrés, motivations, rencontres, hébergement, etc.

Un menu de "lion"

Après une longue traversée de "désert" avec pas grand chose à se mettre sous la dent (voir messages précédents), ce passage aux "Sunflowers" me permet de regagner un peu de forces (et de poids peut-être, ce qui ne fera pas de tort).  

Le cuisinier prépare pour le premier jour, outre un délicieux potage aux potirons du potager, un succulent gigot de "phacochère" ... tout en me montrant dans le congélateur un morceau d'antilope qui a courru le risque de s'échapper du parc national de Luangwa (dont le centre se trouve à plusieurs centaines de kms à l'Est d'ici mais dont la limite occidentale vient "toucher" le lac tout proche).

Rencontre du résident le plus âgé des "Sunflowers"

B01 Beni grand-pere.JPGIl s'appelle Béni, 87 ans, il vit également ici.  Il est de la tribu des "Loozi", ce peuple de pêcheurs qui dans le système traditionnel Zambien continue à avoir son propre Roi.  Lorsqu'un Loozi meurt, il est enterré dans sa pirogue.  Comme ailleurs en Afrique, les personnes âgées sont très respectées. Béni, résident dans une petite maison à la limite de l'orphelinat est présent lors de toutes les activités du centre.

Un système de biométhanisation ... et des toilettes écologiques.

Il y a quelques mois, l'ingénieur-prêtre Pierre Gillet de Jambes, bien connu d'Entraide et Fraternité (et des pêcheurs du Kérala en Inde) est venu installer aux "Sunflowers" un système de biométhanisation. 

Grâce aux excréments des cochons et aux fiandres des poules, l'orphelinat dispose désormais "gratuitement" du gaz nécessaire à sa consommation.  Une alternative intelligente au charbon de bois, une des causes du déboisement du pays.  Grâce à Pierre également, l'orphelinat utilise de nouvelles toilettes écologiques semblables à celles décrites lors de la visite au Burundi (voir message n° 4). 

Visite du barrage de Mulungushi et vente de poulets aux villageois.

C03 Poulets de la ferme.JPG

Ce mercredi 25 février 2015, départ avec le 4x4 avec Pierre au volant et 45 poulets qui seront vendus aux personnes travaillant à la centrale hydro-électrique et aux villageois.

Dans un tournant, après avoir franchi la rivière chargée des eaux tumultueuses des récents orages, nous découvrons un panneau on ne peut plus insolite : "Beware crocodiles !"

Il y a quelques années, un enfant d'une famille venue se détendre au club nautique a disparu, emporté par un de ces animaux terriblement dangereux!  Nous laissons les trois amis de "Sunflowers" procéder à la vente des poulets, plus que mouillés par une pluie insistante.  Nous descendons par un funiculaire jusqu'à la rivière au bord de laquelle se trouve la centrale érigée par les Anglais.

Quatre énormes générateurs d'électricité reçoivent l'eau qui dégringole avec force depuis le barrage supérieur via d'énormes conduites.  Deux machines ont plus de 8O ans et portent la marque de fabrique britannique; quant à la dernière, les caractères chinois nous montrent que les Asiatiques sont aussi présents dans ce domaine-clef qu'est la production d'énergie électrique.  Au tableau de bord, le personnel préfère le contrôle via les cadrans traditionnels plutôt qu'au moyen d'écrans d'ordinateur.

Les pêcheurs veulent voir le vélo de la Transafrica.

Ce jeudi 26 au matin, Joseph de l'orphelinat m'accompagne jusqu'au lac.  Nous rencontrons des pêcheurs.  Joseph leur décrit la fameuse bicyclette venue de Belgique.  Ils sont tellement désireux de la voir que je suis allé la chercher pour la leur montrer.  D'autres pêcheurs accostent leurs pirogues; ils veulent me vendre une partie des poissons qu'ils viennent de pêcher.  Je les ramène à Chanda le cuisinier qui les préparera pour le repas du soir.  Pierre me dit qu'il arrive qu'un pêcheur soit happé par un crocodile ... un métier à risque dans ce coin apparemment tranquille de Zambie !

D03 Pecheurs et velo.JPG

Un ancien mineur nous raconte l'apartheid.

Ce jeudi 26 après-midi, nous rendons visite, Pierre et moi à un ancien mineur et à son épouse, Suf-Africaine d'origine. Ils sont très heureux de nous accueillir dans la case cuisine à moitié branlante.  Quand l'Etat Zambien a privatisé les mines (argent, cuivre, etc), de nombreux mineurs licenciés, à titre d'indemnisation, ont reçu un lopin de terre dans la région.  

N'étant pas agriculteurs, ils sont quelque peu "perdus" dans ce coin, vivant dans des conditions très précaires.  Dans un anglais impeccable, Muyingu nous décrit la situation du temps de la colonisation et nous parle d'une façon très précise de l'apartheid dans les deux Rhodésies.  Ayant vu plusieurs Belges se marier avec des Africaines, il nous considère plus ouverts que les Anglais qui ne se frayaient pas avec les "coloured people".  

Ceci dit, la colonisation anglaise, 50 ans après, présente encore de nombreux effets positifs (état des routes, des services publics, des hôpitaux et de l'enseignement), ce qui est loin d'être le cas dans les pays Africains francophones ...  particulièrement au Congo !

Visite de l'école primaire et moyenne et du Lycée

La plupart des enfants des "Sunflowers" étudient dans ces écoles.  Au Lycée, le directeur m'accueille en disant : "Je vous connais, je vous ai vu dimanche sur la route venant de Kapiri Mposhi !"  Evidemment avec mon arnachement et mon drapeau écarteur rouge et jaune, je ne passe pas inaperçu !  Dans les classes régne une athmosphère très studieuse ... très "british" !  Les élèves portent un uniforme et une cravate.

Préparation du vélo pour la suite du voyage en présence des gars de "Sunflowers"

Dimanche 1er mars 2015, après le repas (au menu du poulet maison),  tous les gars de "Sunflowers" sont réunis autour du vélo.  Ils assitent au chargement des bagages sur le support roulant du voyage afin qu'ils puissent se rendre compte "de visu" des conditions réelles de ce type de déplacement. C'est ensuite la photo de "famille" ... une belle famille avec le "papa" ou plutôt le "grand-père" Pierre et ses enfants dont le nombre dépasse maintenant la centaine depuis l'arrivée - mardi dernier -  d'Alfred  venant de Lusaka ... et deux autres encore ce dimanche !

G02 Depart Sunflowers.JPG

Au cours de l'homélie de la messe dominicale, Pierre a parlé d'Abraham (personnage commun au trois religions monothéistes), de Nelson Mandela (qui a jeté des ponts pour construire une nation arc-en-ciel) et de la Transafrica, qui a comme objectif de relier le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, la Zambie, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud jusqu'au village de Qunu (en 2016).  Le soir, après les dernières complies, "merci" réciproques et dernières serrées de mains.

Départ vers Lusaka, capitale de la Zambie.

Lundi 2 mars 2015, très tôt la camionnette de "Sunflowers" me ramène à Kabwe.  Je pars avec en poche de nouvelles adresses de contact pour la suite du voyage vers le Sud.  Au programme: visite du parc national animalier de Luangwa (voyage en bus) et visite d'une "ferme" de crocodiles ... de belles et étranges rencontres en perspective !   
 
Merci pour vos nombreux messages... le prochain, ce sera dans x jours au Zimbabwe.

Je n'ai plus pédalé depuis huit jours mais je me sens un peu "remplumé" ayant mangé du poulet; pour les jambes, cela devrait aller plus facilement, ayant avalé de l'antilope ... heureusement, je n'ai pas encore mangé de steak au crocodile !  Sur la route de Lusaka, deux policiers m'interpellent amicalement et me demandent pourquoi je voyage à vélo ... "to go slowly", telle est ma réponse.  Ils rient mais je ne suis pas sûr qu'ils comprennent vraiment pourquoi.  Il est vrai que les véhicules qu'ils contrôlent roulent nettement plus vite ... avec les résultats que l'on sait !

Des précisions concernant les messages précédents

Le repas quotidien des familles de la région s'appelle le "Nshima" et est cuisiné à partir de maïs réduit en poudre fine et malaxé dans de l'eau bouillante. Le nom du fils de Nicole Regnier qui nous a donné des informations précises sur la Tanzanie et le suivi de la politique de Julius Nyerere est Geoffroy Henriet.  "Re-merci" à lui.
 
Références sur la vie, le travail et les engagements de Pierre Ruquoy en Haïti, République Dominicaine et Zambie (The "Sunflowers"):  voir le magnifique ouvrage très bien documenté avec de nombreuses photos, intitulé "Leur vie, un cri !" , publié chez Médiel à Wavre (site www.mediel.net) par Hubert van Ruymbeke et disponible, au prix de 22 euros, chez Anne-Marie Clamot de Jambes, tante de Pierre (adresse courriel : amclamot@gmail.com).
 
Un long voyage à vélo au profit du développement durable ... une autre Transafrica ... un peu plus longue !
(transmis par Geert Leeuwerck de Leuven)
 
"Deux jeunes néerlandais ont décidé de se lancer dans une aventure en vélo pour promouvoir le développement durable. Ils se sont fixés six mois pour joindre Amsterdam – Le Cap. Demain, samedi 28 février, Jilt van Schayik et Teun Meulepas, les deux jeunes néerlandais à l'origine du projet seront de passage à Bruxelles. Ils abandonneront leur vélo le temps d'une après-midi, pour rencontrer des jeunes Belges et échanger sur le développement durable. Ensuite ils reprendront les pédales en direction du Cap en Afrique du Sud. Durant ce voyage, ils organiseront avec les Jeunes Ambassadeurs de chaque pays, des rencontres et évènements de sensibilisation autour des enjeux du Post-2015. Le monde se prépare actuellement à l’adoption des Objectifs du Développement Durable, afin de contrer le sous et mal développement et d'assurer une transition écologique pour qu’aucun être humain ne soit laissé pour compte."
 
Concernant les photos attachées aux messages que j'envoie, elles sont visibles, quelques jours après l'envoi du message, sur ce site dans la galerie TransAfrica2015.

Léon Tillieux

lundi 23 février 2015

M08 TRANSAFRICA 2015 - Zambie

Entrée en Zambie.

Je reprends la suite de mon voyage ce 11 février 2015 quelques kms après la frontière entre la Tanzanie et la Zambie.  Le passage de la douane s'est passé sans problème mise à part que, pour le paiement cash du visa (50 dollars), la dame n'acceptait pas les petites coupures ( 1 et 2 dollars) ni les euros.  Par conséquent il a  fallu changer des euros en dollars à un taux très favorable pour le changeur (un euro pour un dollar) ... mais j'étais coincé!  Je ne suis pas resté longtemps à cet endroit, "assailli" par une dizaine de changeurs ... quant aux bureaux de change "officiels", ils étaient fermés !

La conduite en Zambie (ex Rhodésie du Nord) est pareille à celle de la Tanzanie ... toujours à gauche !  En revanche, beaucoup moins de circulation : fini les bus roulant comme des fous et beaucoup moins de camions ! Selon les explications reçues, les bus assurant la liaison Lusaka / frontière Tanzanienne voyageraient de nuit et en fin de journée ... libérant la route pour les lèves-tôt comme moi ! Les vélos sont toujours autant chargés ... et les gens toujours souriants; fini le swahili ("Jambo") mais la plupart des gens connaissent l'anglais ... au moins "How are you ?", "Where are you going ?"

Ce 11 février après-midi, je suis bien installé dans un camping attenant à une école de formation en agriculture tenue par un couple de Sud-Africains qui y ont imprimé leur sens de l'organisation.  Douches chaudes ... et oui, il suffit d'installer des panneaux solaires ... le soleil africain étant tellement généreux!  C'est la saison des pluies ... et malgré tout il y a eu du soleil tous les jours depuis mon entrée en Zambie !
 
Mise à part dans les villes, il est très difficile de se ravitailler : presque pas de restaurants et presque rien à se mettre sous la dent ... quant aux débits de boissons, il y en plein ... autant que d'endroits où l'on vend des recharges de GSM (il y a des recharges à partir d'un demi Euro !)  Ici les gens ont tous un GSM. 

J'ai entendu une dame travaillant dans une bananeraie, téléphoner avec son GSM... sans doute pour faire la causette avec une autre dame dans un champ de maïs.  Ce sont les opérateurs qui se frottent les mains !  Les maisons où l'on vend des recharges sont entièrement repeintes dans la couleur (verte, rouge, bleu) de l'opérateur.  Cela donne aux petites villes traversées des airs de "Far West". 

Une nuit passée à côté de la maison d'une famille Zambienne

P1090922.JPG

Vendredi 13 février, faute de trouver une "Guest house" au bord de la route, je m'adresse à une dame habitant avec sa famille de neuf enfants à 100 mètres de la grand route; par chance, une jeune étudiante passant par là me sert d'interprête. De suite la dame accepte que je plante la tente aux abords de la maison.  

La tente est déjà dressée en présence des enfants de la famille et de tous ceux des familles voisines, lorsque le papa rentre du travail.  Il me sert longuement la main, une main vigoureuse de ... charbonnier (comme beaucoup d'autres en zone rurale, il produit, entre autre, du charbon de bois pour la cuisine).  

 Il parle un peu anglais et il est très heureux d'accueillir pour la première fois un "muzungu", un blanc dans sa maison.

Des lunettes trouvent ici une seconde vie

Ayant pris en réserve en cas de perte une paire d'anciennes lunettes cassée en deux, celle-ci fera un heureux : le papa me dit qu'il ne sait plus lire de près faute de lunettes.  En moins de deux, un fil de cuivre permet la réparation ... le papa, fidèle lecteur de la bible en tant qu'adepte de l'église Adventiste du 7ième jour, pourra continuer à lire ce livre ... où il a sans doute puisé les bonnes raisons de la qualité de son accueil.
 
Quant à la maman, elle est au four et au moulin; elle active le feu pour que je puisse chauffer de l'eau ... pour mon repas lyophylisé (poulet curry); elle me donne un bassin d'eau pour la toilette;  elle puise de l'eau au puit, elle prépare le millet ... et le soir un bon repas africain. 

La nuit tombe vers 18h15 et l'on se réunit (les hommes et les garçons dehors près de la tente, la maman et les filles dans la case cuisine) pour partager le plat traditionnel africain (dont je vous donnerai le nom dans le prochain message) que l'on mange en le malaxant dans sa main avant de le tremper dans la sauce.  Un peu de viande pour ce jour de visite.  Les morceaux auxquels je n'ai pas touché, sont rapidement partagés par les enfants ... sans gaspillage aucun.  Les biscuits que j'offre sont un dessert inhabituel.  La petite dernière met un quart d'heure pour sucer le biscuit qu'elle a reçu.
 
Pas d'électricité mais la radio sur piles diffuse de la musique zambienne; les grands ont un gsm ... il n'y a pas de réseau mais il permet de faire des photos (du muzungu).  Heureusement il y a un chargeur solaire!  La nuit est déjà tombée depuis une heure, les femmes et les enfants des familles voisines continuent à venir chercher de l'eau au puit communautaire.
 
Le matin, les coqs se chargent de nous réveiller bien avant le lever du jour (c'est Danielle qui serait contente!)  La tente démontée, c'est le départ ... le papa m'accompagne un bout de chemin avec une des filles sur le porte-paquet vers le centre de santé : elle a la malaria!  Nous nous quittons ... la joie née d'une rencontre exceptionnelle ... et éphémère se lit sur nos visages.

"Mwashibukeni" ... un petit mot magique pour entrer dans le coeur des Zambiens

La soirée passée chez mes hôtes d'une nuit m'a permis d'apprendre deux mots et une question (bonjour, merci, comment allez-vous?) en Bemba, la langue parlée dans cette partie Nord et orientale de la Zambie.  "Mwashibukeni" cet mot à utiliser le matin car il signifie "bon jour", déclenche une très grande joie chez les personnes rencontrées.  

Quelle différence avec les jours précédents quand j'utilisais la langue de Shakespeare ... les visages s'illuminent, les gens de toutes les générations apprécient ce "muzungu" qui connait un mot de leur langue !  Certains rient et applaudissent; d'autres mettent la main à la poitrine; ils voudraient bien continuer la conversation mais pour moi ce n'est pas possible d'aller plus loin ... dommage !

Rencontre avec Benedikt "von Deutchland"

P1090938.JPGL'après midi, un motard me dépasse et s'arrête.  Chargé comme il est, avec deux pneus de rechange, ce ne peut être qu'un "safariste" !  C'est Benedikt ... "comme le Pape" dit-il en se présentant ... enfin plutôt comme le pape précédent, originaire comme lui du Sud de l'Allemagne.  

Cinq mois pour traverser en solitaire (tiens, tiens, je ne suis pas le seul!)  la plupart des pays de la partie australe et orientale de l'Afrique (Namibie, Botswana, Zambie, Tanzanie, Kenya, Malawi, Zimbabwe, Afrique du Sud).  Echange d'adresses, photos ... Avant de repartir, Benedikt me demande si je ne manque de rien (eau, etc). 

En se quittant, je lui souhaite bon "safari", ce qui en Swahili signifie "voyage" ... et pas seulement comme nous (touristes et agences de voyage) le pensons, visite de parcs nationaux animaliers.

A la recherche d'un camping introuvable à la nuit tombée

Pour l'étape du samedi 14 février, les Sud-Africains du camping précédent m'avaient indiqué un camping se trouvant théoriquement à 70 km avant d'arriver à la ville de Mpika.  Une très longue journée pour y arriver, heureusement sur un parcours facile (plus de descentes que de montées), 130 kms (sur la même journée !) pour arriver à un endroit ... où finalement, il s'avère qu'il n'y a pas de camping!

Mais heureusement, la nuit africaine étant déjà tombée (18h30), les gens me disent d'aller à l'école;  là, je trouve deux gardiens de nuit qui, très gentillement m'indiquent un endroit qui ne risque pas d'être inondé (car maintenant il pleut).  Les gardiens ont allumé un feu ... dont les braises toutes rouges réchaufferont l'eau pour mon menu lyophilisé (des pâtes au saumon ... délicieuses ... merci Danielle!)

Le matin, mes deux amis se réchauffent auprès du feu.  J'ai passé une très bonne nuit (il est vrai qu'en deux jours, j'ai dépassé les 200 kms!)  Je les quitte non sans oublier de les gratifier pour m'avoir permis de passer la nuit à cet endroit providentiel ... et cela en toute sécurité!

Rencontre d'un couple en voyage en Afrique à moto à la recherche d'un endroit merveilleux pour s'installer.

P1100026.JPGMardi 17 février 2015.  Deux motos me dépassent.  Les conducteurs portant un gilet fluo et un casque et roulant à allure modérée ... cela ne peut pas être des Zambiens!  

Daniel(de Suisse) et Mélissa (d'Australie) sont partis pour 5 mois de découverte de l'Afrique; ils ont loué des motos (légères) au Kenya ... alors que Benedikt voyageait avec sa grosse moto allemande qu'il avait expédié par bateau en Namibie.

Daniel et Mélissa semblent avoir trouvé l'endroit idéal où ils comptent vivre leur vie de couple : dans le Sud de la Tanzanie, au bord de la mer ... un endroit idyllique pour ouvrir une "Guest house" ... où l'on risque d'être bien accueillis, vu la gentillesse de ceux qui se sont donnés la peine de s'arrêter pour me saluer. 

Comme moi, ils trouvent que les Zambiens sont vraiment charmants et gentils ... des "g(Z)ens bien" quoi !

Une nuit et un jour de repos auprès des chutes de Kundalila

En quittant la route nationale asphaltée, 13 kms d'une route secondaire me (nous ... car il y a le vélo) redonnent le contact avec le sable, ce qui me rappelle les Andes (2009 et 2013).  Ma monture n'apprécie pas tellement ce genre de revêtement et se cabre de temps en temps.  

P1100176.JPGHeureusement celui-ci est solide la plupart du temps et j'arrive rapidement avant la nuit, après une journée de 108 kms dans un "camp site", un endroit où je peut monter ma tente (car il n' y a pas de Simbas!)  Le gardien de ce Parc National, après les formalités d'usage, me montre le chemin pour descendre au pied des chutes ... merveilleux site où j'ai choisi de me reposer 24 heures.  

C'est là que je continuerai à lire l'autobiographie de Nelson Mandela ... "on the road again with him" !  A 7 heures, comme convenu, le gardien me guide jusqu'au pied des chutes; il reste quelques instants avec moi pour regarder ce que je continuerai à admirer seul (voir photo).  

En remontant, je croise une dizaine de Chinois, des travailleurs dans un des nombreux projets (routes, agriculture, etc) qu'ils supervisent en Zambie comme dans plusieurs autres pays Africains(à l'exception du Rwanda parait-il ?)  Certains sont indisciplinés  en grimpant à un endroit dangereux pour prendre une photo et se font rappeler à l'ordre par le guide.  

Un jour -  hélas - l'Afrique leur appartiendra  ...  Nelson Mandela, parmi ses multiples préoccupations et engagements y avait-il pensé ? ... Its' a long way to freedom

La nuit suivante, ayant planté ma tente à un endroit isolé, aux abords d'une voie de chemin de fer, je me réveille pour écrire mes mémoires de la Transafrica profitant d'une insomnie.  Soudain, dans la nuit noire Africaine sans lune, un lointain vrombissement m'annonce l'arrivée d'un long train de wagons de marchandises, en route vers Dar-Es-Salaam sur l'Océan Indien.

L'expérience de l'agriculture productiviste

Vendredi soir, trempé comme un canard par un orage sub-tropical, je cherche refuge dans une ferme ... surprise, depuis longtemps (je n'étais plus habitué), j'aperçois une dame blanche dans sa voiture: c'est la fermière, née en Zambie de parents fermiers blancs, qui accepte que je plante la tente auprès de la ferme.  

Quant son mari (d'origine Sud-Africaine) me voit, de suite, il me fait entrer dans un appartement annexe où je puis passerai la nuit non sans avoir partagé le repas du soir avec les parents et les trois enfants.  n accueil différent dans cette Afrique que je découvre depuis peu ... avec ici, un accent "Afrikaans" rappelant un passé chargé en conflits, guerres, douleurs dans ce pays si cher à Mandela ...  

P1100341.JPGQuant au style d'agriculture dans ces fermes tenues par des blancs mais aussi par de plus en plus par des noirs : production de maïs, blé, etc à grande échelle avec utilisation de pesticides, désherbants chimiques et "fertilizers" chers aux multinationales agro-alimentaires (voir les photos) ... et de plus en plus présentes sur les deux côtés de la route en nous rapprochant de Lusaka, la capitale de la Zambie. 

Productivité et profit sont à l'ordre du jour de ces projets financés entre autre par l'Union Européenne et la FAO.  Mais a côté de cela que deviennent les petits paysans ... et leurs préoccupations sont-elles au moins prises en compte ? Pas sûr !

La Transafrica 2015 : un premier bilan au 2/3 du voyage.

Les jours se suivent sans nouvelles exceptionnelles ... et me voilà, ce lundi 23 février 2015, sur le point d'arriver à Kabwe, lieu de rendez-vous avec le Père Pierre Ruquoy qui travaille à "l'intérieur" des terres comme on dit au Brésil, à deux heures de route de Kabwe.  Comme c'est la saison des pluies, il a choisi bien gentillement, ce que j'apprécie énormément, de venir me chercher en 4x4 car, étant donné que c'est la saison des pluies, la route non asphaltée doit être très pénible (voir impraticable) à vélo.
 
Premier bilan : Rwanda, Burundi, Tanzanie, Zambie (limité à Kabwe) = 31 jours de vélo, 2.266 kms parcourus en 186 heures et 8 minutes pour être précis; moyenne 12,1 kms/h; aucune crevaison (ce sont des pneus allemands "Schwalbe Marathon Plus" réputés increvables ... en effet); aucun ennnui technique, une seule blessure légère à la cheville due à la rencontre malencontreuse d'une pédale ... le moral quant à lui étant toujours intact !

Réponses aux questions

Réponses aux questions concernant les animaux.  A la première question du message précédent, j'ai eu les réponses suivantes : un gnou, un okapi.  Soit 9 réponses exactes dont deux avec la précision suivante "un gnou bleu".  A la seconde question, trois réponses vraisemblablement erronée (civette, genette) et trois apparemment exactes ("serval hindei", précision oblige!).  Merci à celles et ceux qui se sont donné la peine de répondre.
 
Quant à la question de savoir ce qu'il en est du suivi du "socialisme à l'africaine" de Julius Nyerere en Tanzanie, le fils de Nicole (une des trois cyclistes de Namur-Assise 2014), qui a travaillé en Tanzanie et qui parle le Swahili, nous apporte les précisions suivantes (un tout grand merci):
 
" L'héritage que Nyerere a laissé à son pays est une paix sociale et surtout une paix tribale  (à comparer au Kenya où il y des affrontements après chaque élection.)  Malheureusement, économiquement le modèle n'a pas tenu toutes ses promesses.  (Il faut dire qu'il n'a jamais reçu de soutien international non plus).  Une raison parmi d'autres: après avoir attaqué le régime ougandais de Idi Amin, la Tanzanie a injustement dû payer les coûts de cette guerre.  Si Nyerere est toujours aussi présent dans les mémoires, c'est plus pour ses politiques sociales que pour ses résultats économiques, mais aussi il est le "Baba wa Taifa", le père de la patrie, fondateur de TANU (le parti politique qui s'est battu pour l'indépendance).  A noter que le président actuel (Kikwete), ainsi que tous les anciens présidents, sont du même parti que Nyerere..."

Prochain message

Merci pour vos nombreux messages (une cinquantaine en deux semaines) ... le prochain, ce sera dans une semaine chez le Père Ruquoy et l'orphelinat "the Sunflowers" en Zambie.  Concernant les photos attachées ou non aux messages.  Certains, semble-t-il ne recevraient pas les photos en attaché ... sachez qu'elles sont visibles, quelques jours après l'envoi du message, sur ce blog.

Léon Tillieux

lundi 9 février 2015

M07 TRANSAFRICA 2015 - Tanzanie (fin)

Chers amies et amis,

Je reprends la suite du récit de mon voyage ce 8 février 2015 depuis la ville de Mbeya où je suis arrivé ce soir après une longue journée de 115 kms marquée par la pluie.  Encore 113 kms et j'entre en Zambie par le poste frontière de Tunduma pour ceux qui me suivent sur "google map" .

Précision et questions concernant le parc national visité et les animaux.

Dans le message précédent, j'ai oublié de vous donner le nom du parc où j'ai failli rencontré des simbas : c'est le Mikumi.  André Etchelecou, Chantal Donceel, Alain Carpiaux et bien sûr Jacques Trépant, mon ancien professeur de français, précisent dans leur message qu'il s'agit bien de phacochères, les cochons africains (j'avais quelque peu écorché leur nom ... en parlant de "phagostères" ... au point que j'ai semé le trouble dans un premier temps chez le dernier cité, qui me parle de "phagochères")!  

Ceci dit, j'aimerais savoir quel le nom de l'animal qui se trouve photographié avec un impala au coucher du soleil et dont vous avez la photo incluse ci-après ?  Par ailleurs  quel est le nom de cet autre animal qui est venu manger les spaghetti renversés au barbecue de la plage du lac Tanganyika, la veille de mon voyage en train et dont voici également la photo que j'ai prise au flash ?

Question 1.JPG

Je joins une photo d'un simba, piquée sur le site du "Stanley Camp Tanzania" ... attention, si un jour vous passez par là à vélo, ne cherchez pas à vexer la gérante : louer un véhicule !  Elle fut quand même sympa avec moi.  Si j'ai bien compris, c'était la première fois qu'un gars débarquait à vélo chez elle .. c'est-à-dire dans son "camp" !

Question 2.JPG

Le Roi "Léon" ... pardon Simba !

Simba Parc Mikumi.jpg

Suite des aventures de Léon au pays des baobabs

Je suppose qu'il est inutile de vous préciser que ce ne sont pas des animaux !  Ces arbres magnifiques ne poussent pas seulement à Madagascar (avec la célèbre "allée des baobabs" située près de Morondava, inoubliable surtout au coucher du soleil) mais aussi en Tanzanie.  J'ai eu le privilège de planter ma tente entre deux de ces énormes arbres, dans le camping "des crocodiles" tenus par deux frères très sympas.  C'est leur beau-frère, un Allemand prénommé Frank qui a fondé ce camping avec leur soeur.  Le soir, ils m'ont préparé un repas délicieux avec du riz et du poulet (un peu mieux musclé cette fois) et notamment des tomates avec de l'huile d'olive italienne.
 
P1090265.JPG

A propos des baobabs, que j'ai pu admirer - avec des feuilles à cette époque de l'année - durant des dizaines de kms dans cette région avant d'arriver à Iringa, voici une blague ramenée de Madagascar (en mai, dans ce pays, les baobabs n'ont plus une seule feuille) : "Dieu était si fier d'avoir créé ce bel arbre qu'est le baobab, que le diable voulu prendre sa revanche : celui-ci le déplanta, le retourna, les racines vers le ciel ... car, de cette manière, il peut à présent l'admirer depuis le centre de la terre - l'enfer - son lieu présumé de résidence !"

De "lodge" en "lodge" et de  "guest house" au camping

P1090453.JPGCe jeudi 5 février, une petite route caillouteuse m'emmène à Kisolanza, un endroit superbe où il y a une "old farm" et la possibilité de camper ... en installant la tente sous un toit traditionnel de paille.  Il est possible aussi de cuisiner soi-même sur feu de bois ... option que j'ai choisi; cela me permet de varier un peu le menu par rapport aux auberges et restaurants trouvés au bord de la route.

A l'école avec une houe à l'épaule ... et le souvenir de Julius Nyerere, ancien Président de la Tanzanie.

Surprise ce matin, certains des élèves rencontrés sur le chemin de l'école, portent une houe à l'épaule.  En Tanzanie, le travail de la terre s'apprend dès le plus jeune âge.  Dans les champs, je constate que les enfants aident les parents.  

Il me semble qu'en Tanzanie, il y a plus d'hommes qui aident les femmes aux lourds travaux des champs, qu'au Burundi.  Dans ce pays en revanche, il me semble y avoir vu plus d'hommes en train de "ne rien faire" dans les villages.  Mais il est difficile de comparer deux pays avec des densités de population diamétralement opposées et une situation de chômage catastrophique dans ce Burundi surpeuplé.
 
En Tanzanie, le portrait de Julius Nyerere, le père de la Tanzanie indépendante (1961), est en bonne position à côté de celui du Président actuel, dans les administrations et même sur l'arrière des bus.  Julius Nyerere, cet instituteur qui poussa les campagnes à s'organiser en  "Ujamaa" à l'image de la société villageoise traditionnelle.  Ce socialisme à l'africaine, nos professeurs d'université, dans les années 1970, nous le présentaient comme une solution idéale pour ce continent ... j'aimerais savoir ce qu'il en est advenu actuellement, à un moment où la Tanzanie, comme tant d'autres pays, subissent les contre-coups de la mondialisation et de l'expansion du néo-libéralisme.  Impossible pour moi qui ne fait que de passer sur la nationale, de vérifier sur place. Si l'un ou l'autre lecteur avait une réponse éclairante, ce serait génial de la communiquer aux autres, via mon site de voyage.

Pas d'agressivité

En tout cas, je ne ressens pas d'agressivité dans ce pays; les hommes et les femmes croisés me saluent et ils sont surtout fous de joie lorsque je leur dit "Jambo !" (bonjour), un des rares mots de swahili que je connaisse. Quant au mot "merci", c'est facile: "à santé !"  Certains chauffeurs de poids lourds, me font des signes d'encouragement (un coup de klaxon sympa, un pouce levé par exemple).  

Les enfants aussi accourent vers moi ou crient "muzungu" depuis leur maison en paille ou en adobe. Quant aux policiers, ils sont sympas ... surtout leurs collègues féminines : un jour, deux police-women m'ont arrêté, non pas pour contrôler mes papiers mais pour me demander des informations sur mon voyage ... à vélo, près duquel elles ont accepté de poser pour la photo !

Les dangers de la route

Ce dimanche matin, une dizaine de camions sont arrêtés aurprès de celui d'un collègue victime d'un accident mortel durant la nuit.  Le chauffeur est encore  vraisemblablement prisonnier dans la cabine complètement écrasée.  Métier très dangereux  ... avec aucun jour de répit : même le dimanche, le trafic camion n'est pas interdit en Tanzanie.  En Belgique et dans les autres pays de l'UE, une législation oblige les employeurs à respecter le repos dominical (avec des exceptions pour les transports frigorifiques) ... pour combien de temps?  Si le traité Tafta est adopté, less lobbies des grandes firmes de transport pourraient obliger les gouvernements à réviser leur législation pour que nous adorions encore plus le dieu "Business" ... sept jours sur sept ... à moins de réagir, ce que font des militants du groupe Roosevelt (en France www.collectif-roosevelt.fr).

Des photos comme à chaque fois !

Dans les photos jointes,  un magnifique lever de soleil sur la rivière traversant la ville Tanzanienne d'Iringa ... photo prise à 6h15, alors que j'avais déjà pris la route afin de bénéficier au maximum des heures fraîches de la journée.  Photos également des baobabs, des fruits ou des sacs de charbon de bois en vente au bord de la route. ...  Et bien sûr des sourires d'hommes, femmes et enfants ... heureux, cela se voit !

P1090445.JPG

Merci pour vos nombreux messages (dont un reçu de Lituanie) ! Le prochain, ce sera dans x jours (chiffre toujours aléatoire) ... en Zambie.

Léon Tillieux

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