Odyssées vers le Sud

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vendredi 26 avril 2019

Transandina 2019 : la conférence !

vendredi 22 mars 2019

Transandina 2009-2019 : bilan de la traversée des Andes de Quito à Ushuaïa

Rentré en Belgique ce samedi 16 mars 2019, avec un peu de recul par rapport au défi que je viens de relever, voici quelques réflexions et le bilan de ce que je viens de vivre durant 10 semaines en Amérique Australe.

Dernier regard sur la ville de San Carlos Bariloche et son lac,
un des lacs les plus étendus d'Argentine

Bilan des 4 voyages en Amérique du Sud de 2009 à 2019

Au départ en 2003, mon rêve était de parcourir à vélo « uniquement » le Chili – le pays le plus long de l’Amérique du Sud - du Nord au Sud. Mais c’est d’Equateur que je suis parti en mai 2009 avec comme objectif : « grimper » dans la cordillère des Andes et atteindre Salta dans le Nord de l’Argentine.

Après l’Equateur et une brève incursion en Amazonie sur le Rio Napo, ce fut le Pérou durant un peu plus de trois mois, la Bolivie et le Nord de l’Argentine. En janvier 2013, je repars en Argentine en vue de retraverser les Andes de Salta vers le désert d’Atacama au Chili par le difficile col de Sico (neige) et d’atteindre Santiago.

L’an passé en 2018, je me remets en route en espérant aller le plus loin possible sur la route d’Ushuaïa : j’arrive à San Carlos de Bariloche. Cette année 2019, mal inspiré, je choisi de partir de l’extrême sud pour revenir à Bariloche et ainsi compléter la liaison Equateur – Terre de Feu. En fait les vents seront souvent contraires, et pour contourner la difficulté, je change d’itinéraire en m’offrant la « Carretera Austral » avec ses 600 km de ripio (cailloux), mais aussi la beauté de ses montagnes, lacs et rivières, et de nombreuses et belles rencontres de voyageurs (à pied, à vélo, etc.) de tous pays.

En termes de kms parcourus, voici le détail

  • Voyage 2009 6.988 km en 112 jours moyenne : 10.6 km/h
  • Voyage 2013 2.838 km en 42 jours moyenne : 10.3 km/h
  • Voyage 2018 1.964 km en 26 jours moyenne : 11.1 km/h
  • Voyage 2019 3.020 km en 53 jours moyenne : 9,1 km/h

De Quito à Ushuaïa : 14.810 km en 233 jours

Remarque : pour la totalité de ces 14.810 km, le vélo « Da Silva » n’a connu « que » 4 crevaisons et 4 paires de pneus, « Schwalbe », qualité allemande faut-il préciser !

Remarque importante : la totalité du parcours depuis Quito en Equateur à Ushuaïa en Argentine a été réalisée à vélo comme unique moyen de locomotion; jamais, je n’ai accepté de « monter » dans un camion ou un autre véhicule dont le chauffeur se proposait gentiment d’abréger des montées parfois très longues en distance et en durée.

Des messages de soutien, par dizaines

« Meu Deus, que cela a passé vite !»

Des messages reçus pour encourager un cycliste en lutte contre le vent, la pluie, depuis les intempéries de la région australe jusqu’au soleil réchauffant de la province du Rio Negro dont San Carlos de Bariloche est la ville la plus importante.

Je ne puis que remercier celles et ceux qui ont répondu à mes messages : cela représente 324 messages de 108 personnes différentes, c’est tout simplement incroyable l’intérêt porté à un défi qui n’utilise pourtant qu’un moyen tout simple de déplacement.

L’accueil à San Carlos Bariloche chez Graziela et Marcelo.

Deux jours et deux nuits passés chez ce couple sympathique, engagé depuis longtemps au service du développement et plus spécialement des familles démunies d’une Argentine qui ne cesse de passer de crise en crise. Le courage de gens qui osent consacrer leur vie à la cause de la justice dans un pays où ceux qui recherchent le pouvoir ne voient pas d’un bon œil, celles et ceux qui choisissent de lutter à côté de ceux qui sont victimes du système dominant.

« Ainsi me raconte Graziela, nous étions jeunes en 1984, en principe la dictature des militaires initiée en 1976, était finie depuis deux ans; nous nous rendions le samedi dans un bidonville, attentifs aux problèmes nombreux que les familles démunies rencontraient au jour le jour. Nous étions suivis par une voiture Ford Falcon et nous savions que les passagers n’étaient pas des enfants de chœur mais de sinistres militaires ou paramilitaires qui ne nous voulaient certainement pas du bien ! Si bien que les responsables de la paroisse du bidonville nous ont priés de ne plus venir durant quelques mois, pour ne pas mettre en danger nos vies et celles des résidents ».

Trente ans après, le pays ne s’est pas encore remis de ces années sombres qui a couté la vie à 30.000 disparus : des enfants, des jeunes, des papas, des mamans pour lesquels des gens déterminés continuent à exiger des nouvelles, une demande la plupart du temps restée vaine dans un climat voulu d’impunité « en faveur » de leurs bourreaux.

Quant à la situation politique de l’Argentine de ces dernières années, l’évolution est semblable à celle du Brésil (voir mon premier message de janvier 2019) où les dirigeants suivent les mêmes orientations imposées par le grand voisin du Nord, les Etats-Unis qui n’ont jamais cessé de considérer les pays d’Amérique « dite latine » comme leur jardin ou le terrain de chasse « gardée » de leurs intérêts.

Avec Graziela et Marcelo, nous échangeons sur l’évolution de pays comme l’Argentine, le Brésil, le Chili pour constater qu’en Europe, la même évolution se fait de plus en plus sentir, sous la pression d’un néo-libéralisme qui devient de plus en plus prégnant et ce, au niveau de la planète entière.

Sur la route de l’aéroport, un projet financé par des écotaxes.

Terminons par une information positive. Jeudi 14 mars 2019, 15h15 Marcelo me conduit à l’aéroport de Bariloche. Des ouvriers travaillent à l’embellissement d’un côté de la route, avec des pelouses abondamment arrosées avec l’eau pompée du lac tout proche; ce beau projet a pour but de faciliter sur quelques kilomètres le déplacement des usagers dit faibles : une sorte de « cyclovia » réservée également aux piétons (familles, enfants, etc.) et éviter ainsi de devoir rouler au même endroit que les voitures, ce que j’ai du souvent faire – à mes risques et périls - lors de mes voyages !

Belle initiative financée par une taxe dite écologique, prélevée sur une partie des recettes engendrées par le tourisme. Car dans cette région de Bariloche, il n’y a pas que des touristes cyclistes, en route vers ou venant d’Ushuaïa mais aussi de nombreux randonneurs, et d’innombrables skieurs (20 vols par jour en haute saison amenant les Brésiliens en manque de neige) vers la montagne blanche du mont Cardenal, que j’ai choisi de ne pas monter avec mon vélo bardé de bagages, vous comprendrez... !

Une manif pour le climat, bravo les jeunes !

Vendredi 15 mars 2019. Au moment où à Bruxelles et dans d’autres villes – et même au niveau mondial d’une planète qui en a urgemment besoin - se prépare une manifestation pour le climat initiée surtout par des jeunes, je suis cette importante information, à moitié couché sur mon matelas auto-gonflant dans le hall d’attente de l’aéroport d’Ezeiza à Buenos Aires.

En effet, sur le chemin du retour de la « Transandina », l’escale prévue dans la capitale argentine est de 17 heures incluant une nuit complète de jeudi à vendredi. Si bien que je fais comme la plupart des gens en transit, nous bivouaquons (voir photo) à un endroit prévu pour cela (je doute qu’à Zaventem, il y ait un tel endroit, à moins qu’au « centre fermé tout proche » !) Je regrette non pas l’inconfort (depuis 65 jours, j’ai l’habitude dans ma petite « carpa ») mais c’est d’arriver à Zaventem 24 heures après cette belle et nécessaire manif !

Des projets de voyage pour les années à venir

L’inconfort, vous l’avez bien compris grâce à l’écriture de mes messages, ne me fait pas (plus) peur. C’est pour moi un véritable bonheur de camper dans la nature – au calme surtout – et de découvrir au couchant comme au levant, et entre les deux, les merveilles de la création. Il est urgent, pour le bonheur à venir de nos petits et arrière-petits-enfants de faire connaître ce qui existe encore et risque de disparaitre : glaciers, espèces animales et végétales, sans oublier tout ce qui tourne autour de la préservation des valeurs humaines, et là, le travail de conscientisation et d’action ne manque pas !

Comme je vous l’ai laissé entendre dans mon message précédent, je compte bien sûr continuer à randonner à vélo. Ma compagne Danielle me trouve un peu « à l’étroit » en Belgique quand je ne suis pas avec mon compagnon le vélo en train d’arpenter les grands espaces de notre planète.

Dans ce domaine, il y a encore certainement pas mal de choix possibles pour ces dix prochaines années. En commençant vraisemblablement en 2020 ou 2021 par le chaînon manquant de la traversée de l’Amérique du Sud : le tronçon de Cartagena (à l’extrême Nord de la Colombie) à Quito que je « quittais » en mai 2009 pour me lancer dans cette très longue aventure, que j’ai nommée et écrite « en lettres vélocipédiques » – comme dirait mon professeur de Français Jacques Trépant, la Transandina !

Témoignage à Namur en mai et album photos

Dès mon retour à Namur, plusieurs personnes m’ont demandé si j’avais prévu une « conférence » sur ce récent voyage. Il n’y aura pas de film comme lors des voyages précédents mais un témoignage accompagné d’un « PowerPoint » avec les photos les plus belles et quelques séquences filmées parmi les passages les plus difficiles de la Patagonie, de la Terre de Feu à la Carretera Austral.

Cela aura lieu vraisemblablement en mai à Namur. Vous serez tenus au courant. De même qu’un album-photos est en préparation, à vous de me dire si cela vous intéresse,

A vous revoir « tout bientôt », Abrazos muy fuerte !

Léon Tillieux
leontillieux @ hotmail.com
gsm : +32 478 618581


Dernier regard sur les lacs argentins

dimanche 17 mars 2019

Transandina 2019 : arrivée à San Carlos Bariloche

Voici le compte-rendu de la fin du voyage en Amérique Australe, qui se termine à San Carlos Bariloche d’où je prends l’avion de retour vers la Belgique ce 14 mars 2019 à 18h pour arriver à Zaventem samedi 16 mars à 10h du matin.

Le lac Guillelmo, un des nombreux (beaux) lacs d'Argentine

On peut randonner à vélo longue distance au-delà de « 4 x 20 ans »

Vendredi 1er mars, vers 18h, je reprends la route vers la frontière Argentine, cherchant un endroit calme pour planter la tente une dernière fois en terre chilienne. Je vois arriver devant moi un cyclo-randonneur qui d’emblée m’annonce son âge : 81 ans. Arnoldo a accompli durant ces deux dernières années 14.000 kms à vélo en Argentine et au Chili. Il en a déjà tellement parcourus auparavant qu’il ne sait plus quelle distance cela représente.

Toujours est-il qu’il repart vers le Sud, vers la Carretera Austral que je viens de terminer… avec bonheur. Avec bonheur, non seulement fier d’avoir pu réaliser ce raid mais aussi heureux de laisser « derrière moi » plus de 600 km de ripio !

Arnoldo, fier de ses 81 ans… et toujours cyclo-randonneur « longue distance »

Mais du ripio… en voilà de nouveau : Arnoldo me dit que, après la frontière, les Argentins n’ont pas asphalté la route comme l’on fait les Chiliens sur les 7 derniers km avant la frontière. Dès lors, je vais de nouveau avancer à du 5 ou 6 km/h jusqu’à Trevelin durant une journée. Arnoldo me souhaite un bon voyage.

Son sourire (voir photo), son dynamisme, son courage m’ont convaincu que je pourrai aussi continuer à randonner à vélo au moins pendant 10 ans ! Vous êtes donc prévenus, mes messages ne s’arrêteront pas le 16 mars 2019 et ce site internet continuera à vous donner des nouvelles de mes périples, site agrémenté depuis 2009 par les photos que vous appréciez, d’après les commentaires reçus dans vos courriels… merci !

Toujours du ripio en Argentine, mais celui-ci, dans le parc national « Los Alerces » est "amélioré"

Ici, dans le parc national « Los Alerces », je me sens encore chez moi !

Traversée dans le soleil et la pluie du parc national argentin « Los Alerces »

Plutôt sous la pluie, je suis prévenu : « alerte météorologique ». Les promenades de ce parc naturel sont fermées car ce mercredi 6 mars 2019 ne sera pas un « jour des cendres » mais un jour de pluie. Arrivé au camping libre mardi 5 mars vers 15h, le dernier avant la fin du parc national, le gardien me prévient : demain matin et déjà en fin de nuit, il faut s’attendre à beaucoup de pluie. Aussi, au lieu de planter la tente à l’extérieur, je la monte à l’abri sous le toit du local commun réservé à la cuisine.

Le lendemain matin, alors que la pluie m’a déjà bercé depuis plusieurs heures, arrive un jeune, trempé des pieds à la tête: il a dormi dans sa tente dans le camping adjacent et celle-ci (voir photo) est comme un bateau au milieu de l’eau.

Après une nuit chargée de pluie, la tente de German est comme un bateau au milieu de l’eau

German, voyageur à pied par monts et par vaux, avec des pratiques un peu particulières pour survivre dans la nature

Ce jeune menuisier de 25 ans a choisi de voyager le plus près possible de la nature. Par monts et par vaux, il traverse son pays, l’Argentine, à pied, en ne campant jamais dans un camping mais en dormant, souvent à la belle étoile, dans les forêts ou au bord des lacs… Dieu sait combien il y en a en Argentine !

Pour se nourrir, il pêche du poisson dans les rivières ou dans les lacs et lorsqu’il se trouve dans les montagnes, il a à portée de main une catapulte pour « s’offrir » un oiseau. Mais, comme pour me rassurer (il n’est pas un prédateur), jamais qu’un à la fois et uniquement « lorsque la faim se fait tenace. » Sinon, des amandes et fruits secs ou des fruits des bois suffisent à le nourrir.

Ce voyageur se rend à Ushuaïa à pied (encore quelques mois !) et remontera ensuite à Mendoza, sa ville Argentine, par le Chili mais en stop, cette fois. L’an prochain, il compte travailler quelques mois (comme menuisier au Danemark, il aura du travail comme il voudra et en plus bien payé). Il traversera l’Europe de la Norvège à l’Espagne, à vélo.

Déjà je lui ai dit qu’il pouvait passer nous dire bonjour en Belgique… et partager nos souvenirs de rencontres humaines et autres (la nature, le chant des rivières et de la pluie, la nuit au creux des insomnies, etc.)

A midi, German prépare les zakouski : du poisson qu’il a lui-même pêché et fumé, accompagné de morceaux de fromage; pendant ce temps, je prépare des pâtes… comme les autres jours, sauf que j’ai doublé la quantité.

A cause de la pluie, une journée de lecture pour German, voyageur à pied

La pluie devenant moins forte, je me décide de reprendre la route vers Cholila : il me reste 25 kms de mauvais ripio à parcourir. Cette fois c’est certain, ce sont les derniers… pour cette année ! Arrivé à Cholila, je cherche du Wi-Fi. J’arrive à la poste qui est fermée mais l’employé habitant juste à côté, m’invite chez lui, où il y a du Wi-Fi pour consulter mes courriels. A côté, le voisin accepte les voyageurs qui viennent demander pour « acampar ». Une bonne chose pour moi surtout qu’il y a de l’eau chaude !

Mes cartes postales enfin ont trouvé un timbre pour l’Europe

Ce jeudi 7 mars, à 8h, le bureau de la poste étant ouvert, je puis enfin acheter 3 timbres pour l’Europe. Rappelez-vous à El Chalten en Argentine, l’employée n’en avait plus et m’envoyait à 200 km de là. Au Chili, nouvelle tentative à Coyhaïque, une grande ville. Me présentant l’après-midi, l’employée me répond que les timbres internationaux ne sont vendus que le matin ! Ok, il faut de la persévérance pour envoyer des cartes postales en Patagonie… et ce n’est pas donné : l’équivalent de 4 euros par carte !

Du calme au bord d’un lac d’une limpidité exceptionnelle

Vendredi 8 mars, j’arrive de bon matin au bord du lac d’Epuyen, réputé pour sa transparence. Comme je suis seul, j’en profite car des endroits calmes comme celui-là, il n’y en a pas beaucoup. En effet, arrivent deux dames (dont une fume) avec trois chiens (des bergers Allemands) qui ne trouvent rien de mieux que de se jeter à l’eau. Bref, fini la quiétude, il est temps que je m’en aille… heureusement, je m’étais levé tôt !

La beauté limpide de l’eau du lac d’Epuyen en Argentine

L’aide de cyclo-randonneurs Néerlandais

Dimanche 10 mars, je longe de beaux lacs en route vers Bariloche. Le soir, je vois un couple de Néerlandais en train de camper dans un sous-bois. Je décide de camper au même endroit. Comme ma réserve de gaz est presque terminée, je puis bénéficier du réchaud de mes voisins, alimenté par de l’essence, ce que la plupart des cyclo-randonneurs longue distance utilisent.

Ces personnes ont la soixantaine et le lendemain, nous arrivons ensemble à San Carlos de Bariloche. Comme le monsieur est un très bon photographe (c’est sa femme qui me le dit), j’ai ainsi une très belle photo de mon arrivée… à la fin de la Transandine 2019.

Arrivée à Bariloche, terme de la transandina 2019, après 53 jours de route

Dernière boucle à la découverte de très beaux lacs près de Bariloche

Bariloche est réputée pour son chocolat (ce sera pour le dernier jour, lors des achats souvenirs à ramener en Belgique pour la famille) mais aussi pour la beauté de ses lacs. Comme il me reste un jour complet en réserve, je me rends en boucle vers l’ouest vers le lieu dit « Llao Llao » où il y a aussi un village qui fut habité par des migrants Suisses à la fin du 19ème siècle.

Après avoir admiré le coucher de soleil en haut d’un point de vue panoramique, j’ai passé ma dernière nuit sous la tente, dans un bois situé non loin de là. Personne n’est venu me déranger !

Accueil dans la famille de Marcelo et Graciela

Par l’intermédiaire de René Dardenne de Salzinnes, je suis entré en contact avec une famille de San Carlos de Bariloche: Marcelo et Graciela, qui ont quatre enfants. Très précieux pour passer les derniers moments avant le retour, lorsqu’il faut trouver une caisse pour emballer le vélo et pour se rendre à l’aéroport.

Sujet de discussion intéressant : le projet des « petites maisons » dans la province du Rio Negro, dont Bariloche est la ville a plus importante. Depuis quelques décennies déjà, un important projet de construction de maisons pour des familles nécessiteuses à été lancé sous l’impulsion d’un prêtre Français Claude Faivre du Boz et d'une coopérante belge prénommée Nelly.

Ce projet a été soutenu également par toute une équipe de la région de Meux au nord de Namur, sous l’impulsion de René Dardenne, par qui je suis entré en contact avec la famille de Marcelo. Celui-ci est architecte; c’est lui qui a réalisé les plans de ces maisons. Initié en 1986, ce projet compte actuellement plus de 5.000 habitations à son actif, construites selon le principe suivant: le terrain est attribué par l'état à une famille qui en devient propriétaire à condition de participer à la construction non seulement de sa maison mais aussi de celles des autres familles.

Le projet a été financé par des agences de développement comme Misereor en Allemagne ou le groupe belge de Meux mais aussi par des organismes d'Etat argentins.

Un message de plus pour notre réflexion pour les mois à venir

Sur le mur d'une cour de récréation de El Bolson en Argentine, j'ai été attiré par cette fresque dont le message peut nous inspirer, nous qui bientôt allons choisir des responsables politiques en charge de la politique d'accueil des étrangers ou bien des soins de santé, de l'éducation, etc ... vous pouvez compléter vous-mêmes.

"Le soleil apparaît (se lève) sur la terre pour tous les humains de la même façon !"

Parce que en fait... il n'y a qu'une seule race sur la terre : la race humaine !

Ce sont les enfants argentins qui le disent ! Mais avec les adultes que nous sommes, ce n'est pas nécessairement comme cela que cela se passe !

Oui, c'est la même personne, il s'agit bien de moi, avant et après être passé chez le "diminutif" également "diminuebarbe" pour l'occasion !

Léon Tillieux

À se revoir bientôt en Belgique... après une si longue absence !

Voici encore quelques photos :

Bonne nuit !

En Patagonie, je n'ai pas eu l'occasion de rencontrer beaucoup d'enfants.
Ici, cette petite fille va chercher de l'eau à une source pour se rafraîchir.

Le voile de la mariée !

samedi 2 mars 2019

Transandina 2019 : de Coyhaique à l'Argentine

Voici la suite du voyage sur la « Carretera Austral », qui se termine pour moi, retour par l’Argentine oblige car c’est à Bariloche que je prendrai l’avion de retour en Belgique le 14 mars prochain.

J’aimerais un instant revenir sur la rencontre exceptionnelle avec le couple de Japonais. Norio accomplit un long voyage à pied durant trois ans en tirant une charrette depuis l’Alaska jusqu’à Ushuaïa. Voici encore une photo où l’on voit les visages rayonnants de ces personnes marchant pour la Paix.

Norio et son amie Maki

De Cohaïque à la frontière Argentine

Lundi 18 février, après l’envoi du message n°7, je prends la route de la « Carretera Austral » vers le Nord. Une longue montée dont une partie à pied à cause de travaux en cours. Une longue descente ensuite en passant par un tunnel.

Le long de la rivière Simpson, je rencontre les passagers de deux voitures arrêtées à l’entrée d’une propriété située le long de la rivière; ils attendent que le propriétaire vienne ouvrir la barrière; ils ont l’intention de camper en cet endroit merveilleux : un couple de Santiago et un couple d’Australiens apparentés aux premiers. Ils demandent au propriétaire si je puis aussi « acampar ».

Le propriétaire m’emmène au bord de la rivière et il fait déjà presque nuit lorsque je monte la tente. Le lendemain matin, Harry, l’Australien vient me chercher pour prendre le petit déjeuner avec eux. Lui et son épouse Christina ont dormi dans le break aménagé pour cela.

Rudimentaire leur équipement : une vieille pelle pour faire du feu avec du charbon de bois; une toile attachée par deux cordes pour se protéger du vent et de la pluie. Ce qui est incroyable : ils m’ont dépassé le matin sur la route au moment où je m’étais arrêté pour débarrasser celle-ci d’un gros caillou qui ne pouvait que rendre la route dangereuse pour les voitures mais surtout pour les motos, et les cyclistes !

En parlant de nos projets de voyage, Christina me dit en riant qu’à partir de 70 ans, « on commence une nouvelle vie », et oui certainement, pour moi aussi, et peut-être s’agit-il déjà d’une troisième vie... ? Et les rencontres se suivent toujours aussi chaleureuses et intéressantes.

Le matin du mardi 19 février, je rencontre un couple de Polonais (de mon âge) pédalant vers le Sud. Ils m’apprennent qu’un duo de belges me précède d’un jour ainsi que le couple d’amis de Suisse, Améline et Romain que je n’ai pas eu l’occasion de revoir à Coyhaique, ayant un jour de « retard » sur eux !

La pluie s’invite dès 10h du matin et ne me quitte pas durant la journée. Le soir non plus; heureusement, je trouve une maison inhabitée à vendre au bord de la route, là, je dormirai au sec !

Cuisine ancienne pour pâtes quotidiennes

Cinq cyclotouristes belges se rencontrent à Puyuhuapi

Samedi 23 février 2019, la journée commence par 15 km sous la pluie. A Puyuhuapi, je me réfugie dans un abribus en attendant l’ouverture du supermarché et de l’office du tourisme. Qui vois-je entrer à l’office de tourisme : Améline qui a passé la nuit dans un camping de la ville; la veille, avec Romain et deux filles belges, ils sont allés, en kayak (il ne faisait pas très chaud) aux thermes naturels situés dans le Fjord qui donne accès à l’océan Pacifique. C’est qu’ici, nous sommes à hauteur de la mer et ces thermes (eau chaude) ne sont atteignables que durant un quart-heure lorsque la marée est très basse.

Vers midi, les deux cyclotouristes belges dont m’avait parlé un couple de Polonais habitant aux Etats-Unis, deux jours auparavant, arrivent au camping de même qu’un couple de belges, eux aussi descendant vers le sud. Nous nous retrouvons donc cinq belges dont trois originaires de trois villages contigus faisant partie du grand Namur : Wierde, Andoy et Erpent.

Alexandra (originaire d’Erpent) voyage avec son amie Valentine de Bruxelles; je connais l’oncle d’Alexandra, Xavier Jadoul qui a travaillé au Brésil ainsi que pour l’ONG belge « Entraide et Fraternité ». Le monde est petit !

Quelques instants plus tard, Charles-Henry Gernay (originaire de Wierde dont faisait partie le village d’Andoy où j’ai passé mon enfance) et Delphine, son épouse rejoignent le groupe. Ces « jeunes » mariés ont entamé leur voyage de noces à Santiago, un voyage prévu pour huit mois en Amérique du Sud vers Ushuaïa, qui se prolongera par un autre périple en Amérique du Nord. Déjà, nous nous sommes promis de nous revoir en Belgique dans quelques mois.

La rencontre de cinq cyclotouristes belges au bord du Fjord de Puyuhuapi au Chili.
De gauche à droite : Valentine, Léon, Charles-Henri, Delphine, Alexandra.

Ce dimanche 24 février, le ciel est maussade, le soleil montrera sans doute le bout de son nez (et même un peu plus, nous l’espérons) l’après-midi. Nous repartons vers le Nord. Dans 100 km, à Santa Lucia, il est prévu que je quitte la Carretera austral car je bifurque vers l’Est, vers l’Argentine où mon périple se terminera le 12 mars prochain à Bariloche.

Après avoir du affronter une pluie diluvienne, nous nous arrêtons au bord d‘une rivière. Pour cela, nous avons franchi une barrière fermée et sagement, nous attendons l’arrivée (et la permission) du propriétaire pour monter nos tentes. Vue magnifique sur la rivière, repas partagé sous un arbre à deux pas de l’eau avec en plus un cyclo-randonneur suisse qui nous a rejoints. Intrépide, il prend un bain dans l’eau froide. « C’est après que l’on se sent bien » dit-il !

Les vélos et les tentes au lever du jour au bord de la rivière

Une journée plein soleil et de repos dans de l’eau thermale à 40°

Ayant calculé que j’avais encore quelques jours de réserve, je décide de prolonger quelque peu cette « Carretera Austral » en poussant jusqu’aux « termas d’amarillo », une soixantaine de km de Santa Lucia.*

Le Chili compte un nombre important de volcans et de sources thermales naturelles dont l’eau vient toute chaude de ces volcans. Ce mardi 26 février, journée complète de repos pour les cinq amis belges et suisses pour qui c’est la dernière journée commune. En effet demain, je bifurque vers l’Argentine, vers Bariloche pendant que les 4 autres prennent la direction de Puerto Montt, la fin pour eux (en fait c’est le début) de la Carretera Austral.

Pour Alexandra et Valentine, elles sont heureuses d’annoncer fièrement qu’elles ont dépassé les mille kilomètres sur cette route de légende. Pour un premier voyage longue distance à vélo, c’est pas mal. Il est vrai que pour ce voyage, elles se sont payé (à bon prix) des vélos de marque trouvés sur le net : des « Koga-Miyata » venant des Pays-Bas. C’est (ou plutôt c’était) considéré comme la « Rolls-Royce » du vélo. En tout cas elles pédalent bien avec ce genre d’engin. Quant au nom donné à leur duo, avec un petit clin d’œil pour la Belgique, elles ont choisi de s’appeler « les frites en selle », et cela fait rire, les Français surtout, mais nous aussi !

Léon (qui apprécie les frites) avec les "frites en selle"
alias Alexandra et Valentine de Bruxelles

Les deux Suisses et les trois Belges qui ont co-pédalé durant quelques jours, le dernier soir. De gauche à droite : Améline (CH), Valentine et Alexandra(B), Romain (CH) et Léon

Du mercredi 27 février au vendredi 1er mars 2019

Ayant quitté mes amis belges et suisses qui continuent leur route vers le Nord, je me retrouve sur une route en ripio en direction de l’Est vers l’Argentine. Je découvre un très beau lac et en m’approchant de la plage, je vois un pêcheur qui vient de prendre deux beaux poissons. Il m’aide à passer le vélo et les bagages au dessus de la barrière et à les descendre à l’endroit où je passerai la nuit. Je prépare le repas du soir quand le pêcheur avant de quitter le lac m’offre une canette de bière, bienvenue car au magasin de Santa Lucia, il n’y en avait pas !

Le lendemain, alors que je m’arrête pour le pique-nique du midi, je vois arriver un tandem. C’est un couple de Catalans qui s’expriment en Français (ils exercent la profession de kinés en France). Ils sont partis pour un périple de deux ans au moins en parcourant le Brésil (y compris l’Amazonie), l’Equateur (le Rio Napo par où j’ai commencé la Transandina 2009 et où travaillait ma petite cousine française Amélie), la Colombie, le Pérou, la Bolivie et l’Argentine.

Ils roulent en tandem et sont vraiment sympas. Ils espèrent arriver à Ushuaïa, avant les grands froids. Comme logo, ils ont choisi ceci : « Burn fat, not oil », ce qui veut dire dans la langue de Voltaire : « brûlez de la graisse (la vôtre), mais pas du pétrole ! »; c’est-à-dire qu’il vaut mieux se dépenser en pédalant et ainsi faire fondre sa graisse plutôt que de brûler du pétrole (et ses dérivés, essence, etc) et d’engraisser les Sheiks Arabes et autres actionnaires des multinationales du pétrole ! Bien dit, ne trouvez-vous pas ?

Un couple de Catalans très sympathiques, préférant s’exprimer en Français qu’en Espagnol, ils m’ont raconté leur long périple en Amérique du Sud.

Le soir, un peu de pluie, je m’arrête dans un abribus pour me cuisiner les pâtes quotidiennes. Un peu fatigué par le « ripio » et une « belle » longue montée dans la vallée du Futaleufu où l’on pratique le rafting, je décide de passer la nuit à cet endroit, je serai ainsi au sec !

Arrivé à Futaleufu, ville frontière entre le Chili et l’Argentine, j’ai du bon WI-Fi à la bibliothèque communale, d’où je vous envoie ce message. Ce sera sans doute bientôt le dernier de ce voyage 2019. Il y en aura encore un à la fin du voyage à Bariloche, où j’étais arrivé l’an passé.

Au plaisir de vous informer.

Léon

Il semble que vous appréciez les photos en voici donc !

Le soleil termine son travail par les cimes des montagnes les plus élevées

Pour bénéficier de ce spectacle (4 minutes), il faut se trouver au bon endroit, au bon moment, et se lever tôt !

Fleurs du pays un peu après la pluie

mardi 19 février 2019

Transandina 2019 : de Cochrane à Coyhaique

Voici la suite du voyage sur la « Carretera Austral » … une route avec beaucoup de rencontres de personnes voyageant avec des moyens très différents les-uns des autres. Une route avec beaucoup de solidarité, cela vous l’aviez déjà lu dans les messages précédents.

Le bleu du lac Carrera au Chili

De Cochrane à Coyhaique

Mardi 12 février, je ne me suis mis en route qu’après-midi à partir de la ville de Cochrane, d’où je vous ai envoyé le message précédent. A la sortie de la ville, surprise : la route est asphaltée. Certains diraient : « il doit y avoir des élections municipales prochainement ? ». Je ne sais pas; toujours est-il que c’est de courte durée : après 500 mètres, je retrouve le « ripio » mais amélioré; je puis rouler normalement toute la montée du premier col et la descente; ensuite je retrouve les graviers « roulant », ce qui m’oblige à mettre pied à terre souvent.

Peu de rencontres de cyclistes; deux filles de Santiago font un bout de la carretera. A mon avis, pimpées comme elles sont, elles viennent de prendre le départ : l’équipement (casques, vêtements, lunettes) semblent sortir tout droit d’un magasin de sports « new look » et n’est pas encore marqué par la poussière de la route. Courageusement, en poussant leur vélo, elles entament la côte que je viens de descendre (plusieurs kilomètres) en quelques minutes. Elles mettront s’en doute beaucoup plus de temps. Mais elles ont l’air de savoir que ce sera difficile, « carretera austral » oblige !

Deux jeunes de Santiago qui expérimentent la « carretera austral »

Le lendemain mercredi 13 février, alors que je prenais une petite pause dans un abribus à Puerto Bertrand, un village situé sur la rivière Baker (aux eaux d’un bleu rarement vu), un monsieur s’avance vers moi avec du chocolat. C’est un Finlandais, Taneli Roininen qui a voyagé durant 4 ans à vélo autour du monde et qui fait découvrir (en voiture) à ses parents et à sa compagne chilienne par où il est passé.

Lui sait combien c’est dur de voyager dans de telles conditions; c’est la raison pour laquelle, il me donne du chocolat (j’étais justement en manque) et également à une allemande qui vient d’arriver et prend la même direction que moi. Le lendemain, c’est un Polonais qui arrête son 4x4 pour me donner le même chocolat au lait : celui que j’aime !

Une famille finlandaise, une copine chilienne (à droite) et une allemande à vélo qui, comme moi, a reçu du chocolat pour reprendre des forces !

Heike, de Hanover, 44 ans (sur la photo à gauche) est partie de Ushuaïa fin décembre 2018; elle prend le temps (40 kms par jour); elle compte traverser l’Amérique du Sud et aller jusqu’au Canada. Deux, trois ans ou plus, le temps ne semble pas compter pour elle !

Le soir je plante la tente non loin d‘une rivière se jetant dans le lac Carrera, d’un bleu également éclatant ! Sûr qu’ici, il n’y aura pas de bruit … ce ne sera pas comme au camping de Cochrane, où des jeunes ont fait du bruit en jouant aux cartes et en rigolant sans retenue jusqu’à 4 heures du matin. Il y a comme çà des gens qui ignorent que la nuit est faite pour dormir, et que les autres ont besoin de respect.

Quant à moi, je préfère fuir les campings bruyants… sauf lorsqu’il me faut du WIFI et du courant pour recharger les batteries de mes appareils. Je préfère bénéficier du calme de la nuit champêtre que d’aucuns qualifieront de sauvage, rien de comparable au bord d’une rivière. Il s’agit de la même différence entre un lever de soleil et un feu d’artifice éphémère !

Durant deux jours, j’ai longé un lac immense, le lac Général Carrera; avec ses 970 km carrés, il s’agit du lac le plus étendu du Chili et le second lac en superficie d’Amérique du Sud, après le lac Titicaca (Pérou – Bolivie). Les Tehuelches, les habitants de la région (précédant les Conquistadores Espagnols) l’appelaient Chelenko; à leur époque, ils n’avaient sans doute pas de général à mettre à l’honneur.

Ce lac déborde sur le territoire argentin où il porte tout simplement comme nom « Buenos Aires ». Décidément les Tehuelches étaient mieux inspirés pour donner un nom aux lacs !

Le bleu du lac « Général Carrera »

Jeudi 14 février, j’arrive à Puerto Tranquilo à 15h. De suite je prends le départ d’une excursion en bateau sur le lac Général Carrera vers les « cathédrales de marbre » sculptées par la mer, il y a très longtemps. Etonnantes grottes et excavations – appelées cathédrales ou chapelles de marbre - où le bateau nous emmène. Au retour, le vent est devenu très fort. Nous recevons un équipement pour nous protéger de vent violent (encore lui !) et de l’eau projetée dans le bateau, où nous résistons !

Les « capillas » de marbre, sculptées par la mer

Vendredi 15 février, il est déjà 17h quand j’entame l’ascension d’un col qui me mène à 600 mètres d’altitude quand j’aperçois une dame et des enfants; je me dis « enfin je vais pouvoir rencontrer des habitants de la région» Et bien non : la dame me parle en Français, c’est une famille de Clermont-Ferrand qui campe dans le coin et qui voyage pendant un an, à vélo.

Partis de Lima, ils vont vers le Sud à raison de 20 km par jour. Les trois filles ont moins de 10 ans et c’est la maman qui donne classe chaque jour pendant une heure, dans la tente. J’ignorais qu’il y avait une école ambulante dans cette partie du Chili. Sûr que les enfants en garderont un souvenir impérissable.

Samedi 16 février, la route en « ripio » est particulièrement mauvaise; aussi c’est avec bonheur que j’apprends de la bouche de deux cyclistes chiliens venant en sens inverse que la route a été récemment bétonnée, 10 km avant d’arriver à Vila Cerro Castillo. Je décompte les kilomètres !

La route en « ripio » (tôles ondulées) provoquées par le passage répété des véhicules.

La nouvelle route : finie la poussière !

Marcher pour la paix durant 3 ans et sur plus de 30.000 km depuis l'Alaska, c'est le défi relevé par Norio, le japonais

Dimanche 17 février, après une nuit reposante dans une ferme, j’entame le col qui selon le fermier est très très long. Deux heures après mon départ, j’arrive au sommet : j’ai parcouru 10 km. Dans la descente, rencontre surprenante avec Norio Sasak, un japonais parti d’Alaska, il y a trois ans déjà. C’est qu’il n’a pas de vélo comme la plupart des cyclo-randonneurs que je rencontre. Il tire une charrette avec son matériel de camping. Il lui reste trois mois pour arriver à Ushuaïa… d’où je viens ! A raison de 30 à 50 km par jour.

Son amie Maki Nagahama l’a rejoint depuis un mois. Ils sont très heureux que je passe un peu de temps pour m’intéresser au projet de Norio. Quand je lui demande pourquoi il relève ce défi, il montre sa charrette sur laquelle il est écrit en anglais : « Je voyage à pied à travers le monde et j’ai expérimenté plusieurs situations de défis. Mais j’ai rencontré beaucoup de gens merveilleux, aussi vais-je continuer à marcher avec un sourire fier en espérant que cela aidera le monde à atteindre la paix ! »

Sûr que des gens comme Norio, il en faudrait beaucoup pour que le monde tourne mieux. Mais vous connaissez l'histoire du colibri qui essaye d'éteindre l'incendie : il fait ce qu'il peut, et c'est sa part ! Sûr que la part de notre ami japonais, c'est celle d'un fameux colibri !

En compagnie de Norio, marcheur infatigable qui aura parcouru plus de 30.000 km d’Alaska à Ushuaïa, pour promouvoir la Paix !

L’après-midi, je dois m’arrêter vers 15h : le vent s’est levé et il est difficile d’avancer sans se fatiguer inutilement. J’ai demandé l’hospitalité dans une ferme et j’attendrai un lendemain qui sera plus calme, espérons-le !

Histoire de la « Carretera austral »

Il est venu le temps de vous parler de l’historique de la « Carretera austral » sur laquelle je me trouve. Au début de mon voyage, je ne voulais pas en entendre parler, sachant combien les conditions de circulation sur cette route sont difficiles. Mon ami des Pyrénées André Etchélecou a tenté par deux fois de la parcourir ces dernières années avec chaque fois pas mal de problèmes. Mais rappelez-vous les conseils du vététiste de 75 ans d’El Calafate, qui m’ont convaincu de changer d’itinéraire.

Le long de la carretera austral, il y a de beaux chevaux !

Sur le guide touristique qui date de 1996 (mon premier voyage au Chili avec la FIMARC), le tracé de la carretera austral ne va pas au-delà de Cochrane. 20 ans après, la route a été tracée en « ripio » depuis O’Higgins, avec de nombreux ponts, ouvrages solides, obligatoires pour enjamber les innombrables rivières qui descendent des montagnes. Cette région australe était totalement isolée avant la réalisation de ce projet colossal.

Ce projet merveilleux est cependant lié au nom d’un personnage qui a marqué terriblement – en lettres de sang - l’histoire du Chili : il s’agit du Président Augusto Pinochet, installé (le 11 septembre 1973) avec la complicité de la CIA étatsunienne (un pays qui se vante de vouloir promouvoir la démocratie dans le monde). La « Carretera Austral Presidente Pinochet » qui a porté son nom jusqu’à ce qu’elle soit heureusement débaptisée, a été initiée selon ses ordres en 1976. Le tronçon central fut inauguré en 1983 et progressivement complété vers le Nord (Puerto Montt) et vers le Sud jusque Cochrane.

Du jeudi 7 février au samedi 16 février 2019, depuis le lac de O’Higgins jusque Vila Cerro Castillo, j’ai parcouru un peu plus de 500 km sur cette route de légende qui a été ouverte récemment et qui n’est pas encore ni bétonnée, ni asphaltée. Le fameux « ripio » empêche aux vélos de rouler normalement. En revanche, les véhicules à moteur, de plus en plus nombreux - tourisme oblige - soulèvent des tonnes de poussière lorsqu’il ne pleut pas.

Heureusement, en partant tôt, quand les touristes dorment encore où prennent le temps de prendre leur petit-déjeuner, l’on peut respirer un peu. Mais à partir de 10h, à certains moments, cela devient infernal, lorsque 10 voitures, camions et bus se suivent. Heureusement, à partir de ce 16 février, je suis sur les tronçons bétonnés ou asphaltés; il y aura encore de temps en temps des passages en « ripio », pour que l’on n’oublie pas par où l’on est passé et sué !

Revenons un temps à Pinochet. Il semblerait selon certaines sources que le travail de ce projet d’ouverture d’une route par ailleurs essentielle pour le désenclavement d’une région aux potentialités énormes, notamment en matière de tourisme, a été rendu possible par le concours de nombreux jeunes miliciens, durant les années 1976-1980. Plusieurs sont morts dans des conditions de travail très difficiles. Ici, en effet, l’hiver est terrible ! De temps en temps au bord de la route, un écriteau rappelle le « sacrifice » de soldats morts lors d’accidents.

Le sang d’un soldat, qui selon l’expression souvent utilisée sur les monuments de guerre « jamais n’a été versé en vain. » A mon avis - mais vous savez que j’ai souvent un avis différent - c’est le contraire qu’il eut fallu écrire !

Je suis bien arrivé à Coyhaique, capitale de la Patagonie, ce lundi 18 février 2019, malgré une brève pluie le matin et un vent très fort de face. Heureux de vous envoyer ce message; je vous retrouve dans une semaine. Il me reste 850 kms à parcourir en trois semaines jusque San Carlos Bariloche en Argentine.

Léon Tillieux

Montée en lacets, avec beaucoup de lacets durant 5 km

Transandina 2019 : de El Chalten à Cochrane

Je vous retrouve au Chili, voici le compte-rendu des derniers jours, d’une Transandina qui n’est pas toujours à l’image d’un « long fleuve tranquille »

Dernier regard sur la montagne du Fitz Roy en Argentine au coucher du jour

De El Chalten au lac du désert : 39 km de vélo sur une route en « ripio »

Lundi 4 février 2019, après avoir une dernière fois admiré le soleil levant illuminer la magnifique montagne du Fitz Roy, je prends la route vers le Nord, direction « lago del desierto ». Trois cyclistes français me rattrapent. Craignant un problème avec ma chaîne, j’ai besoin d’un dérive-chaîne, le mien ayant rendu l’âme. Cinq minutes et le problème est résolu ; je puis aborder la « careteira austral » sans trop de craintes.

Nous faisons connaissance : Vincent, Nicolas et Damien sont partis pour un long voyage à vélo jusqu’en Colombie, espérant y arriver à l’automne. Sur le badge de leur voyage, il est marqué en espagnol : « seis ruedas - cinco piés ». Ayant pris du retard, Damien, originaire de Rocroi, à deux pas de chez nous, me dépasse ; c’est à ce moment que je me rends compte qu’il a une jambe artificielle… d’où le nom de leur trio : « six roues pour cinq pieds ». Les trois amis, travaillant dans le domaine d’économie d’énergie, ont préparé ce voyage durant un an et ont pris une longue pause-carrière pour l’accomplir et réaliser leur rêve.

Le courage de Damien me rappelle une image qui est restée gravée dans ma mémoire depuis 1961 et qui explique en partie comment, lors de mes voyages à vélo, je parviens à dépasser les difficultés qui se présentent à moi. En juillet de cette année-là, au Tour de France, Rik Van Looy avait gagné la première demi-étape du jour qui arrivait avenue Bovesse à Jambes; l’après-midi, une seconde demi-étape contre la montre par équipe était organisée en circuit à Jambes.

Avec mon oncle Rémi de Strud et son vélo presque aussi âgé que lui, ainsi qu’un ami prénommé Joseph d’Andoy, nous étions allés à vélo d’Andoy à Erpent (tout au plus 3 km), là où il y avait le garage Aunalux. Plus d’un demi-siècle plus tard, le site est toujours à l’abandon… nous sommes tout près de Namur !

Au retour, mon ami et moi, nous râlions parce qu’il fallait monter les 400 mètres de la côte de « la Perche » vers Andoy, nom qui fut donné par les conducteurs de charriots tirés par des chevaux qui remontaient des mines de derle du « fond d’Andoy » ; arrivés au sommet, avant d’entamer la descente vers Namur, l’on attachait les chevaux à « une perche » (d’où le nom du carrefour et de la côte).

Mais revenons à nos vélos ; alors que nous étions descendus de machine, un jeune gars nous dépasse, sans descendre de vélo et pour cause, il n’avait qu’une jambe et sans béquille ni jambe artificielle; il n’aurait jamais pu faire comme nous. Une image qui m’est revenue en voyant le courage de Damien.

Avec Vincent, Damien et Nicolas, l'équipe "6 roues et 5 pieds" en route vers la Colombie

Arrivés à temps pour prendre le bateau qui traverse le « lago del desierto » dans sa longueur, mes amis prennent un bain dans une eau bleue transparente. Toutefois le lac porte bien son nom; c’est un véritable désert : pas le moindre magasin, pas moyen d’acheter le moindre réfrigérant !

Arrivés au nord du lac, les amis s’arrêtent pour camper pour la nuit. Après avoir passé la frontière argentine, je me décide à commencer l’ascension. L’on m’avait prévenu : 6km de montée par un chemin, difficilement empruntable par des Vététistes, si bien qu’avec un vélo bardé de 40 kg de bagages, c’est pratiquement impossible, à moins de décharger les bagages et les monter un à un vers le sommet… et bien sûr de redescendre pour aller chercher la bicyclette.

Je croise au moins une quinzaine de cyclo-randonneurs qui vont vers le Sud. A un moment quatre espagnols me croisent. J’entends une des filles dire en espagnol à son copain : « Il faudrait aider le vieux ! ». Le gaillard, baraqué comme un judoka, monte quatre de mes sacs sur 500 mètres en moins de deux. Il me demande en Espagnol « c’est des boules de pétanque que tu transportes ? ». « Et bien non, de la nourriture et de l’eau, puisque l’on m’avait dit que c’était un désert ! »

Le soir, je plante ma tente au « mirador » d’où j’ai une vue splendide sur le lac et le Fitz Roy, toujours bien visible à l’horizon et ce – une fois de plus - avec un magnifique coucher de soleil.

Un parcours de vététiste pour rejoindre le lac de Vila O’Higgins

Le lendemain matin, parti de bonne heure pour parcourir les 4 km restant, bourrés d’embûches, de passages de rivière sur des ponts branlants, un itinéraire interminable au profil de « montagnes russes » ; une erreur de parcours m’emmenant à un cul de sac me faisant perdre du temps. Peu de gens me croisent ou me dépassent.

Un couple de Londoniens, à pied me dépasse; je les retrouverai un peu avant la frontière, m’offrant une partie des fruits qu’ils ne peuvent consommer et avec lesquels il est interdit d’entrer au Chili. Rappelez-vous ma mésaventure l’an passé à la frontière chilienne en route vers l’île de Chiloé.

Une autre rencontre très encourageante fut celle d’un couple sympathique de Tallinn en Estonie. Laura et David, le bagage léger, me rattrapent et me ramènent un de mes sacs que j’avais déposé au pied d’une terrible montée, croyant que je l’avais perdu. David, très sympathique se propose alors de porter le bagage jusqu’à la fin du passage difficile. Il restait un km. Vers 14h, me voilà à la fin du passage difficile : six heures pour 4 km, avec une erreur de parcours et un temps repas, mon estomac le réclamant légitiment, vous m’aurez compris !

Après avoir retrouvé le bagage au sommet, il me restait à parcourir les 14 kms jusqu’au contrôle de frontière chilien. Les derniers kms, la pente étant tellement dangereuse, je descendais doucement et malgré cela une chute à cause de ce foutu matériau utilisé pour les routes argentines et chiliennes : le fameux « ripio », des graviers dont une partie roule comme des billes de roulement de bicyclette !

David (le porteur de bagages) et Laura de Tallinn en Estonie

Arrivé au camping, je retrouve les randonneurs qui m’avaient dépassé. Nous parlons du bateau qui viendra le lendemain nous chercher. Viendra-t-il, ne viendra-t-il pas… tout dépend du vent qui s’est levé ? Y en aura-t-il un à 14h ? Il semble que oui aux dernières nouvelles. Mes amis Français ne pourront le prendre car ils ont déjà réservé par Internet pour celui de 17h, et ce n’est pas la même compagnie.

Quant à moi, je n’ai pas acheté à l’avance, ne suivant pas l’exemple de mes amis suisses, Améline et Romain, qui apparemment ont deux jours d’avance ; je leur fais un petit coucou par l’intermédiaire de ce message. La température s’est bien radoucie. Au camping, très rustique, il parait qu’il y a moyen de prendre une douche chaude. Nathalie, une des randonneuses se charge de faire du feu pour chauffer l’eau du réservoir : « dans une heure, nous pourrons prendre une douche ! » Mais y en aura-t-il pour tout le monde ?

Traversée du lac d’O’Higgins

O’Higgins, homme important dans l’indépendance du pays. Voir sur Wikipedia, pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus. Le bateau qui devait partir théoriquement à 14h, partira en fait à 16h30. C’est un petit bateau rapide. Le vent fort sur le lac soulève des vagues terribles que le bateau affronte de face. Le bateau commence à se soulever et à retomber aussitôt avec grand bruit.

Le capitaine nous demande de nous regrouper dans le fond du bateau pour diminuer l’impact de la houle. Après deux heures, nous débarquons à Bahia Bahamondèz à 7 km de Vila O’Higgins. Je dépasse cette ville de cinq km et je demande l’hospitalité dans la dernière maison sur la route vers Yungay.

Une petite ferme avec quelques vaches et moutons ; 4 chiens (attachés) annoncent mon arrivée. Le fermier (79 ans) m’invite à passer la nuit dans une grange « car il va pleuvoir » dit-il ! Il m’invite à prendre un café ; son épouse (86 ans), le dos courbé par une vie dure de travail, me prépare des tartines, du bon beurre (de ferme) et du fromage. Bel accueil – un de plus - à inscrire dans mes carnets de voyage.

Le lendemain matin, le couple dort encore quand je me mets en route ; je ne trouble pas leur repos et je prends la route de la « carretera australe » (remarque, avec l’écriture espagnole correcte « careteira » c’était plutôt du portugnol !)

Vers Yungay sur le lac du Rio Bravo

L’itinéraire comptant 100 kms entre Vila O’Higgins et le lac de Yungay où nous prendrons le bateau, passe par 4 cols. Après 40 km de route, trois têtes connues me rattrapent, ce sont les amis du trio « Damien » ; un quatrième français, Philippe (un jeune retraité de 62 ans, grand-père de 9 petits-enfants)s’est joint au trio ; il vient du Brésil … où il a eu très froid !

Tous les cinq, nous campons au même endroit : une des rares maisons situées sur l’itinéraire. Je plante ma tente à côté d’un énorme engin de chantier. La pluie s’invite durant la nuit. Le matin, je pars à l’avance … je serai rattrapé au sommet du troisième col. Nous croisons des Français qui réalisent la liaison vélo entre Cartagena (Nord de la Colombie) et Ushuaïa, « ville du bout du monde … à l’extrême Sud ».

Quant à nous, nous arriverons pratiquement ensemble au port de Rio Bravo, une demi-heure avant le départ du ferry qui nous emmène à Puerto Yungay. Ce trajet faisant partie de la « carretera austral », c’est l’Etat chilien qui prend en charge le coût de la traversée … bonne affaire pour notre budget bien entamé par le coût des traversées en bateau des jours précédents (40 + 60 dollars, vélos gratuits heureusement) !

Le ferry que nous empruntons porte le nom du « Padre Antonio Ronchi ». Bien avant que la « carretera austral » relie ce coin perdu au Nord du pays, ce missionnaire italien a travaillé durant plusieurs décennies pour apporter l’essentiel nécessaire au développement d’une région défavorisée : des écoles, des centres de santé, des bibliothèques.

Dans le bateau, parmi quelques revues touristiques, il y a un exemplaire d’un document pastoral de 2005 lequel, dix ans avant celui de « Laudato Si » du Pape François, traite de l’enjeu crucial de l’environnement. Cette région du Chili encore pratiquement intacte, représente un enjeu majeur comme la forêt Amazonienne : ici, ce sont essentiellement les réserves d’eau alimentées par des glaciers, qui lentement risquent d’être mises à mal.

Par ailleurs, il ne faudrait pas que des intérêts aussi fous que ceux qui lorgnent sur la forêt Amazonienne et sont depuis longtemps en train de la détruire, viennent perturber cet écosystème, bien si précieux pou l’humanité. Ceci dit, bravo à toux ceux qui manifestent et prennent des initiatives en Belgique et ailleurs concernant le climat… vous voyez que, malgré le manque de WIFI , je suis quand même un peu l’actualité !

Tortel, une ville d’eau… de pluie !

De l’autre côté du lac du Rio Bravo, un chalet nous accueille gratuitement avec d’autres randonneurs : nous serons à l’abri et au chaud : chacun prépare son petit repas. Demain, nous prévoyons d’aller au village de Tortel, un village où – parait-il selon Philippe  – « il pleut 360 jours par an ». Je prévois de partir à l’avance, étant persuadé que mes copains finiront par me rattraper facilement dans un des cols !

C’est bien ce qui s’est passé : une étape très dure, rendue encore plus dure par une pluie soutenue. Tortel porte bien son nom : la ville la plus arrosée du Chili; en « Brusseleir », l’on dirait « le pispot » du pays. Dans cette ville, les maisons situées non loin de l’eau ne peuvent être atteintes que par des passerelles et des escaliers. Pour installer nos tentes, nous devons tout descendre (vélos et sacs) en plusieurs allers-retours. Nous installons nos tentes sur de petites terrasses en bois. A notre disposition, marteau et clous pour éviter que la tente ne s’envole. Oui ici aussi, nous retrouvons le vent !

Le lendemain matin, levé très tôt comme d’habitude, mon voisin vient m’aider à monter le vélo et les sacs jusque la place du village où les bus viennent chercher les passagers. Il s’agit d’un Australien qui voyage avec son épouse et leurs deux enfants de 6 et 8 ans et ce, à vélo et en tandem durant cinq mois. Ils prennent le départ comme nous vers le Nord.

Vers Cochrane

Ce dimanche 10 février, la pluie s’est arrêtée ; de temps en temps, nous bénéficions du soleil. Le soir avec l’équipe des Français, nous campons au bord d’une rivière. Vincent et Nicolas s’essayent à la pêche mais rentrent bredouille. Ils devront – comme souvent - se contenter de pâtes ! Quelques gouttes de pluie quand même, un arc-en-ciel s’ajoute au paysage. La journée n’a pas été trop dure en dénivelé. Demain, ce sera bien différent pour rejoindre la ville de Cochrane où j’espère avoir du WIFI pour communiquer avec Danielle et envoyer ce message.

Arrivés au sommet du col (5 km) : Léon, Vincent et Philippe

Cochrane - lundi 11 février 2019 – 18h30 heure locale

Bien arrivé à Cochrane après une journée interminable … alors qu’il n’y a « que » 62 km au compteur ce soir. Au petit matin (lever à 5h50) la tente est toute givrée mais je n’ai pas eu froid, la toile épaisse de ma tente Salewa (achetée en 2001 pour mon premier long voyage à vélo vers la Roumanie) garde la « chaleur humaine » ; quand à Vincent et Nicolas, ils ont eu froid … dans leurs tentes plus légères !

Je pars à l’avance comme d’habitude et ne serai rattrapé qu’à un km du sommet du col important de la journée (cinq km de long). Je suis fier de moi… je n’ai pas mis pied à terre durant l’ascension malgré les bagages. Dans la descente, Nicolas casse sa chaîne, bien vite réparée par une fausse-maille que je lui avais donnée. Au loin, on entend les hélicoptères qui tentent d’arrêter un feu de forêt. Le ciel bleu (c’est rare ici) est voilé par la fumée dégagée.

La dernière partie de la route semble interminable : de vraies montagnes russes avec en plus de « la tôle ondulée » sur une bonne partie de la route aujourd’hui. Les amis rejoignent Damien qui a pris une pause dans un « hostal » durant deux jours et est arrivé ici en bus. Quant à moi, je passe la nuit dans le camping situé au centre ville après avoir dégusté mon menu préféré du poulet et des frites au restaurant.

Il est vrai que lorsque l’on commande des pâtes au restaurant, l’on vous sert une quantité pour un moineau… c’est un peu « peu » pour un cycliste ! Quant aux courses pour la suite du voyage, je suis ravi : j’ai trouvé une bonbonne pour mon camping-gaz dans le magasin jouxtant le camping. Heureusement, car, vu les risques d’incendie, il est interdit de faire du feu le long de la route … le briquet que j’ai acheté ne servira donc pas … ce qui tranquillisera notre ami cycliste Philippe, un des Français avec qui j’ai parcouru une « belle » partie de la « Carreteira austral » !

Merci à celles et ceux qui ont répondu aux messages précédents ; demain mardi 12 février, je continue cette « carretera australe » vers Cohaïque … d’où j’enverrai le prochain message. Je vous donnerai des explications historiques concernant cette fameuse route, unique en son genre dans le monde … et empruntée par des dizaines de cyclo-randonneurs de tous les âges … de 7 à 77 ans (ouf, comme dirait aussi Philippe … j’ai encore le temps)!

Léon Tillieux

Dans la fameuse montée depuis le "lac du désert" vers celui d'O'Higgins avec le "Fitz Roy"

lundi 4 février 2019

Transandina 2019 : de El Calafate à El Chalten

Chers amies et amis de la Transandina, voici le compte rendu de la « randonnée » à vélo entre El Calafate et El Chalten, toujours en Argentine.

Le Fitz Roy et les montagnes environnantes, à 50 km avant d'arriver à El Chalten

Un coup de téléphone de la Radio Namuroise

Vendredi 25 janvier, à 6h56 je reçois un sms de Théo Mertens, animateur à la Radio RCF Namur, chanteur pour enfants et aussi pour adultes : « j’appelle dans 4 minutes ». Grâce au téléphone fixe du camping (merci à la dame déjà levée), nous pouvons échanger sur les nouvelles importantes de la Transandina à l’attention des auditeurs, comme ce fut déjà le cas pour les voyages précédents. Par exemple ce qui suit :

Sur un panneau routier : « hôpital dans 220 km »

Quand vous pédalez sur une route patagonne et que vous lisez un tel panneau, vous redoublez de vigilance pour ne pas tomber et vous blesser, comme un malheureux guanajo, que j’ai vu prisonnier des fils de la clôture qu’il a voulu sauter mais en ratant son coup ! Il n’y avait bien sûr pas de service de secours pour lui … et les rapaces se sont régalés !

Autre anecdote : « des timbres postaux si c’est possible ? »

Une autre anecdote : voulant envoyer trois cartes postales dont une à Ferdinand Marlet, mon ami qui va fêter ses 90 ans fin février, je cherche trois timbres postaux. Je me rends par conséquent à la poste de la ville de El Chalten, « le Chamonix de l’Argentine », où il y a des centaines de randonneurs ; je m’attends donc à une très longue file.

Que nenni, un seul client demandant une chose impossible, si bien que cela dure… et cela m’énerve ! Entretemps une randonneuse française arrive pour acheter un timbre afin d’envoyer une carte postale à sa grand-mère, sans doute pas encore « branchée internet » ! (Certains diront - peut-être irrespectueusement - " Comment est-ce possible ? ").

Finalement, la gentille dame à qui je demande trois timbres internationaux, me répond qu’elle n’en a plus, qu’il y en aura dans une semaine et que si j’en veux, je puis me rendre… à El Calafate, à 216 km de là (heureusement le vent est « poussant » dans cette direction !). Qui croira encore qu’à l’avenir il y aura toujours un bureau de poste près de chez vous ? Quant à mes cartes postales, elles attendront le Chili, si bureau de poste il y a, avec des timbres ? Quant à toi Ferdinand, je sais qu’une gentille dame de ton entourage imprime mes messages courriel, ainsi tu verras que je ne t’oublie pas !

Un conseil de sage pour changer d’itinéraire

Vendredi 25 janvier, départ à 9h ; emporté par le vent et dans le sens de la descente, je parcours 32 km en deux bonnes heures, laissant El Calafate derrière moi. Un VTTiste me dépasse et quelques km plus loin, après avoir fait demi-tour (son tour quotidien), il s’arrête pour « bater um papo » comme on dit en brésilien.

Je lui dis que je vais vers le Nord, vers Carlos Bariloche, via Perito Moreno. En bon sage (il me devance de 5 ans), il me donne un conseil : ne pas prendre cette route qui me ferait passer par plusieurs centaines de km sans possibilité de ravitaillement… et où il n’y a rien à voir : un véritable désert dans tous les sens du terme ! En revanche, il me conseille, comme me l’ont déjà dit plusieurs cyclo-randonneurs rencontrés depuis trois semaines, de prendre la « careteira austral », cette dure mais belle route qui traverse la partie extrême du Chili sur plusieurs centaines de kms, dans le sens de la longueur (en largeur, ce ne serait pas très long).

D’ici El Chalten, je dois encore réfléchir et prendre une décision. Un cycliste allemand qui en revient, me donne des détails importants si je passe par là : prendre des réserves de nourriture ; il n’y a pas de vent mais parfois de la pluie. Il faut parfois prendre un bateau mais pour un des lacs, il n’y a pas de bateau tous les jours… donc il faut camper en attendant. Bon je suis prévenu.

Un hôtel à l’abandon squatté par les cyclotouristes

Une grande amitié naît automatiquement des rencontres entre cyclotouristes qui se croisent. Echange d’informations sur l’état des routes, les distances, la météo… et les possibilités d’hébergement. Celles-ci ne sont pas nombreuses dans le désert patagon. Il y a parfois des maisons abandonnées où j’ai déjà passé la nuit à l’abri. Il y a aussi deux hôtels qui ont fermé leurs portes au bord d’une route où il y a finalement peu de circulation ; des touristes oui mais qui filent directement vers El Chalten, El Calafate, Torres del Paine, etc. Dans un de ces hôtels, j’ai pu me cuisiner des pâtes à l’abri.

Sur les murs, remplis de graffitis, dessins et commentaires dans toutes les langues, l’on peut passer son temps à lire les nouvelles et les émotions exprimées par des solitaires, des couples, parfois des familles qui ont choisi de se lancer dans de très longs voyages, qui durent parfois plusieurs années… témoins les photos ci-dessous.

Des Français ont réalisé la liaison Quito – Ushuaïa, je ne suis donc pas le seul à l’avoir fait. Mais eux, apparemment en un seul voyage !

Une expérience de vie qui rendrait les personnes pédalantes plus humaines ?
Conseil à suggérer à certains de nos ministres belges (surtout du Nord du pays) !

Le petit « Renard du désert » de Patagonie

Rien à voir avec l’un des généraux allemands de la guerre 1940-1945 en Afrique du Nord (Rommel), mais d’un gentil animal qui s’approche des voitures qui s’arrêtent sur le parking du « mirador » d’où il est possible d’admirer les chaînes des montagnes des Andes marquant la frontière entre Chili et Argentine, dont le fameux « Fitz Roy ».

Ainsi voici une belle photo de ce gentil animal qui semble dire « Je voudrais bien que tu me dessines un mouton, mais s’il te plait, un que je n’ai jamais vu, un beau mouton de ton pays, car ici, il y en a tellement et ils sont tous pareils ! » et une autre photo croquant les regards – humain et canin – captivés par cet animal qui n’a rien de bien méchant.

Un autre petit animal qui a risqué sa vie en traversant la route devant moi. 
Heureusement il n’y avait pas de poids lourd à ce moment-là !

Du vent de nouveau en voilà, qui m’oblige à marcher à côté de mon cheval et de le pousser !

En roulant vers El Chalten, vers l’Ouest, c’est en plein contre sens du vent. Au début, cela va mais aujourd’hui, ce dimanche 26 janvier 2019, alors que levé à 3h, parti à 4h05, j’avais pu rouler une dizaine de km sans vent, celui-ci s’est levé et est devenu de plus en pus fort. Après avoir dû pousser ma monture durant 5 km, j’ai décidé d’arrêter, de monter la tente et d’attendre le lendemain matin, en me levant encore plus tôt, dès 3h pour espérer parcourir les 25 derniers km sans trop de difficultés. « Vederemos ! »

De belles rencontres

Samedi 26 janvier, au bord du lac de Viedma que l’on suit durant près de 90 km, je croise un groupe de 4 cyclistes qui ont démarré leur voyage à El Chalten le matin-même. Les vélos, les sacs « ortlieb » sont neufs, les deux hommes et les deux femmes, semblent être en forme : ils pédalent poussés par le vent et rencontrent leur première côté un peu sérieuse.

Trois brésiliens et un italien, l’occasion de me réhabituer à ces deux langues que j’aime car très chantantes, qui de plus est avec des personnes charmantes. Et puis une bonne nouvelle : une des brésiliennes, prénommée Christina et l’italien du groupe ont initié leur belle histoire d’amour, en Europe, sur le chemin de Compostelle ! Pourquoi pas la continuer sur la route vers Ushuaïa ? Mais cette fois, à vélo !

Des cyclo-randonneurs « heureux » d’Italie et du Brésil

Le vent d’où vient-il ?

Il est vrai comme dans une des chansons que me rappelle mon ami Yves de Gentbrugge dans un courriel reçu : « le vent souffle où il veut, mais tu ne sais pas d’où il vient et tu ne sais pas où il va ». Toutefois, en ce qui me concerne, quand il m’empêche d’avancer, je sais bien qu’il est de « face », peu importe d’où il vient et quand j’avance plus vite que je ne le souhaite - excusez-moi l’expression - je sais bien qu’il est « de fesses » et peu importe où il va, pourvu qu’il m’emmène à bon port !

Une photo avec un vent qui est de « face »

En attente du soleil

A El Chalten, alors que j’avais pu voir la magnifique montagne du Fitz Roy (3.405 m) à plus de 70 km à vol d’oiseau, lorsque j’arrive, tout est dans le brouillard. Le froid s’installe, les randonneurs venus ici pour s’adonner à leur sport favori, doivent attendre des jours meilleurs ou partir malgré tout dans le brouillard.

Au camping, je retrouve mes amis suisses, Améline et Romain qui m’annoncent qu’ils restent encore quelques jours pour un long trekking de 4 jours et - bonne nouvelle - que le soleil s’invite fin de semaine. Me voilà en repos 4 jours ; je choisi d’attendre et de ne pas perdre l’opportunité de m’approcher d’une des plus belles montagnes d’Amérique (du Sud).

Une nuit à l’abri dans un abri prévu pour protéger les animaux du vent

Cherchant un endroit calme pour planter ma tente, je découvre à quelques centaines de mètres du départ de la randonnée vers le Fitz Roy, un endroit chouette pour être à l’abri du vent et du regard : un abri prévu – il y a longtemps – pour que les humains (et sans doute aussi les animaux) puissent se mettre à l’abri du vent (des vents, car ici il faut toujours parler au pluriel).

C’est ainsi que j’installe ma tente un peu comme Alexandre et Sonia Poussin (voir « Africa Trek », récit en deux volumes d’un long voyage à pied du Cap de Bonne Espérance en Afrique du Sud, jusqu’en Palestine) dans un abri entouré de branches d’arbres et d’épines. Mais eux, c’était pour empêcher les hyènes et autre animaux dangereux de les importuner durant leur repos nocturne. Ici pas question de cela, les dernières chèvres ont déserté le lieu depuis que des centaines de randonneurs passent par ici avant de monter vers d’autres paysages.

Un bel abri pour la nuit, à l’abri du vent et des animaux sauvages et la tente est invisible !

Un vélo suisse rebaptisé « Léon »

Parfois les vieux que nous sommes inspirent des plus jeunes, comme en témoigne le courriel reçu de deux cyclotouristes suisses en route sur la « careteira austral ».

« Salut Léon! Super ton article: oui les Suisses sont en pleine admiration devant ce "vieux" en pleine forme qui a réussi à braver le vent ! Je ne te l'ai pas dit mais j'ai d'ailleurs nommé mon vélo "Léon". Je sais ainsi qu'il ne me lâchera jamais même s'il n'est pas tout neuf ! Demain (30 janvier) nous partons pour faire 4 jours de trek. Nous partons donc le dimanche 3 février pour O’Higgins (1er ferry à 16h30) et le 2eme ferry nous le prendrons le lundi 4 à 17h. Tu seras probablement déjà parti... peut être nous reverrons nous sur la carreterra australe. Profite bien du Fitz Roy. Et que le vent soit avec nous pour le vélo » Signé Améline et Romain de Fribourg

Améline et Romain, cyclo-randonneurs suisses, partis de Ushuaïa, à peu près au même moment que moi, rencontrés le long de l’océan Atlantique en Patagonie et retrouvés à El Chalten. Au vu de la couleur des sacs, fraîchement sponsorisés, il apparaît que ceux-ci n'ont pas vécu autant que les miens !

Enfin la randonnée du Fitz Roy a eu lieu

J’ai bien fait d’attendre le vendredi 1er février pour démarrer vers le Fitz Roy, bien équipé de ma tente Salewa (déjà âgée de 18 ans mais toujours aussi résistante au vent et à la pluie, munie de deux nouvelles tirettes en acier cousues par mes soins. Et oui, on peut se faire à tous les métiers), de mon matelas gonflable Thermarest (qui a malheureusement un petite fuite depuis deux jours, vraisemblablement à cause d’une épine), de mon camping gaz et d’une bonne réserve de nourriture et d’eau.

Une boucle de trois jours me permettant de monter jusqu’à la « laguna Torre », en campant le premier jour non loin de là, ensuite au campement Poincenot pour, très tôt le matin du dimanche 3 février, dès avant le lever du jour, monter à la « laguna de los tres » pour admirer un lever du soleil comme il n’y en a que très rarement !

Avec un sac à dos de location, j’ai parcouru une quarentaine de kilomètres en montagne. Le lever du soleil sur les montagnes surplombant la « laguna Torre » a été rouge feu au moment même où le soleil se pointait à l’horizon (voir les très belles couleurs sur les photos ci-dessous).

Le lendemain dimanche, parti dès 4h15 pour gravir les deux km extrêmement difficiles jusqu’au pied du « Fitz Roy ». Le soleil s’est fait attendre et la cinquantaine de spectateurs furent quelque peu déçus : des nuages à l’horizon contrariaient l’apparition du soleil ; celui-ci jeta - mais un peu tard - ses rayons sur les flancs des montagnes à pic. Pas de rouge flamboyant comme la veille, il n’en reste pas moins que toute la journée, ces magnifiques montagnes (certainement les plus belles d’Amérique du Sud) furent majestueuses, dans un ciel serein, comme vous pourrez les admirer sur les photos jointes.

« Il y a toujours une foule nombreuse pour admirer un feu d’artifice, mais peu se donnent la peine de s’éveiller avant l’aube pour admirer un lever de soleil »

Tel est l’objet d’une dissertation dont je n’ai jamais oublié le titre et que j’ai eu le bonheur de rédiger en Rhétorique au Collège de Bellevue en 1966 (« meu Deus, que c’est loin déjà ! »), avec le regretté professeur Joseph Thibaut. C’est avec beaucoup de bonheur que j’ai eu l’occasion de vivre cette expérience unique au pied de la montagne de la tour, située un peu au Sud du Fitz Roy.

D’aucuns me diront qu’un feu d’artifice c’est quand même merveilleux et il se trouvera toujours un politicien ou l’autre pour dire que finalement, cela ne coûte pas si cher que cela aux finances communales… et que finalement, cela distrait les gens ! Bref du pain et des jeux pour amuser les citoyens : les empereurs romains, en leur temps, avaient déjà compris ! Combien de temps faudra-t-il encore pour que l’on puisse éveiller les consciences humaines autrement ?

En route vers la « careteira austral »

Ce lundi 4 février 2019, je prends la route vers une autre partie très difficile de mon voyage : retour au Chili, pour commencer la fameuse « careteira austral ». Des détails dans un prochain message. Je n’aurai guère de couverture réseau ni de Wi-Fi, dès lors ne vous attendez pas à avoir de mes nouvelles si facilement. Mais un jour, ce sera possible.

A bientôt. Léon Tillieux - Transandina 2019

Les photos suivantes concernent, en premier lieu les Tours du Fitz Roy, ensuite un glacier proche du Fitz Roy et enfin les belles couleurs au lever du soleil sur la tour de la "laguna Torre"




samedi 26 janvier 2019

Transandina 2019 : de Puerto Natales à El Calafate

Chers amies et amis de la Transandina, une nouvelle semaine s’ouvre ce dimanche 20 janvier. Je reprends le vélo pour me diriger vers le Nord-est et rentrer en Argentine.

Le glacier Perito Moreno en Argentine, un des glaciers les plus admirés

Une première journée sans vent

Génial quand le vent est absent, c’est très facile de pédaler vers le Nord. Je passe la frontière chilienne à Cerro Castillo à 60 km de Puerto Natales. Trois jeunes attendent un lift pour El Calafate. Pas beaucoup de chance pour eux, avec une voiture en moyenne par heure ! Je ne sais combien de temps ils devront attendre. Je leur souhaite bonne chance, mais harnaché comme je suis (du moins le vélo), je ne puis même pas en charger un… ou une !

Attention, il y aura du vent (des vents) !

Dans le no man's land entre les deux frontières, la route chilienne toute neuve est construite en béton. Quant à la partie argentine, elle est en cailloux (en « pisio » comme on dit en espagnol). C’est vrai que le Chili avec ses mines de cuivre est dans une situation financière meilleure que leurs voisins, qui vivent la crise depuis des années… et une corruption importante (ils ne sont pas les seuls). Pour l’ex-présidente péroniste Cristina Kirchner, l’action en justice est en cours !

Passé la frontière, après 70 km, j’estime en avoir assez pédalé pour la journée. Je demande dans une ferme pour pouvoir « acampar ». C'est oui tout de suite : le responsable des ouvriers agricoles m’indique le dortoir et me convie au repas à 19h30 avec les autres ouvriers. Bonne soupe avec riz, pommes de terre et morceaux de poulet. Ils sont nombreux les bergers (7 ou 8). Iici, je me trouve dans une très grande ferme avec 28.000 moutons. Comme je dors à côté de l’enclos aux agneaux, cela va bêler cette nuit !

Pas de matelas mais l'accueil c'est déjà bien !

Une partie des 28.000 moutons de la ferme, ici les agneaux

Deux journées avec 60 km de « ripio », du vent changeant, du bon et du « pas bon du tout »

En Argentine, quand on retrouve la « Ruta Nacional 40 » (qui traverse toute l’Argentine du Nord au Sud du côté Ouest) et ses mauvais tronçons, pour nous les cyclistes et les motocyclistes, c’est vraiment la bête noire : les roues s’enfoncent dans les cailloux et le vélo, comme un cheval qui se cabre, s’arrête sans crier gare. Il faut sauter d’un côté à l’autre de la route, pour prendre la trajectoire la moins mauvaise.

Ca cogne bien fort. Résultat, la roue arrière légèrement voilée. C’est la première fois de sa vie que cette roue (elle vient, comme le vélo Da Silva, de parcourir son 40.000e km) connait un problème. Mais j’ai de la chance sur cet itinéraire : le vent ¾ arrière me pousse, même dans les montées. Sans cette aide providentielle, j’aurais du pousser le vélo !

Le fameux "ripio" des routes argentines, la terreur des cyclistes et des motocyclistes

Mon "Da Silva" a 10 ans (merci à la "Maison du vélo" de Bruxelles) et 40.000 km dans les jambes (plutôt "les miennes" !)

A mi parcours, j’aperçois une ferme ; je pousse la barrière (sans cadenas) ; le berger me montre un local, où d’autres cyclistes intercontinentaux ont déjà passé la nuit avant moi. Ce berger, seul pour 5.000 moutons, me semble bien triste et m’explique toutes les difficultés de sa vie solitaire. C’est vrai que des moutons, ce n’est pas vraiment une compagnie intéressante ! Heureusement, il y a de temps en temps des voyageurs qui s’arrêtent pour la nuit !

Quand la mauvaise route se termine, la route asphaltée me mène vers le Nord Ouest. Là le vent a changé et de ¾ face il m’empêche d’avancer à plus de 3 km heure. A un moment, à l’arrêt, une rafale m’envoie par terre avec « mon cheval ». Un jeune automobiliste fait demi-tour pour me porter secours… mais plus de peur que de mal !

Après 21 km de parcourus sur l’après-midi et une montagne d’efforts, je décide de monter la tente dans un creux, à l’abri du vent. Je me dis que celui-ci sera moins fort le lendemain matin. Et oui, levé à 3h du matin, je démarre à 4h dans la nuit et je parcours le reste de l’itinéraire (73 km) jusque El Calafate à plus de 14 km de moyenne : ce 23 janvier, pas le moindre vent ! Un écossais me dépasse. A un carrefour, je fais un signe à un des rares conducteurs : je suis à sec d’eau. Je reçois une bouteille pour me dépanner.

A El Calafate au camping, surprise, je retrouve mes amis Amélie et Romain de Fribourg en Suisse ; ils étaient derrière moi sur la route vers Porvenir ; ils étaient allés voir les pingouins. Ils m’ont dépassé (en bus) pour aller faire du trek dans le parc national des « Torres del Paine » et finalement se sont retrouvés un jour devant moi. Sympas les jeunes… tout d’admiration pour « le vieux » qui, à un certain moment les devançait et dont ils avaient des nouvelles de par les cyclistes pédalant en sens inverse.

Le glacier Perito Moreno : impressionnant !

Incontournable, un des glaciers les plus importants et en tout cas un des plus beaux du monde. Une journée légèrement pluvieuse mais le glacier est là devant nous, majestueux. De temps en temps, un grondement vient du glacier, comme s’il s’agissait d’un tir de mine. Le glacier avance lentement et de temps en temps un pan de glace s’écrase avec fracas dans le lac l’entourant.

Sur la plaque d’inauguration datant d’octobre 1991, reconnaissant ce glacier comme faisant partie du patrimoine mondial de l’humanité, il est écrit ce qui suit (en espagnol) :

« Ces glaciers, générés il y a des siècles et des millions d’années au flanc des montagnes sont les témoins permanents de ces masses qui faisaient partie de la planète durant ces deux derniers millions d’années et qui présidèrent au fantastique épisode de la naissance de l’humanité. Puisse l’homme préserver ce site et se préserver lui-même pour que les générations futures puissent toujours contempler cette source de vie. »

Une belle déclaration engageante, tellement différente des âneries émises par les climato sceptiques.

La transandina sur RCF Namur

Demain vendredi 25 mars, je repars vers le Nord vers El Chaltén et le massif du Fitz Roy. Mes amis suisses sont partis ce matin (en bus) ; ils m’ont renseigné sur les treks les plus intéressants à parcourir, dont un à parcourir dès avant le lever du soleil. Avec un peu de chance, nous nous rencontrerons une troisième fois. 220 km jusque là : je prévois 4 jours… tout dépend du vent et surtout de sa direction !

Mais avant, demain matin, j’attends un coup de fil de Théo Mertens (un chanteur pour enfants bien connu) qui est actuellement animateur à la radio RCF Namur.

A vous retrouver dans une bonne semaine.

Léon Tillieux

Quelques photos, du passé argentin et de la faune rencontrée :

Charrette du temps des "pionniers" conquérant la Patagonie, comme au temps du "Far West" étasunien!

Des Nandous, très peureux et capables d'atteindre une très grande vitesse

Un rapace omniprésent au bord des routes : il "nettoie" les cadavres d'animaux renversés par les voitures

dimanche 20 janvier 2019

Transandina 2019 : de Punta Arenas au parc naturel de "Torres del Paine"

Chers amies et amis de la Transandina, un tout grand merci à celles et ceux qui ont répondu à mon message envoyé du Chili le dimanche 13 janvier dernier. Voici la suite de mes aventures de découvertes au Chili.

Les tours de granit du parc national chilien du Paine

Une nuit dans une ferme d’élevage de moutons « Corriedale »

En route vers le Nord du Chili, vers Puerto Natales, après 36 km en affrontant un vent fort toujours de face, je me résous à tenter ma chance de trouver un hébergement, en entrant dans la propriété d’une ferme. Pourquoi pas, le portail, pour une fois est ouvert ?

A un km de la route, se dressent les bâtiments de la ferme « Tehuel Aike Sur ». Je cherche quelqu’un, un homme passe la tête par la fenêtre, me demande d’où je viens et dit au propriétaire à l’intérieur de l’étable « un estrangeiro ! ». J’appris par la suite que le fermier acceptait souvent d’accueillir des étrangers (en Belgique ce n’est pas nécessairement comme cela comme cela, n’est-ce pas Monsieur Francken ?).

Eduardo, le « berger » aide le fermier à rentrer les moutons pour la nuit, pas tous les moutons, mais quelques-uns sélectionnés pour participer au concours annuel de la foire où en mars, l’on élit les plus beaux moutons d’une race importée d’Angleterre : les « Corriedale » réputés pour leur laine. L’étable est couverte de dizaines de médailles de ce concours. Pour protéger les toisons de la pluie, des insectes et multiples saletés que les moutons risquent d’emporter avec eux lors de leurs escapades, l’on couvre ces quadrupèdes de belles couvertures rouge ou bleu, qu’il faut enlever pour la nuit.

La journée est longue pour Eduardo et il est près de 20 heures quand il m’emmène chercher un gigot dans une chambre froide, en vue du repas du soir. De mon côté, j’amène des pâtes et une sauce qui seront ajoutées à la viande découpée lorsque celle-ci aura mijoté durant plus d’une heure sur un vieux poêle à bois.

Eduardo me raconte sa vie, surtout la partie (10 ans) passée au Brésil, durant les années noires du sinistre Pinochet, lorsque beaucoup de démocrates et d’opposants à la dictature s’enfuirent en Europe ou ailleurs, s’ils ne voulaient pas que le désert d’Atacama soit leur cimetière… où aucune victime n’a été retrouvée ni identifiée (voir le très beau film du réalisateur chilien Patricio Guzman intitulé «Nostalgie de la lumière»).

Eduardo a vécu au Brésil comme vendeur de rue, dans le Nord-Est, où selon lui il était très facile de « s’enrichir » (pour survivre) en vendant des lunettes de soleil, des jouets, des vêtements, etc. C’est ainsi que nous avons pu parler Portugais. Il m’a expliqué également toute la dureté de son travail de berger, 365 jours par an. Il s’est retrouvé seul car l’autre berger a trouvé un travail moins dur. Car du travail il y en a, dans une ferme où il y a 5.000 moutons, où chaque animal dispose d’un hectare. Vous pouvez vous représenter l’étendue de cet élevage.

Eduardo recueille plusieurs peaux de cadavres des animaux égorgés par des « soros », une sorte de Coyote qui ne laisse aucune chance à sa victime. Même la laine de ces peaux récupérées est tondue car elle vaut de l’or. Cette belle laine « carriedale » est expédiée par balles de 200 kg en Europe notamment.

Pour améliorer la race, le fermier se rend régulièrement en Nouvelle-Zélande pour acheter des reproducteurs certifiés, qui se tapent un long voyage en avion jusque Santiago ! Les meilleurs valent un million de pesos chiliens, soit près de 5.000 dollars étatsuniens !

Il est près de 23 heures, quand je me couche, bien au chaud dans mon sac de couchage ; de grands grillages en lattes de bois croisées de plus de 4 mètres de haut, entourent la maison afin de réduire l’impact du vent.

Le matin, à 7h, Eduardo se réveille en sursaut, il n’a pas entendu le réveil… les moutons attendent déjà, une longue journée de travail commence pour lui. Quant à moi, je bois en hâte un café et je quitte cet homme courageux, fan d’Aznavour, de Piaf, des Beatles et de Manu Chao avec qui j’ai passé une inoubliable soirée, en parlant du Brésil et de tant de choses qui émaillent ses dures journées de berger, dans une région, la Patagonie où il fait vraiment dur de vivre.

Plusieurs nuits dans des refuges au bord de la nationale 9

Je prends la route toujours vers le Nord. Il n’y a pas beaucoup de circulation, impossible de garder une trajectoire rectiligne car le vent est toujours aussi déroutant. Quand je risque d’être déséquilibré par des rafales vraiment trop fortes, je choisis de rouler sur le côté gauche de la route pour voir les voitures arriver et m’arrêter sur le côté de la route en leur laissant libre passage plutôt que de me faire attraper par un véhicule venant de l’arrière et que je ne vois pas venir. Car une rafale peut m’envoyer en un instant au milieu de la route… ou dans le fossé !

Je croise un couple de Français qui s’arrêtent : Frédérique et Yves viennent d’Alaska, eux aussi ! Ils m’indiquent une cabane où passer la nuit… dans 35 km. Après environ 6 heures de « pédalage » à une moyenne de 6 km/h, j’aperçois cette cabane, ouverte, réservée aux cyclistes. Il y a un lit, le matelas n’est pas à ma taille… mais je serai bien à l’abri du vent jusqu’au lendemain !

Les Français m’avaient prévenu de l’arrivée d’un couple de Belges, que je n’ai pas ratés dans le petit village de Villa Tehuelches, un des rares noms qui ne soit pas à consonance hispanophone. Médecins tous les deux, Séverine et Antoine font un long périple de San Martin de los Andes (en Argentine) jusque Ushuaïa et ensuite partiront de Mexico jusqu’en Colombie via l’Amérique Centrale. Un bon apprentissage pour relever des défis avant d’exercer ce fameux métier de médecin !

Très sympas, ils racontent leurs aventures et me suggèrent un itinéraire bis pour aller à San Carlos Bariloche via Chile Chico et une partie (goudronnée) de la fameuse Careteira Austral chilienne au lieu de m’époumoner sur les routes argentines venteuses. Mais d’ici là, il y aura encore du vent qui aura « coulé » sous les roues et même un peu plus haut jusque dans le visage. Celui-ci (le mien) a changé de physionomie – vous ne vous en doutez pas – d’autant plus que je ne retrouve plus mon rasoir. De toute façon dans les maisons abandonnées où je dors il n’y a pas de miroir !

Des Belges sympas de Mettet et de Jodoigne en route vers Ushuaïa

Deux nuits de suite à l’abri dans une maison abandonnée

Dont la première renseignée par les policiers du village de Morro Chico, chez qui les cyclistes "intercontinentaux" (comme nous appelle Pierre Doumont, rédacteur en chef de Canal C) peuvent trouver de l’eau.

La seconde, le soir du 16 janvier, la maison un peu en retrait de la route semble inhabitée. La porte de devant est fermée mais celle de derrière, oh surprise est ouverte. C’est-là que je passe la nuit après avoir continué à écrire ce message, et après avoir cuisiné les très quotidiennes pâtes à la sauce bolognaise, en me servant d'appui sur un très vieux poêle !

Arrivée à Puerto Natales, site préhistorique et trek aux « Torres del Paine »

Jeudi 17 janvier, la route n’est pas trop balayée par le vent sauf les derniers kilomètres en approchant de Puerto Natales au Chili, durant lesquels je dois descendre de machine si je ne veux pas me retrouver par terre. Le matin, lors de la visite d’une ferme, la cuisinière m’a offert un bon café avec du pain maison.

A l’entrée de la ferme, les touristes sont invités à voir des Lamas mais ceux-ci sont enfermés en un lieu sûr éloigné de la ferme, car des chiens errants, devenus sauvages, s’attaquent à ces animaux. Les guanajos que l’on voit souvent dans les grandes étendues de la Patagonie sont de la même famille de « camelidés » que les lamas, de même que les alpagas et les vigognes, que l’on rencontre plutôt dans les autres pays Andins : Equateur, Pérou, Bolivie et dans le Nord du Chili et de l’Argentine (cfr Transandina 2009 et 2013).

Heureusement, le vent s’est calmé pour monter la tente dans le camping « Guino » à Puerto Natales où de nombreux backpackers ont déjà monté la leur. Génial : les palettes pour protéger du vent !

Ce vendredi 18 janvier (jour d’anniversaire pour Danielle), je prends un jour de repos complet, bien mérité après 761 km de selle … et aussi pour échanger par Skype, profitant du Wi-Fi, totalement inconnu dans les grandes étendues patagones en dehors des villes !

Après midi visite d’un site préhistorique semblable à celui de Goyet ou celui de Spy avec trois cavernes où les hommes (et sans aucune doute leurs femmes aussi) ont vécu ou survécu au climat très rude de l’époque. Ils croisaient certainement un animal très grand, appelé Milodon, aujourd’hui disparu et découvert par Hermann Eberhard en 1895.

Ces hommes des cavernes étaient les ancêtres des « Patagons », ces indigènes baptisés ainsi par les Espagnols car ils étaient très grands et avaient de long pieds. Certains avaient les yeux bleus, peut-être comme les Vikings dont ils pourraient être les descendants. Une chose est sûre, ce n’est pas Colomb (et toute son armada) qui a mis le premier le pied sur la terre des Amériques. Il faudra revoir nos livres d’histoire !

Caverne du site du Milodon à 25 km au nord de Puerto Natales

Samedi 19 janvier, à 7h du matin, je prends un bus pour un trekking jusqu’aux « Torres del Paine ». Ce sont de véritables tours de pierre de granit, comme vous pouvez le voir sur la photo. Le sentier ressemble à une autoroute pédestre au vu du nombre de marcheurs, surtout en ce mois de janvier.

Le seul à dépasser de temps en temps la limite de vitesse permise est le vent, qui risquerait bien d’envoyer par-dessus bord un randonneur s’approchant trop du précipice. Une belle mais dure randonnée jusqu’au « mirador » des tours : 4 heures de montée en ce qui me concerne (4h30 prévues en moyenne), une heure au sommet et 4 heures pour redescendre. Au sommet, une randonneuse chinoise se met à chanter ; je lui demande la permission d’enregistrer sa voix en filmant ce paysage unique : c’est sublime, malgré les bruits du vent et éclats de voix des personnes présentes.

Dimanche 20 janvier : en route vers Calafate en Argentine

La route vers Ushuaïa est fort prisée par les cyclo-randonneurs longue distance, dont plusieurs viennent d’Alaska. En 13 jours, j’en ai compté 56 pédalant dans le (bon) sens du vent et 2 seulement (des Suisses de Fribourg) dans l’autre sens, celui que j’ai pris… vers le Nord !

Dans une semaine, d’autres nouvelles de la Transandine venant de Calafate. Bonne semaine, malgré le froid qui arrive !

Léon Tillieux depuis le port de Puerto Natales au Chili

dimanche 13 janvier 2019

Transandina 2019 : de Ushuaïa à Punta Arenas

Enfin du Wi-Fi disponible ce samedi 12 janvier 2019 pour vous communiquer le récit des premiers 500 km de cette route en Patagonie !

En route vers Ushuaïa via Madrid et Buenos Aires

En ce second jour de 2019, après un bel « au revoir » à ma compagne Danielle, une fois de plus ma conductrice attentionnée, j’embarque à Zaventem avec le vélo auquel la compagnie Air Europa fait un beau cadeau : pour la première fois, mon fidèle destrier voyage gratuitement… mais ce ne pas pour longtemps : à Madrid, avant d’embarquer, l’on me réclame le paiement de ce « bagage spécial hors dimension » !

Le voyage se passe normalement de même que l’embarquement à Buenos Aires pour la Patagonie avec une escale à Trelew, au milieu de nulle part. Arrivé à Ushuaïa, après le remontage du vélo, je fais connaissance avec celui qui sera mon meilleur allié ou mon pire ennemi : le vent, omniprésent en cette région du monde, la plus proche de l’Antarctique.

La température n’est guère élevée, même si nous sommes en ce mois de janvier, le mois le plus chaud de l’été austral avec une température moyenne de 11 degrés. Ricardo, un cyclotouriste argentin qui durant deux ans visite tous les parcs nationaux de son pays, me dit que la température maximum à Ushuaïa en janvier est de 15°, avec une pointe à 18° très rarement (au point que ce jour-là certains prennent congé pour en profiter).

Dans l’avion, dans un journal madrilène, je prends connaissance de l’investiture du nouveau président Bolsonaro au Brésil : une entrée en grandes pompes à Brasilia, dans une Rolls Royce (la voiture du citoyen brésilien moyen comme chacun sait). Fidèle à son programme, alors qu’il n’en est qu’à son premier jour, le nouveau président a déjà supprimé la FUNAI, un organisme créé en 1967 dans le but de protéger les droits des peuples autochtones au Brésil. Etrange… car en 1967, c’était bien les militaires qui étaient au pouvoir au Brésil !

De cette façon, il aura moins de bâtons dans les roues pour s’attaquer à la forêt amazonienne. Etrange aussi dans son allocution d’investiture, comme l’ont fait dans le passé d’autres présidents étas-uniens et d’autres encore, Bolsonaro invoque l’aide de Dieu. Si cela pouvait au moins l’inspirer dans les décisions qu’il prendra. Mais comme nous nous en doutons malheureusement, l’interprétation de certains versets évangéliques risquent de subir un fameux « lifting » ! Comme au temps de la conquête de l’Amérique dite « latine » par les « conquistadores » espagnols et portugais. En Patagonie, comme vous allez le voir, ils firent encore pire : ils n’en laissèrent aucune trace !

La « Terre de Feu » terre de conquête et de génocide (Wikipedia)

Avant l'arrivée des Européens, la région était habitée par des Amérindiens depuis près de 12.000 ans. Les Selk’Nams étaient essentiellement des chasseurs-cueilleurs, alors que les Yagans et Alakalufs étaient des pêcheurs nomades vivant dans les nombreux canaux. C'est d'ailleurs les feux allumés par ceux-ci, et qui étaient visibles depuis l'océan, qui donnèrent son nom à l'archipel. Les noms de Terre des Fumées et Terre des Feux furent choisis par Fernand de Magellan, premier Européen à atteindre les îles et à traverser le détroit qui porte son nom, en 1520. Le roi Charles-Quint nommera officiellement et définitivement l'archipel Terre de Feu.

Lors du premier voyage du navire anglais « HMS Beagle » en 1830, quatre amérindiens de Terre de Feu furent capturés pour être présentés devant le roi et la reine du Royaume-Uni, où ils accédèrent d'ailleurs à une relative « célébrité. » … comme lors de l’exposition de Tervuren fin du 19èmesiècle lorsque les Belges importèrent quelques indigènes congolais … dont 7 moururent de froid et de maladie. Les trois survivants « patagons » retournèrent en Terre de Feu avec le Beagle en compagnie de Charles Darwin.

Au XIXe siècle, les Européens installés sur ces îles (éleveurs, pêcheurs, exploitants de mines d’or) y ont perpétré de terribles massacres et transmis des maladies, réduisant à presque rien les populations autochtones. La souveraineté argentine sur la moitié orientale de la grande île fut établie progressivement tout au long du XIXème siècle. À partir de 1880, l'île fut le théâtre d'un des faits les plus atroces de l'histoire argentine. Des milliers d'indigènes amérindiens furent massacrés par des bandes de tueurs à la solde d'immigrants anglais et croates, propriétaires d'estancias. Cinq livres sterling étaient payés pour chaque indien mort, qu'il soit homme, femme ou enfant.

Les Selk’Nam se protégeaient du froid avec des peaux de guanajos (voir plus loin)

Un aventurier richissime d'origine roumaine, Julius Popper, qui avait établi sa propre loi sur l'île et formé ses propres bandes de tueurs, se vantait alors d'être un « chasseur d'Onas » et exhiba ses propres photos à ce propos. Bien que les pères salésiens aient dénoncé ces horreurs et que leurs rapports soient arrivés au Congrès National à Buenos Aires, rien ne fut fait pour les empêcher, ni pour punir les coupables. Il est vrai qu'à l'époque le président argentin n'était autre que l'ex-général Julio Argentino Roca, celui-là même qui avait conçu et mené la campagne génocidaire anti-indienne dite « Conquête du Désert » en Patagonie. La purification ethnique se poursuivit jusque dans les années 1920.

Après le génocide… d’autres intérêts

Dans le cadre de l'année polaire internationale, la France mena une expédition scientifique en Terre de feu entre 1882 et 1883. L'institution en zone franche, puis la découverte de gisements de gaz naturel et de pétrole ont permis un renouveau de l'économie de cette région.

C'est à partir des années 1980 que le tourisme a fortement progressé, grâce notamment à la réputation de la région pour la pêche sportive dans les rivières à l'image de « bout du monde » dont bénéficie la Terre de Feu. De « la ville la plus australe », Ushuaïa, partent de nombreux bateaux de croisières vers le cap Horn, vers l'Antarctique, dans les canaux fuégiens.

Le Parc national Tierra del Fuego, le canal de Beagle et ses îles sont aussi très visités par de nombreux touristes du monde entier et, parmi eux, de temps en temps, des courageux… à vélo. Car face aux vents, aux températures peu élevées de Patagonie (même en été), il faut être « bardé » de courage et de détermination. Ne vous en faites pas, comme d’habitude, j’en ai pris une bonne dose avant le départ !

De Ushuaïa (Argentine) au port de Punta Arenas (Chili)

La première journée en Terre de Feu fut consacrée à un trekking pour une première mise en jambes : 3h30 de montée pour un dénivelé de près de 1.000 mètres pour découvrir un très beau panorama sur le canal de Beagle, les îles du Sud (la plus extrême mais non visible étant le Cap Horn) et les dernières montagnes Andines qui ne sont pas à comparer à celles du Pérou et de Bolivie.

Au milieu du canal de Beagle, sur une presqu'île, l'aéroport de Ushuaïa

Le soir au camping, nous nous retrouvons à 4 campeurs de 4 pays différents : outre Ricardo, Argentin, il y a Leonardo, un étudiant Colombien et Lisa, une jeune professeure allemande, venue pour des trekkings en Patagonie, une Sueli « bis » voyageant avec un petit sac à dos et une tente de 1,3 kg. Rien à voir avec mes sacs totalisant 30 kgs. Il est vrai que j’ai fait le plein de réserve de nourriture (dont deux pots de choco) au supermarché, car je vise l’autonomie pour plusieurs jours.

Rencontrer des jeunes de pays différents nous aide à comprendre que 20 euros n’a la même valeur selon le pays dont on est le ressortissant. Leonardo s’est acheté une tente à 15 euros, mais n’a pas de double toit, si bien qu’il s’est acheté un film plastique supplémentaire, mais qui ne résistera pas longtemps aux vents patagons. Nous terminons la soirée par le « maté », boisson nationale en Argentine.

Parti le samedi 5 janvier 2019 pour mon périple à vélo, je paie un peu les efforts de la veille mais mes vieilles jambes sont encore assez bonnes pour pédaler durant 59 kms. Pas si mal sur des routes un peu en forme de « montagnes russes ».

Dimanche 6 janvier, je monte un premier col un peu sérieux pour arriver au « mirador » du point de vue « Garibaldi. » Au sommet, un Colombien en voiture attend un cycliste anglais qui tente de battre le record en reliant Ushuaïa à Carthagène au Nord de la Colombie en 40 jours, en parcourant entre 250 et 350 kms par jour (selon les vents dominants). J’entame la descente, très vite, il me dépasse et disparait accompagné de motards. Pas sûr qu’il fera beaucoup de rencontres et qu’il s’arrêtera souvent pour admirer montagnes et lacs.

Le même jour, je rencontre deux couples qui terminent un voyage incroyable : deux Australiens, Nancy et Dave de Sydney sont partis à vélo d’Alaska il y a un an et demi ; encore deux jours de voyage et la belle aventure se termine pour eux.

A Tolhuim, Ricardo ainsi que les Australiens m’avaient renseigné une boulangerie où le patron Emilio, accueille tous les cyclotouristes, très nombreux dans cette partie du monde.

C’est là que je rencontre Sarah et Andy, un couple anglais qui termine également le voyage Alaska / Ushuaïa : 31.000 kms en un an et demi. Partageant la chambre de trois lits, Sarah et Andy me donnent un tas de renseignements pour trouver des refuges le long de la route et pour visiter le fameux parc chilien des « Torres del Paine », où il est impossible de réserver la moindre nuit en camping en ce mois d’affluence de vacances d’été. Je pourrai faire une excursion d’un jour en bus, sans loger dans le parc.

Avec Andy et Sarah de Manchester, arrivant au bout de leur raid Alaska/Ushuaïa

Les jours suivants, d’autres rencontres : la plupart des cyclotouristes terminent leur raid d’Alaska à Ushuaïa, ou de Lima au Pérou. La plupart roulent vers le Sud. Quant à moi, mal renseigné sur les vents dominants, je roule vers le Nord. La plupart du temps, je dois affronter un fort vent de face… sauf ce mardi 8 janvier, exceptionnellement, le vent nous pousse. Je roule quelques kilomètres avec Améline et Romain de Fribourg en Suisse.

Ils étrennent leurs vélos et leurs sacs « Ortlieb » tout neufs ; ils ont pris le départ de Ushuaïa vers le Pérou. Ils sont deux fois plus jeunes que moi ; plusieurs personnes me félicitent de pédaler comme ça à mon âge. Profitant du bon vent qui m’emmène vers le Nord, je parcours 130km en un jour à une moyenne dépassant les 14 kms. Mais les jours suivants, la moyenne baisse à 6 km/h et même à 5 km/h, car le vent est résolument de face… 24 heures durant !

En quittant Rio Grande, je visite le musée historique des Salésiens qui ont tenté de défendre les indigènes face au génocide décrit plus haut. Des documents d’époque retracent la vie de ces indigènes « Selk’Nam » et « Haus » qui furent décimés également par les maladies apportées par les Européens. De 4.000 individus recensés en 1896, il n’y en avait plus que 279 en 1919. Le dernier descendant de ce peuple disparu est décédé en 1999. Pourvu que Bolsonaro au Brésil n’en fasse pas autant !

Une nuit dans une ferme de 3.000 moutons

Mercredi 9 janvier, le passage de la frontière se passe presque sans encombre : pas de contrôle des bagages comme en 2018 à la recherche de fruits interdits à l’importation ; en revanche, la douanière, outre la marque et la couleur du vélo, veut savoir la dimension des roues… du jamais vu au passage de tant de frontières !

Les Chiliens sont super précis (et têtus) dans leurs documents administratifs ! La route qui m’attend n’est pas en montagnes russes mais le vent est impitoyable. Après 40 kms en 8 heures de pédales, je jette l’éponge : j’ouvre le portail d'une ferme que j’aperçois à l’horizon. Bien accueilli par un intendant, je demande à pouvoir dresser la tente mais finalement, je peux cuisiner dans l’atelier et dormir dans le dortoir des ouvriers agricoles, vide ce jour-là.

La ferme (« estancia » en espagnol) compte 3.000 moutons et est autonome en électricité grâce à une petite éolienne et des batteries. En cours de journée, j’avais vu un troupeau de 1.000 moutons au moins, encadrés par deux « bergers » modernes se déplaçant en Quad dans l’immensité des terres patagonnes. Pas sûr que les moutons apprécient ces machines pétaradantes... moins écologiques que les chiens !

Arrivée à Punta Arenas au Chili

Durant trois jours encore, je mors sur ma chique pour faire avancer le vélo malgré le vent de face. Je rencontre des cyclistes plus heureux… le vent les pousse. Ils m’indiquent des endroits pour passer la nuit. Désirant profiter des premières heures du jour où le vent est un peu moins fort, je me couche à 20h et me lève à 4h30, ce qui, compte tenu du décalage horaire de 4 heures, me maintient à l’horaire belge.

Ce samedi après-midi, traversée en ferry du détroit dit de Magellan, durant une heure trente. Tout le monde paie, sauf les vélos… la SNCB devrait en faire autant ! Je me retrouve dans une auberge avec une dizaine de voyageurs (jeunes pour la plupart) à vélo ou « backpackers ». J’ai planté la tente au milieu de la cour.

Je suis allé faire quelques achats pour avoir des réserves de nourriture pour les 5 jours à venir. Objectif 5 x 50 kms jusque Puerto Natales, toujours au Chili. Me dirigeant vers le Nord, je ne puis m’attendre qu’à du vent de face. Et ce ne sera pas des caresses !

Si vous me répondez, déjà je vous remercie de vos encouragements mais je ne pourrai vous répondre … dans la « Pampa » patagonne argentine ou chilienne, le WI-FI n’a pas encore détrôné les moutons et les guanajos (voir photo).

Hasta la vista.
Léon, en Patagonie avec son « Da Silva » qui va bientôt accomplir son 40.000ème kilomètre !

Transandina 2019 : de Ushuaïa à San Carlos Bariloche

Chers amies et amis,

Petit rappel, la traversée des Andes depuis Quito en Equateur a commencé en 2009. J'ai continué la route de Salta en Argentine jusque Santiago du Chili en 2013. En 2018, j'ai accompli un tronçon supplémentaire de la capitale chilienne jusque San Carlos Bariloche en Argentine.

Pour continuer dans le même ordre d'idées (et de projets), ce 2 janvier 2019 je suis reparti avec mon vélo en Argentine en solitaire jusqu'au 16 mars 2019.

Il me reste à accomplir le dernier tronçon, de Ushuaïa en Terre de Feu pour rejoindre San Carlos "contre vents (mais sans marées heureusement)" plus que certainement.

Un long défi ... de plus de 15.000 kms à vélo en solitaire : suite et fin !

Léon Tillieux

samedi 24 mars 2018

Transandine 2018 : de San Carlos Bariloche à Chiloé

Changement de programme

Arrivé à San Carlos Bariloche, il était prévu que je continue vers le Sud, vers Ushuaïa, la ville la plus australe du monde et cette année 2018 ; d’aller au moins jusqu’à Perito Moreno , de laisser le reste (environ 2.000 km) pour le début de 2019 et de rentrer en bus à Santiago au Chili… avec le vélo bien sûr.

Mais en Argentine, il est impossible de charger un vélo dans un bus alors que, renseignements pris auprès des cyclotouristes rencontrés en chemin, c’est tout à fait prévu et possible au Chili. Et ce n’est pas la froideur de la réponse on ne peut plus distante de l’employée du guichet vendant des billets qui me calme … « son regard semble me dire … votre problème, je n’en ai rien à cirer … » ! … « Merci madame pour votre (manque d’) empathie » !

Bon dès lors, comme dans chaque cas où un « problème » vient compliquer la suite du voyage, il s’agit de réagir en disant « il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions ». C’est ainsi que aussitôt le plan « B » est mis en application : retourner vers le Nord et puis vers l’Ouest en regagnant le Chili par le col Cardinal Samoré.

Je ne sais ce que ce brave ecclésiastique a fait mais il n’a sans doute jamais passé ce col à vélo. Ni le douanier qui me souhaite « bonne montée » jusqu’à la frontière : 17 km en 3h54 pour être précis, soit un peu plus de 4 km / heure, sans compter les arrêts. Un peu avant le sommet, je croise un cyclotouriste chilien venant du Chili et qui s’arrête tout heureux d’avoir terminé la longue et difficile ascension ; il me donne un chocolat, « pour (re)prendre des forces », me dit-il ! Au sommet, fier comme D’Artagnan, je me fais un « selfie » (comme les Chinois devant le « Manneken Pis » à Bruxelles) devant le panneau : « Bienvenido a Chile ».

(re)bienvenue au Chili

Excès de zèle

C’est vrai que je les aime bien les chiliens … jusqu’à un certain point quand même ! Ils ont une de ces rigueurs sans doute héritée des Espagnols « conquistadores » ! Tout d’abord, le premier douanier me demande plusieurs renseignements concernant le véhicule utilisé, à savoir dans mon cas un vélo : la marque, la couleur, l’année de fabrication … je lui demande : « voulez-vous savoir le nombre de km parcourus ? » - « Non, il n’y a pas de case prévue à cet effet » …

Ensuite, de nouveau un différend à la frontière qui m’avait déjà provoqué une belle colère à l’aéroport de Santiago à mon arrivée. L’objet du conflit, c’est le contrôle des bagages pour raison sanitaire.  Bon, quand vous avez une seule valise de touriste voyageant en voiture, même si elle est bourrée de vêtements dont dix robes (dont 8 inutiles), c’est vite ouvert et refermé. Quant à moi, sept sacs à ouvrir après avoir patiemment enlevé les cinq sangles qui les attachent au vélo … je refuse … « et bien alors, vous ne passez pas, c’est la loi ! » - « Mais ce ne sont que des vêtements et autre matériel de camping ! » - Peu importe.

Après un certain temps, je me résous quand même à tout ouvrir, n’ayant pas envie de passer la nuit au poste de douane. Le douanier zélé, muni de gants comme un chirurgien, l’air hyper-convaincu de l’utilité de ce qu’il fait, ouvre chaque paquet, même la petite casserole qui me sert à me chauffer une soupe ainsi que ma trousse de secours … pour vérifier qu’il n’y a pas une banane dedans ! « Comme si j’allais y mettre une banane ! » Car en fait, le Chili craignant je ne sais quelle maladie, interdit tout entrée de fruits de leurs voisins argentins qu’ils suspectent sans doute de manque de respect de je ne sais quelles normes d’hygiène. 

Il a donc fallu un certain temps pour que le douanier ait tout inspecté ! Et pour finir, d’une façon aussi froide et antipathique qu’à Santiago : « vous pouvez passer ! » Le comble qui m’a fait sourire et même sauter de joie : un peu après le contrôle frontalier, j’ai senti un citron argentin que j’avais gardé involontairement dans la poche arrière de mon maillot. Un « passager clandestin » de couleur jaune – mais totalement inoffensif - aura quand même bravé l’interdiction !

Vers l’île de Chiloé

Sèchage des vêtements et de la tente au bord d’un lac situé au pied du volcan d’Osorno au Chili

La suite du voyage vers l’île de Chiloé au Chili fut merveilleuse quant aux paysages surtout grâce aux nombreux lacs et aux volcans dont celui d’Osorno. Le problème c’est que plus j’avançais vers l’Ouest, c’est-à-dire vers l’océan Pacifique, qui comme chacun sait n’est pas souvent « pacifique », plus le risque de pluie s’amplifiait. Les nuages cachaient les volcans et la pluie de plus en plus froide s’invitait. C’était la fin de l’été (austral) qui s’annonçait. 

Certaines nuits furent très difficiles à passer dans ma petite tente prévue pour des pays chauds. Tout finissait par être mouillé et « insèchable ». Heureusement, j’ai pu compter sur l’accueil des « Chiliotes », les habitants de l’île de Chiloé.

Une maison ancienne en bois typique de l’île de Chiloé

Ainsi, un soir en voyant au loin une belle ancienne ferme aux murs recouverts « d’ardoises » en bois, j’eu la surprise de la réponse positive de la dame âgée à qui je demandais de pouvoir passer la nuit dans son hangar à l’abri de la pluie. Tout d’abord, elle n’avait pas de chien comme dans la plupart des maisons ... « Non, j’en avais un et il a tordu le cou à mes poules qui me pondaient de bons œufs. » 

Gentille la dame ainsi que la fille qui habite avec elle : séchage de tout ce qui est mouillé dans la pièce chauffée par un ancien poêle à bois comme je les aime même s’ils sont rétro (comme en Roumanie, Ukraine, etc.) Une bonne nuit au sec dans le hangar et au matin, avant de prendre la route … et deux « remontants » œufs sur le plat.

Chiloé, terre de conquête et de mission

Revenons à l’île de Chiloé et à son histoire. Le caractère des « Chiliotes » semble différent de celui des autres chiliens. D’abord c’est une île. Il y a une forte opposition de certains au projet de construction d’un pont pour gagner 25 minutes de traversée en bateau … ce qui du point de vue économique est un frein au développement … du moins c’est le point de vue de ces économistes qui veulent toujours plus de croissance, de plus en plus de biens de consommation … et donc de plus en plus de camions qui jour et nuit saturent les routes et vous empêchent de dormir.

Et ils sont têtus ceux-là qui veulent absolument construire un pont … comme les spéculateurs immobiliers à Namur de mèche avec les politiciens qui veulent absolument construire des commerces et autres bâtiments en rasant les quelques malheureux arbres qui nous restent – au Square Léopold - dans notre jolie petite ville !

Petite église typique en bois de l’île de Chiloé

Historiquement, Chiloé fut colonisée par les Espagnols comme le reste du Chili. Quant à l’évangélisation, elle fut le travail courageux des missionnaires de l’ordre de la Merced, des Franciscains et surtout des Jésuites. Ceux-ci sont parvenus en quelques dizaines d’années à organiser toute une vie communautaire en formant des catéchistes – des laïcs (c’est-à-dire « non clercs ») – qui étaient chargés de toute l’organisation communautaire alors que le missionnaire ne passait dans le « village » que trois jours par an ; cela s’appelait la « ronde » missionnaire.

Construction également d'écoles, de centres de santé, etc. Personnellement, j’ai connu cela lors de mon service civil au Brésil, en Amazonie, dans l’île de Marajo, avec les « communautés de bases » … tiens c’était avec un évêque jésuite (Dom Angelo Rivato). Il avait de bonnes idées … un peu comme un certain François à Rome (tiens tiens, qui est aussi un Jésuite) !

L’intérieur de la belle église en bois de Castro au centre de l’île de Chiloé

Un des résultats de ce type de mission, c’est que l’île de Chiloé a compté longtemps le taux d’analphabétisme le plus bas du pays.

Mais ce travail mené par les Jésuites à partir de 1608 ne plut pas aux colonisateurs de l’époque et l’ordre des Jésuites fut interdit dans l’île comme dans toute l’Amérique dite « latine » en 1767. Les « conquistadores » faisaient couper les arbres de l’île pour les vendre aux Péruviens … bonjour les dérégulations climatiques ! Mais aussi les Droits humains des autochtones. Rappelez-vous le film « Mission » de Roland Joffé, avec Robert De Niro, palme d’or au Festival de Cannes de 1986, retraçant le courageux travail des Jésuites dans les « réductions » du Paraguay.

Ceux qui recherchent le pouvoir n’aiment pas ceux qui « ouvrent les yeux » aux personnes à qui ils donnent des responsabilités pour mieux se défendre. Et pas mal de politiciens dans nos pays qui se disent démocratiques seraient tentés de faire pareil. Pourquoi chez-nous investit-on si peu dans l’enseignement alors que nos dirigeants veulent absolument remplacer des avions de combat « F16 » par ailleurs toujours opérationnels ?

Toujours est-il que du travail des Jésuites même après leur départ forcé, il en est resté quelque chose … les Franciscains ont pris le relais et les laïcs ont continué … c’était trois siècles … avant le Concile Vatican II avec la stratégie suivante utilisée : « donner une responsabilité croissante aux laïcs » comme leitmotiv. A Rome aussi où Il y a encore pas mal de travail malgré les blocages de la Curie mais patiemment – avec François et les autres de bonne volonté – les choses avancent …

Malgré la pluie, envers et contre tout … et grâce à la solidarité de certains !

Accueil un dimanche dans deux familles de Chiloé

Accueil chez Dionisio le dimanche 11 mars 2018

Dimanche 11 mars 2018, après avoir réservé une place (pour moi ainsi que pour mon compagnon le vélo dans le bus de retour à Santiago pour le dimanche suivant), j’assiste à la fin de la messe dans l’église des Jésuites à Puerto Montt.  J’écoute avec beaucoup de bonheur les chants « style misa criola » pour ceux qui connaissent et se rappellent les années 1970.

A l’issue de la célébration, j’échange avec l’un et l’autre et je reçois l’invitation de Dionisio à passer chez lui (à 16 km sur la route vers Chiloé) au km 2,750 … facile à trouver car c’est inscrit sur la route, tous les 100 mètres. Outre une bonne douche, un contact téléphonique et par Skype avec Danielle (ma « compagne » qui ne « m’accompagne pas »), l’épouse de Dionisio a préparé un délicieux repas : des « mariscos » crus, crustacés vivant à un certain niveau dans la mer et du saumon avec des patates du jardin, donc « bio ».

Le soir de ce dimanche de chance, je m’adresse à un monsieur pour planter la tente près de chez lui … il m’envoie chez la voisine, Valéria, une femme courageuse, qui élève seule deux garçons et qui m’invite à dormir dans une annexe, où il y a un lit. Ayant peur que je n’aie froid, elle ajoute un édredon aux nombreuses couvertures déjà sur le lit. 

Le soir, elle m’invite à manger pendant qu’à la télévision, le nouveau Président élu, Sebastián Piñera fait son premier discours.  Je demande aux personnes présentes ce qu’elles pensent de ce nouveau Président … « Nous verrons bien si nous aurons plus dans « notre assiette » … puis elles se plaignent qu’elles n’ont plus d’eau depuis plusieurs jours … alors que la facture continue d’arriver chaque mois.

Le matin, la grand-mère me prépare deux œufs avant de prendre la route.  Valéria est déjà partie très tôt : en plus de tout ce qu’elle fait à la maison, elle travaille au péage de la « Panaméricaine » … Femme courageuse et en plus accueillant un étranger pour la nuit !

Le chalet d’accueil chez Valéria, seule nuit passée dans un lit durant un mois

Revenons à notre route sous la pluie dans cette belle île de Chiloé. Au bout d’une journée épouvantable arrosée d’une pluie fine, continue et froide, je cherchais un endroit sec pour monter la tente. Au détour du chemin, un écriteau « Communauté Franciscaine ».

Je me réjouis déjà de dormir dans un bon lit. Au bout d’un chemin rocailleux, entouré de maisons typiques d’un quartier populaire défavorisé (beaucoup d’annexes et d’objets hétéroclites à l’entour), une belle grille peinte en vert entourant le monastère, des bâtiments modernes récents.

Personne ne répond au parlophone apposé à la grille d’entrée qui semble pouvoir se mouvoir toute seule si quelqu’un pousse sur la télécommande … sans doute est-ce le moment où la communauté est occupée à d’autres « tâches » liées à leur vie contemplative ?

Je poursuis ma route. Un garage ouvert me donne l’idée de demander au patron de pouvoir planter la tente … mais n’ayant guère de place pour me caser entre les voitures en réparation et les bidons d’huile et d’autres pièces hétéroclites de voitures en récupération, celui-ci me suggère d’aller un peu plus loin « chez un ami. »

Bonne idée car cet ami, bien qu’occupé malgré la pluie au travail de montage d’un chalet, m’accueille, prend le temps et me propose de passer la nuit dans un chalet lui appartenant.

Très bonne idée car en plus d’un toit, il y a moyen de chauffer de l’eau et un feu ouvert pour réchauffer le corps, le cœur, l’esprit … et surtout sécher les vêtements devenus « inséchables » depuis plusieurs jours. Belle, chaude et douce nuit malgré la tempête … je n’ose imaginer avoir planté ma tente quelque part en dehors d’une habitation !

Enfin un bon feu de bois pour tout sécher une nuit de tempête

Quelques réflexions supplémentaires à l’issue de ce voyage.

Stop ou pas stop ?

Dans la belle région touristique des « sept lacs », à plusieurs endroits des routes de montagne sinueuses de la « Suisse argentine », j’ai croisé des jeunes qui font – ou plutôt qui tentent de faire – du stop. Je me revois, il y a cinquante ans, faisant du stop à travers l’Europe (en quelques années de 1966 à 1973, j’avais accompli plus de 40.000 kms en stop de Stockholm à Siracuse pour les extrêmes) … mais à l’époque, je n’attendais en moyenne que 15 minutes avant d’être chargé par une voiture ou un camion … parfois pour une distance de 500 ou même 900 kms.

Pour ces jeunes Argentins, Chiliens ou d’autres pays, c’est la désolation, le découragement … « nous attendons depuis des heures » et personne ne s’arrête. Pourtant des voitures, il en passe des dizaines avec chaque fois au moins trois ou quatre places vides … mais pas beaucoup de bonne volonté de partage dans la tête des conducteurs … pas plus que chez nous en Belgique … où l’on ne voit plus depuis longtemps – sauf dans les environs de la ville universitaire de Louvain-La-Neuve – la moindre ombre d’autostoppeur(euse). 

C’est sans doute la faute à un égoïsme croissant chez les possédants de voitures, y compris chez ceux qui font de beaux discours sur la nécessité de construire plus de démocratie, plus de justice, etc. … tous ces « poncifs » qui remplissent les journaux !

J’ai chargé une fois, à la sortie de Salzinnes jusque Floreffe, deux jeunes filles, un mois de décembre, attendant depuis deux heures sous une pluie glaciale. Pourtant, elles ne cachaient aucune « kalachnikov » sous leurs vêtements. Pas plus que les belles Argentines … qui auraient eu beaucoup de peine à cacher ce genre d’engin sous leurs courtes mais par ailleurs jolies tenues estivales …

Pour ces jeunes qui n’ont pas la possibilité de se payer les moyens de transports par ailleurs très chers dans ce pays où le taux de chômage reste élevé, c’est le découragement et un sentiment de révolte totalement justifié naît dans leur cœur par rapport à ceux qui peuvent se payer de telles voitures – par ailleurs très polluantes - et qui leur refusent – l’espace de quelques kms – le bonheur d’être emmené(e)s pour quelques heures au bord des lacs tant que l’été est encore là. 

Faut-il s’étonner si ces jeunes en passe de devenir adultes voient d’un mauvais œil le discours incohérent des adultes qui les précédent sur la route des prises de décision concernant la gestion de la société ? Le dernier jour, j’eu l’occasion d’échanger avec un jeune Equatorien en voyage en stop depuis un an en Amérique du Sud. « Dur dur le stop … parfois des heures d’attente ».

Pour vivre, ce jeune récolte quelques piécettes en animant en jonglant les deux minutes passées par les automobilistes aux carrefours disposant de feux tricolores. « Cela me donne tout au plus 5.000 pesos (moins de 10 dollars étasuniens) au bout de la journée »… juste pour payer une nuit dans un camping au mince filet d’eau à peine tiède … ce qui ne nourrit pas encore l’intéressé !

Il est vrai que, en ce qui me concerne, le fait d’avoir un vélo et d’avoir « le loisir » de pédaler pour avancer (quel que soit le temps) me dispense de devoir attendre « bêtement » et ce serait certainement « rageusement » au bord de la route !

 « Hasta la vista, Chiloé ! »

« Petit » sourire chilien

Un dernier moment de stress à Ancud, le dimanche 18 mars 2018 sur le coup de 18h10. Le bus venant de Castro, ville du centre de l’île de Chiloé à destination de Santiago, arrive à l’heure prévue. Sur mon billet de réservation, il est inscrit « vélo accepté comme bagage »; les deux chauffeurs sont bien au courant et pendant cinq longues minutes, ils s’y sont mis à deux pour tenter de faire entrer mon vélo (pourtant démonté) dans la soute à bagages … ouf, ils y sont parvenus ! C’est vrai qu’il y avait déjà trois vélos dans la soute.

Ainsi grâce à la bienveillance et l’obstination de ces chauffeurs chiliens, ma fidèle monture (38.519 kms au compteur depuis janvier 2009 pour 3.105 heures de bons et loyaux services) m’accompagne pour rentrer au pays. Il est vrai que j’en aurai encore besoin en 2019 pour accomplir le chainon manquant de la traversée des Andes, à savoir de San Carlos Bariloche jusqu’Ushuaïa en Argentine. Alors et alors seulement, mon rêve de traverser l’Amérique du Sud par les Andes de l’équateur à la ville la plus au Sud, sera réalisé … !

Du carton pour emballer le vélo … à une interview à l’aéroport par une chaine de télévision chilienne.

Cartons rassemblés en prévision de l’emballage du vélo pour l’avion de retour

Cette année, pour mon retour à l’aéroport avant de rentrer en Belgique, j’ai innové. Je suis allé à vélo jusqu’à l’aéroport en passant la dernière nuit dans ma tente à deux kms de la piste de décollage, dans un endroit boisé et sec. E

n traversant la ville de Santiago, en débarquant du bus venant de Chiloé (15 heures de route pour 1.122 km), j’avais récupéré des cartons à l’entrée d’un supermarché et le long de la route, en prévision de l’emballage de mon fidèle compagnon qui – contrairement aux bus argentins – pouvait entrer dans la soute à bagage, et ce pour la première fois, sans payer de supplément car ne dépassant pas le poids de 23 kgs.

Cette anecdote, n’a pas échappé à la journaliste de la chaine de télévision Canal 13 de Santiago qui m’a interrogé pendant plus d’un quart d’heure sur tous les détails de mon voyage on ne peut plus insolite : le nombre de kgs chargés sur le vélo, mon couchage, ma batterie de cuisine de campagne, les gens qui m’accueillent, le nombre de kms parcourus par jour, au total, depuis le début de mes voyages, mon âge, ma compagne qui ne m’accompagne pas (« et pourquoi ? »), les dangers de la route, le gilet fluo, le casque de sécurité, l’écarteur qui fait peur aux voitures, etc. Un quart d’heure de bonheur car je sentais que mon voyage on ne peut plus original finissait pas intéresser quelqu’un. … C’est un peu comme … lorsque je reçois vos messages … !

Du Chili … de bonnes idées à mettre en application ?

Je vous ai déjà parlé de la piste utilisable par les vélos le long de l’autoroute. Le long de certaines nationales, il y a une « ciclopista » qui permet aux cyclistes d’utiliser un endroit sécurisé qui leur est réservé et cela dans les deux sens, séparés par une ligne jaune, et réunis du même côté de la route … avec ce qui est génial, une zone neutre de 50 cm pour éviter que les cyclistes ne soient frôlés par les véhicules. Idée géniale, déjà utilisée depuis des décennies aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves … à quand en Belgique ??

Intéressant aussi c’est le feu clignotant qui rend opérationnelle la « zone 30 » à l’approche des écoles, uniquement lorsqu’il y a des enfants. Est-ce « juste », comme cela arrive parfois en Belgique d’avoir un procès lorsque vous dépasser la limite de 30 km heure à 3 heures du matin ou lors de congés scolaires ?

Ce gentil chien m’a accompagné en courant durant plus de 20 km ... il n'a pas aboyé une seule fois !

Retour en Belgique : de bonnes et d’étranges nouvelles … !

En 2016, au retour de Durban après la Transafrica qui m’avait conduit dans le village de Nelson Mandela en Afrique du Sud, je rentrais au lendemain des attentats de Bruxelles … détourné sur Luxembourg. L’atmosphère était lourde mais dans la sérénité, il y avait une recherche de dignité malgré les souffrances. Cette année, des nouvelles moins tristes et plutôt étonnantes !

Tout d’abord la veille de mon retour, « Monsieur » Sarkozy, ancien Président de la République Française et par ailleurs candidat aux élections il n’y a pas si longtemps alors qu’auteur « présumé » d’une série de scandales et de tentatives de corruption à répétition, se retrouve en garde à vue … au moins çà c’est une bonne chose : au moins un peu de justice dans notre société, pourquoi n’y aurait-il que les petits voleurs et les étrangers en recherche d’asile dans un parc qui seraient mis en centre fermé ?

Par ailleurs des décisions peu reluisantes du Gouvernement Wallon qui nous dirige : tout d’abord le fait de suspendre la coopération avec certains projets de développement dans les pays du Sud du Centre National de Coopération au Développement … qui tente depuis cinq décennies de travailler pour plus de justice dans ces pays.

Et tout aussi triste et décevante c’est la décision du Parlement Wallon de suspendre la coopération avec l’autorité Palestinienne … comme si la préoccupation actuelle de nos « pays européens » était de soutenir unilatéralement un des derniers régimes d’apartheid, à savoir l’état d’Israël. Au moment où l’on se rappelle le triste anniversaire des 70 ans de l’occupation de la Palestine, la « Nakba » cette « catastrophe » que l’expulsion de plus de 700.000 Palestiniens de leur terres et de leurs maisons dans ce qui est devenu Israël !

Ceci dit et malgré cela, je vous souhaite bientôt de bonnes fêtes de Pâques ou de Printemps, c’est comme vous voulez.

Coucher de soleil sur la mer à Chiloé

Sourires belgo-brésilien

Les maisons sur pilotis de l’île de Chiloé

Bilan de la "Transandine" à ce jour : 11.790 km soit :

  • 2009  de Quito en Equateur jusque Salta en Argentine : 6.988 km ... en 112 jours;
  • 2013  de Salta en Argentine à Santiago du Chili : 2.838 km ... en 42 jours;
  • 2018  de Santiago du Chili à Chiloé via San Carlos de Bariloche en Argentine : 1.964 km ... en 28 jours de route.

En janvier-février 2019, sur la "Ruta 40" en Argentine, il me restera bien plus que 2.244 km (vraisemblablement entre 2.500 et 3.000) à parcourir de San Carlos de Bariloche jusqu’Ushuaïa … « dans le soleil, la pluie et dans le vent des Andes » … !

Léon Tillieux de retour de la Transandine 2018

mardi 6 mars 2018

Transandine 2018 : de Santiago à San Carlos Bariloche

Je vous retrouve en ce mois de mars 2018, huit mois après la traversée du Pamir au Tadjikistan et au Kirghizistan (dont une partie en compagnie de ma fille « globetrotteuse » Sueli, actuellement au Japon).  Le rêve de traverser les Andes depuis l’équateur (Quito) jusqu’Ushuaïa, la ville la plus australe proche de l’Antarctique, se concrétise à nouveau.  Me voilà sur les routes chiliennes et argentines pour quatre semaines.
 
Dimanche 18 février 2018, à peine atterri à Santiago du Chili, le vélo et les bagages sont arrivés en même temps.  Quant à ceux-ci, ils furent fouillés un à un et le moindre paquet fut ouvert … je n’avais jamais été fouillé de la sorte même en Israël !

Une seule fois en Russie en 2006, lorsque j’avais approché involontairement une centrale nucléaire et une base de sous-marins et l’an passé au Kirghizistan en rentrant de mon périple au Pamir.  Je ne savais pas que les Chiliens pratiquaient les mêmes méthodes que celles encore en vigueur dans certains satellites de l’ex-URSS. Peut-être ont-ils hérité cela des Espagnols qui les ont envahis … il y a quelques siècles de cela ?


Bien décidé à retrouver les Andes le plus vite possible, je me suis mis à « tracer » à bonne allure vers le Sud.  Objectif atteindre Temuco en une semaine : et bien le dimanche 25 février, j’étais à Temuco. Je profitai de la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute pour rouler en sécurité. C’est tout à fait permis et les policiers que j’ai croisés m’ont salué … et même encouragé !

Un avantage sur cette autoroute : quatre fois, j’ai pu bénéficier d’une douche chaude gratuite sur un parking de « repos » destiné aux camionneurs, nombreux également sur cette autoroute de l’hyper consumérisme qui gagne aussi les pays émergents de ce que l’on appelait autrefois le « tiers-monde ». 

Car l’hyper consumérisme – dont nous sommes tous volontairement ou involontairement complices – nécessite un tas de biens de consommation qui doivent bien être transportés vers les lieux d’achat. Dès lors, un véhicule sur deux sur cette autoroute chilienne d’un pays qui est un pays développé, est soit un bus (hyper confortable) soit un camion.

Chaque soir, je privilégiai le contact avec les gens en leur demandant de pouvoir planter ma tente dans leur propriété.  Très peu de refus et certains soirs, cela marchait même du premier coup. Le premier soir, un monsieur seul a accepté après avoir demandé l’avis de ses enfants venus lui rendre visite. Un bon melon et une petite bière chilienne le soir et le matin deux œufs sur le plat.

Moment d’émotion quand nous nous sommes quittés lorsque ce monsieur m’a montré fièrement une photo de Salvador Allende en visite dans le coin et une copie de son dernier discours … avant d’être renversé par un coup d’état orchestré par la C.I.A étasunienne. Il y avait encore dans le regard de ce brave homme la lumière d’espoir d’un chemin démocratique brutalement interrompu pour de nombreuses années de dictature pinochienne.

Les deux petites filles d'une famille d'accueil pour un soir

Le lendemain, deux familles vivant dans des maisons peu confortables me dirent « oui » de suite et m’offrirent un plat de tomates accompagnées de maïs. Un autre soir, j’ai planté ma tente entre les voitures des ouvriers venus passer la nuit dans une pension.

Le lendemain, j’ai pu occuper un local en bois nouvellement construit.  Et encore le « oui » d’une dame demandant l’avis de son mari rentrant du travail et m’offrant une bonne tartine au fromage local. Le samedi 24 février, près de la gare du village de Pua, un couple m’indiqua un terrain vague … « pas de problème pour la sécurité » car il se trouve en face du poste de police … policiers avec qui j’ai pu échanger sur le but de mon voyage autour d’une tasse de café.

Enfin, le plus drôle, c’était une petite scierie où j’ai pu monter ma tente ; les ouvriers venant de terminer de travailler m’ont laissé seul … avec le chien comme gardien !  Et il n’a pas été impressionné par ma présence : il n’a même pas aboyé !

Dans sa niche en forme de tente en bois, le chien de garde

Peu de rencontres de cyclotouristes au Chili si ce n’est Cyntia, une jeune argentine sympa, venant à vélo de Ushuaïa et se dirigeant vers Santiago : l’inverse de ce que je fais. Elle m’a dit que la route du col que j’allais prendre pour passer en Argentine est mauvaise sur 13 km … mais j’ai été gâté : 700 kms sans un trou sur la bande d’urgence de l’autoroute entre Santiago et Temuco … pas sûr d’en faire autant en Belgique sans tordre une roue !

Cyntia cyclotouriste "jeune" argentine sympa en route de Ushuaïa vers Santiago croise un "vieux" Belge en route de Santiago vers Ushuaïa !

A Villarica, je laissai mon vélo et mes bagages dans un camping. Levé à 5h du matin pour partir pour l’ascension du volcan culminant à 2.800 mètres.  Ce volcan est encore en activité et s’est réveillé en 2015.  Dans les années 1960 et 1970, il fut responsable de la mort de plusieurs personnes.

Partis avec deux guides, un touriste chilien et deux Brésiliens ainsi qu’un masque à gaz (utile en cas de réveil du volcan), j’ai bien suivi le rythme des plus jeunes et en un peu plus de cinq heures d’ascension, nous arrivâmes au bord du cratère.

Quel spectacle ! Quelques fumerolles permanentes et de temps en temps un bruit sourd venant du « ventre » de la terre … oui, le volcan est encore bien vivant !  Pour la descente (plus dangereuse), nous avons glissé sur notre arrière-train sur une « pelle » en plastic comme les enfants à la citadelle de Namur (quand il y a de la neige).

Assez impressionnant quand on prend trop de vitesse et que l’on craint un plongeon final dans le lac !  Finalement deux heures de descente.  C’était mon troisième volcan après le volcan Tunupa (5.321 mètres au sommet) au nord du salar d’Uyuni en Bolivie en 2009 … et le fameux « Lascar » et ses 5.592 mètres au Chili en 2013 !


Au bord du cratère du volcan Villarica au Chili, toujours en activité

Après Villarica et Pucon, un col m’attendait : celui de Mamuil-Malal. Même s’il ne dépasse guère les 1.200 mètres d’altitude (1.253 pour être précis), j’ai eu droit à quelques belles montées.  Mais rien à voir avec les cols de plus de 4.000 mètres, dont celui de 4.850 mètres au Pérou en 2009 et le fameux col de Sico (4.092 m) sous la neige en 2013 (rappelez-vous les films tournés ces années-là).

Dans la montée du col de Mamuil-Malal, frontière entre Chili et Argentine

A la frontière entre le Chili et l’Argentine, pas de problèmes.  Je fus invité à me présenter aux policiers mais ne les voyant pas, je continuai mon chemin sans problème : des contrôles comme à l’aéroport de Santiago, une fois cela suffit !

Du côté argentin, pas question de demander à des familles pour planter la tente et pour cause : mis à part les villes, dans les campagnes, pas le moindre village, rien que des barbelés et derrière des troupeaux de vaches, de brebis, de chevaux.

A un certain moment, pas moyen d’avoir accès à la rivière pour m’approvisionner en eau : la rivière est tout simplement insérée dans la propriété (« merci » les Conquistadores).  Aussi n’ayant plus d’eau, j’ai fait comme dans le désert d’Atacama, j’ai agité une bouteille vide au passage d’un véhicule et une voiture s’est arrêtée pour me ravitailler !

Je suis passé par l’Araucanie, la région où habitent beaucoup de Mapuches, les rares amérindiens à avoir résisté sans concession aux envahisseurs espagnols. Ils ne sont pas prêts d’oublier les siècles de souffrances qui leur furent imposés. Des Mapuches, il y en a aussi du côté argentin.  

Un matin, j’eu l’occasion de parler avec l’un d’entre eux. Dans son regard, luit la fierté d’appartenir à cette communauté. Parmi les Mapuches, n’oublions pas le célèbre compositeur argentin Atahualpa Yupanqui qui chante toute la détresse mais aussi le courage de ce peuple.

Mapuche et fier de l'être !  ... Ne lui dites pas que vous êtes Espagnol !

Entre San Martin de los Andes et San Carlos de Bariloche, je me croyais en Suisse.  La route des sept lacs m’a fait suer avec ses nombreuses montées.  Mais quels paysages !  Ce message je vous l’écris depuis un camping merveilleusement situé au bord d’un lac.
 

Léon Tillieux en Argentine à San Carlos Bariloche (Wi-Fi gratuit sur une place)

lundi 31 juillet 2017

On the road again with Sueli (suite et fin)

Début juillet dans le précédent message, je vous avais quittés à Sary-Tash au Kirghizistan. Une journée de repos et me voilà reparti vers le Nord. Deux cols successifs m’attendent. Mes amis Slovène et Néo-Zélandais partis après moi me dépassent … en m’encourageant !

Je monte doucement et entre les deux cols, je prends le temps d’accepter l’invitation d’une famille nomade habitant dans une roulotte au bord de la route : thé, pain, beurre comme d’habitude selon la tradition de l’accueil dans la région.

Je repars pour affronter un orage et c’est sous la pluie que j’effectue la longue descente ; des coulées de boue traversent la route ; je rends visite à une jeune dame qui pétrit le pain, à quelques mètres de la yourte où elle habite avec deux beaux enfants.

Le soir je suis hébergé chez une dame qui est tenancière d’un café routier ; elle confie la clef de sa maison à un des clients qui m’amène à mon lieu d’hébergement : il fait froid dehors et tout est mouillé. Ouf je ne devrai pas monter la tente ! C’est là que je passerai la nuit après m’avoir cuisiné des pâtes.

Le lendemain journée facile jusque la ville de Gulcha Je m’arrête dans une « guest house » qui propose la nuit dans une yourte. Celle-ci est vraiment bien décorée. Comme le temps est resté couvert la journée, l’eau de la douche via un panneau solaire n’est pas chaude. Le propriétaire chauffe de l’eau pour ma toilette pendant que son épouse me prépare une bonne omelette avec des tomates.

La nuit est un peu difficile, à quelques mètres de la route nationale où les camions se dirigeant vers la Chine… roulent également la nuit ! Le lendemain, un « petit » déjeuner composé d’un verre de lait fraichement « môdu » de la vache familiale ! Oui au Tadjikistan et au Kirghizistan pas moyen de prendre des kilos, que du contraire surtout quand on se déplace à vélo !

Le lendemain, je croyais qu’il n’y avait plus qu’à descendre vers Osh. Erreur : un col long de 15 km m’attend … j’effectuerai une bonne partie en poussant le vélo et après six heures « de patience » j’arrive au sommet. Dans un petit restaurant, je récupère un peu, avec au menu deux œufs et du thé. Pas grand-chose à se mettre sous la dent mais cela aide à repartir !

La longue descente de 60 km qui suit m’amène comme « dans un fauteuil » (comme certains coureurs du Tour de France) à Osh dans une auberge renseignée par Sueli et où je retrouve plusieurs cyclistes randonneurs longue distance déjà rencontrés précédemment ou connaissant Sueli.

L’ambiance est aux retrouvailles. Durant les cinq semaines de mon périple, j’ai compté avoir croisé une cinquantaine de ces « voyageurs » tous courageux, des pays suivants : Allemagne, Espagne, France, Slovénie, USA, Canada, Nouvelle-Zélande, Pologne, Russie, Argentine, Royaume-Uni, Pays-Bas, Danemark, Suisse, Roumanie … et bien sûr Belgique !

Une demande de visa chinois … surréaliste !

Arrivée à Osh, Sueli envoie son passeport, les documents (trois pages avec moult détails) en vue de la demande d’un visa pour la Chine à René, un ami Bruxellois à qui nous avons demandé de s’adresser à l’ambassade de Chine à Bruxelles … à notre place. Les contacts par courriel avec René nous apprennent que le formulaire dûment rempli est satisfaisant.

Reste un problème : une des deux photos envoyées par Sueli, la même que celles qui lui ont permis d’obtenir d’autres visas pour d’autres pays précédemment, est refusée car ils (les Chinois de Bruxelles chargés d’octroyer le visa) trouvent que Sueli est trop « bronzée ». Difficile, après avoir roulé 27.000 kms sous «les soleils » de 18 pays différents… d’avoir un « visage pâle » comme une Japonaise !

S’en suit un échange de courriels avec René pendant que Sueli trime sur la tôle ondulée (voir définition dans le message précédent) au retour du lac (merveilleux) de « Son Kül » et dans le dernier col vers Bichkek la capitale. René parvient finalement à rectifier la photo et la nouvelle tombe mercredi 12 juillet 2017 : le visa est accordé !

Juste à temps car un cycliste Bruxellois, Samuel, revient à Bichkek le mardi 18 juillet avec le passeport de Sueli. Dès le lendemain, celle-ci se présentera au Consulat de Mongolie à Bichkek pour demander un visa. Gageons que les Mongols ne seront pas aussi « Chinois » !

Entretemps, Sueli partira trois jours à vélo avec bagages allégés vers une vallée où elle effectuera un trekking jusqu’à un glacier, « toujours plus haut, rien ne l’arrête ! »

Trois jours pour terminer au lac d’Issyk-Köl

Avec le vélo, je suis venu passer trois jours de la dernière semaine kirghize au bord du lac Issyk-Köl, le plus grand lac du pays avec une superficie égale à la moitié de celle de la Belgique ; avec ses 220 km de long, l’on n’en voit pas le bout ! Le plus profond également avec 668 mètres ! L’occasion de nager … et d’être invité à partager le repas d’une famille venue se détendre au bord du lac. Les hommes m’ont invité également à boire « un p’tit blanc » mais en tant que sobre cycliste, j’ai décliné la proposition.

Quelques réflexions après la randonnée à travers les montagnes du Pamir

En lui annonçant que j’avais l’intention de la rejoindre au Pamir sur la route de « son tour du monde », Sueli m’avait répondu « tu n’as pas choisi le plus facile ! » En effet, de tous mes voyages y compris lors de la traversée des Andes (2009-2013), jamais ce ne fut aussi pénible.

Mais en revanche, ce fut merveilleux d’admirer les sommets et de rencontrer les gens et de bénéficier d’un accueil sans pareil. A condition bien sûr de le faire à vélo. Car les parties effectuées en voiture ne m’ont pas permis de bénéficier de cette liberté de s’arrêter quand on veut, là où l’on veut et quand les gens vous font un signe d’accueil !

La simplicité de ces gens qui vivent dans des conditions très difficiles dans les montagnes est frappante. Encore était-ce l’été … je n’ose imaginer les conditions de vie de ces gens durant l’hiver avec des températures de -20, -30 degrés, -40 degrés comme en Mongolie dans des maisons sans double vitrage ou des yourtes aux ouvertures laissant inévitablement le vent froid et mordant entrer au cœur de « l’habitation ».

Rendez-vous fin septembre pour d’autres nouvelles de Sueli, depuis la Mongolie et la Chine. Nous sommes impatients de savoir comment se déroulera la traversée de ces pays … très certainement différents de ceux traversés jusqu’à présent.

Léon Tillieux

PS: photo prise par Sueli d'un enfant rencontré par Léon, quelques jours après au même endroit :

mardi 11 juillet 2017

On the road again with Sueli

De Dushanbé à Khorog au Tadjikistan

Après deux mois, nous nous retrouvons Sueli et moi à Dushanbé la capitale du Tadjikistan. Sueli y est arrivée après un long voyage à travers la Turquie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, la traversée de la mer Caspienne en bateau, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan.

Sueli m’attend chez Véronique, une Française, travaillant ici et qui accueille notamment des cyclistes longue distance. Le soir, debriefing avant le départ avec trois Belges, deux Anglais, une Etatsunienne, Sueli et moi-même. C’est un Anglais qui a préparé le repas.

Sueli et Léon

Le premier soir, après 80 km de parcourus, nous passons la nuit dans une famille. Les jours suivants, Sueli s’occupe de l’intendance et de trouver un endroit calme, discret avec eau et un terrain plat pour les tentes. Un soir, nous sommes installés dans une prairie. La propriétaire nous invite à prendre le thé; elle nous raconte son histoire.  

Sueli et une dame

Pendant cinq ans, avec son mari, ils ont travaillé (dur) à Moscou pendant que les trois enfants étaient éduqués par les grands-parents. Avec l’argent gagné, ils ont pu améliorer leur maison. Elle est professeur retraitée d’anglais et de russe. Elle préfère plus que tout vivre au Tadjikistan. 

Il est vrai que le tadjik n’a rien à voir avec le russe imposé du temps de l’URSS (et encore en vigueur actuellement dans les écoles ainsi que son alphabet) : c’est une langue apparentée à l’iranien et à l’afghan. Au petit matin, la gentille dame (en photo avec Sueli) nous offre à nouveau le thé.

De commun accord, Sueli et moi nous ne pédalons pas ensemble : différence de rythmes, de conditions physiques… et d’âges. De plus, je prends le départ après une longue période d’inactivité (la Transafrica numéro deux, c’était au début de 2016). Sueli part deux heures après moi et arrive deux heures avant moi le soir. A midi, de préférence à l’ombre, nous piqueniquons ensemble.

Un jour, Sueli cherche en vain du pain dans un village; une dame lui en offre deux. Un homme nous invite à partager le repas de midi pour nous seulement, car c’est le Ramadan : bel exemple d’ouverture… !

En huit jours, nous parcourons les 530 kms séparant Dushanbé de Khorog, dont un col dépassant les 3.200 mètres d’altitude. Comme Sueli souhaite faire une boucle au Kirghizistan, qu’elle espère arriver en Mongolie au début septembre (avant les grands froids), qu’elle n’a pas encore son visa pour la Chine, et que je vais nettement moins vite qu’elle, nous décidons de nous séparer.

Sueli s’envole à son rythme. Suivez son périple sur sa page Facebook ! Quant à moi, m’on objectif est de rejoindre Osh au Kirghizistan avant le 13 juillet, car mon avion de retour est réservé pour le 15.

Mercredi 21 juin 2017 : une journée mal commencée qui se termine bien

Parti vers le Sud avant elle, Sueli me rejoint après 18km d’une belle montée au moment où je répare un dérailleur un peu récalcitrant ; le matin, son chargeur haute puissance avait disparu à l’auberge de jeunesse, elle était toute désemparée… quand elle a vu l’appareil réapparaître deux heures plus tard : l’énigme restera.

Au moment de nous séparer, Sueli constate que nous nous sommes trompés de route, retour à Khorog (18 km). La journée se terminera toutefois bien pour moi : je suis invité pour le repas du soir (spaghetti) et la nuit dans une famille Tadjike.

De même que le jour suivant et encore une troisième nuit dans le Wakhan, la région qui jouxte l’Afghanistan. Cette fois en demandant dans un village un endroit pour planter ma tente, une jeune de 14 ans prend l’initiative de dire « venez chez nous ». Elle invite une de ses cousines étudiante en médecine et l’échange se fait en anglais.

La route est belle jusque Ishkashim et encore après mais bien vite, place à la « tôle ondulée » comme sur le « Ruta 40 » en Argentine pour ceux qui connaissent : c’est l’horreur. Il faut souvent pousser le vélo et la moyenne horaire ne dépasse pas le 5 km/heure. Toutefois peu de passages avec du sable où les roues enfoncent au point de bloquer le vélo. Pour agrémenter le parcours, l’un ou l’autre passage de torrents.

Wakhan

Mardi 27 juin 2017 : un pneu défaillant qui entraine un passage de col difficile… en voiture

N’ayant pris avec moi qu’un pneu de réserve qui avait déjà servi à changer l’avant, quand survint l’éclatement du pneu arrière, je me trouvais dans le devoir de trouver une solution. Je m’apprêtais à réparer le pneu défaillant avec les moyens du bord quand arrivèrent quatre motards russes. L’un d’entre eux déballa son matériel de secours. Le pneu à peine réparé et les roues du vélo toujours vers le haut, déboucha un 4x4 occupé par cinq russes : Roman et quatre dames. Aussitôt, ils se proposèrent de m’embarquer avec le vélo ficelé sur le toit.

Vous ne pouvez vous imaginer combien plus facile fut le passage du col, pas trop dur selon Sueli mais constitué de gravier et de sable ! De l’autre côté, les russes m’emmenèrent admirer plusieurs lacs… un merveilleux spectacle qui ne se trouve pas nécessairement sur la route choisie par les cyclistes. 

Arrivé à la « guest house » où je partage la chambre avec un motard russe, le gérant m’apprend que Sueli a passé la nuit précédente à cet endroit et qu’elle est partie vers le Nord le matin-même. De par le trajet en voiture (180 km) j’ai refait une partie de « mon retard » !

Les Pamiris : toute une histoire

Après la vallée de la Wakhan, l’on remonte la vallée du Pamir, frontière avec l’Afghanistan, plus précisément avec le couloir du Wakhan, créé à l’époque de la colonisation par les grandes puissances pour constituer une zone tampon entre les « territoires » visés par l’empire britannique et les menaces de la Russie et ensuite de l’URSS en expansion tant géopolitique qu’idéologique.

Les Pamiris sont très accueillants et ouverts d’esprit. Alors que la plupart des Tadjiks sont de religion musulmane sunnite, les Pamiris sont d’obédience chiite ismaélienne et reconnaissent comme chef spirituel, l’Aga Khan, un richissime habitant en Europe et dont la fondation vient en aide à sa région d’origine sur le plan social, sanitaire, etc.  J’ai croisé un véhicule de cette fondation. Dans leur religion, les Pamiris ont intégré différents éléments ancestraux comme en témoignent les cornes d’animaux (le fameux « mouton de Marco Polo ») sur certains murs.

Montée du col le plus élevé du voyage en trois jours

Alors que la plupart des (jeunes) cyclistes enjambent le col le plus élevé à savoir 4.655 mètres en une étape, j’ai choisi la prudence et de prendre le temps d’admirer les montagnes. Heureusement, le vent se calme car toute une journée durant il fut de face. Deux nuits à 4.200 mètres furent supportables car au delà de 4.000 mètres d’altitude, le cœur doit pomper beaucoup plus pour compenser la raréfaction d’oxygène dont le corps a besoin.

C’est donc souvent en poussant le vélo et après beaucoup d’heures d’obstination, d’arrêts et de relances que j’arrive au sommet. J’ai beaucoup de chance car le lendemain, le cycliste Roumain que j’ai rencontré par après a du affronter la neige et un vent délirant.

J’ai pris le temps de me reposer une journée dans un « Home stay » (hébergement bon marché mais avec un très bon accueil même s’il n’y a que des pommes de terre au menu du repas du soir) dans le village de Karakul.

C’est dans une yourte que j’ai passé deux nuits dont l’une en compagnie de deux Français et d’un Australien qui voyagent en taxi-collectif (en Afrique l’on dirait taxi-brousse mais ici ce n’est pas la brousse). En effet pas le moindre morceau de bois… si bien que pour le chauffage, les gens ont recours à des plantes séchées pour l’allumage et comme combustible les excréments séchés d’animaux. Merci à la dame qui allume le feu afin que je puisse passer une bonne nuit, car à près de 4.000 mètres d’altitude, il fait froid.

Lac de Karakul

La journée de repos est consacrée à la visite du merveilleux lac de Karakul, au bord duquel paissent des moutons, des vaches mais aussi des yacks (bien connus de ceux qui randonnent au Népal).

Lundi 3 juillet 2017 : la neige cela vaut bien le passage d’un col en voiture

De nouveau la chance me sourit. Parti de bon matin vers le col situé au Nord de Karakul, je fais vite demi-tour car la neige a fait son apparition. Revenu me chauffer à l’endroit où j’ai passé deux nuits, j’entends un véhicule… occupé par deux Néerlandais qui acceptent de me charger avec vélo et bagages pour passer le col.

De l’autre côté de celui-ci à la frontière Kirghize, je retrouve Katrin et Sven, deux (jeunes) cyclistes Suisses qui ont passé la nuit sous 10 cm de neige et un Slovène, Carlo (le vélo disparaissant sous la boue) que Sueli avait rencontré à Dushanbé avant le départ… les rencontres c’est souvent le fruit du hasard. Tiens à ce sujet, Etienne Hazard (je ne connais pas plus l’orthographe du nom que le football) est étonnamment bien connu dans les montagnes du Pamir ! 

Après le col, pour la descente, je reprends mon vélo et prends le temps de découvrir les Kirghizes qui habitent dans des yourtes. Que cet habitat est beau et harmonieux avec la nature ! Et dire qu’en Belgique, à cause d’une réglementation de plus en plus alambiquée, il est encore interdit en Région Wallonne de se domicilier dans une yourte, même dotée de lagunage pour récupérer les eaux usées, de toilette sèche, etc. Bien sûr cela ne fait pas aussi bien que les appartements de Thomas et Piron !

Les fonctionnaires de la Région Wallonne bien confortablement assis dans leur bureau ne se soucient guère que la plupart des Namurois, du haut de leur maison ou appartement envoient dix litres d’eau à la Meuse même pour trois gouttes de pipi ! Et pas seulement à Namur ! Et dire qu’ici dans les villages, trouver un peu d’eau pure est bien difficile. En revanche, des sourires et de l’accueil, vous en recevez par seaux entiers… que du bonheur !

Sourire tadjiks

Je vous quitte en vous donnant rendez-vous fin juillet avec la suite des infos du voyage de Sueli et de la traversée du Kirghizistan. Portez-vous bien en espérant que la canicule s’atténue et que l’eau réapparait en Belgique …pour que les légumes et les céréales puissent grandir.

Léon Tillieux

PS: Message arrêté au 4 juillet 2017. Bien arrivé à Osh ce vendredi 7 juillet 2017

mardi 22 mars 2016

M22 Transafrica 2016 - Arrivée à Durban

La suite de la traversée du Transkei

Jeudi 10 mars 2016, longue route jusque Port-Saint-John situé sur la côte Sud-Est de l'Afrique du Sud. J'y trouve un camping "The Pont" au bord de la rivière qui se jette dans l'océan Indien. De très rares campeurs dont deux Suisses, "von Basel".

Ensuite pour rejoindre Port Edward également sur l'océan Indien, il faut remonter à l'intérieur du Transkei sur près de 200 kms, s'éloigner de la mer, ce qui veut dire remonter très haut. Sur la route du travail, un jeune pose avec son échelle pour la photo. 

Sur un chantier de route, toute une équipe on ne peut plus orange fluo est au repos: c'est le moment de la pause. Après un échange sur le début et l'objectif du voyage, le nombre de pneus de rechange que j'emmène avec moi, etc. , l'on parle de Mandela et au moment de les quitter, ils et elles se mettent à entonner "Amandla" ("le pouvoir au peuple"), inscrit dans l'hymne de libération de l'ANC de Madiba. L'un me dit "Mandela, c'est un héro", l'autre, une dame qui se met en danser, "ma vie s'est améliorée depuis 1994 ... "  

A2 ils ont chante Amandla.JPG

A Flagstaff, ne trouvant pas de camping, je m'adresse au bureau de la police. De suite voyant mon âge "respectable aux yeux des Africains" après avoir jeté un coup d'oeil sur mon passeport, ils marquent leur accord pour que je plante la tente à l'intérieur du périmètre de sécurité, juste avant la pluie. 

Le lendemain, un jour supplémentaire long de 110 km me ramène sur l'océan, les nombreuses côtes étant cependant moins pentues que la veille. Un arrêt en montée me permet de prendre une photo d'un poster de Mandela avec une fillette à ses côtés et les fils barbelés rappelant "Robben Island" (voir message n°21).

A3 Mandela fille et barbeles.JPG

A Port Edward, station de villégiature sans camping, les maisons sont toutes fermées, exceptées une, où le portail et la porte sont ouvertes ... et pas de chien ! Une jeune dame noire accepte de suite que je plante la tente. La maman qui a marqué son accord me demande d'installer la tente à l'arrière de la maison, le plus près possible de la porteLes deux gamins (2 et 3 ans) veulent "m'aider" à la monter !

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D'un "faux" problème de coeur au pays du Docteur Barnard... à la découverte d'un virus : "Chicken pox" !

Samedi 12 mars : depuis deux jours et surtout deux nuits, une douleur intense se fait sentir du côté gauche ... c'est-à-dire du côté du coeur. Vers deux heures du matin, craignant une complication cardiaque, j'appelle Touring Assistance en Belgique qui me dit d'appeler une ambulance. Dans la nuit, celle-ci vient me chercher pour me conduire à Margate, dans un hopital moderne ... nous sommes au pays du Docteur Barnard. Qui se souvient encore en 1967 de la première transplantation cardiaque dans le monde ?  

L'infirmier de garde connait la Belgique (Bruges, la bière de Leffe ... et le stop facile - à l'époque - dans les années 1990 jusque dans le sud de la France).  Le médecin de garde parle un français impeccable. Les examens (électrocardiogramme, prise de sang) ne décèlent rien d'anormal. Je puis repartir et continuer la Transfrica jusqu'au bout ... ouf, si près du but, c'eut été "biesse" de devoir abandonner !

Le lendemain alors que je me repose sur une colline "Leisure view" avec vue sur l'océan et que le vent du large se met à souffler, Hilde de Touring Assistance depuis Bruxelles vient aux nouvelles de ma santé ... pendant un an, elle a bourlingué avec son mari à vélo à travers le monde et est tout à fait au courant des inquiétudes que l'on peut ressentir au cours d'un tel voyage avec un tel moyen de déplacement.  Mais maintenant il y a Skype qui peut vous réunir facilement sur un même écran.

C2 Skype cela rapproche.JPG
Six jours plus tard ... découverte du véritable mal : un virus. Le mal persistant du côté gauche, je me résous à consulter un médecin à Durban le vendredi 18 mars.  Tout de suite il découvre une infection purulente au bras gauche.

J'avais tenté de la soigner par une pommade antibiotique mais cela n'y faisait rien, en effet il s'agit d'un virus portant le nom de "Chicken pox". Traitement antiviral pendant quelques jours et cela sera vite oublié ... ! Grâce à ma fille Sueli, jai compris que le "chicken pox" est le terme anglais pour le virus de la varicelle, appelé également plus communément "zona". Je ne sais plus si j'ai eu cette maladie étant enfant, en tout cas elle a refait surface profitant de la fatigue accumulée au cours de la transafricaine ! Ce mal persistant m'aura accompagné durant les 400 derniers kms ! 

La longue ligne droite le long de l'océan Indien jusque Durban

Pour le logement des deux dernières nuits sur la route de Durban, j'ai reçu l'aide précieuse de Dilla, la soeur de Frans qui m'avait accueilli du côté de Vryheid et avec qui j'étais allé visiter le mémorial de la guerre entre les Boers et les Zoulous de 1838.

Lundi 14 mars, c'est dans l'internat d'une école secondaire gouvernementale de Port Shepstone que je suis accueilli tout d'abord par un bon repas bien belge : frites et steak avec grand renfort de mayonnaise. En Afrique du Sud, une bonne partie de la population - y compris les jeunes qui ne font pas de sport - souffre de surpoids ... l'on comprendra pourquoi. Ceci ne concerne bien sûr pas la plupart de ceux qui habitent sur les collines du Transkei et celles qui portent sur leur tête de lourds fardeaux...  

Le matin, réveil à la cloche, petit déjeuner commençant par un benedicite dit par un élève... discipline qui me rappelle le temps de l'internat (1960-1966) au collège de Bellevue à Dinant, où la journée commençait très tôt à 6h20 par la messe, suivi d'un moment d'étude avant le petit déjeuner ! De ce temps, il m'est resté non seulement de bons souvenirs mais aussi un caractère "modelé" et bien préparé à résister à toute épreuve... la preuve : cette Transafrica de 6.000 kms comme mes autres voyages, que je dédie à mes parents qui m'ont transmis ces valeurs de courage et de détermination !
 
Mardi 15 mars, longue chevauchée sur l'autoroute avec la très large bande d'arrêt d'urgence permise aux vélos ... et aux vendeurs de fruits de la forêt proposés par des jeunes sans emploi ... de l'économie informelle. Malheureusement pour eux, peu de véhicules s'arrêtent pour en acheter... !

D2 ocean indien.JPG

Le soir, je réalise un rêve: planter la tente au bord d'un océan ... l'Indien à 60 kms de Durban, le terme de mon voyage transafricain. La dernière fois, c'était il y a 10 ans en Estonie, au bord de la mer Baltique, face au soleil de minuit, lors du retour du voyage à St-Pétersbourg... à vélo en 2006 au départ de Namur. 

Ici à Scottburgh, je suis bien installé à côté de la caravane d'un couple à qui je demande de faire bouillir de l'eau pour mon sachet lyophilisé et qui m'offrira une tasse de café le lendemain matin avec les traditionnels et délicieux biscuits au beurre sud-africains. 

La nuit, un orage bien trempé et un coup de tonnerre de Dieu le Père me réveillent en sursaut... une partie de mon matelas autogonflant Thermarest se mettant à voguer sur l'eau qui a envahi le dessous de la tente ! 
 
Le lendemain matin, mercredi 16 mars 2016, journée historique. Après avoir tenté de sècher le contenu des bagages, après un moment de méditation face à l'océan Indien, incluant dans mes pensées celles et ceux que j'ai rencontrés dans ce long voyage de 6.000 kms depuis Kigali, je prends la route de la dernière journée de la Transafrica.

Restent 59 kms pour atteindre la maison de Dilla vers qui je me dirige muni des indications recueillies sur le site www.viamichelin.fr ... vraiment efficace ! C'est bien mais de cette manière l'on ne doit même plus demander son chemin !  Il est vrai que sur les voies rapides envahies par un trafic de dingues, il n'y a guère de piétons ... juste un fou à vélo entrainant des coups de klaxon de quelques énervés (on m'avait prévenu et le drapeau écarteur rouge et jaune est pointé à droite au maximum ... puisque l'on roule à gauche et que "normalement" les véhicules me doublent par la droite) !  

A l'entrée de Durban, une dame a arrêté sa voiture sur un espace sécurisé. Elle me prend en photo qu'elle m'envoie par courriel la nuit suivante avec un message intitulé "Faith in Humanity" : "I pray that your cycle through our beautiful continent was successful in every way, accomplishing that which you set out to do. " - "Je prie pour que votre voyage à vélo au travers de notre beau continent soit un succès chaque jour, accomplissant ce que vous cherchiez à réaliser" ... et oui, puisque je suis arrivé sans accroc (une seule voiture a touché le bout du drapeau écarteur, une cette année et une autre en 2015) ni accident, au coeur du quartier Umbilo de la seconde ville la plus importante d'Afrique du Sud ! Mandela disait : " It always seems impossible until it's done "  ...  et maitenant, la Transafrica " is really done ! "

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Quelques dernières côtes dont la dernière dans le quartier Umbilo de Durban immortalisée en video et à insérer dans le futur film "Transafrica 2016" et j'arrive chez Dilla à 16h30 avec 90 minutes d'avance.

Les chiens viennent à ma rencontre et me lèchent dès que Isabel, la fille de Dilla m'ouvre le portail. Accueili par une bonne bière sudafricaine dans la famile Krüger ayant une lointaine parenté avec celui qui ouvrit le fameux parc animalier Krüger ... en attendant la venue d'un journaliste contacté le matin même.  Celui-ci arrive comme prévu à 18h et c'est reparti pour quelques centaines de mètres à vélo pour qu'il puisse immortaliser en photo la fin de la Transafrica. Interview très détaillée dont vous trouverez le contenu ci-dessous traduit en Français.

Guy Duncan, c'est son nom, est descendant d'Huguenots Français et parle un peu la langue de Voltaire mais "à l'africaine".  Chose étonnante : en 1992, peu de temps après la fin de l'apartheid, Guy a fait un long voyage tout d'abord en stop jusque Bujumbura et ensuite à vélo qu'il acheta au Burundi d'où il redescendit jusque Johannesburg en passant par Kigoma en Tanzanie, voyageant sur un très vieux bateau sur le lac Tanganyka (le "Liemba", un ancien navire de guerre allemand), ensuite la Zambie et le Botswana ... une Transafrica bis un peu semblable à "la Transafrica with Mandela" dont il relate en détail la traversée par pays avec des questions tant judicieuses qu'intéressantes pour chacun d'eux. Ensuite, il nous raconte également avec beaucoup d'enthousiasme un autre voyage à vélo : Madagascar. 

De la culture du Braai à celle de la canne à sucre...

Le soir, Mr Krüger (Gert de son prénom, professeur de chimie organique dans une université de Durban) m'initie à la culture sudafricaine du "braai", terme Afrikaans à utiliser absolument lorsque l'on veut parler de "barbecue" (terme réservé plutôt aux anglophones) et que l'on est invité chez eux. Souvenir de l’époque des "voortrekkers" – le repas des pionniers boers entre les chariots bâchés dans la longue route vers le nord-est – représentant pour la classe moyenne blanche, un acte social adopté par l’ensemble de la population, employé à toutes les sauces dans les onze langues officielles du pays. La viande (abondante) badigeonnée d'une sauce caramélisée est succulente à un point tel que l'on oublie la diététique pour ce soir-là.
 
Ensuite c'est une longue explication historique des très nombreuses facettes raciales de cette région "le Natal" (Noël en Portugais) donné par l'explorateur portugais Vasco de Gama. Par exemple, la présence de nombreux Indiens date de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle lorsque les colonisateurs anglais décidèrent de planter de la canne à sucre dans cette région et suite au refus des Zoulous de "se payer" ce travail épuisant et très mal rémunéré de coupeur de canne. 

Parmi ces indiens, le plus célèbre de la lutte non-violente contre les discriminations raciales qu'il initia ici-même, Mohandas Karamchand dit le "Mahatma" Gandhi.  Une de ses petites filles, Ela Gandhi habite encore ici à Durban. L'an passé, en juillet 2015, celle-ci était présente à l'inauguration du "Hall Gandhi - Luthuli" du nom de son grand-père et d'Albert Luthuli, ancien Président de l'ANC (African National Congress), l'un des quatre sudafricains à avoir reçu le prix Nobel de la Paix (lui-même en 1960, Desmond Tutu en 1984, Nelson Mandela et Frederik de Klerk en 1994).

Rencontres à Durban 

Le Centre Denis Hurley 

Le directeur Raymond Perrier (rencontré précédemment à Bruxelles avec Jacques Briard d'Entraide et Fraternité) charge son adjoint Jean-Marie du Burundi de m'accueillir et de me faire visiter ce Centre ouvert à Durban non loin du marché central, coeur névralgique de la cité avec une population multiculturelle  augmentée depuis quelques années de très nombreux migrants venus d'abord du Zimbabwe voisin et ensuite principalement des pays africains suivants : Congo, Burundi, Somalie, Ethiopie.

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Un centre d'accueil pour celles et ceux qui cherchent un repas ou résoudre un problème de santé urgent et qui sont dépourvus de ressources de par leur situation précaire. Le midi, des repas sont préparés et distribués par des bénévoles à 80 personnes, cinq jours sur sept.

Parmi ces bénévoles des jeunes venant de différents pays (Allemagne, Suède, Corée du Sud) vivant pendant 5 mois une expérience de vie à bord d'un bateau "Logos hope team" qui demain sera dans un autre port. 

Avec ces jeunes, je visite la mosquée située à côté du Centre portant le nom - Denis Hurley - de l'archevêque catholique de Durban (de 1947 à 1992) qui lutta contre le système de l'apartheid à côté de l'archevêque anglican plus médiatisé et mieux connu, Desmond Tutu (prix Nobel de la Paix 1984).

Le Centre est ouvert à toute personne en difficulté quelle que soit sa nationalité et sa religion, et propose également des formations en langues (anglais, zoulou), informatique, couture, etc. Une lutte également contre les discréminations dont sont victimes les très nombreux migrants en Afrique du Sud (certains chiffres s'élèvent jusqu'à des millions) dans un climat de violence qui a atteint son paroxysme il y a presqu'un an lorsque plusieurs d'entre eux furent assassinés.

E3 Gandhi Hurley Mandela.JPG

La problématique des migrations qui marque également de plus en plus l'actualité des pays européens dont le nôtre - la Belgique - depuis de nombreux mois avec les conflits au Moyen Orient, trouve ici en Afrique du Sud une dimension encore bien plus grande.

Les différentes églises ainsi que la communauté musulmane fort présente (30%) dans la ville de Durban collaborent dans la lutte contre les problèmes engendrés par cette situation d'extrême précarité.

Diakonia Council of Churches

Une seconde visite très intéressante au Centre Oecuménique situé non loin du premier avec un très bon accueil de la Directrice Nomabelu qui me présente avec video à l'appui les grands axes d'actions de ce "Council" composé des principales églises présentes sur le terrain : justice sociale, justice économique, respect environnemental et des Droits humains.  Une grande "démonstration" de foi regroupant environ 3.000 personnes venant des différentes églises chrétiennes est organisée chaque année le vendredi saint ... cette année - "infelizmente" pour moi - ce sera deux jours après mon retour en Belgique.

Derniers jours de repos à Durban avant le retour en Belgique le jeudi 24 mars 2016

Ce lundi 21 mars, jour férié en Afrique du Sud. Une dame professeur dans une école secondaire doit consulter un calendrier pour me dire pourquoi ce jour est férié : pour rappeler l'adoption de la nouvelle constitution post-apartheid en 1993 après des années de négociations entre Mandela et l'ancien pouvoir, initiées bien avant la sortie de prison de Madiba.

Visiblement il y a encore un long chemin - en Afrique du Sud comme partout ailleurs d'ailleurs - pour que les Droits Humains soient considérés à la hauteur de ce qu'ils représentent en humanité dans notre monde sans cesse en quête de démocratie et plus de justice. 

A vous revoir "tout bientôt" comme dirait Danielle...!

Léon Tillieux ... le "transafricain"

mercredi 9 mars 2016

M21 Transafrica 2016 - Visite de la prison de "Robben Island" à Cape Town et arrivée à Qunu, le village de Nelson Mandela

Voici venu le terme de la Transafrica 2016 !

Avant de descendre vers le Transkei

En quittant l'hôtel de la Montagne à Lady Grey, je ne pourrai oublier l'accueil du couple qui m'a permis de planter ma tente dans le jardin de ce très vieux hôtel où il y a encore des vieilles charrettes du temps des boers ... et ce sans débourser le moindre rand (sauf pour les repas) et de prendre une bonne douche.  "Des gens comme vous à vélo - me dit la gentille dame - il y en a un tous les trois ans qui passe par ici ! Alors, vous êtes le bienvenu." 

Sur la route vers le sud, une voiture s'arrête ... "We have seen you in Lesotho, five days ago !" ... La dame (habitant le Lesotho) voudrait bien m'offrir une boisson ... elle va chercher dans son sac un billet de 100 rands (6 Euros environ) ... pour "m'acheter un coca !"  Sûr que je pourrai m'en payer plus d'un et boirai à la santé des Sothos ! 

Je me suis dit que pareil accueil ne pourrait se faire en Belgique ou en France!  Imaginez-vous demander pour planter votre tente sur la pelouse d'un hôtel dans la vallée de la Meuse... ! La réponse serait inévitablement "allez vous ... voir ailleurs !" ... Mais chez nous il y a des campings, ce qui n'est pas le cas ici.

La journée du dimanche 28 février fut marquée par deux très longues côtes, dont celle pour sortir de la vallée de la rivière Krai avant d'arriver à la ferme d'un couple de fermiers retraités, Norman et Hilly, tous deux d'origine allemande. Je finirai par être accueilli par les représentants de toutes les origines en Afrique du Sud : néerlandaise, allemande, française (Huguenots: les "de Villiers"), anglaise, Xhosa (Mandela était Xhosa) ... sans oublier l'accueil d'une dame Swazi au Swaziland et d'une famille Sotho au Lesotho ... un arc-en-ciel à compléter vraisemblablement !

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Norman (80 ans en septembre prochain) a 4 enfants mais aucun n'a voulu être fermier ("c'est un métier trop dur !") ; il a confié sa ferme à un autre fermier blanc pour la gestion. Il m'explique que depuis trois ans, il y a très peu de pluie : le sol devient trop dur pour les cultures.

Autre signe du réchauffement climatique: dans cette région montagneuse où il y a une station de ski ouverte en juillet (nous sommes dans l'hémisphère sud), il n'y a plus de neige (naturelle) depuis trois ans. Mais pour satisfaire l'appétit "sportif" des skieurs (souvent privilégiés) de Joburg, Cape Town et Durban, les canons à neige en fabriquent de l'artificielle ! A quand des canons à pluie pour les cultures... l'être humain au cours de son histoire a bien inventé des tas de canons, bien plus sophistiqués et... destructeurs ?

Avec la réforme agraire mise en place depuis quelques années par le "nouveau" gouvernement (majoritairement ANC, African National Congress), Norman hésite à vendre sa ferme dans ce cadre car il sait que le travail de trois générations risque d'être démantelé en quelques années si elle est mal gérée (arbres coupés, animaux mal soignés, etc.)  

En ce qui concerne Nelson Mandela, il ne tarit pas d'éloges envers ce grand homme; il affirme toutefois que ceux qui l'ont suivi en particulier le Président actuel n'est pas à la hauteur de la responsabilité d'un chef d'Etat : évocation de décisions prises en dépit du bon sens et de la corruption qui grangène l'Afrique du Sud comme pas mal d'autres pays... et pas seulement africains.

Les maisons nouvelles du "nouveau" gouvernement

Un point positif toutefois pour la gestion du gouvernement élu à la suite de la fin de l'apartheid : la construction de très nombreuses maisons "sociales" pour les populations noires des "townships" où celles-ci étaient confinées du temps des Verwoerd et autre Botha. Des maisons qui ne sont ni minuscules ni très grandes mais qui ont l'air d'être bien construites... et colorées à l'image de l'arc-en-ciel. Ce qui contraste avec le temps des "bidonvilles" construits avec des tôles et matériaux de tout venant et également avec les très tristes cités des pays de l'Est (Roumanie en particulier).

B maisons township.JPG

Tout autre chose : dans cette ferme, il y a quelques mois, un cycliste français, Guy Baudry de Poitiers, a aussi été accueilli par Norman et son épouse:  il venait de Joburg vers Cape Town par le Lesotho mais via la partie centrale la plus pentue de ce pays, aussi était-il tout à fait crevé en arrivant ici. Ce soir, j'irais bien aussi me reposer en prévision des jours à venir.

Préparation de la traversée du Transkei

De Barkly East, je quitte les terres des hauts plateaux (le "pass" du même nom et d'une très grande beauté de par ses rochers culmine à 1.990m); ces terres sont trop froides pour les populations noires qui se concentrent dans les terres plus basses du Transkei.

Une belle et facile journée que celle de ce lundi 29 février (tiens cette année, j'ai un jour de plus pour pédaler) car la route ne fait pratiquement que de descendre vers la ville d'Elliot. 

Douze kms après la sortie de cette ville, je me hasarde vers une ferme où les patrons ne sont pas là. Les deux dames noires qui y travaillent me semblent très craintives. La fermière et son mari ne tardent pas à arriver et sont ravis de m'accueillir : boisson fraîche offerte par la petite fille de 8 ans, emplacement libre pour la tente, des réserves (fruits, viande sèchée sud-africaine appelée biltong, bonbons, etc.) pour la route, un bon repas du soir, un bon bain bien chaud ... un whisky que je décline... ma "religion" de cycliste ne me le recommandant pas !

A2 accueil Anel Peet.JPG

Préparer la traversée du Transkei

Vient ensuite le plus intéressant. Peet et Anél m'avertissent du (des) danger(s) que je risque de rencontrer en traversant le Transkei (jusque Umtata et au delà jusque Port Edward sur la côte). Dans cette région, il n'y a pas de fermiers blancs. Le taux de criminalité y est élevé... ce que je savais précédemment, mais maintenant il faut s'y préparer mentalement pour le traverser !

Mes hôtes m'indiquent des endroits "sûrs" pour passer la nuit et vont contacter le maire d'Elliot pour qu'il se renseigne sur des lieux sécurisés au-delà de Umtata (qui s'écrit Mthatha en Xhosa). Nous communiquerons par nos "cell phones". Ils me disent que je dois me méfier des policiers du Transkei, dont certains seraient corrompus... ayant eu eux-mêmes une mauvaise expérience avec leur camion traversant cette région.

Arrivée à Mthatha, "capitale" du Transkei

Ce mardi 1er mars, bien arrivé à Mthatha après une très très longue journée de 126 km via un itinéraire magnifique du point de vue paysage mais avec de très nombreuses côtes (j'en ai comptabilisé 35) et pas des côtelettes !

En arrivant dans cette grande ville du Transkei, je me rends à l'hôtel renseigné par Anél et Peet. Pas possible de planter la tente, de même qu'à l'hôtel voisin... où le prix d'une chambre est encore plus élevé. De plus en plus audacieux, je tente le coup au "Green Park Lodge", un très grand hôtel ... et à ma plus grande surprise, après avoir expliqué le sens de mon voyage depuis Harare jusque Qunu "On the road again with Nelson Mandela", la gérante, une dame blanche, m'indique un endroit herbeux pour planter la tente, une toilette, une salle où je puis bénéficier d'eau chaude et où mon vélo et ses nombreux bagages resteront en sécurité pendant mon voyage en bus à Cape Town, ... et me réchauffe "gratos" un plat de la veille !

De plus, demain, elle s'occupera de la réservation du billet de bus (près de 22 heures de voyage assez confortable) pour Cape Town... où je compte visiter la célèbre prison "Mandela" de Robben Island.

Robben Island ... la mémoire de Mandela et du "long chemin vers la liberté"

C2 prison Robben Island.JPGL'île de Robben Island au large de Cape Town ("Kaapstad" en Afrikaans) a "accueilli" successivement des esclaves, des lépreux, des malades mentaux, des prisonniers de guerre et de droit commun et surtout les opposants à l'apartheid dont le plus célèbre Nelson Mandela. Celui-ci y passa 18 des 27 années passées en prison à la suite de la condamnation du procès dit de "Rivonia" (octobre 1963 - juin 1964).

C'est avec une foule de visiteurs respectueux représentant la diversité raciale du continent africain et des continents Européen et Nord-Américain que j'ai visité ce lieu durant trois heures le vendredi 4 mars.

C6 ancien prisonnier Robben Island.JPG

Un ancien détenu nous a guidé dans les différents lieux de détention. Celui où Robert Sobukwe (fondateur du PAC  - Pan African Congress, rival de l'ANC de Mandela) fut détenu alors qu'il avait terminé de purger sa peine de trois ans.

En visitant cette prison, on a l'impression que les murs se souviennent encore des souffrances endurées par ceux qui y furent incarcérés. 

Toutefois l'on ressent en même temps un sentiment de liberté qui règne sur cet endroit, tellement le courage, la détermination et l'intelligence de Madiba ont réussi à les imprégner plus que la méchanceté et la cupidité de ses gardiens et d'un des systèmes carcéraux les plus ignobles inventé par les dirigeants de l'apartheid Sud-Africain.

Il ne fut pas relâché et envoyé à Robben Island, à la suite d'une nouvelle loi autorisant le ministre de la Justice à prolonger la détention de condamnés pour des motifs de sécurité nationale.

Cette loi fut surnommée "la clause Sobukwe" car il fut le seul condamné à avoir eu sa détention en prison prolongée sur cette base législative... décision étonnamment injuste pour un ministre de la "Justice" !

C3 carriere Robben Island.JPGNous avons également vu la carrière où Mandela et ses compagnons furent contraints de se rendre durant de nombreuses journées pour travailler sous les railleries des gardiens.

Mais où ils pouvaient aussi rester en contact avec la nature et le monde des animaux (koudous, springbox), dont certains sont bien plus pacifiques que d'aucuns de notre "espèce" humaine.

C5 cellule Nelson Mandela.JPG

Nous terminons notre visite par les cellules dont celle de la "quatrième porte" où Madiba passa de très longues années. 

C'est là qu'il réussit à écrire en cachette une partie du livre autobiographique intitulé "Un long chemin vers la liberté", avec la complicité et l'intelligence de l'un et l'autre de ses compagnons codétenus qui en recopiaient les chapitres terminés, notamment sur du papier toilette où en écrivant avec du lait sur du papier de fortune.

Des explications aussi sur les visites annuelles des représentants de la Croix Rouge qui s'inquiétaient si les prisonniers pouvaient "faire du sport", d'un rare journaliste de l'AFP qui, en 1977, prit - malgré la désapprobation de Mandela - une photo de lui, la pelle à la main.

Détail surprenant, les gardiens, en prévision de la visite avaient repassé son pantalon... !  De la visite également de la seule opposante féminine blanche d'origine juive et lithuanienne, Helen Suzman, ancienne élue du Parti fédéral progressiste (FPP), seule à tenir tête aux "hommes" de l'apartheid et qui fut la première femme à rendre visite à Mandela en prison en 1967.

Idée intelligente car l'original des mains de Mandela fut découvert, subtilisé par la direction de la prison et finit par disparaître... sauf la copie !

Puisse cette visite nous aider à garder en mémoire l'héritage que Nelson Mandela nous a légué, de par son combat contre l'apartheid et l'instauration des bases d'un système démocratique dans une société multiraciale. Soyons toutefois bien lucides et conscients que l'arc-en-ciel tracé grâce à lui dans le ciel et sur la terre de l'Afrique du Sud est une oeuvre d'art en grande partie inachevée et dont nous sommes tous et toutes les artisans actuels et futurs en puissance.  ... Message à transmettre à nos enfants et petits-enfants ... 

En quittant Cape Town, d'où je ramène une photo de la pointe extrême du continent africain (je n'irai pas plus loin car plus au sud, c'est l'Antarctique), un arc-en-ciel apparait dans le ciel, comme signe d'espoir pour l'Afrique du Sud et le monde après être passé au cap "of good hope". 

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Le cap de bonne espérance

C'est de cet endroit que Alexandre et Sonia Poussin sont partis pour la traversée de l'Afrique depuis cette extrémité jusqu'au lac de Tibériade en un peu plus de trois ans de 2001 à 2004.

Durant la Transafrica, ce livre de chevet (deux tomes intitulés "Afrika trek") m'a permis de comprendre mieux la diversité des situations, des croyances, des souffrances et des luttes des peuples des pays traversés à savoir : l'Afrique du Sud, le Lesotho, le Zimbabwe, le Mozambique, le Malawi, la Tanzanie, le Kenya, l'Ethiopie, le Soudan, l'Egypte, Israël et les Territoires Palestiniens. 14.000 kms pour un étonnant voyage, non sans dangers (venant des humains et des animaux : hippos, buffles, lions, serpents, etc.) en partie le long du rift sur les traces de l'Homme et de l'histoire de l'humanité. Voir leur site: www.africatrek.com

L'Afrique du Sud, le pays des cyclos

Cape Town dimanche 6 mars 2016:  35.000 cyclistes... j'en ai vu quelques centaines au départ d'une boucle de 110 Kms dans la péninsule du Cap ! Je ne savais pas qu'il y avait tant d'adeptes de ce sport (mon sport préféré comme vous vous en doutez) en Afrique du Sud.

Qunu, le village de Nelson Mandela

Ce mardi 8 mars, il me reste 30 kms pour rejoindre Qunu depuis Mthatha sur la N2 vers Cape Town. Au moment de partir, un orage et une pluie diluvienne ouvrent les vannes célestes sur une région qui en a tant besoin depuis des mois ... par conséquent pas le moment de râler ... les paysans et la terre en ont trop besoin ... mais comme dit Ma Danielle, "pas d'état d'âme" et fort de cet encouragement lointain, je démarre sans attendre la fin de la pluie.

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Les employées de l'hôtel me regardent partir avec étonnement ("Pourquoi ne prend-il pas un bus ?"). Sur la route, l'eau ruisselle de partout mais je passe ... plus léger car, comme je fais un aller retour, je n'ai pris qu'un minimum de bagages.  Les trente kilomètres restant sont bien vite parcourus et j'arrive au Musée Nelson Mandela à Qunu.

Depuis Kigali au Rwanda, 5.813 kms ont été parcourus. 

Cette construction moderne et multifonctionnelle fut inaugurée tout juste dix ans après la libération de Mandela par lui-même et se veut être un lieu rappelant l'héritage légué par Madiba, surtout aux jeunes mais aussi au service du développement de la communauté villageoise.

Bien accueilli par une dame qui m'invite d'abord à me changer car je suis trempé des pieds à la tête. C'est ensuite en compagnie d'un guide que je visite le musée en prenant quelques clichés à insérer dans le prochain film "Transafrica 2016". 

Ensuite, je vais me sècher et me réchauffer dans un lodge situé au coeur même du village de Qunu. Le soir coup de fil d'une employée de l'hôtel de Mthatha qui s'inquiète si j'ai bien trouvé un endroit pour dormir ... sympa non ? 

La famille de Nelson Mandela n'ayant pas souhaité que la tombe de Madiba devienne un lieu de pélerinage, il n'est pas possible de se rendre à cet endroit car c'est une propriété privée.  Dès lors les cailloux transportés depuis Kigali et Harare et provenant du Square Nelson Mandela de Gesves ont été déposés symboliquement à l'entrée du Musée de Qunu.

E5 Qunu cailloux de Gesves.JPG

Avant de quitter ce haut lieu de mémoire auquel l'Unesco souhaiterait donner l'appelation historique "Patrimoine de l'Humanité", j'ai recueilli un peu de terre d'un champs de Qunu qui sera déposée à Gesves au Square Nelson Mandela au terme de cette longue aventure de plus de 6.000 kms et de près de deux fois trois mois, à travers l'Afrique de l'Est et Australe.

En conclusion une parole de Mandela qui m'inspire assez bien à la fin de ce voyage:
 
"It always seems impossible until it's done" ...  traduction: " Tout semble toujours impossible ... jusqu'à ce que cela soit accompli ! " ... cela peut être vrai même pour un Babou âgé de 67 ans avec un vélo en Afrique !

A suivre : encore 500 kms jusque Durban pour le dernier message, et deux semaines pour le retour (jeudi 24 mars 9h du matin à Zaventem).

Léon

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Note linguistique : en Xhosa, la langue traditionnelle du Transkeï, bonjour se dit "Molo" ... quand je vois des ouvriers travailler à la réfection de la route (en Afrique du Sud les routes étant généralement en très bon état, j'ai compté globalement moins de trous que dans certaines routes belges) je leur dis pour les encourager "allez-y molo molo les gars"... ils rigolent en répondant "Haï, Haï" comme s'ils comprenaient mon jeu de mots !
 
Note orthographique :  "Robben Island" ou "Robben Eiland" en Afrikaans s'écrit bien avec un "e" et non un "i" même si l'on prononce "i" en anglais.
 
Note sur la longueur de mes messages.  Veuillez m'excuser si vous trouvez mes articles un peu longs (il m'arrive de les compléter durant mes moments d'insomnie durant la nuit). Si vous êtes pressés, je vous suggère toutefois de lire au moins dans ce présent message la partie concernant "Robben Island" et Qunu.  

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Le lundi de Pâques, participez vous aussi à la Transafrica 2016 ...

en rejoignant avec votre vélo (à pulsion électrique ou non, VTT ou vélo de course) la dernière étape de cette traversée africaine de près de 6.000 kms à vélo. Le départ sera donné le lundi 28 mars 2016 à 8h au 36 de l'allée St-Vincent à Jambes vers le Square Nelson Mandela de Gesves via le RAVel jusque Thon-Samson et la vallée du même nom. Pour les non cyclistes rendez-vous à 10h en contrebas de l'église de Gesves, chaussée de Gramptinne.  A cet endroit qui porte le nom du premier président noir de l'Afrique du Sud, je déposerai symboliquement un peu de terre du village de Mandela.  

Merci de nous envoyer un petit courriel si vous comptez y participer en spécifiant "avec" ou "sans" vélo.

lundi 29 février 2016

M20 Transafrica 2016 - Du Lesotho à Lady Grey

Voici la suite de la Transafrica ... en Afrique du Sud en passant par le Lesotho.

En quittant Bruce et Catherine

Bruce est fier de son métier de fermier qu'il a transmis à ses 4 fils. Après un long repos récupérateur, il m'emmène sur ses terres jusqu'à l'endroit où son grand-père a fondé la ferme, lui qui était immigré du sud de l'Angleterre. Orphelin, il avait pris le bateau à Southampton fin du 19ème siècle et était arrivé en Afrique du Sud après des semaines de traversée.

A un endroit en pleine prairie, Bruce arrête son 4x4 auprès d'une tombe, celle de son arrière-grand-mère. Cela me rappelle le petit cimetière de Magureni, en Roumanie, dans la montagne où il y avait 3, 4 tombes par famille, à côté de la maison. Ensuite, nous nous rendons à la ferme; c'est l'heure de la traite des vaches. Avec ses 72 ans, il tient à être présent tôt le matin et à 16h chaque jour.

B3 accueil famille Trodd.JPG

Demain, à 14h, funérailles d'un ami décédé d'un cancer; c'est Andrew, le fils qui m'a repéré au bord de la route, qui présidera la cérémonie. Outre son métier de fermier, il a suivi des cours de théologie de l'église Méthodiste. Sur le chemin du retour, nous voyons un zèbre et des Koudous qui se nourrissent des plants de maïs.

Vendredi 19 février, 7h du matin, petit déjeuner; c'est Bruce qui me prépare deux oeufs; quant à Catherine, elle me prépare un pique-nique(fromage et confiture).  Au moment du départ, sa belle-fille cherche un petit drapeau Sud-Africain que l'on lie à celui du Zimbabwe qui m'accompagne depuis Harare. 

Longue journée difficile en contournant le lac du barrage de Woodstock (cela me rappelle quelque chose qui s'est passé en 1969)!  Le vent s'est levé et il est de face.  Dur dur dans les nombreuses montées. A 16h, j'arrive à l'entrée du Parc National Royal Natal, situé non loin du Lesotho. Il me reste 3 km pour arriver au bureau qui ferme à 16h30 ... j'y arrive tout juste avant la fermeture. 

J'installe ma tente dans un très beau camping où  de nombreuses familles viennent passer la fin de semaine.  Je suis le seul à être venu à vélo ...!  Un homme s'approche, il a reconnu le drapeau de son pays ... il me demande en plaisantant si je suis allé saluer le président Mugabe ?  En ce qui concerne celui-ci, voici un article de presse (signé Koaci) le concernant.

Dimanche 21 Février 2016.  Le président zimbabwéen Robert Mugabe a fêté ses 92 ans. Il est devenu ainsi le plus vieux chef d'Etat en exercice dans le monde alors que son parti, le Zanu PF est déchiré par une bataille de succession.  Au pouvoir depuis 36 ans, Mugabe avait expliqué que sa longévité était dû à « la volonté de Dieu » (NDRL: même un président marxiste peut utiliser Dieu pour son égo surdimensionné) et une vie saine loin de la fumée et de la bière et qu’il pouvait encore diriger le pays jusqu’à l’âge de 99 ans.  Mi-février, des rumeurs le donnaient mort. Finalement, le président zimbabwéen est réapparu, après un mois de vacances en Asie estimant que "les journalistes devraient mieux faire leur travail qu'ils ne le font".  Les célébrations publiques de cet anniversaire sont programmées pour le 28 février. L'année dernière, le chef de l’Etat a eu droit à des festivités marquées par l'abattage de plusieurs éléphants et de nombreux gâteaux d'anniversaire, dont l'un de 91 kg.  (NDRL : pendant ce temps, au Lesotho, les jeunes bergers et gardiens de troupeaux de vaches que je croise me font signent qu'ils ont le ventre vide ... triste et injuste Afrique !)

Samedi 20 février, après avoir lutté contre le vent de face y compris dans un col qui m'emmène au Drakensberg, je dois affronter par trois fois un orage dont un avec des grelons !  Pas moyen de trouver la moindre habitation et c'est entre deux champs de maïs que je plante ma tente à l'abri de tout regard.  Le lendemain, dimanche 21 février, je traverse le très beau "Golden Gate National Park".  

De nombreuses familles sont de sortie en voiture, certains à VTT; je rencontre un triathlète d'origine chypriote grecque.  Des gens s'arrêtent pour me ravitailler en eau ... très bienvenue surtout que la route monte, monte en lacets comme en Suisse.  Le soir, j'arrive à Clarens et je suis hébergé chez Janis et Peter, artiste-peintre, frère de Catherine, la fermière qui m'avait accueilli à Bergville.

B4 accueil Peter Janis.JPG

Le Lesotho

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L'histoire du Lesotho a commencé avec les Bushmen qui ont vécu en autarcie pendant des milliers d'années dans cette région montagneuse d'Afrique australe au cœur de l'Afrique du Sud.

Au XVIe siècle, les Sothos s'établirent sur le territoire et chassèrent les Bushmens.  En 1868, pour se protéger de la convoitise des Boers, les Sothos se placèrent sous la protection de la Grande-Bretagne. En 1966, le protectorat britannique du Basutoland devint un État indépendant connu sous le nom de Royaume du Lesotho.

Contraste saisissant entre l'Afrique du Sud et le Lesotho.  Celui-ci totalement enclavé dans le premier est un des pays d'Afrique où le sous-développement est le plus marquant. Comme au Burundi, le fait qu'il y ait un énorme taux de non-emploi, la plupart des gens sont dans la rue. 

Comme en Ethiopie, il y a de nombreuses personnes qui marchent le long des routes alors qu'en Afrique du Sud, l'on ne voit pas grand monde et où, le long des routes, d'interminables clôtures empêchent les animaux de sortir des grandes propriétés.

Au Lesotho en revanche, pas de clôtures et dans l'immensité des pâtures, les troupeaux circulent librement, gardés par des hommes, souvent très jeunes.  Ceux-ci me font comprendre qu'ils ont faim et lorsque je m'arrête pour me ravitailler, impossible de ne pas partager ce que j'ai.

Les écoles débordent d'enfants; le matin, à midi et vers 16h, d'interminables files d'enfants marchent le long des routes. Tous ont un uniforme ... très bien la différence de classes disparait mais que se passe-t-il dans la tête d'un jeune de 15 ans, habillé comme un "ministre" avec chemise et cravate ... que deviendra-t-il lorsqu'il aura un diplôme ... les emplois intellectuels sont rarissimes ?

Les deux premières nuits dans ce pays où il n'y a pas de camping et très peu d'infrastructures touristiques, je négocie un coin de pelouse dans les rares lodges que je trouve. Là ou le gérant(e) finit pas accepter que je dresse la tente ... qui fait l'objet d'une photo sur GSM; bien souvent c'est une première !  

C tente jardin lodge.JPG

Le lendemain, le mercredi 24 février, je suis invité dans une paroisse catholique par un prêtre qui me dit qu'il y eut un Belge missionnaire ici dans le passé.  Je n'ai pas décliné l'invitation et j'en profite pour me reposer. J'ai dépassé les 2.300 km. Dans la baignoire, un mince filet d'eau ne me permet qu'une toilette limitée ...

Le lendemain jeudi 25 février, la nuit approche et je n'ai rien trouvé.  J'interpelle une dame qui, avec l'aide de la traduction de jeunes étudiantes rentrant de l'école, me fait comprendre que je dois aller plus loin... c'est-à-dire "allez voir ailleurs".  Toutefois, une dame depuis sa petite maison perchée sur la colline, a entendu la conversation et me fait comprendre que je suis le bienvenu.  

B6 Lesotho accueil famille.JPG

Je monte la tente et prend mon repas lyophilisé (chauffé sur le gaz de la cuisine) sous le regard de 22 yeux interrogateurs. La nuit tombe et alors que je suis déjà couché, les voisins sont venus faire une papote et sans doute commenter le passage de ce blanc qui n'a pas de voiture ! Le lendemain matin, les enfants ne se rendent pas à l'école et pour cause : la papa n'a pas d'emploi et donc pas d'argent pour payer le minerval ... et l'uniforme !  La maman courageusement a planté quelques légumes à côté de la maison. Ils ont partagé ce qu'ils avaient: un peu de gaz et le terrain devant la maison.

Retour en Afrique du Sud

Vendredi 26 février, arrivé à Sterkpruit, une petite ville (en Afrique du Sud où, après le Lesotho, je suis entré pour la troisième fois), l'orage éclate ... au moment où je me réfugie sous les tôles d'un car-wash ... et ensuite chez le Pasteur de l'église Méthodiste.  Celui-ci s'interrogeant sur mon voyage un peu particulier, me demande "Qui vous paye pour faire cela ?"  ... ce n'est pas la première fois que l'on me pose cette ... étonnante ... question ! L'accueil chez un couple de noirs méthodistes me permet d'utiliser une baignoire avec de l'eau.  Par ailleurs, la dame (infirmière de profession ... oui elles sont gentilles les infirmières ...) prépare un copieux repas du soir.

B8 famille methodiste.JPG

Le lendemain, arrivé à la petite ville Lady Grey, j'assiste à un mariage dans l'église réformée néerlandaise... celle qui avait soutenu l'apartheid en son temps. Cette fois-ci l'assemblée est multicolorée contrastant avec la célébration du 14 février à Piet Retief où il n'y avait que des têtes blondes ! Aujourd'hui le célébrant était un pasteur noir ...  Tout doucement, les choses changent !

Qunu, le village de Nelson Mandela dans 5 jours

Si tout va bien encore cinq jours et j'arrive à Qunu, terme de la transafrica 2016, le village de Nelson Mandela. Comme j'aurai des jours supplémentaires disponibles, je compte faire un aller-retour en bus jusque Cape Town (2 x 1200 km) pour visiter la prison célèbre de Robbin Island. Pour terminer mon voyage j'aurai encore 450 km ... à vélo depuis Mthatha jusque Durban d'où je reprendrai l'avion pour Zaventem le 23 mars prochain.

A plus ... à Qunu

Léon

Le lundi de Pâques, participez vous aussi à la Transafrica 2016 ... en rejoignant avec votre vélo (à pulsion électrique ou non, VTT ou vélo de course) la dernière étape de cette traversée africaine de près de 6.000 kms à vélo.  Le départ sera donné le lundi 28 mars 2016 à 8h au 36 de l'allée St-Vincent à Jambes vers le Square Nelson Mandela de Gesves via le RAVel jusque Thon-Samson et la vallée du même nom. Pour les non cyclistes rendez-vous à 1Oh en contrebas de l'église de Gesves, chaussée de Gramptinne (ne le demandez pas à votre GPS, il ne le connait pas).  A cet endroit qui porte le nom du premier président noir de l'Afrique du Sud, je déposerai symboliquement les quelques cailloux que je ramènerai du cimetière de Qunu où ce grand homme a voulu être enterré.

lundi 22 février 2016

M19 Transafrica 2016 - Du Swaziland vers le Lesotho

Voici la suite de la Transafrica ... en Afrique du Sud en passant par le Swaziland vers le Lesotho.

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 "coucou ... je suis un Swazi du Swaziland ..."

Passage par le Swaziland

L'entrée dans ce petit pays coincé entre le Mozambique et l'Afrique du Sud fut tout aussi simple que lors de l'entrée en Afrique du Sud. Très bon accueil pour la première nuit au poste de police près duquel j'ai dressé la tente. Pour chauffer l'eau destinée à mon plat lyophilisé, deux policiers ont rallumé le barbecue.  

La nuit fut tout à fait calme, contrastant avec le début de soirée perturbé par quelques hommes éméchés par des boissons alcoolisées. A cinq heures du matin, lever et départ pour profiter des heures fraîches de la journée.  Je salue le garde qui a veillé sur le poste de police et par la même occasion sur ma tente.

C'est l'heure où les enfants se rendent à l'école ... un peu timides par rapport aux autres pays déjà  traversés, surtout le Burundi et le Zimbabwe.  Arrivés à un grand barrage, je demande aux gardiens un endroit pour camper ... "Après le pont, à l'aire de pique-nique ... tout à fait sécurisé !" disent-ils. Quand j'arrive à cet endroit, je vois la pancarte : "Beware crocodiles !". Heureusement, un peu plus haut, il y a un lodge où l'on peut camper ... ces sales bêtes ne grimpent pas si haut ! Heureusement ... car comme dit la petite Giulia de 3 ans et demi : "Quand on les caresse ... ils mordent !"  Et ce ne sont pas des caresses!

Le lendemain matin fut très pénible ... et oui, un barrage généralement cela se trouve à une altitude très basse par rapport aux montagnes qu'il faut grimper pour retrouver la route nationale. A midi, je m'arrête exténué : 5 heures de montée pour 22 km!  Je décide de me "payer" un demi-jour de repos ... d'autant plus que je trouve un camping dans une réserve naturelle.

Blesbok.JPGEn arrivant à l'emplacement de celui-ci, je vois non loin de moi un "Blesbok", une sorte de grand cerf.  Il ne s'enfuit que lorsque je tente de m'approcher de lui.

Sinon, il reste dans les parages en manifestant bruyamment sa désaprobation de me voir "envahir" son territoire.  Je dois être un rare candidat campeur depuis longtemps; un employé de la réserve prépare un grand feu qui chauffe une réserve d'eau pour la douche.

Celle-ce sera hyper chaude et ... bienvenue !

Le lendemain, une longue descente de 20 km - dans le brouillard malheureusement - vers Mbabane, la capitale de ce pays... je découvre qu'il s'agit d'un royaume en voyant le nom de l'aéroport international "King Mswati III " (né prince Makhosetive1 Dlamini le 19 avril 1968; le 67ème fils - "meus Deus (!)" - du roi Sobhuza II.)  

Emporté par mon élan, je vais 20 km trop loin et loupe la route vers la frontière avec l'Afrique du Sud. Un monsieur m'indique une route alternative mais beaucoup plus longue et accidentée. Je me renseigne auprès d'un blanc (ils sont environ 100.000 sur une population totale de 1.200.000 habitants).  Il me propose de me ramener à l'endroit où j'ai loupé la route vers la frontière, faute d'indication.

Avec son ouvrier, on charge le lourd vélo à l'arrière du pick-up et je reste derrière pour le sécuriser.  En quelques minutes, à du 100 à l'heure, je suis vite revenu au bon endroit.  Je parcours encore 25 km à vélo, totalisant près de 100 sur la journée.  Ne trouvant pas de camping, je m'adresse à une dame qui, après hésitation, accepte que je dresse ma tente près de sa maison.

Ce soir-là j'ai goûté au vrai bonheur d'être accueilli par des gens tout simplement qui ont très peu de biens matériels mais beaucoup de coeur ... outre une bassine d'eau chaude à m'offrir pour la toilette.  Ayant ma propre nourriture, je refuse poliment de partager le (maigre) poulet qui migeotte sur le feu.  Le lendemain matin, c'est cette dame qui prend en photo mon vélo.  Généralement c'est l'inverse.

Ce vélo arnaché comme il est, cela doit en étonner plus d'un ... cela m'arrive souvent d'être pris en photo ...  Il est vrai que maintenant avec les gsm photographeurs... !  Au moment de partir, elle me demande mon numéro de téléphone. Elle me donne son adresse postale, je lui promets de lui envoyer les photos prises avec sa famille.
Samedi 13 février dernière journée en Swaziland ... très pentu comme si l'on était en Suisse, avec la chaleur en plus !  De longues montées où je ne dépasse pas le 5 km/h ... tout le temps d'admirer ces beaux paysages, sous un soleil éclatant !  Je sympathise avec 4 coureurs - roulant ensemble - représentant bien la diversité des races ici au Swaziland (2 noirs pour un blanc et un métis). 

Cyclistes Swaziland.JPG

Retour en Afrique du Sud

Après de longues heures de sueur, j'arrive au poste frontière.  Je rentre - comme une lettre à la poste - de nouveau en Afrique du Sud. Direction : le Lesotho, un petit pays enclavé dans l'Afrique du Sud.  Le soir je campe dans une ferme tenue par Pieter et Elsie, un couple dont le nom de famille est "de Villiers", vraisemblablement des descendants d'Huguenots ayant du fuir la France (au 17ème ... après la révocation de l'Edit de Nantes et au 18ème siècle ... c'était avant la révolution de 1789) car ne partageant pas la même dénomination religieuse que le Roi et les détendeurs du pouvoir de l'époque.

Dans cette ferme, il y a des autruches et des singes de divers types ... enfermés dans des cages.  J'installe ma tente et alors que je sympathise avec un couple de Néerlandais, un gros chien vient uriner sur le coin de mon abri de nuit ... lui aussi pour marquer son territoire, sans doute ?  Un peu plus tard, je lui pardonne toutefois en lui refilant les os de mon souper !

Lundi 15 février, jour de chance. C'est tout d'abord un automobiliste qui me ravitaille en boissons, biscuits ... et chocolat.  Ensuite, revenant vers moi avec sa moto, il m'indique un itinéraire bis plus court de 5 km et moins pentu pour me diriger vers Dundee.  Par ailleurs, un monsieur s'était arrêté pour me dire qu'il m'invite chez lui dans 45 kms.  L'année passée, il avait vu un cycliste "international" mais ne l'avait pas invité. Cette fois, il n'a pas loupé le Belge ... et cinq heures après cette invitation je suis arrivé au moulin à maïs dont il est le gérant.

Son épouse m'accueille très gentillement jusqu'à lessiver mes habits (qui en avaient grandement besoin ... vous vous en doutez !). Après la visite du moulin à maïs, Frans me conduit à un endroit souvenir de la seconde guerre entre les Boers et les Anglais (1899-1902). Egalement visite d'un lac constituant une réserve d'eau pour les cultures de maïs environnantes.  Il n'y a presque plus d'eau. Cette année est la pire sècheresse depuis plus de 150 ans !  

Malgré cela, le moulin envoie du maïs (de la récolte 2015) au Zimbabwe encore plus touché par la sècheresse (voir messages précédents).  Suite à la pénurie de maïs, l'Afrique du Sud importe du maïs blanc (pour l'alimentation des humains) du Mexique et du Brésil (le maïs jaune produit patr les Etats-Unis étant destiné à l'alimentation du bétail).  Le soir, barbecue au cour d'un repas au cours duquel, nous parlons de Nelson Mandela ... "un grand homme" dit Frans (l'Afrikaner qui outre l'anglais parle également le Zoulou) qui a lu et apprécié son livre autobiographique "Un long chemin vers la liberté".

Chariots guerre boers 1828.JPG

Mardi 16 février commence par la visite du mémorial de la guerre des Boers, plus exactement celle de 1838 qui opposa plusieurs milliers (entre 12 et 15.000)  Zoulous et une poignée de Boers (400) qui avaient disposé leurs charriots en cercle. C'est l'épisode sanglant de la "Blood river" qui désormais porte la couleur de ce carnage.  Les Afrikaners se remémorent cette bataille depuis lors le 16 décembre de chaque année: le "jour du voeu" est férié.

Avec Frans Durr.JPGDepuis 1994, le gouvernement post-apartheid a rebaptisé ce jour "jour de la réconciliation". Selon Frans qui m'accompagne, seule une poignée d'Afrikaners ne veulent pas entendre parler de réconciliation. Par ailleurs, la fin du 19ème siècle fut marqué en Afrique du Sud par deux autres guerres des "Boers" qui opposèrent les colons d'origine anglaise et les Boers d'origine Néerlandaise et Allemande.

La région que je traverse compte pas mal d'endroits commémoratifs des différentes batailles de ces guerres. Au cours de la seconde, l'on organisa les premiers "camps de concentration" qui n'avaient pas pour but d'exterminer des gens mais de préserver les femmes, les enfants et les personnes âgées des zones de conflits. 

Malheureusement le fait de regrouper tous ces gens entraina beaucoup de morts à cause des maladies transmissibles. Ces camps accueillirent près de 120.000 blancs et 120.000 noirs également qui travaillaient avec les Boers. Un rapport postérieur à la guerre estima à 27.927 le nombre de Boers morts (desquels 22.074 enfants de moins de 16 ans) et 14.154 noirs, morts de famine et de maladies.

Le soir du 16 février après une longue journée de 69 kms sous le soleil, j'arrive juste à temps avant l'orage dans une station de la police où trois policiers (noirs) avec beaucoup de sympathie m'accueillent et me proposent de dresser la tente dans un garage à l'abri de la pluie ... qui réjouit particulièrement les fermiers Catherine et Bruce, les parents d'Andrew qui, me voyant arrêté le lendemain après 75 km, au bord du chemin (j'étais en train de me demander où j'allais passer la nuit suivante) m'invita chez lui.

Me précédant par un chemin de campagne, Andrew avait prévenu sa maman de mon arrivée, laquelle préparait la chambre pour me recevoir.  Me trouvant si bien à cet endroit, après un bon repas (de la viande des vaches de la ferme), suivant les conseils de ma Danielle "Demandez et vous recevrez", je décide de rester un jour de plus (le 18 février), le temps de calmer un mal de dos (merci à Bruce pour son "arnica") et planifier la fin du voyage.

J'envoie un courriel à Frans (voir ci-dessus et photo) qui me répond dans le quart d'heure que sa soeur m'attendra à Durban, m'accueillera chez elle et me conduira à l'aéroport ...  "Demandez et vous recevrez ..."  disai(en)t-il(s) ...!"   Par ailleurs, j'ai bien fait de m'arrêter ici ... la pluie ne cesse de tomber ... tant mieux dans un pays qui a soif !  Au programme de cette journée de repos :  sieste et traite des vaches à 16h !
 
Je vous retrouve après la traversée du Lesotho ... dans une semaine !
 
Léon Tillieux

Précision apportée par Jacques Briard quant à un des messages précédents où je parlais des tunnels "Verwoerd"

"Pour votre culture sud-africaine, sachez que Hendrik Verwoerd était Premier Ministre au moment de la création de la République d'Afrique du Sud en 1961. Adepte de l'apartheid, il fut assassiné en 1966 (peu après la condamnation à la prison à perpétuité de Mandela et ses compagnons)."

Le lundi de Pâques, participez vous aussi à la Transafrica 2016 ...

en rejoignant avec votre vélo (à pulsion électrique ou non, VTT ou vélo de course) la dernière étape de cette traversée africaine de près de 6.000 kms à vélo.  Le départ sera donné le lundi 28 mars 2016 à 8h au 36 de l'allée St-Vincent à Jambes vers le Square Nelson Mandela de Gesves via le RAVel jusque Thon-Samson et la vallée du même nom. Pour les non cyclistes rendez-vous à 1Oh en contrebas de l'église de Gesves, chaussée de Gramptinne (ne le demandez pas à votre GPS, il ne le connait pas).  A cet endroit qui porte le nom du premier président noir de l'Afrique du Sud, je déposerai symboliquement les quelques cailloux que je ramènerai du cimetière de Qunu où ce grand homme a voulu être enterré.

mardi 9 février 2016

M18 Transafrica 2016 - Accueil en Afrique du Sud

En cherchant en vain un camping, je finis par trouver

Samedi 30 janvier, je quitte la famille qui m'a accueilli pour une nuit dans son jardin.  Un petit café et trois fois deux litres d'eau filtrée pour la route.  Une carte de GSM ("Cell phone" en anglais), quelques réserves (pain, pâtes, corned beef, biscuits, bananes) et me voilà parti vers le Sud.  A peine sorti de la ville, une camionnette fait demi-tour.  Un Sud-Africain noir distingué me demande s'il peut me prendre en photo avec lui.  Il me donne son numéro de GSM à la ville (Polokwane) située à 200 km ("please contact me") ... et au moment de me quitter, me donne un billet de 100 rands (soit environ 5 Euros)pour aller boire un verre !

La suite est un peu plus dure.  Le monsieur blanc qui m'avait accueilli m'avait dit qu'il y avait un camping après 40 kms ... et bien non, après 60 kms toujours rien, rien que des fils de clotures (dont certains électriifiés pour dissuader les entrants et les sortants) des deux côtés de la route, pas la moindre maison, des lodges pour safaris à des kms sur une route en terre ... non merci!  

Le soir s'annonce et je ne trouve rien.  Je me renseigne auprès des gardiens de dépôts de matériaux divers, il y a une station d'essence "dans quelques kms".  Cela me parait long surtout que depuis longtemps, c'est un faux-plat montant !  Puis soudain la station d'essence apparait, ce n'est pas un mirage.  Elle est fermée mais il y a un gardien, un homme très gentil qui accepte que je plante ma tente.  Il veillera sur moi.

En effet, pas question de camping sauvage comme en Belgique ou en France ou dans le désert d'Atacama.  Des avis explicites de la police (voir photo) invitent les camionneurs à ne pas s'arrêter la nuit en dehors des zones réservées pour eux avec des grillages électrifiés.  Je passerai la nuit l'esprit tranquille après avoir fait de la place parmi un tas de brols.

A4 insecurite Afr.Sud.JPG

Le soir tombe ... enfin c'est un euphémisme, j'ai planté ma tente en dessous d'un gros spot qui ne s'éteindra qu'au lever du jour !  Levé à 5 heures, je démarre à 6 h.  Il fait frais. Un col de 20 kms.  Pas trop dur, mais long quand même: je mettrai 4 heures pour cette distance.  Deux tunnels ouverts en 1961 par un certain Verwoerd, nom Afrikaans.  A l'intérieur, un bruit assourdissant quand un camion s'y engouffre.  Le camionneur du lourd "truck" qui me suit, attend patiemment que je sois sorti du premier tunnel.  "Thanks you" ! 

B1 Tunnels Verwoerd Afr Sud.JPG

Vers 10h30, je bifurque vers une vielle ferme où il est possible de faire du camping.  Il est encore tôt mais je ne rate pas l'occasion qui doit être très rare.  Après m'être rafraichi dans la piscine, j'allume un feu pour me cuire des pâtes.  La suite de la journée : repos ...bien mérité.  En une semaine, j'ai dépassé les 700 kms ... je peux ralentir un peu !  Pour la seconde fois - la première c'était en 2009 au nord de Salta en Argentine - je passe le tropique du Capricorne, je me rapproche ainsi petit à petit du pôle Sud ... mais c'est encore loin !  Et puis comme diraient certain(e)s, il me faudra un pédalo pour continuer au-delà de Durban !

Lundi 1er février, la recherche d'un endroit sûr est un peu compliqué.  L'on me renseigne un ancien motel à 5 km.  Il y a bien un jeune qui le garde le jour mais pas la nuit.  Je n'ose pas - à 17h - me lancer dans les 50 kms restant jusqu'à la ville de Polokwane (anciennement Pietersburg).  "Only bush" me dit le jeune ... aucune maison ni pompe à essence.  

Je fais demi-tour et reviens au lodge où j'avais demandé le prix ... trop élevé pour mon budget.  J'explique aux gardiens du bar attenant que je cherche un endroit sûr pour monter la tente.  Finalement nous tombons d'accord pour 100 rands, l'équivalent payé au camping de la nuit précédente, pour un coin du bar pas trop éclairé.  Accès aux toilettes, eau chaude à disposition pour une soupe et des nouilles "asiatiques".  

La nuit sera plus ou moins bonne, les gars n'éteignant leur télé que tard ou plutôt le matin ... Au moment du départ, à 5 heures, un des deux gardiens dort encore.  Nous nous quittons ... le soleil radieux ne tarde pas à se lever.

Contrastes entre le post-apartheid et l'insécurité ambiante

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En passant près d'une école, les enfants étant en récréation, quelques-uns s'approchent du mur pour me saluer.  Deux filles blanches et deux filles noires en pleine harmonie dans une Afrique du Sud qui vit plutôt bien son post-apartheid même si tout n'est pas parfait ... est-ce parfait en Belgique, pour nous et nos communautés respectives avec X, Y et Z ...  ?  

Toutefois entre eux et moi, entre l'objectif et leurs visages, des fils barbelés - très visibles sur la photo autour de la tête des enfants - ne semblent pas inquiéter nos adorables fillettes.  Toutefois la réalité de l'insécurité - comme déja dit - me pousse à être très vigilant dans un pays réputé pour son nombre important de crimes par habitant.  Les maisons sont pour la plupart - même les "moyennes" - entourées de barbelés comme au champ d'aviation de Florennes. 

Un avis très explicite avertit les candidats voleurs : "arm response" (voir photo).   Le message de non-violence de Nelson Mandela (voir interview de John Stewart, message n° 17) est plus que jamais d'actualité !

Un igloo en Afrique !

Arrivé à Polokwane, je suis bien inspiré: je bifurque juste dans la rue où il y a un accueil des backpakers et un camping ... très bien entretenu par un Blanc.  Alors qu'il fait très chaud dehors, je me réfugie pour lire ("Afrika trek" d"Alexandre et Sonia Poussin) dans le local douches/toilettes ... installées dans un "bulle" en forme d'igloo ... qui porte bien son nom, il y fait plus frais!

A peine arrivé, je reçois un sms de Genock, le monsieur qui m'avait donné 100 rands pour me rafraîchir à la sortie de Musina.  Ce soir il m'invite à aller prendre un verre (qui devient un repas complet - voir photo) ensemble avec son frère, très sympa, prénommé Lucky (je lui ajouterais bien un second "Luck").

Rencontres et accueil en série...

Un jour de repos, j'en profite pour rencontrer une dame prénommée Motlanalo, la Directrice d'une ONG (Nkuzi Development Association) dont l'objectif principal est la défense des Droits des travailleurs dans les grandes fermes souvent encore gérées par des Blancs: droits des travailleurs eux-mêmes mais aussi droits des autres membres des familles, surtout les femmes et les enfants (accès à l'école, aux soins de santé, etc.)  

Exercice pratique pour moi, le surlendemain, vendredi 5 février: en recherche d'un endroit pour planter la tente, je me hasarde à franchir la grille d'une de ces fermes.  Une dizaine de tracteurs ; plongé dans le moteur d'un d'entre eux, un mécanicien blanc me renvoie au "chef".  J'explique à celui-ci fort occupé mon souhait ... il réfléchit de longues minutes, pendant lesquelles je sens combien mon sort de cette nuit est entre ses mains.  Il me répond : "juste un peu d'herbe" ... "ok, à côté des toilettes."  

Je monte ma tente près d'une maison dont l'enclos renferme dix chiens de toutes tailles; assez agressifs et aboyant ... à la limite je préfère encore un spot qui ne s'éteint qu'au matin !  C'est l'heure de la fin du travail.  Une dizaine de travailleurs agricoles s'approchent et veulent "tout" savoir sur mon voyage.  Ce sont des Zimbabwéens, jeunes pour la plupart.  Ils travaillent durant 5 mois d'affilée à raison de 100 Rands par jour (environ 6 euros) et ensuite ils ont le droit de retourner voir la famille durant une semaine.  Il y a un magasin dans la ferme ... où il payent leur nourriture bien sûr.  Le reste épargné est envoyé à l'épouse restée au pays.  Notez qu'au début des années 1950 en Belgique, "nous" avons traité les immigrés italiens de la même manière (voir la "cantine des italiens" à La Louvière) ... eux, ils pouvaient retourner en Italie, une fois par an !

Le jour précédent, vers 14 heures, j'interpelle des policiers qui ont planté leur voiture à l'abri d'un arbre.  Visiblement, ils font la sieste.  Je leur demande un endroit sûr pour passer la nuit ... "Near the Police Station", me répond l'un d'eux ... c'est à 30 km d'ici.  Fatigué par une longue journée de 80 kms, je m'arrête à l'entrée d'une réserve naturelle.  D'emblée, Walter un des gardiens accepte que je plante la tente dans l'enceinte du parc ... "en toute sécurité" me dit-il.  A force de savoir que l'insécurité est grande la nuit, les gens - y compris les policiers - vous accueillent facilement.

A la tombée de la nuit, un orage éclate en quelques minutes.  Le gardien arrive en me donnant l'ordre de quitter la "hutte" où j'ai monté la tente ... je passerai la nuit à l'abri de la pluie dans le local de conférence de la réserve naturelle où régulièrement des écoles viennent en visite.  Auprès de moi: chacal, hyène, chien sauvage, impala, antillope ... empaillés, rassurez-vous !

Avant d'arriver  à Lydenburg, j'ai vu comment les gens développent ce que l'on appelle l'économie informelle.  Au bord de la route j'ai vu plusieurs salons de coiffure (dont certains très rudimentaires, voir photos) et toute une série de car-washes improvisés constitués de quatre piquets et d'un toit en plastique.  Je me demande combien de clients ils se partagent sur la journée ?

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La région est très belle, semblable à celle des Vosges avec de belles moyennes montagnes ... et donc quelques côtes.  Région truffée de mines (platine, chrome, nickel) visibles à flanc de colline avec de très longues saignées noires, contrastant avec le vert originel. En me dirigeant vers le Sud, voila des montagnes, d'abord comme dans les Vosges, puis le Jura et ensuite la Suisse.

Il est vrai que je me rend au Swaziland, que l'on appelle - si je ne me trompe - la Suisse Africaine.  Ce dimanche 7 février, parti au lever du jour comme d'habitude, je suis arrivé au sommet d'un col de 2.15Om.  Les montagnes sont très belles et il fait assez frais à cette altitude.  Heureusement, j'ai mon polar !

Je continue d'être accueilli dans les fermes.  Ce dimanche 7 février, le fermier m'a proposé un bain d'au chaude ... ce que je n'ai pas refusé.  Le jour suivant approchant du Swaziland, un monsieur blanc s'arrête voyant que je cherche quelque chose.  Il me renseigne un camping.  Un peu plus loin, une dame m'invite à la suivre en voiture juqu'à ce camping situé dans un golf.  Guère habitué à ce genre de sport, je découvre un avis avertissant les passants "risque de traversée de balles de golf ... à vos risques et péril".  Bon, j'ai un casque !  Pour que l'herbe soit plus verte, celle-ci est aspergée sans relâche ... dans une région où les cultures ont soif !   Tiens, il paraît qu'en Belgique, vous êtes bien servis cet hiver !

Comme vous le constatez, les rencontres intéressantes se suivent !  Après le Zimbabwe, je suis ravis de l'Afrique du Sud !  Demain le Swaziland ...

Le lundi de Pâques, participez vous aussi à la Transafrica 2016 !

en rejoignant - avec votre vélo (VTT, de course, avec ou sans assistance électrique) - la dernière étape de cette traversée africaine de près de 6.000 kms à vélo.  Le départ sera donné le lundi 28 mars 2016 à 8h au 36 de l'allée St-Vincent à Jambes vers le Square Nelson Mandela de Gesves via le RAVel jusque Thon-Samson et la vallée du même nom. Pour les non cyclistes rendez-vous à 1Oh en contrebas de l'église de Gesves, chaussée de Gramptinne.  A cet endroit qui porte le nom du premier président noir de l'Afrique du Sud, je déposerai symboliquement les quelques cailloux que je ramènerai du cimetière de Qunu où ce grand homme a voulu être enterré.

Léon

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