Odyssées vers le Sud

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 13 mars 2020

Transandina 2020: Arrivée à Quito

Au petit matin, vue sur le lac de San Pablo près de la ville d’Otavalo en Equateur

Bien arrivé à Quito, terme de la transandina 2020

En quittant Otavalo, la ville aux marchés colorés et parfois fortement odorants (celui des animaux) le samedi 29 février 2020, en route vers Quito, j’ai du affronter un orage. Je m’étais réfugié au bon moment dans un garage attenant à une maison, où il y avait un « gentil » chien qui, pour une fois n’aboyait et ne mordait pas !

Heureusement un peu plus loin, j’avais repéré une cabane de paysan pour me réfugier et y passer la nuit. Problème : la porte était fermée mais sans serrure et bloquée de l’intérieur, il y avait donc une autre entrée, que j’ai trouvée (avec mon flair habituel) à l’arrière. J’ai donc pu y entrer avant la pluie qui reprenait de l’intensité. Malheureusement le toit fuitait de partout et j’installais la tente à l’endroit le moins exposé.

La nuit, m’endormir fut difficile à cause des camions qui peinaient à monter la côte et des bus qui freinaient bruyamment de l’autre côté, la panaméricaine n’étant pas loin. Par ailleurs, une fête proche diffusa de la musique (pas très intéressante mais avec des basses qui auraient réveillé un sourd à des kilomètres de là) jusque 4 heures du matin.

Le lendemain, levé dès 6 heures, je serais bien aller réveiller les fêtards mais je me calmai en m’émerveillant devant le paysage donnant sur le lac San Pablo et le volcan Imbabura à l’est d’Otavalo, tout cela sous un soleil radieux. Une longue montée de 6 km pour arriver au sommet avec une indication annonçant Quito à 55 km, et une longue descente de 30 km, de quoi me réjouir vous comprenez !

Lorsque je croisai deux (plus tout jeunes) cyclo-randonneurs allemands partis il y a plus d’un an d’Ushuaïa, vers l’Alaska, je leur annonçais la mauvaise nouvelle (pour eux) qu’une très longue montée les attendait. Eux de me rétorquer que pour arriver à Quito, c’était aussi très « montant ».

Je continuai la descente avec une pointe à 60 km/heure, confiant dans mon unique frein arrière encore bien efficace, c’était pour moi la dernière descente vertigineuse et « grisante » de la transandine 2020 ! Un peu plus loin, une cyclo-randonneuse dans l’autre sens (celui de la montée). Ayant traversé la route pour « bater un papo » avec elle, celle-ci, une chilienne, partie de Santiago vers le nord de l’Equateur, me remercia d’avoir traversé la route (la « Panam ») pour la saluer.

Elle me donna un renseignement important : si je voulais camper, c’était dans les 5 km suivants car après cela, c’était déjà la région urbanisée de Quito, longue de 50 km. Aussi je ne tardai pas à trouver un bel endroit (à l’abri des regards) surplombant une rivière pour le dernier bivouac avant Quito.

Etonnante cette dernière nuit, pas de pluie... Heureusement car vers midi, j’avais tout sorti des sacs et au soleil tapant équatorial, tout (tente, matelas, sac de couchage, vêtements) fut séché en un quart d’heure. Je ne devrai donc pas recommencer le lendemain.

Refuge un peu délabré, sinistre diront certain.e.s mais bienvenu en cas de pluie !

Séchage complet et rapide au soleil équatorial !

Le lendemain, après une longue côte interminable, l’entrée de Quito me confronta comme à Medellin (message 4) à une circulation intense. Le plus dur ce fut de devoir avaler les gaz polluants de nombreux véhicules au moteur d’un autre âge ou mal réglé. Sans GPS mais ayant noté les noms des différentes avenues se succédant, j’arrivai sans encombre au CEAFAX.

Là, Victoria et David (parlant tous deux le français, ou plutôt le canadien car ayant étudié à Montréal) et les autres employé.e.s dont Paulina, Hector et Jacinto m’attendaient comme prévu. J’arrivai juste un peu avant le repas de midi.

Je suis hébergé pendant une semaine, partageant le repas de midi avec le personnel et me débrouillant pour le déjeuner et le repas du soir en ayant accès à la cuisine.

Le CEAFAX est un centre fondé il y a 35 ans par les jésuites pour favoriser l’éducation audio-visuelle en ville et dans les communautés villageoises dans une perspective de développement intégral « de tout l’Homme et de tous les hommes » (référence à l’encyclique « Populorum Progressio » de Paul VI de 1967). Une priorité du travail cible surtout les écoles et collèges.

Bienvenue à Quito, terme de la Transandina 2020

Une empanada bienvenue à l’heure de midi !

Alors que je consultais mes notes pour vérifier l’itinéraire à suivre dans Quito, un vendeur dans une petite échoppe m’interpelle pour m’offrir une empanada bien venue à l’heure de midi. Il s’agit d’un réfugié vénézuélien qui est à Quito depuis trois ans se débrouillant ainsi avec sa famille ! Muchas grazias amigo !

« Il n’y a pas de problèmes, rien que des solutions » 
Oui mais parfois ce n’est pas si simple !

Dans le message précédent, je vous avais parlé de la situation inextricable d’un passeport sans visa d’entrée à cause d’un ordinateur se souvenant trop bien de mon voyage en Equateur en 2009 ! Ce mardi 3 mars, avec l'aide d'Hector du CEAFAX où je suis hébergé, je suis allé ce matin au Ministère des Migrations.

Cette fois, nous avons bien compris et la personne qui nous recevait nous l’a dit sèchement : je suis "un illégal" car je n'ai pas de visa d'entrée dans le pays (qu’ils n’ont pas voulu me donner). Dès lors en quittant le pays à l'aéroport, je "devrais" (et pas "devrai") payer 800 $ d'amende, mais ce que l'employé ne disait pas et il a fallu lui tirer les vers du nez : "si je refuse de payer, je peux quand même sortir du pays sauf que, puisque je refuse l'amende, je ne pourrai pas rentrer en Equateur durant 2 ans."

OK alors, je suis d'accord puisque de toute façon je ne comptais pas revenir en Equateur dans les années à venir ! Après tout, c’est si simple, pourquoi compliquer quand on peut faire simple ?

Un grand merci à l’équipe du CEAFAX de Quito qui m’a soutenu et conseillé dans ces démarches. En revanche, je me permets d’attribuer une mauvaise note au consulat de Belgique à Quito qui m’avait envoyé un courriel, disant qu’ils ne pouvaient rien faire même pour les Belges en cas de problème de migration. Ils auraient pu simplement me donner l’information concernant l’amende que l’on n’est pas obligé de payer !

Aussi je me demande à quoi ils servent ? Il est vrai qu’ils ont beaucoup de travail pour préparer les voyages éventuels (mais peu probables) de Philippe et Mathilde et des délégations économiques (une par région) de notre petit pays !

Un autre (petit) problème avec Outlook

Outlook dit vouloir limiter le nombre de messages indésirables en mettant une limite au nombre de messages envoyés dans une liste d’adresses. Mais – stupidité vous en conclurez – sans dire quelle est cette limite. Donc de ma liste d’adresses qui ne fonctionnait plus, j’ai passé mon temps à en recréer plusieurs petites de 50 adresses maximum, comme si 1 x 250 ou 5 fois 50, ce n’était pas la même chose, dirait un enfant de six ans !

En fait, j’ai compris, Outlook veut que je passe à la solution « premium », qui est... payante ! Ceci dit, suite à cette modification, soit je vous ai perdu.e, vous ne recevez plus mes messages et vous ne pourrez pas me le faire savoir, soit vous recevez le message deux fois, mais cela, vous me le direz et je recevrai un message de vous. Merci !


Visite de Quito, une des premières villes sacrée patrimoine mondial par l’Unesco

La meilleure façon de visualiser l’entièreté de cette ville très étendue qu’est Quito c’est de grimper au Panecillo (de l'espagnol : « petit pain »), une des nombreuses collines. De son sommet, on peut voir le champ de bataille historique où le maréchal Sucre a vaincu les Espagnols dans la bataille décisive de l'indépendance en 1822 sur les flancs du volcan Pichincha à l'ouest. Pour y arriver, il faut grimper les quelque 800 marches et comme l’on arrive à 3.000 mètres d’altitude, le cœur trinque « un peu » et il faut s’arrêter à de nombreuses reprises.

À son sommet se trouve une statue de la Vierge, un peu particulière. Il s’agit d’une réplique en aluminium, de 38 mètres de haut d’une statue de bois polychrome taillée en 1734 par Bernardo de Legarda. Une vierge avec des ailes faisant plutôt penser à un ange, écrasant à ses pieds un serpent évoquant les versets de l’Apocalypse. En montant à l’intérieur du support de la statue, l’on découvre la plupart des quartiers de la ville de Quito.

En cette fin d’après-midi de ce mercredi 4 mars, j’ai de la chance : pas de pluie mais un soleil couchant, chatoyant éclairant les innombrables habitations de tout gabarit, allant des petites maisons aux couleurs vives, les édifices de l’époque coloniale, jusqu’aux gratte-ciel et immeubles modernes nettement moins beaux.

La vierge de Quito au sommet du Panecillo

Il y a aussi bien sûr les nombreuses églises et couvents qui ont été construits dès le 16ème siècle dans la foulée de la conquête espagnole. Dans le centre historique, l’on découvre successivement et dans un espace restreint les constructions des Franciscains, Dominicains, Carmélites, Augustins, des religieux de l’ordre de la Merced, sans oublier l’œuvre exceptionnelle des Jésuites, l’église « de la compagnie » :

A ce propos, lorsque l’on entre dans cet édifice, l’on est de suite marqué par cette opulence et je dirais même cette « débauche » d’or. En revenant à l’histoire des conquistadors, l’on ne peut oublier que ce métal précieux a fait l’objet d’une des plus dramatiques confrontations entre les envahisseurs européens et les civilisations (Incas, Mayas, Mapuches et autres) qui peuplaient ce continent finalement « latinisé et christianisé ».

Avec toutefois, à chaque coin de rue, des traces humaines vivantes de ces civilisations pré-européennes dans les visages, les coloris des vêtements de ces hommes et de ces femmes des différentes communautés « indiennes », qui pour survivre, vous proposent de calmer votre faim ou des gadgets, allant des jouets pour votre enfant jusqu’au dentifrice et des rouleaux de papier toilette, ce qui peut être utile dans certains cas !

Il y a aussi les édifices publics, monuments rappelant les batailles pour l’indépendance, et bien sûr banques, hôtels, etc. De nombreux musées également et leur riche patrimoine religieux et autre. Sans oublier le parc de la « Plaza grande » où l’on peut se reposer si l’on ne se trouve pas à proximité d’un messager de la « bonne nouvelle » qui débite son texte inlassablement sans s’égosiller, pendant des heures, et ce, ce qui m’étonne, sans perturber nullement celles et ceux qui sont assis près de vous !

Cloître fleuri du couvent des Dominicains

Tout ce qui fait de Quito, une des villes les plus belles du continent. Avec son million et demi d’habitants, Quito a la taille de Bruxelles (un peu plus) et est loin de Cali (4 millions) et de Bogota (7,5 millions) en Colombie voisine.

Quito de nuit, la "plaza grande"

Echanges de souvenirs, de rêves futurs et de droits humains

Excellente soirée hier jeudi 5 mars, dans un bon restaurant italien, invité par David M. au nom de l’équipe du CEAFAX. Depuis 17 ans qu’il travaille au sein de cet organisme à Quito, David, parlant Français (plutôt canadien car il a passé trois ans d’études à Montreal) a eu l’occasion de voyager à plusieurs reprises en Amérique (Sud et Nord), Europe, Moyen-Orient et Afrique (Egypte, Ethiopie, Kenya).

Avec dans la tête d’autres rêves de voyage comme celui de traverser (pas à vélo bien sûr) sur la ligne de l’équateur, l’immense région de l’Amazonie qui couvre 6 pays (Venezuela, Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie, et bien sûr le Brésil).

Nous avons également parlé de la composition multiraciale des pays que j’ai visités ainsi que de la présidence de Rafael Correa (15 janvier 2007 – 24 mai 2017). A propos de celui-ci, rappelons que son épouse est jamboise (fille de Paul Malherbe, ancien colonel para-commando, récemment décédé, homonyme de notre regretté curé de St-Jean, Pol Malherbe), que Rafael a connue lors de ses études à Louvain-la-Neuve.

David précise que Anne, l’épouse de l’ex-président équatorien, a toujours voulu rester discrète en refusant d’endosser le statut protocolaire de première dame de l’Equateur. En revanche, en 2007, elle eut le courage de prendre position contre l’enfermement de deux Équatoriennes (Ana Cajamarca et sa fille de onze ans, Angelica) au centre de Steenokkerzeel.

Ses déclarations furent jugées « offensantes » et « infondées » par le ministre belge des Affaires étrangères de l’époque Karel De Gucht. Déclarations étonnantes puisque l’on sait que la Belgique n’est pas un exemple en ce qui concerne l’enfermement jugé inhumain par les organismes de défense des Droits de l’Homme surtout lorsqu’il s’agit d’enfants, innocents de surcroit. « Proclamer la vérité vous rendra libres », dit bien une maxime, envers et contre tout !

Les enfants (de tous les pays) ont les mêmes Droits !

Famille présidentielle belgo-équatorienne Rafael Correa - Anne Malherbe

Un saut en Amazonie Equatorienne

Vendredi 6 mars, 9h du matin, je prends un bus de la compagnie « Corredor-Sul-Occidental » pour rejoindre le terminal de bus « Quitumbe ». « Pars à l’avance », me dit Paulina ; en effet le trajet dure une heure pour 16 points d’arrêt.

Le bus pour Tena et Misahualli démarre à 11h30 pour un trajet de 7 heures via Ambato au lieu de 2 heures suite à des travaux sur la route que j’avais parcourue à vélo il y a 11 ans, via le col de Papallacta, lors des premiers jours de la « Transandina 2009 ».

Le voyage en bus de Quito à Misahualli d’une durée de 7 heures fut assez pénible de par le fait que j’ai dû « subir » 4 films d’affilée dont les trois premiers comportaient des scènes de violence à raison de 95% du temps. Dieu sait combien de balles ont été tirées et autant de morts.

N’en pouvant plus, je suis allé demander au chauffeur de ne pas lancer le troisième film mais il a fait semblant de ne pas comprendre. Les autres passagers restant amorphes, habitués qu’ils sont de devoir subir les choses mêmes les plus injustes et les plus absurdes. L’on s’étonnera que la violence gagne de plus en plus de terrain dans les relations entre les humains !

A Shiripuno ou Amélie travaillait auparavant, l’on constate une augmentation terrible de la violence, due à l’alcool, aux manques d’emploi et d’éducation, non seulement chez les hommes mais aussi maintenant chez les femmes ! Mais quel moyen avons-nous pour empêcher la production de telles inepties profitant quelque part à quelques personnes sans scrupule ?

Entre Banos et Puyo, j’ai refait en sens inverse le chemin que j’avais parcouru à vélo en 2009. Longeant une rivière, il y a beaucoup de tunnels que je n’avais pas empruntés mais via la corniche m’offrant des paysages époustouflants avec notamment un passage au pied du volcan Tungurahua dont je vous ai parlé dans un précédent message.

Arrivé au Rio Napo, après avoir traversé la rivière, le chauffeur m’a dit de prendre un autre bus en correspondance pour rejoindre Misahualli à 18 km. Comme celui-ci tardait à venir, un homme parlant italien me proposa de monter à l’arrière d’une camionnette avec un gamin, fils de boulanger.

Me voilà juché sur des sacs de carottes et autres légumes - vous connaissez mon caractère intrépide - lorsque nous sommes arrêtés par un contrôle de police. « Ouaille mon passeport sans visa ! »

En moins de deux, nous sautons en dehors du véhicule en « stoemelings » lorsque le bus arrive qui nous emmène sans problème à destination alors que la nuit est presque déjà tombée ! « L’aventure commence au crépuscule de chaque soir » dirait le Grand Jacques !

Ceci dit, c’est avec un très grand bonheur que j’ai retrouvé ma petite-cousine Amélie que je n’avais plus vue depuis plus de 10 ans, lors de la traversée des Andes en 2009.

En attendant la cuisson d’excellentes « pizze », nous avons regardé ensemble le film réalisé sur le voyage de 2009, en compagnie d’Amélie, Huaira le garçon qui n’avait que quelques mois, de Yaku, sa petite sœur qui n’était pas née à l’époque et du compagnon d’Amélie, Miguel de nationalité argentine.

La famille d’accueil à Misahualli : Huaira, Amélie, Miguel et Yaku

Amélie enseigne dans une école privée financée par une fondation étatsunienne, Antioquia ; elle est responsable de la classe de remédiation tandis que Miguel est le vice-directeur de l’école. La pédagogie utilisée dans cette école promeut une éducation basée sur le respect mutuel des élèves, un apprentissage participatif et progressif ainsi que la collaboration des parents au projet.

L’école est ouverte aux degrés maternel, « fondamental » et aux premières années du secondaire pour utiliser des vocables « belges ». Les parents contribuent au coût de l’école en fonction de leurs revenus ; les parents démunis du fait d’être sans emploi, contribuent au projet en travaillant à l’entretien des classes ou à l’extension de l’école.

En visitant les locaux propres et colorés, l’on remarque la nette différence avec ceux des écoles financées par le ministère équatorien de l’éducation, qui bien sûr investit dans ce domaine y compris dans les villages les plus reculés, mais dont les bâtiments, après quelques années, se retrouvent dans un piteux état, faute d’entretien, de moyens et de prise de conscience des personnes responsables.

Ce samedi 7 mars, après avoir mangé au restaurant un plat typique, appelé « maito » avec du poulet ou du tilapia présenté dans une feuille de « bijao », nous avons fait un tour en pirogue sur la lagune « Isla Paicawe ».

Nous avons vu d’énormes poissons « paiche » (l’équivalent en brésilien du Pirarucu), pouvant mesurer jusqu’à 3 mètres de long, des singes petits et grands (« singes-araignées), des iguanes et un oiseau appelé « hoatzin » (voir photo).

Avec Amélie et Yaku sur la lagune,

L'oiseau hoatzin

Huaira montre l'emplacement de l'Equateur sur le globe

Dimanche matin consacré en partie au culte : le pasteur d’origine cubaine essaye de conscientiser les gens aux problèmes de drogues, alcoolisme et en cette journée mondiale de « la mujer », il appelle au respect des femmes dans tous les domaines de la vie.

Pour le repas de midi ; Miguel en bon Argentin nous prépare une bonne viande cuite selon le mode "a la parilla" de son pays. L’après-midi, nous sommes allés au bord de la rivière « Misahualli » pour nager. Des jeunes du coin descendent les rapides sur des chambres à air de camion, ne pouvant se payer les tarifs des kayaks des agences de voyage !

Lundi matin, avant de reprendre le bus de Quito, j’ai salué les nombreux élèves de l’école arrivant très tôt pour la journée ou pour la semaine pour celles qui résident à l’internat. Ce fut ensuite l’embrassade avec cette sympathique famille franco-argentine (Amélie, Miguel, Huaira et Yaku) nous promettant de nous revoir dans un avenir pas trop lointain, en France ou en Belgique.

Quant au trajet de retour avec le bus de la compagnie « Amazonas », égal à celui de l’aller, à oublier. Mais il y a tant d’autres belles choses, de beaux paysages et surtout de belles personnes au cours de rencontres à garder en mémoire pour cette Transandine 2020, la dernière du nom.

Les mots « Transandine 2020 » écrits sur le sable du Rio Misahualli en Amazonie équatorienne, que l’eau emportera comme nos rêves s’envolent au fil de nos vies. Restent dans nos cœurs le souvenir et la fierté de les avoir réalisés et vécus.

Préparation du retour en Belgique

Depuis l’aventure du départ à Zaventem (9 janvier 2020), où un surplus de poids du vélo et du bagage à embarquer dans l’avion de la KLM risquait de me coûter 2 x 100 € pour quelques kilos excédentaires (du chocolat !), à Quito, j’ai veillé à ce que la limite de 23 kilos ne soit pas dépassée ni pour mon destrier, ni pour le bagage rentrant également au pays. D’où utilisation d’une balance bien précise :

Non la caisse contenant le vélo ne dépassera pas 23 kilos !

Autres photos, avec leur commentaire





Photos diverses et souriantes des marchés d’Otavalo

Mais oui, maman, avec l’âge, tu es un peu dure d’oreille !

Tailleur, atelier ouvert sur la rue !

A Quito : deux Colombiens en route – biens chargés – vers l’Argentine.


 

 

Un message sympa !

Parmi les nombreux messages de sympathie et d’encouragement de votre part, j’en retiens un que je retranscris ci-après, et qui vient d’un couple très sympathique et jeune d’esprit, tout en ayant dépassé les 4x20 ans :

« Hello Léon et merci pour ces comptes-rendus qui nous font découvrir d’autres horizons. Ils nous projettent hors de notre petit “chez soi”. Heureusement grâce à vous, nous pouvons continuer à voyager avec nos yeux, même si nos jambes deviennent de plus en plus récalcitrantes, Notre souhait : puissiez-vous continuer longtemps sur votre lancée. Très amical souvenir. »

Marie-Thérèse et Jean-François Lopépé du Grand Namur

Mercredi 11 mars 2020 17h30 - atterrissage à Zaventem

Au grand plaisir de vous revoir en Belgique.

Léon

Remise des compteurs à zéro pour le prochain voyage !

Destination encore inconnue à ce jour !

jeudi 5 mars 2020

Transandina 2020 : de Pasto à Quito

Lac de Cuicocha en Equateur, cratère volcanique

Fin de la traversée de la Colombie

En quittant Alvaro qui m’a hébergé durant 3 nuits, j’ai ressenti combien l’accueil est une qualité des Colombiens, du moins chez ceux chez qui j’ai été hébergé. Quand je suis arrivé à Ipiales, la dernière ville au sud de la Colombie, j’avais deux adresses de « Warmshowers ». Pour la première, j’étais arrivé à la bonne rue ; un garde privé du quartier, prénommé Lasso a téléphoné à David ; comme celui-ci ne répondait pas, il a essayé au deuxième et cela a marché.

Ozkar, a bien voulu que je passe la nuit chez lui. Il s’agit d’une ancienne station d’essence et les cyclistes peuvent passer la nuit dans un local un peu fourre-tout. Pas d’électricité mais la fille d’Ozkar m’a donné une bougie. Pas de cuisine mais Ozkar m’a chauffé de l’eau pour une bonne soupe « Royco ». Cela faisait longtemps que je n’avais plus eu l’occasion de m’en préparer une !

En quittant Alvaro, avec qui nous avons eu de beaux échanges sur la Colombie

Visite du sanctuaire Notre-Dame de « Las Lajas »

En chemin, j’ai recroisé le cyclo-pèlerin qui venait du nord de la Colombie et qui n’avait pas beaucoup de bagages ; il était tout heureux de revenir de l’endroit où il était allé prier. Je m’y suis rendu également et j’ai découvert une basilique d’une construction impressionnante, dans une vallée étroite et dominant tout le paysage. Vous en jugerez vous-mêmes en voyant la photo.

Quant aux nombres d’ex-votos apposés aux murs et aux rochers attenants, l’on peut en conclure que des centaines de personnes ont été satisfait.e.s car exaucé.e.s de leurs demandes. Dans l’église, je vois des sacs à dos « européens » et j’entends parler français. Ce sont trois jeunes dont un belge d’Anvers voyageant en « backpakers ». Ils viennent de l’Equateur ; comme j’y serai le lendemain, nous échangeons des pesos contre des dollars étatsuniens… puisque l’Equateur a adopté cette devise comme monnaie nationale.

Il est près de 17h ; les jeunes comptent prendre un bus pour Pasto : 85 kms. Ils pensent qu’il leur faudra 2h de route ; que nenni, après renseignements chez les locaux, il faut prévoir 4h, car il y a des travaux. J’ai eu moi-même pas mal de difficultés pour traverser ces tronçons à vélo après avoir mangé pas mal de poussière et respiré à de nombreuses reprises les gaz d’échappement. Mais comme vous me lisez, je suis toujours vivant !

Je ressens cependant déjà les difficultés dues à l’altitude. Ce sera encore plus dur en Equateur : Quito se perche à 3.000 mètres !

Le sanctuaire de « Las Lajas » est une église néogothique construite en 1916 dans une gorge où une fillette muette aurait par miracle retrouvé la parole.

Entrée en Equateur : un ordinateur qui se souvient trop bien de mon passage en 2009

En mai 2009, j’arrivais à Quito (dans la nuit du 1er au 2 mai exactement) pour le départ de la Transandina en direction de Salta en Argentine en traversant l’Equateur, le Pérou et la Bolivie. Ce samedi 22 février 2020, tout confiant j’arrive à la frontière entre la Colombie et l’Equateur après une dernière nuit en Colombie chez Ozkar.

Pour sortir de Colombie, pas de problème. Pour entrer en Equateur, je pensais que cela aller comme sur des roulettes. Et bien non l’ordinateur du douanier lui dit que je suis bien entré en mai 2009 en Equateur mais que je n’en suis jamais sorti… !

En fait, dans le sud de l’Equateur, j’avais choisi une petite route qui passait par Zuma et un dimanche après-midi, je suis entré au Pérou via un poste de douane dans un petit village. Allez voir la vidéo du film de 2009 et vous verrez qu’un douanier lève une barrière douanière « jaune et noir » constituée d’une branche d’arbre plus ou moins tordue, pour me laisser passer ; c’était le dimanche 14 juin 2009, jour de la fête des pères.

Le problème c’est qu’il n’y avait pas d’ordinateur pour enregistrer ma sortie et ce samedi, je n’ai pas avec moi en 2020, le passeport (périmé depuis) que j’avais en 2009 et que me réclame le douanier. Dès lors, celui-ci m’envoie chez un autre douanier qui me dit que « cela va durer car il y a un grave problème ». Je me voyais déjà retourner en Colombie et aller chercher mon avion de retour à Quito, je ne sais comment ?

Une demi-heure s’écoula et une dame, une cheffe vraisemblablement mais néanmoins en tant que « médiatrice », vient annoncer que je peux entrer en Equateur et aller chercher mon avion à Quito le 10 mars prochain, mais sans me donner de cachet d’entrée sur mon passeport « puisque officiellement, je n’en suis jamais sorti depuis 2009. » dit-elle !

Pourtant, il me semble que j’ai vu pas mal d’autres pays entretemps (vous pouvez confirmer !) Inextricable avec en plus – dit la cheffe – si je reviens en Equateur durant les deux prochaines années, je devrai(s) payer une amende de 800 dollars. Ouf d’abord que je ne paie pas d’amende le 10 mars 2020… pour une erreur ou un manque dont je ne suis nullement responsable ! C’est comme cela avec la Justice, c’est souvent la « victime » qui paie. Ne venez plus me dire qu’un ordinateur n’a pas assez de mémoire ; ici c’est pire qu’un éléphant !

Visite d’Ibarra en bus à l’occasion du carnaval

J’ai souvent rêvé de vivre un carnaval sud-américain ; cette année, l’opportunité se présente : Ibarra célèbre le carnaval le lundi 24 février. Une occasion de visiter la ville la veille et de filmer un des événements annuels majeurs pour une population qui n’a pas souvent l’occasion de se réjouir.

Le lundi de carnaval, je me suis rendu en bus dans un village qui s’appelle Chota. Les gens, surtout les enfants et les jeunes s’amusent à s’asperger d’eau et de mousse. A Binche, ce sont des oranges, à Andenne, des oursons ; ici, on risque de rentrer plus mouillé qu’à l’arrivée ! Pas très génial en fait.

Par contre ce fut l’occasion de retrouver Alexandra d’Erpent que j’avais rencontrée - à vélo elle aussi – à plusieurs reprises sur la « carretera austral » au Chili en mars 2019. A Ibarra, nous avons échangé les souvenirs de nos voyages 2020 actuels en Colombie et en Equateur. Et même de la mousse au chocolat délicieuse comme en Belgique !

Quelques jours après ce bon moment, le jeudi 27 février, alors que je peinais dans une longue montée pour sortir de la ville d’Ibarra, j’entends quelqu’un qui crie « Léon, Léon » depuis une voiture … c’était Alexandra qui avait délaissé le vélo pour quelques jours et qui se rendait à Quito en voiture avec une amie.

Retrouvailles avec Alexandra d'Erpent (Carretera austral 2019 au Chili)

Une route impossible pour monter à 3.800 mètres d’altitude.

Ce mardi « gras », j’ai eu la bonne idée de prendre une petite route alternative entre Tulcan et El Angel. Etant donné que les gens à qui je demandais le chemin m’envoyaient par la Panaméricaine, j’ai fait un détour de 14 km et une montée inutile de 7 km ! Après avoir retrouvé le bon chemin, j’ai appris que j’étais devancé par un couple de cyclistes néerlandais.

Traversant le « paramo » aux splendides paysages (typiques de certaines régions du Venezuela et de la Colombie mais aussi d’Equateur) où l’on peut compter d’innombrables frailejones (dont le nom latin est « Espeletia pycnophyllia » et qui jouent un rôle essentiel en retenant l’eau dans une zone dépassant les 3.000 mètres où les arbres ne poussent plus), j’ai mis près de 9 heures pour arriver dans la nuit au sommet : 3.800 mètres, je ne m’attendais pas à un tel dénivelé si bien que le mal des montagnes m’a gagné en fin de parcours !

Alexandra était passée par là avec Valentine (Chili « carretera austral » 2019 également) et un ami ; elle m’avait dit que je pouvais passer la nuit dans un chalet où se retrouvent les gardes du parc naturel de « El Angel ». Les Néerlandais y étaient arrivés dans l’après-midi ; avec leur jeunesse et des pneus d’une section double des miens, ils avaient bouclé le trajet en moins de 4 heures !

Une bonne partie du trajet, j’ai poussé le vélo. J’ai eu cependant de la chance, j’ai évité l’orage qui avait arrosé mes amis. La route empierrée et très « cabossée » était détrempée et ce fut une longue journée très difficile.

Le lendemain et les jours qui suivent, une descente vers Ibarra d’un dénivelé de 2000 mètres : je dois resserrer mon (unique) frein arrière !

Le Paramo et ses milliers de "frailejones"

Un frailejone fleuri

Ce mercredi, je suis bien descendu, d’abord par une route dingue et pire que les tronçons pavés de Paris-Roubaix (vous en jugerez en voyant les photos) et ensuite une belle route asphaltée : 36 km de descente. Néanmoins, les routes en Equateur ne sont pas aussi belles qu’en Colombie, c’est un peu comme en Belgique : l’on doit parfois slalomer entre les trous !

Des pavés pires que sur le Paris-Roubaix

Question : comment se fait-il que tant de jeunes voyagent à vélo pour découvrir le monde et ce pendant de longues périodes ? Les Néerlandais de « El Angel » voyageaient depuis deux ans. Ils avaient travaillé auparavant et économisé pour un long voyage. En fait, maintenant et pas dans 40 ou 50 ans !

Qui sait, avec des gouvernements du style Michel et Bacquelaine (ou Macron), les enfants d’aujourd’hui ou qui vont naître dans les décennies qui viennent, devront peut-être travailler jusqu’à 69 ans puis 71, 73 (en fait pour faire comme dans les pays voisins), 77 ans pour avoir une pension? 77 c’est un peu exagéré… il ne serait même plus permis de lire les aventures de Tintin, une fois en retraite !

Revenons aux jeunes qui voyagent et qui se disent : autant faire une pause quand on n’a pas encore 30 ans et que l’on peut encore pédaler ! Evidemment, il faut avoir une profession qui permette de retrouver facilement du travail au retour. Mais avec une ouverture d’esprit et d’ouverture sur le monde à l’issue d’une telle expérience de vie, qui peut avoir son poids dans un curriculum vitae !

Otavalo, ville indigène, marchés, artisanat, lacs et volcan.

Perchée à 2.530 mètres au dessus du niveau de la mer, Otavalo, ville coloniale porte le nom d’un des peuples indigènes de l’Equateur. L’artisanat occupe une place importante dans l’économie de la région. La ville est surtout connue pour son marché du samedi.

Dans les environs, la lagune de Cuicocha qui se trouve au pied d’un volcan éteint, le Cotocachi est en fait un cratère volcanique de 4 km sur 3 avec une profondeur approximative de 200 mètres.

Ce vendredi 28 février, le temps couvert et la pluie font place au soleil. En bus et taxi partagé avec une famille française à l’aller et deux suissesses au retour, j’arrive à une altitude dépassant les 3.000 mètres. Un peu plus de 4 heures pour boucler le tour du lac avec des vues merveilleuses d’une nature protégée.

L'artisanat d'Otavalo

Couleurs vives du marché d'Otavalo

Un peu d’histoire : Rumiñahui (« œil de pierre » en quechua) était un grand général inca. Il lutta contre les Espagnols et résista 1 an et 5 mois après la mort d'Atahualpa, le dernier empereur de l’empire inca indépendant, lâchement assassiné par les conquistadores, plus précisément par le sinistre Francisco Pizzaro.

Rumiñahui était sur le point de battre les espagnols, qui possédaient arquebuses, fusils et chevaux (inconnus auparavant pour les Incas) quand le volcan Tungurahua se réveilla et les indigènes crurent que c’était une punition des dieux. Rumiñahui et les siens furent vaincus. Au centre de la ville d’Otavalo, il y a une statue rappelant sa vie. Notons que le dit volcan se réveille de temps en temps comme en 1999 et 2006, lorsque cela entraina la mort de 6 personnes.

Ce samedi 29 février 2020 (année bissextile, je bénéficie d'un jour de plus), je prends la route de Quito. Il me reste 90 km à parcourir. Ce lundi 2 mars, je suis bien arrivé à Quito, accueilli par les amis de Théo Mertens au CEAFAX, après une longue côte interminable (Quito se perche à 3.000 mètres d'altitude).

Bilan de la Transandine 2020 : 38 jours cyclés pour 2.360 km

Autres photos (commentées)

Pour les fresques murales, les équatoriens sont doués

Cette dame pousse son étal vers le marché d'Otavalo

Que de fils, comment l'électricien s'y retrouve-t-il ?

En Sicile, l'on appelle ces fruits des "figues d'Inde"

Une briqueterie, qui me rappelle mon travail au Brésil (1974-1977)

Couleurs équatoriennes

samedi 22 février 2020

Transandina 2020 : de Popayan à Pasto

 

Les Andes en fleurs (suite)

Rappel historique d’un long conflit interne à la Colombie (Wikipedia)

Le conflit armé colombien est un conflit interne en Colombie. On date son origine au milieu des années 1960 avec la création de différentes guérillas. À partir des années 1980, des groupes paramilitaires se constituent, se présentant comme une force de contre-insurrection opposée aux guérillas que l'État ne parvient pas à vaincre. Au cours des années 2000, les Autodéfenses unies de Colombie, principal groupe paramilitaire, sont officiellement désarmées après un accord de paix avec le gouvernement (remplacées par des « groupes émergents » moins puissants).

Le conflit se poursuit à la fin des années 2000 entre les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) et l'Armée de Libération Nationale (ELN marxiste), les cartels paramilitaires (BACRIM) et les forces gouvernementales. Le tout dans un contexte de lutte contre un système dominant et d’autre part impliquant un vaste trafic de narcotrafiquants à la dimension internationale (plus proche de nous, le port d’Anvers en est une des plaques tournantes). La drogue, si cela pousse en Colombie et ailleurs, c’est parce que « l’on » en consomme chez nous, et cela rapporte grandement à plus d’un intermédiaire !

Entre 1964 et 2016, le conflit a fait 260.000 morts, 45.000 disparus et 6 millions de déplacés et constitue, selon le sous-secrétaire des Nations unies pour les questions humanitaires, « la plus grande catastrophe humanitaire de l’hémisphère occidental ».

Un accord de cessez-le-feu définitif (les FARC observaient déjà auparavant un cessez-le-feu unilatéral) est annoncé le 23 juin 2016 qui est déclaré comme étant « le dernier jour de guerre » entre les FARC et le gouvernement. L'accord de paix est finalement signé le 24 août avec les FARC et l’ELN. Toutefois cet accord n’est pas validé par le référendum du 2 octobre 2016, comme déjà dit dans mon message précédent.

L’ELN rompt les accords de paix et lance une action de blocage, ce mois de février 2020

Fin 2019, une partie de l’ELN (Armée de Libération Nationale) rompt les accords de paix. Il y a quelques jours, ils annoncent une action d’envergure de blocage des routes pour les 4 jours du 14 au 17 février. Les spécialistes confirment cependant que l'impact du couvre feu décrété par les autorités est et sera limité.

Selon les experts, l'ELN n'est pas suffisamment puissante pour impacter le pays dans son ensemble, au contraire ils estiment leur capacité de nuisance à un nombre très limité de zones et de villages situés dans des régions pour la plupart reculées et non touristiques.

Concrètement : dans les régions les plus touristiques du pays (Bogota, Medellin, Pereira, Armenia, Santa Marta, Cartagena) aucun problème n'est à signaler et tous les services de transports fonctionnent.

De manière plus générale les tensions sont limitées aux régions frontalières avec le Venezuela et en particulier le Catatumbo, l'Arauca et le Vichada, et au sud du pays dont certaines parties du Cauca, Choco et Nariño, c’est justement là (Nariño et Cauca) que nous (les deux amies belges Alexandra et Valentine et moi-même) nous nous trouvons en ces 14, 15, 16 et 17 février !

L’ELN (Ejercito de Liberacion Nacional) rompt la trêve

Mais pas de panique, nous sommes vigilants !

Comme je me trouve dans la région entre Popayan et Pasto, je suis très vigilant. Ce samedi 15 février, en quittant le village de Rosas, j’entame une très longue descente, environ 75 km, mis-à part une côte de 2 km et quelques petites de temps en temps. C’est bien mais je me dis que pour arriver à Pasto, je vais devoir remonter tout cela.

Au début, il n’y a presque personne qui circule, il fait subitement plus facile respirer ! Au premier péage, les deux dames employées attendent les véhicules, nous avons le temps de causer, « bater un papo » comme l’on dit en brésilien.

Un peu plus loin, quelques militaires sont de garde. Quelques mots échangés avec eux, la situation est sous contrôle. Je puis continuer ! Le premier militaire me répond gentiment. Le second, fait le salut en claquant des talons quand je passe, comme si j’étais un officier ! Quel honneur, « moi qui ne fut même pas soldat », dirait Jacques Brel !

Militaire en mission de surveillance (photo prise en « stoemelings»)

Au terme de la journée, je traverse un pont qui « danse » à chaque passage de véhicule lourd. De l’autre côté, des militaires sont retranchés, cachés dans les arbres avec armes et jumelles. Pas de danger ! Merci à Anne Dollet de France pour les infos actualisées reçues par courriel le 14 février.

Une rivière dans une vallée magnifique

Le matin, en échangeant avec Tania et son frère, deux jeunes qui marchent le long de la route, munis d’une machette (pour couper un peu d’herbe pour les moutons), ceux-ci me disent qu’ils ne craignent pas trop les « guerilleros ». D’abord, ceux-ci ne s’en prennent pas aux paysans mais bien aux voyageurs des voitures et des bus qui, étant donnés qu’ils voyagent, ont toujours sur eux quelques (cela varie) réserves de pesos, ou des dollars, des euros lorsqu’il s’agit de voyageurs étrangers à vélo par exemple... Mais comme déjà dit, j’avance « à vue » !

Tania et son frère sont rassurants

Commentaire : en fait les membres de l’ELN, entendent par cette action, rappeler qu’ils existent encore, montrer qu’ils sont toujours actifs et qu’il faudra tenir compte de leur organisation à l’avenir. Ils prétendent ainsi, qu’en bloquant les routes, au moins on parlera d’eux.

Rencontre d’un globe-trotter marchant de Ushuaïa jusqu’en Alaska.

Dimanche 16 février, alors que peu de véhicules circulent, je vois arriver devant moi un marcheur poussant un tricycle, plutôt une remorque dans laquelle prennent place d’habitude un ou deux enfants derrière l’un de leurs parents à vélo. Il s’agit de Oliwer, un jeune slovène, parti d’Ushuaïa à pied avec l’intention de rejoindre l’Alaska, un voyage demandant environ trois ans pour plus de 26.000 km.

L’an passé, en Argentine, j’avais croisé un Japonais qui terminait le même chemin mais en sens inverse et qui marchait pour la paix ! Oliwer n’est pas seul, il a recueilli un chien abandonné au Pérou, qu’il a baptisé Carlito, qui se laisse conduire car il a trouvé une place privilégiée dans le « véhicule ».

Depuis le départ (plus de 13.000 km parcourus), Oliwer a usé trois paires de pneus et cinq paires de chaussures. Il est passé également par le fameux tronçon de la « carretera austral » au nord du lac du désert en Argentine (vous vous souvenez du reportage de la Transandina 2019) Il a du porter son tricycle après en avoir vidé le contenu. Bonne chance et courage à ce globe-trotter exceptionnel qu’il est rare de rencontrer.

La longue montée vers Pasto

Dimanche 16 et lundi 17 février : deux jours très durs. Chaque jour une belle descente mais en compensation une montée équivalente de l’autre côté de la rivière traversée. Ce lundi, la remontée fut particulièrement longue : j’ai du pousser le vélo pratiquement tout le temps, soit 4 heures pour parcourir 12 km !

J’accompagne de temps en temps un cycliste colombien venant de Cucuta, à la frontière avec le Venezuela. Il va en pèlerinage à Ipiales, à la frontière équatorienne, vers le sanctuaire de « les lajas » où affluent des pèlerins là où la Vierge est apparue en 1754 à Maria, une femme indigène et à sa fille Rosa.

Il a très peu de bagages ; vous pourrez comparer les photos des deux vélos. Il me dépasse plusieurs fois et je le rejoins. Malgré le fait qu’il a peu de bagages, il ne va pas plus vite, il fume !

Ce lundi soir, très fatigué, après un bon repas au restaurant situé au sommet de la côte de 12 km, j’ai eu beaucoup de chance. Un monsieur refuse dans un premier temps que je plante la tente chez lui, m’envoie chez « une voisine » et puis se ravise en se rappelant qu’il était passé aux Pays-Bas et en Belgique il y a 35 ans.

Finalement, je puis dormir à l’abri et bénéficier de la toilette alors qu’il ne compte pas passer la nuit ici. Merci pour la confiance Alvaro !

Une longue journée vers Pasto où il fait froid

La journée de ce mardi 18 février me parut bien longue. Peu de descentes si ce n’est à la fin du parcours, peu de possibilité pour moi de rester sur la selle. Dès lors une moyenne très basse : 6,29 km/h.

Au long de la route, toujours des réfugiés qui marchent inlassablement, avec à un certain moment un chassé-croisé : ceux et celles qui continuent vers l’Equateur et le Pérou et de l’autre côté de la route, ceux qui en reviennent. Certains ont dans leur sac quelques outils ; ils trouvent parfois du travail dans la construction, la pêche me disent-ils

Des jeunes se plaignent qu’ils ont faim, je partage le maigre surplus de nourriture de la veille mais ce n’est pas une solution durable. En ce qui me concerne, je suis ravitaillé en « carburant » énergétisant (sporade tropical) par une famille qui s’est arrêtée pour le pique-nique. Un peu plus loin, ils me dépassent et la dame me tend un billet de 10.000 pesos (3 Euros), surprenant !

En arrivant à Pasto (plus de 2.500 m d’altitude), il fait froid et certains des réfugiés sont enroulés dans une couverture. Sur une place, une petite échoppe où un homme prépare des beignets ; un réfugié s’approche et en reçoit quelques-uns. De même dans les restaurants, il y a toujours une part pour eux.

Echanges sur la situation politique, économique et sociale de la Colombie

Pour deux nuits, je loge chez Alvaro qui vit avec son frère Théo et qui m’a accueilli la veille dans sa seconde résidence, sa « Datcha » comme on dirait au pays de Poutine. Alvaro a le même âge que moi et est toujours impliqué dans la commercialisation de produits agricoles. Il est agronome de formation et a enseigné à l’université de Pasto.

Le soir, nous échangeons sur l’histoire et la situation économique de la Colombie. Un pays aux nombreuses richesses et potentialités mais qui sont mal exploitées et surtout mal réparties. Un gouvernement conservateur qui soutient en priorité les intérêts des riches. Les propriétaires, ils sont à peine 4% de la population et ils détiennent à eux seuls 95% des terres.

Des terres, mal exploitées avec des étendues parfois de 25.000 hectares, improductives. Certaines terres sont consacrées à la production de canne à sucre dont le bénéfice rejoint leurs propriétaires vivant en Europe ou en Amérique du Nord. La Colombie regorge d’eau potable de par ses montagnes mais le système est mal géré, et le robinet ne laisse parfois s’écouler qu’un petit filet d’eau. Cette situation crée dès lors beaucoup de frustrations, qui engendrent vols, délinquance, violence et groupes révolutionnaires.

Alvaro est partisan d’un système coopérativiste et d’un dialogue avec les « activistes », ceux qui veulent que cela change, ce qui n’est pas l’option du gouvernement qui met en œuvre une répression parfois violente. Des leaders paysans disparaissent ou sont assassinés. Tout cela entraine, comme au Chili, des mouvements de protestation dans la rue. Heureusement en Colombie, on n’en est pas à la situation catastrophique du Venezuela voisin.

Le mercredi, c’est avec Théo, le frère d’Alvaro que je vais prendre le repas de midi. Il m’emmène au petit marché non loin de chez lui. Les étals regorgent de fruits et légumes. Le repas (soupe à l’arôme délicieux, poulet, riz, maïs) coûte à peine deux euros, en fait un prix abordable pour ceux qui gagnent en moyenne l’équivalent de 10 euros par jour, 300 par mois. Autre part en ville, apparaissent des « fast foods » légèrement plus chers mais qui ont oublié les senteurs et la convivialité locales.

Après la visite de Pasto laquelle, comme à Popayan, regorge d’églises de styles très différents, certaines d’un style « dit colonial », je prends la route vers Ipiales et la frontière avec l’Equateur.

Je compte arriver à Quito vers le 29 février. Je devrai redoubler d’attention : j’ai constaté une fuite d’huile dans le cable du frein Magura avant. Je devrai me contenter d’un seul frein en espérant que d’ici la fin du voyage, le frein arrière ne me lâchera pas. Ma fille Sueli avait eu le même désagrément en Asie en 2017, lors de son tour du monde et avait du finalement monter des freins traditionnels.

Quelques photos, avec leur commentaires

Devinez quelle ancienne voiture française construite à des millions d’exemplaires, se cache sous le magasin ambulant ?

Sans commentaire

Non ce n’est pas la coupole du Vatican mais celle d’une église de Popayan

Une photo de plus de Popayan, la « ville blanche »

Pasto fresque murale, rappelant la longue liste de leaders paysans assassinés. Il est écrit : « Nous – les paysans – fermons les yeux et nous nous souvenons ; vous – les responsables de ces meurtres – vous fermez les yeux et oubliez»

Rentrée à l’écurie, Buenas noches !

samedi 15 février 2020

Transandine 2020 : de Armenia à Popayan

Les Andes en fleurs

Voici la suite de l’approche des difficultés : Popayan, ville coloniale avec son altitude (1.760 mètres) et Pasto (située à la frontière avec l’Equateur à 2.527 mètres) annoncent un voyage de plus en plus difficile dans les Andes colombiennes.

Dépannage et rencontres diverses

En croisant un cycliste roulant en sens inverse, celui-ci m’a demandé de le dépanner. Il lui manquait une rustine et de la colle pour réparer un pneu défaillant, apparemment ayant déjà beaucoup vécu ! Ce qui fut vite réparé.

Cet homme de Cali roulait depuis 3 jours et il lui fallait encore 5 jours pour atteindre Bogota avec un vélo ne paraissant pas en très bon état. Il allait effectuer quelques travaux de peinture dans la capitale colombienne, en dormant « en la calle », c’est-à-dire au bord de la route, comme les réfugiés vénézuéliens que je continue de croiser.


De temps en temps, j’en vois certains qui voyagent à l’arrière ou au sommet d’un camion. Mais peu de chauffeurs les acceptent, cela devant être interdit par la police, que je vois de temps en temps en train de contrôler. Un jour deux jeunes à moto venant en sens inverse m’ont interpellé pour voir s’il y avait quelconque contrôle de police, ils ne devaient sans doute pas être en règle !

Un autre jour, j’ai vu de très nombreux jeunes soldats effectuer ce qui devait être des exercices d’entrainement. Certains avaient un fusil, d’autres une pelle, avouez, c’est moins dangereux !

Sur la route de Popayan, je dépasse Giorgio, Argentin, qui se déplace à pied uniquement, de pays en pays (il y a douze ans qu’il fait cela). Instruments de musique pour enchanter ses rêves, bracelets multicolores qu’il vend à 1,5 € pour financer son voyage. Un peu plus loin, une piscine à l’eau chaude et translucide, où je nage le temps de me rafraichir.

Giorgio, en route depuis 12 ans !

Accueils chez les WarmShowers et ailleurs

Vendredi 7 février 2020, j’arrive à Séville (en Colombie, pas en Espagne) ; j’ai l’adresse d’un contact WarmShowers : Raul « de Sevilla » se trouve dans son atelier en train de réparer une moto. De suite, il m’accueille et m’invite à prendre une douche. Après son travail, il m’emmène dans un restaurant manger des pâtes (c’est énergisant pour les cyclistes).

Ensuite à moto, il m’emmène pour un tour de la ville. Tout le monde le connaît. Il a été champion de Colombie de mountain bike. Une piste dédiée à ce sport porte son nom. Il fait aussi du monocycle et du vélo acrobatique. Antoine et Séverine, deux jeunes médecins rencontrés en Patagonie en 2019 et interviewés dans le film réalisé cette année-là sont passés par l’atelier de Raul. 

« Raul de Sevilla » un gars vraiment sympa ! Agé de 60 ans, il a un rêve : que sa fille termine ses études d’architecture pour qu’il puisse arrêter son atelier et partir à vélo vers Guayaquil en Equateur chez son fils. Il a deux petits-enfants qu’il n’a pas encore vus !

En compagnie de Raul de Sevilla, champion de mountain bike

Samedi 8 février, après avoir essuyé plusieurs refus dans les fermes avant d’arriver à Buga, j’avais repéré une maison abandonnée. Tant que le soleil ne s’était pas couché, je cherchais une maison d’accueil.

Juste au dernier essai, Edwin semblait hésiter à me laisser dresser ma tente dans la prairie jouxtant sa maison. Quand sa femme arriva, leurs regards s’étant croisés, la réponse positive est venue : je pouvais rester. Merci madame pour votre « intercession » !

Un peu plus tard, je fus même invité à souper. Le lendemain matin, Edwin se leva à 6h pour me donner un litre de jus de citron congelé, si bienvenu sur la route particulièrement chaude ce jour-là en direction de Cali.

A Cali, deux nuits passées dans un appartement de standing chez Mauricio, situé dans la « sierra de Normandie », un quartier au flanc d’une colline de cette ville de 3 millions d’habitants. La journée a été facile : depuis Buga, ville où affluent les pèlerins à la Basilique « des miracles », ce ne fut qu’une longue descente, de 99 kilomètres.

Pour trouver l’endroit d’accueil, quelques contacts avec les taximen et surtout un jeune qui avec son smartphone m’a indiqué l’itinéraire final. Lors de la dernière montée à 15%, j’ai senti un jeune pousser ma (lourde) monture.

Je dors deux nuits dans un bon lit, cela change de la nuit passée chez le ferrailleur de Tatacoa, j’en garde encore les piqûres souvenirs visibles et « chatouillants » sur mes bras et mes jambes, hérités d’un matelas plutôt douteux. Comme quoi les jours ne se ressemblent pas, même si l’accueil est le même, et bienvenu venant de personnes aux situations sociales bien différentes.

Appartements de la « sierra de Normandia »

Visite de Cali

Lundi 10 février, jour de repos (pour le vélo). En taxi, pour éviter les quartiers sensibles (au vol), je visite cette grande ville en me limitant aux quelques rares quartiers anciens qui ont été sauvés de la rénovation urbaine « modernisante » des décennies passées. Un circuit me fait découvrir divers édifices (églises, palais de justice, maisons anciennes, places, etc.) témoins d’un riche passé colonial.

Ensuite deux marchés, l’un artisanal, l’autre spécialisé en fruits, légumes et fleurs (dont de très belles orchidées). L’après-midi, un taxi un peu poussif m’emmène au sommet d’une colline où en 1953, a été construite une statue colossale. Le Christ-Roi de Cali rappelle le Christ-Rédempteur du Corcovado à Rio de Janeiro au Brésil. Et comme à Rio, le panorama est splendide (l’océan, les plages et les pains de sucre en moins).

De même qu’à Rio, le taximan me déconseille de redescendre à pied et me propose de m’attendre. Et je retrouve l’appartement de Mauricio, grâce à mon sens de l’orientation. Enfourchant mon vélo (sans ses bagages) je repars pour le circuit du matin, éclairé différemment l’après-midi par un soleil rougissant.

Le Christ-Roi de Cali fait penser au Christ-Rédempteur de Rio de Janeiro

La salsa, danse acrobatique époustouflante

A Cali, sur une place jouxtant l’église de l’ermite, une troupe de jeunes répète leur prochain spectacle : époustouflant. La salsa, danse typiquement d’Amérique du sud, pas seulement en Argentine mais aussi en Colombie. Un spectacle à voir absolument un jour dans sa vie !

La Salsa au rythme époustouflant

Les femmes pour la paix

Plusieurs murs de Cali sont couverts de fresques aux sujets les plus variés. Je retiens l’une d’entre elle évoquant la problématique des accords de paix liés au trafic de la drogue et à la guérilla. Pendant des décennies, les FARC (les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) ont marqué l’histoire du pays avec des milliers de morts. L’on se souviendra encore de la longue séquestration (2002-2008) d’Ingrid Betancourt, une députée Franco-Colombienne.

En 2016, un processus de négociations entre gouvernement et mouvements révolutionnaires s’est soldé par des accords de paix, ce qui malheureusement ne fut pas avalisé par le référendum du 2 octobre 2016 à une petite différence de voix près.

Sur la fresque reproduite sur la photo ci-dessous, les femmes réclament qu’enfin la paix soit effective, comme les mères des disparus réclament depuis des années au Chili et en Argentine que justice soit rendue en ce qui concerne les disparus des années sombres des dictatures (Pinochet et Videla). « Exigimos l’implementacion des acuerdos de paz », ce qui signifie : « nous exigeons l’application des accords de paix ».

Malheureusement, la paix est fragile : récemment, en août 2019, une partie des belligérants a rompu ces accords de paix.

La fresque des femmes pour la paix

Contrastes entre appartements de standing et les autres habitations

A quelques centaines de mètres de l’ensemble d’appartements de standing, où j’ai passé deux nuits grâce à Mauricio du réseau WarmShowers, je découvre un autre type d’habitation, celui qui caractérise la grande majorité des quartiers des grandes villes des pays du Sud. Deux mondes juxtaposés, aux différences incroyablement grandes, source de conflits, de tentatives de vols, et d’injustice(s) !

Suite de l’accueil après Cali

Accueil chez Blanca à Santander de Quilichao

Bel accueil aussi ce mardi 11 février chez Blanca qui tient un restaurant végétarien dans cette ville. Le soir après une séance de Yoga, elle réunit quelques amis dont un jeune argentin très sympa qui entre autre, peint des fresques murales. Celui-ci voyage à vélo avec une remorque et un chien ! Le soir, quelques jeunes sont venus partager un repas végétarien. « Nous cuisinons avec amour, pour que nous mangions avec conscience », cela nous devrait nous aider à réfléchir, quand nous choisissons nos menus !

 


Entre Santander de Quilichao et Popayan, de nombreuses côtes dont la plupart montées en poussant le vélo. Après 40 km, en haut de la dernière côte, je décide de demander un endroit pour passer la nuit, le temps pour la dame de comprendre que je ne cherchais pas une tente mais que j’en avais une, j’ai pu organiser mon campement pour la nuit.

Les cinq chiens quant à eux s’en sont donnés à cœur joie pour aboyer à chaque mouvement de ma part. Le matin, lever à 5h30, ils semblaient plus fatigués !

Visite de Popayan, ville coloniale

Elle est surnommée « la ville blanche de Colombie ». Les meilleurs architectes et artisans de l'époque coloniale sont intervenus à Popayán, qui est, avec Carthagène des Indes, l'une des villes les plus importantes de Colombie pour son architecture. 

Depuis la période espagnole, de nombreuses communautés religieuses telles que les jésuites, les dominicains, les franciscains, les carmélites, les rédemptoristes et les Augustins ont fait bâtir à Popayán leurs églises devenus des édifices historiques. Pour qui veut visiter des églises, il y a du choix !

Popoyan mérite bien d’être appelée « la ville blanche »

Route incertaine vers l’Equateur

A peine arrivé à Popayan, je reçois un message d’Alexandra et Valentine qui arrivées à Pasto, ont été informées que du 14 au 17 février, une partie des mouvements révolutionnaires ayant rompu les accords de paix, envisagent de mener des actions de blocage dans certaines régions. Je resterai vigilant, interrogeant les militaires de faction aux bords des grands-routes. Si problème il y a... je leur demanderai de m’héberger quelque part en attendant que cela se calme !

Demain, 14 février, je prends la route du Sud vers Pasto, cela va monter. Voici encore quelques photos diverses dont certaines avec un commentaire parfois interrogateur...

Cet arbre de Santander de Quilichao est le taman le plus grand de Colombie

Camion tirant 4 remorques (parfois il y en 5) de récolte de canne à sucre

Dans le champ de caféiers, un homme au travail

Apprentissage attentif du smartphone, dès le plus jeune âge !

Alors que l'attente d'un moyen de transport est longue pour les parents,
l'enfant s'est endormi, rassuré par le sein maternel !

Petit lexique à l’attention de celles et ceux qui ne maitrisent pas l’anglais.

Un de mes amis lecteurs, Jean-Hubert, écrivain à ses heures (essentiellement chroniques familiales), me fait part qu’il ne maîtrise pas bien la signification de certains termes anglais qui s’immiscent de plus en plus dans notre belle langue française, et que j’utilise malgré tout :

WarmShowers : réseau d’accueil international réciproque par lequel les personnes inscrites s’engagent à offrir au moins une douche chaude à un.e cycliste longue distance après une longue étape ; en principe chaude mais aussi bienvenue s’il est froide quand la température est élevée (exemple en Colombie) ! Réseau présent dans des dizaines de pays des 5 continents, représentant environ 68.000 membres de par le monde selon le Net !

Couchsurfing : un autre terme anglais pour parler de la même chose que Warmshowers mais pour des gens n’ayant pas de vélo pour se déplacer.

Whatsapp : réseau de communication de plus en plus prisé car gratuit, en fait c’est nous qui le finançons via la publicité de tous ces objets (utiles et inutiles) que nous achetons via le net (Internet), en nous passant du travail de ceux et celles qui, par leur commerce « classique » ont de la peine à concurrencer ce nouveau mode de relations, la « relation humaine » en moins !

Backpackers : se dit de celles et ceux, jeunes souvent et moins jeunes parfois (ils l’étaient en 1968 !), voyageant longtemps (plusieurs semaines, mois, voire des années) d’une façon alternative (stop, bus, etc.), avec peu de moyens, et repérables car munis d’un « sac à dos » (et non d’une valise), pas toujours de premère fraîcheur (c’est normal, car le parcours a été long)!

Mountain bike : je suppose que vous comprenez qu’il s’agit de « vélo de montagne », en tout cas, Raul de Sevilla sait ce que cela veut dire !

samedi 8 février 2020

Transandine 2020 : de Medellin à Armenia


Dans le désert colombien de Tatacoa… ne pas oublier d'emporter de l'eau !

Dernière vue sur Medellin

Mercredi 29 janvier 2020, la visite du centre « historique » de Medellin m’a permis de découvrir quelques églises ainsi que des parcs toujours bienvenus par cette chaleur. La cathédrale a ceci de particulier qu’elle est entièrement construite en briques et vu son ampleur, a demandé la fabrication d’un nombre impressionnant de briques… et du travail ! Cela me rappelle je ne sais plus quel stupa bouddhique au Sri Lanka qui a lui aussi nécessité la cuisson de millions de briques.

Dans un des parcs, se dresse la statue équestre de Simon Bolivar qui compte à son actif l’indépendance du Venezuela, de l’Equateur, de La Bolivie (qui porte son nom) et de la Colombie. Celle-ci englobait l’actuel Panama mais les intérêts franco-anglais (et étatsuniens) pour la construction d’un canal reliant les océans Atlantique et Pacifique, mettant fin au trafic des Cap-horniers qui passaient non loin de Ushuaïa (vous voyez où cela se trouve depuis l’an passé !), entraina la scission des deux pays. De nouveau… intérêts transnationaux oblige !

Des milliers… millions (?) de briques pour la cathédrale de Medellin

Ensuite, j’ai pris un peu de hauteur grâce au métro aérien (téléférique) qui relie certaines stations de la vallée et les points culminants de Medellin. C’est le meilleur point de vue pour se rendre compte de l’ampleur des innombrables quartiers pauvres de cette très grande ville. Vues du ciel, ces habitations semblent se ressembler avec leur toit de tôles rouillées. Huit dixièmes de la ville semble être constitués de ce type d’habitations. Soit autant de personnes qui vivent vraisemblablement de petits boulots (économie informelle).

Son épaule porte tout son magasin (informel) de lunettes de soleil

Traversée épique de Medellin à vélo

Durant une vingtaine de km, j’ai bravé à vélo un trafic dingue via une voie rapide passant en plein milieu de Medellin, direction plein Sud. Mon écarteur (50 cm) arborant un drapeau jaune et un drapeau tricolore noir, jaune, rouge, a été très efficace, les conducteurs des innombrables bus, camions et voitures étant forcés de respecter ainsi ce véhicule peu commun mais bien visible. Seul un motocycliste en voulant éviter le dit écarteur, a donné un coup de guidon au dernier moment, désarçonnant le frigo-boxe qu’il transportait.

Un peu plus loin, il y avait un attroupement pour ramasser le contenu de celui-ci qui avait fini par valser à terre. Mais j’ai pris garde de m’arrêter, de crainte d’être tamponné ! Arrivé de l’autre côté de la ville et entré juste à temps dans un restaurant pour prendre un repas, j’ai de cette façon évité une pluie torrentielle. Il semblerait que les pluies de mars arrivent un mois en avance cette année. Bon, cela rafraîchit l’atmosphère !

Le soir, j’ai logé dans un petit hôtel en négociant le prix et en obtenant une réduction de 30%, simplement en disant à la réceptionniste que la veille j’avais payé beaucoup moins. Comme quoi dans les pays du Sud, tout se négocie !

Une journée marquée par une longue côte, une très longue descente et une belle rencontre.

Ce jeudi 30 janvier, la longue côte de 11km à du 11% pour sortir de la vallée de Medellin, m’a obligé souvent à mettre pied à terre et à pousser le vélo. Ce n’est qu’à 13h que je suis arrivé au sommet, me payant un bon poulet-frites dans un restaurant au personnel vraiment très gentil. La récompense après la dure montée : de l’autre côté, une descente de 40 km parcourue en partie avec un charmant couple de cyclotouristes,

Annina, étasunienne et Ernesto, mexicain, partis il y a un an à vélo de Californie en direction du Brésil en passant par Cuba et les pays d’Amérique Centrale. Dans la descente, nous avons parfois dépassé des camions à une vitesse de plus de 50 km/h. Pas de problème avec les freins hydrauliques Magura dont mon vélo est équipé et qui est mon fidèle coursier depuis plus de 43.000 km !

Et le revêtement routier est impeccable ! Pour financer cela, il y a un péage tous les 45 km et tous les véhicules doivent débourser… sauf les deux roues ! Je ne comprends pas qu’en Belgique, on décide depuis plus de 60 ans de ne pas décider de faire payer aux usagers (sauf pour les camions depuis peu) l’entretien des routes.

En compagnie d’Annina et d’Ernesto et de leur sourire

Ce vendredi déjà dernier jour de janvier, j’ai terminé une journée facile de 55 km par un hébergement dans une ferme de 900 têtes de bétail. Un accueil vraiment chaleureux avec un verre de jus frais dès l’arrivée, un petit tour à cheval (pour la photo) et un souper fromager. Ce soir, j’écris mes mémoires en écoutant de la (belle) musique colombienne, émise par les filles du fermier, juste au dessus de l’endroit où je dors. Le matin vers 7h, j’ai salué les 17 ouvriers partant entretenir cette très grande ferme.

A cheval

La ferme de l’accueil (le propriétaire, habitant Medellin est d’accord)

Hébergement à Chinchina chez Hernando…
comme Sueli en 2017 (remarque : il me faudrait un coiffeur-barbier !)

Il est des changements d’itinéraire qui vous font épargner pas mal de sueur. Au lieu de passer par la ville de Manizales, perchée à plus de 2.400 m d’altitude, je suis allé directement à Chinchina (1.800 m) grâce aux renseignements glanés auprès des policiers (toujours très aimables) et des routiers.

Dans cette ville, chef-lieu du célèbre café colombien, j’ai été hébergé, grâce au réseau d’accueil des Warmshowers réservé aux cyclistes et dont avait bénéficié ma fille Sueli en 2017 lors de son tour du monde « en bicy ». Hernando, même s’il était absent, m’a permis de passer la nuit dans son petit appartement. De nombreux cyclo-randonneurs intercontinentaux sont passés par là. Témoins les messages de sympathie laissés au mur et dont je vous reproduis un ci-dessous. Et encore « On ne vit qu’une fois, mais en voyageant (à vélo bien sûr), on vit deux fois !»

Ce dimanche 2 février 2020, parti dès 5h du matin en bus, j’ai visité la grande ville de Manizales. J’ai été fort impressionné par le nombre de quartiers entre les différentes collines et comme à Medellin, j’ai visionné cela depuis le téléphérique. En taxi, je me suis rendu au départ d’une randonnée menant au « cerro de oro ».

Ce dimanche matin, alors que certaines rues de la ville sont comme à Quito réservée aux vélos (« ciclovia »), des dizaines de vététistes (dont beaucoup de femmes) grimpent ce qui correspond en dénivelé au moins à dix fois la citadelle de Namur. Au retour, un gentil couple de retraités m’a offert une place dans leur petite voiture. Sympas !

Vététistes courageux.ses

Transport débordant

Les Andes fleuries

De la forêt à l’hôtel grâce aux Warmshowers

Les cyclistes qui parcourent le monde et qui s’engagent à offrir chez eux au moins une douche et un lieu de logement (cela peut être la pelouse du jardin pour qu’ils puissent dresser la tente) à ceux qui le demandent, peuvent bénéficier du même accueil, via le réseau international des Warmshowers, dont je vous ai déjà parlé.

Ce lundi 3 février, suite à trois refus d’accueil dans des fermes, je me résous à bivouaquer dans un bout de forêt jouxtant la route. A l’abri du regard, je m’endors d’abord dans mon hamac et ensuite dans mon sac de couchage. L’un des arbres auxquels j’avais accroché mon hamac s’était penché un peu trop, je me suis retrouvé à terre...

Mais en arrivant à Armenia, une très grande ville, en envoyant trois messages, j’ai reçu une réponse rapide de Juan Manuel qui possède un hôtel et qui pratiquant le vélo (longue distance) accueille gratuitement les membres de Warmshowers. C’est terrible le contraste entre la forêt (illuminée la nuit par des vers luisants) et la chambre d’hôtel avec une toilette sur laquelle il est marqué : désinfecté.


Une randonnée dans le désert de Tatacoa

Les « frites en selle », Alexandra et Valentine, les deux filles belges rencontrées en 2019 sur la Carretera Austral au Chili, ont remis le couvert à vélo… en Colombie également. Par Whatsapp, elles m’annoncent qu’elles ont traversé à vélo le désert de Tatacoa. C’est ce qui me décide à tenter également l’aventure. Mais je laisse vélo et bagages à l’hôtel à Arménia, puisque je reviendrai ici pour poursuivre ma route vers Cali et Quito. Deux jours en bus pour un total de plus de 500 km et 13 heures… assis !

 


Les cactus donnent parfois de très belles fleurs

A Villavieja, le village aux portes du désert de Tatacoa, j’ai loué un vélo pour me rendre au désert rouge. Le premier vélo, à l’essai n’a pas fait long feu ; après 10 mètres j’avais déjà perdu une pédale. Comme vous le verrez sur les photos, vous admirerez les belles couleurs de ces éléments géologiques particuliers surtout au coucher du soleil

La nuit, je l’ai passée à côté du local de la police, chez le loueur de vélos, un récupérateur qui a proposé gratuitement son atelier pour notre repos. En compagnie d’un couple de Français, backpackers en Amérique du sud depuis trois ans. Sympa, le gars : au petit matin, un œuf cuit dur avant de prendre la route !


Non loin de Villavieja, à Aipe, il y a un site préhistorique avec un rocher peint par des humains habitant la région il y a très longtemps, bien avant les conquistadors.

Entre les deux sites, la rivière Magdalena que je retrouve non loin de sa source, à plusieurs centaines de km de l’endroit où le plus long fleuve colombien se jette dans la mer des Antilles.

Je prends la route ce vendredi matin 7 février 2020 en direction de Cali. A la prochaine !

Et encore quelques photos

Génial comme fondations de la maison : des pneus récupérés

Dans la forêt… on n'est jamais seul !

Passagers débordants

 
Les caféiers de Chinchina
 
L'uniforme scolaire est de mise

Transandine 2020 : de Santa Marta à Medellin

Vous avez été nombreux à répondre à mon message vous contant mon voyage de Carthagène des Indes à Santa Marta. Concernant mes propos concernant la colonisation, notamment en Afrique, il est clair que l’émission évoquée n’en a pas rappelé les effets positifs. Par exemple, avant 1960, il est évident que hôpitaux, écoles et routes étaient dans un meilleur état alors que depuis l’indépendance. Je rappelle simplement que le propos de l’émission sur Arte était de retracer l’historique des « décolonisations » dans les continents du Sud et surtout des raisons qui ont poussé des hommes et des femmes à se libérer du joug des puissances coloniales. Avec des avancées positives certainement selon les pays mais aussi avec beaucoup de souffrances, d’injustices, de guerres souvent inutiles, de scandales et de corruption qui continuent à marquer ces pays… comme chez nous également. Pour en parler, il faudrait encore certainement beaucoup d’heures d’émission.

Revenons à mon voyage vers le Sud. La chaleur est toujours aussi élevée : tous les jours plus de 40 degrés, cela me rappelle les pics de chaleur en Belgique de juin, juillet, août 2019. La première nuit, je me suis installé dans un passage souterrain sous la route nationale… choisie par des centaines de camions, bus et voitures. Pas de tranquillité avec seulement une petite pause entre 3 et 5 heures du matin. Le matin, je me suis rafraîchi dans une petite rivière à l’eau limpide. Quel bonheur !

Aussi ce vendredi 17 janvier 2020, je me suis payé un petit hôtel avec douche et ventilateur. Les « hôtesses » d’accueil âgée de 10-12 ans ont communiqué avec moi en Français via un traducteur de Google pendant que le gérant ne décollait pas de son fauteuil (voir photo) pour répondre à mes questions. La jeunesse a sans doute plus d’avenir à mon avis !

De ferme en ferme

Depuis quelques jours, j’ai de la chance lorsque je demande l’hospitalité. Généralement, cela marche à la deuxième ou à la troisième demande. Pour plus de facilités, je me suis acheté un hamac, ce qui me permet de dormir à un endroit de la ferme où il est possible de l’accrocher. Car dans la tente, ce ne serait pas possible de dormir vu la chaleur qui se fait sentir jusque tard dans la nuit.

La première fois, le propriétaire m’a laissé seul car il ne dormait pas là. La seconde fois, le couple m’a offert des pomelos (sorte de pamplemousse) et du chocolat chaud avec des petits pains. Chaque jour, à midi, je mange du poulet accompagné de frites (dans un resto au bord de la route). Je n’ai pas encore trouvé de bonbonne de gaz (Primus ou Coleman) pour mon réchaud.

Levé à 5h, je démarre à 6h, juste au moment où le jour se lève, ce qui me permet de pédaler lors des heures « fraîches » de la journée. A partir de midi, cela devient très dur à cause de la chaleur.

Dans une ferme, un des fils revenu pour le weekend, travaille pour une société d’exportation. Il m’a expliqué que la Colombie a d’énormes réserves de charbon, convoitées par des sociétés essentiellement étatsuniennes et suisses. Le charbon est exporté vers des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche, et même en Chine. Une façon de suppléer à l’énergie des centrales atomiques en voie de disparition par des minerais venant d’Amérique du Sud… le système « colonial » continue.

En Allemagne, le charbon remplace le nucléaire ; en Belgique, normalement le nucléaire devrait petit à petit voir ses dernières années de vie, si un jour nous avons un gouvernement fédéral et si celui-ci parvient à fermer les centrales en 2025, 2030, … ? Quant aux Chinois, l’Afrique ne leur suffit pas pour chercher à satisfaire leurs énormes besoins énergétiques, il est vrai d’une population débordante.

Quant je suis passé sur un pont surplombant la ligne de chemin de fer allant approvisionner en charbon les wagons à destination du port de Santa Marta, ce sont des centaines de wagons qui ont défilé sous mes yeux. Comme les centaines de camions qui me dépassent ou me croisent chaque jour, transportant un tas de produits de plus en plus nécessaires à notre société (chez nous, en Chine ou ici aussi en Colombie) de plus en plus consumériste…des produits dont nous ne parvenons plus à nous passer. Tout comme nos yeux restant de plus en plus rivés sur ces petits écrans tant attractifs que sont les smartphones ! Même si ceux-ci peuvent être parfois utiles pour communiquer ou chercher quelque chose d’introuvable.

Mais revenons aux petits gestes qui me rafraîchissent la vie ici comme un jour lorsque deux policières à moto m’ont offert des morceaux de pastèques… hyper fraiches ! Par cette chaleur, cela ne se refuse pas ! Avec en plus pour le même prix le sourire, j’allais dire de la crémière… mais non des policières ! Un peu plus loin, ce sont des ouvriers chargés d’asphalter les routes (« quel métier par cette chaleur ») qui m’ont offert une limonade et une « aguaçita » hyper gelée qu’ils tiennent en réserve dans de grands frigoboxes.

Ce mercredi 22 janvier 2020, je profite d’un orage pour mettre à jour mes notes de voyages. La pluie d’orage abondante me retient dans un garage où je suis bien à l’abri. La nuit passée, j’ai été accueilli par un couple, Elisabeth et son mari dans leur petite maison située dans une plantation de palmiers à huile. Ils ont été très réticents à m’accueillir pour la nuit car ils craignaient que le propriétaire n’arrive. Celui-ci comme beaucoup de grands propriétaires « n’aiment pas les étrangers », ignorants sans doutes qu’ils sont eux-mêmes, dans un passé lointain peut-être, descendants d’étrangers venus conquérir le « nouveau monde ».

Quoiqu’il en soit, mes hôtes ont caché mon vélo et m’ont invité à dormir dans une chambre et non pas à vue dans un hamac sous l’auvent. Et puis, il y a aussi le risque de voleurs qui peuvent débarquer à toute heure de la nuit, à moto cagoulés et armés comme ceux qui sont venus voler la maman de celui qui m’accueillait ce soir-là. D’où ces précautions… !

Elisabeth et son mari m'ont accueilli au risque de déplaire au propriétaire de leur ferme

Ce jeudi 23 janvier 2020, par trois fois, j’ai croisé des réfugiés Vénézuéliens ; ils marchent en famille parfois avec des enfants le long de la grand-route, ne sachant pas exactement où aller, avec une valise, un couchage, un peu d’eau, un peu de vivres. Selon le mari d’Elisabeth, certains parviennent à se débrouiller et en quelque temps ouvrent une échoppe au bord de la route.

Certains voudraient bien prendre la place des Colombiens qui trouvent un emploi (de ce que l’on appelle l’économie informelle) en tentant au beau milieu de la route, surtout aux péages, de vendre quelques boissons ou un peu de nourriture aux camionneurs qui ne prennent guère de temps de s’arrêter, laissant cependant derrière eux quelques « noires » bouffées de pollution.

Cette famille a parcouru à pied la distance Venezuela - Pérou - Colombie
soit des milliers de km

Mais la cordillère arrive, la montagne est là et il fait plus frais.

A partir du 26 janvier, j’ai quitté la plaine où coule le fleuve majestueux qu’est la Magdalena et où j’ai parcouru plus de 700 km depuis Santa Marta. Et oui comme le mot l’indique, je suis venu retrouver les Andes. Medellin est en vue mais le rythme journalier diminue d’autant plus que lorsque la pente se relève, je suis obligé de descendre de vélo et de pousser, parfois sous un soleil tapant, celui qui porte mes bagages. Et comme j’en ai trop, surtout des vêtements en prévision du froid et de la pluie, ayant toujours en mémoire les conditions difficiles de Patagonie (2018, 2019) et des Andes péruviennes et boliviennes (2009) et chiliennes (2013).

Ce lundi 27 janvier, en quittant la petite ville de Cisneros où il y a encore le vestige d’une locomotive à vapeur d’une autre époque, un ouvrier des routes m’a donné un peu d’eau fraîche, me souhaitant bon courage pour les 8 km d’une montée que j’ai parcourue en deux heures !

Comme accueil le soir, il est toujours aussi bon avec certains soirs, un repas offert avec du riz et des petits poissons péchés dans l’étang voisin et fris. Parfois les parents cherchent à savoir le but de mon voyage et comment l’on vit en Belgique. Pour la plupart, ils ont peine à s’imaginer qu’il faut traverser un océan pour venir chez eux. Cela n’empêche pas leur amitié de transcender les frontières.

La famille d'accueil tout sourire !

Bien arrivé à Medellin

Ce mardi 28 janvier, la route était moins accidentée que les deux jours précédents. Plusieurs cyclistes m’ont dépassé. Francisco s’est arrêté, m’a donné un peu de ravitaillement ; nous avons échangé sur le cyclisme qui se développe pas mal en Colombie, même s’il estime que le gouvernement n’apporte pas assez d’appui.

Résultats probants : les prestations des coureurs colombiens en Europe dans les grands tours : Nairo Quintana (Italie, Espagne) et l’an passé sur le tour de France le tout jeune Egan Bernal. En arrivant dans la banlieue de Medellin, un jeune cycliste m’a renseigné un hôtel situé tout près du terminal du métro. Génial, en 15 minutes, j’ai voyagé en métro jusqu’au centre de Medellin.

Ce mardi après-midi et demain mercredi au matin, je visite le centre ville. Pas terrible, je ne vais pas m’attarder ici d’autant plus que le long parcours accidenté de la route transandine m’attend avec ses difficultés (encore 1.300 km après les 1.100 déjà parcourus en partie sur le plat).

Comme dans la plupart des grandes villes latinoaméricaines, les familles pauvres s'entassent dans des bidonvilles

Conférence du Conseil Episcopal Latino-américain (Medellin 1967)

Pour les initiés s’intéressant à la théologie de la libération, Medellin occupe une place très importante. Alors que dans la foulée du Concile Vatican (1962-1965), quelques évêques dont Mgr Himmer (de Tournai) et Helder Camara (archevêque d’Olinda et Recife au Brésil), s’étaient jurés, par le « pacte des catacombes » de pousser l’Eglise catholique vers les plus démunis, la plupart des évêques latino-américains s’engageaient résolument pour « l’option préférentielle pour les pauvres », ce qui allait devenir la base de la controversée théologie de la libération.

Paul VI en visite en Colombie en 1967 appuya cette théologie qui en était à ses premiers essais avec le théologien péruvien Gutierrez, les frères brésiliens Boff et d’autres encore. Ses successeurs Jean-Paul II et Benoit XVI donnèrent chacun un fameux coup de frein à cette théologie libératrice et il fallu attendre François (le premier pape latino-américain) pour réhabiliter Gutierrez et compagnie et redonner un peu d’espoir à celles et ceux qui dans ce vaste continent, luttent à côté et avec les pauvres.

Après ce petit rappel historique qui fera certainement plaisir à mon ami jambois Jacques Briard, je joins quelques photos et commentaires de ce voyage en terre Andine qui n’est pas de tout repos mais qui me refait découvrir de très beaux paysages de montagne très verts. Je crois me retrouver en mai 2009 dans les Andes équatoriennes.

Dans un bon mois, je serai de retour à Quito.

Non pas du Far-West, je suis colombien !


Au train où vont les réparations, je préfère mon vélo pour arriver au bout de la traversée des Andes !

Sous la pluie battante, cette tortue voulait traverser la route, je l'ai replacée dans l'herbe du champ voisin

Les réfugiés n'ont pas perdu leur sourire

Au marché de Medellin

Les beaux poissons du marché de Medellin

Une zone 30 intelligente : la limitation est d'application quand il y a des élèves

vendredi 17 janvier 2020

Transandine 2020 : Cartagena vers Santa Marta

Arrivée à Carthagène des Indes

Le voyage via Amsterdam et Bogota s’est bien passé malgré un départ quelque peu mouvementé. En cause, quelques effets à retirer d’un bagage pesant 24,60 kg au lieu de 23,00 kg permis. De même le vélo pesait 25 kg au lieu de 23 kg mais la dame à la réception (KLM) m’a fait une fleur pour le vélo, car sinon je devais payer deux fois 100 euros de surtaxe. Comme elle ne m’en offrait pas deux, du bagage pesant 24,6 kg, j’ai retiré quelques effets emmenés en cabine. Car c’eut été un peu cher pour du chocolat. même si c’est du belge ! Mais pour cela il a fallu enlever tous les nœuds et reconditionner le bagage. soit une demi-heure de travail et d’énervement. A l’avenir, je saurai que je n’ai aucune marge, même pas un kg, surtout chez nos voisins du Nord !

A Schiphol, aéroport d’Amsterdam, entre deux avions, je reçois des courriels de mon cousin Hubert et d’amis Français qui me disent avoir trouvé des points d’accueil le long de la cordillère des Andes me conduisant à Quito en Equateur et notamment à Medellin. Bref après quelques gouttes de sueur provoquées par le surpoids des bagages, le voyage semble bien commencer.

La veille du départ, après avoir regardé les émissions sur ARTE ayant comme thème « les décolonisations », je me suis remis en mémoire tous les problèmes causés en Afrique et en Asie, dont une bonne partie sont imputables aux puissances colonisatrices européennes : Angleterre, France, Allemagne. et Belgique en commençant – pour ce pays qui nous concerne - par le temps où le Congo était propriété du Roi Léopold II.

Les colonisateurs prétendaient amener dans les nouveaux continents les bienfaits de la « civilisation » européenne. Une façon d’occulter les intérêts réels recherchés en Afrique, Asie et Amériques : or, argent, minerais stratégiques : l’uranium congolais pour la fabrication, il y a 75 ans des bombes d’Hiroshima et Nagasaki, etc. Maintenant le coltan et autres ingrédients (comme le lithium du Salar d’Uyuni en Bolivie qui vaut bien la destitution du premier président indien) nécessaires aux batteries des voitures électriques, sensées alléger dans le futur le poids de la pollution et réduire le réchauffement climatique). Ouie... dans quel genre de questions embêtantes, je vous emmène encore diraient certains?

En arrivant en Colombie, j’appréhendais le fait de me retrouver dans le continent où un nombre impressionnant de « migrants non volontaires » ont fait l’objet durant des siècles du trafic le plus éhonté de l’histoire humaine : l’esclavage. Dès le premier jour, dès 7 heures du matin, j’ai croisé les descendants de ces esclaves, puisqu’ils (elles plutôt) se sont levé.e.s tôt pour préparer les fruits qu’ils vendront aux touristes venus visiter un des ports par lesquels ces « migrants » découvrirent le nouveau monde... Mais ce n’était nullement un voyage d’agrément.

Personne ne peut les louper avec leurs grandes robes multicolores (voir photo). Cela fait bien dans le décor de ces très belles maisons coloniales. Il est vrai que Carthagène des Indes est magnifique ! 

Un devoir de mémoire

Dans cet ordre d’idées, voici pour notre réflexion la traduction (en Français) du texte très intéressant affiché à l’espace mémoriel de la ville de Carthagène, sur un mur des énormes murailles du fort, construit par les Espagnols (encore eux) comme dans les autres pays où ils ont perpétré un tas de méfaits (Cuba, Pérou, etc.)

« La carte que vous voyez montre comment historiquement se déplaça la population « nègre » vers Carthagène des Indes. Mettre ses pas dans ceux que ces êtres humains ont parcourus pour entendre leur mémoire douloureuse de résistance et de soif de liberté. C’est une manière de sensibiliser ceux qui visitent cette ville avec un regard historique en vue de restituer la vérité. C’est aussi une façon de reconnaître l’importance des valeurs culturelles actuelles des peuples afro-descendants dans la construction de l’identité du territoire de ce pays. C’est un compromis éthique dans cette lutte contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et les formes connexes d’intolérance. »

Ce texte est proposé aux milliers de touristes qui visitent Carthagène des Indes que l’on pourrait rebaptiser  « Carthagène des Afriques », puisque la plupart des noirs réduits à l’esclavage venaient de plusieurs régions d’Afrique noire. Un texte à proposer à la méditation de celles et ceux qui ne sont pas convaincus de l’importance de travailler la question du racisme. Au vu où les choses évoluent dans plusieurs pays d’Europe (dont le nôtre) et d’ailleurs, il y a encore beaucoup de travail !

La belle ville coloniale de Carthagène des Indes

En route vers l’Est vers Santa Marta

Après avoir visité Carthagène des Indes, je me suis mis en route vers Santa Marta, située eu Nord-est de mon point de débarquement. Après une première nuit à la belle étoile à l’abri d’un passage souterrain réservé pour les vaches sous la voie rapide, j’ai pris le temps de me baigner dans l’eau chaude de la mer des Antilles (« Non, Théo, animateur à RCF ; ce n’est pas le Pacifique, ni la mer des Caraïbes »).

Le soir du deuxième jour, j’ai eu la chance de bénéficier de l’hospitalité d’un jeune couple, Miguel et Kelly qui gardent le troupeau de 100 vaches d’un propriétaire du coin. Une chambre pour moi, les enfants étant momentanément chez les grands-parents car la petite maison ne dispose pas pour l’instant d’électricité.

Un bon café colombien, du riz avec des haricots et au petit matin, des pâtes avec des œufs (ils ont aussi des poules). La proximité de la mer m’a permis d’y aller plonger au crépuscule et au petit matin, une belle balade avec mes hôtes sur une magnifique plage déserte « accueillant » malheureusement d’innombrables déchets plastiques et autres rejetés par les bateaux. 

Miguel et Kelly m'ont accueilli dans leur maison sans électricité.

Dimanche 12 janvier, la longue route vers Barranquilla fut étouffante surtout en fin d’après-midi. N’ayant pas trouvé le centre, je me suis retrouvé sur la route de Santa Marta. Au restaurant où je me régalais d’un bon poulet-frites agrémenté de ketchup, j’ai fait la connaissance d’une jeune fille chargée du nettoyage. Nathalia est toute jeune et fait partie de ces milliers de migrants venant du Venezuela voisin, en proie avec une crise sans précédent, au bord de la banqueroute, alors qu’il y a 50 ans, c’était un des pays les plus riches et développés de l’Amérique « Latine », grâce notamment au pétrole. Des innombrables migrants ayant quitté le Venezuela vers d’autres pays, un million sont arrivés en Colombie !

Nathalia, migrante vénézuélienne. comme des millions d'autres en Amérique

Alors que la nuit était déjà tombée, j’ai franchi l’immense pont menant vers l’Est, très élevé pour permettre le passage des immenses bateaux du Rio Magdalena (rappelez-vous le récent reportage d’une chaine française « au bout du fleuve, il y a la mer »). De l’autre côté, j’ai cherché à m’éloigner des innombrables échoppes marchandes, vendant un tas de gadgets, le tout accompagné d’une musique plus qu’assourdissante.. portant à des km (ouie ouie... si Julos entendais ça !).

Sept km après la sortie de la ville, après avoir demandé pour pouvoir planter ma tente dans le jardin, la troisième fois fut la bonne. Je fus invité à dormir à même le sol, dans une chambre inoccupée d’une maison attenante à celle d’une famille nombreuse. Pour la toilette, le tonneau d’eau et un récipient en plastique très efficace et surtout bien venu par cette chaleur. Et oui, ce n’est plus la Patagonie, plus de froid, plus de pluie (dans la région, ils ont connu 5 années de suite sans pluie)... et plus de vent violent.

Mais une chaleur terrible surtout l’après-midi à un point tel que je me suis déjà demandé plusieurs fois « pourquoi suis-je venu dans cette galère ?». Mais je me ressaisis et je regarde la carte. Medellin et Quito sont encore loin. Pour l’instant au bord de la mer, l’altitude n’est guère élevée. A partir de Medellin et surtout de Cali jusque Quito en Equateur, ce sera autre chose.

Le pont au-dessus du fleuve Magdalena

Encore une belle nuit d’accueil... sans rien demander !

Ce lundi 13 janvier, vers 16h30, 15 km avant d’arriver à Santa Marta, je me fais dépasser par un cycliste sexagénaire. En haut d’une montée, il m’attend... et m’invite à passer la nuit chez lui, au 9ème étage d’un bâtiment construit au bord d’une des plus belles plages de Colombie. Je ne m’attendais pas à cela, moi qui me demandais dans quel camping ou chez quelles personnes j’allais passer la nuit.

Et pourtant cette fois-ci, je n’ai rien demandé. Climaco, c’est son prénom (il a travaillé notamment en Equateur, au Venezuela et en Colombie dans « le pétrole ») me dit « A une bonne personne, il ne peut arriver rien d’autre que du bon ».

Climaco m’explique qu’il loue un appartement au 9ème étage d’un bâtiment qui en compte 14. Les ascenseurs ont disparu, ainsi que les fenêtres, les câblages électriques, les conduites d’eau et la robinetterie. Construit il y a 20 ans, il appartenait à la mafia des narcotrafiquants et fut récemment vendu à l’Etat. Chaque jour une pompe pousse l’eau pour les besoins élémentaires des locataires. Donc pas de douche mais un bon repas préparé par mon hôte ; lequel attend sa pension pour migrer vers Zurich !

Visite du parc National Naturel de Tayrona

Avec Climaco, juchés sur sa moto, nous slalomons entre bus, camions et voitures qui se rendent à Santa Clara. Nous montons encore plus au Nord vers l’entrée d’un des parcs nationaux les plus importants de Colombie : celui de Tayrona du nom de la rivière qui le traverse.. Arrivés très tôt, nous évitons la longue file des visiteurs... limités à 1.800 par jour, comme au Machu Pichu au Pérou. Nous commençons par une boucle via un mirador nous permettant de prendre de la hauteur pour admirer les paysages (voir photo)

Ce sera ensuite les plages, les plus belles les unes que les autres et comme le disent tous les responsables touristiques de tous les pays : « ce sont les plus belles plages du monde ! ». Il est vrai qu’il n’y a aucun building comme au bord de tant de plages bétonnées, voir privatisées dans de nombreux pays. De plus les restaurants et autres boutiques se cachent sous des toits de paille.

Les normes fixées pour ce parc national sont très stricts. A midi, nous dégustons un délicieux poisson et des pâtres aux crevettes pêchées dans la mer des Antilles. Une journée de repos sur la plage quoique, aves les trois heures de marche totalisant un bon dénivelé, demain, les jambes auront mal pour faire faire tourner les pédales du vélo !

Un tout grand merci à Climaco qui m’a ouvert son appartement ; selon lui, c’est ainsi que les Colombiens accueillent les visiteurs étrangers. C’est bon à savoir et j’ai bien fait de venir !

Le prochain message vous parviendra de la route de la Transandina 2020 vers le Sud-ouest, vraisemblablement à Medellin ; ce sera entre 10 et 15 jours, le temps de parcourir les 800 km qui séparent cette ville de Santa Clara où je démarre ce jeudi 16 janvier 2029 au matin.

Amitiés, Léon Tillieux

Ce cycliste voyage avec son chien. mais "on" leur a volé la tente.

 

sourire et inquiétude

Le filet tant de fois relancé pour une prise dérisoire

jeudi 2 janvier 2020

Transandine 2020 : le dernier chainon manquant de l’Amérique du Sud

Chers amis et amies,

Vous vous rappelez que de 2009 à 2019, en quatre voyages, j’ai traversé les Andes depuis l’équateur (Quito) jusqu’au bout de la Terre de Feu (Ushuaïa en Argentine). Il me reste quelque 2.000 km à parcourir pour compléter la traversée de l’Amérique du Sud du Nord au Sud : en partant de Cartagena en Colombie sur la côte des Caraïbes pour rejoindre Quito, le point de départ de 2009. Plus de 16.000 kms auront été parcourus avec ce vélo.


Photos prises en 2009 et en 2019

Je m’embarque le 9 janvier 2020 à destination de Cartagena et reviendrai le 11 mars depuis Quito en Equateur. Je serai à nouveau accompagné de mon fidèle destrier à qui l’on a monté deux nouvelles roues ; je garde dans mon appartement les deux premières roues qui m’ont supporté durant 42.000 kms sans broncher, sans casse avec tout au plus une dizaine de crevaisons.

Durant ces deux mois, je vous enverrai des messages comme je l’ai fait par le passé, messages qui seront repris sur ce site. J’espère de cette façon rester en contact avec vous, vous faisant part de la réalisation progressive d’un rêve qui date de 2008.

Contacts avec les Colombiens et les Equatoriens, découvertes des belles couleurs et paysages Andins en Colombie et au bout du voyage retourner en Amazonie équatorienne, retrouver ma petite cousine franco-équatorienne, Amélie Leman, laquelle disait avec sa belle voix chantante, dans le film réalisé en 2009 : « Léon, tu reviens, quand tu veux » ! Si je veux, je crois que je pourrai… avec l’aide de mes jambes (elles ont dix ans de plus), de ma volonté et de mon courage bien sûr mais aussi pourquoi pas grâce à vos encouragements lointains.

Ce 19 décembre, je viens de recevoir un gentil courriel d'Amélie me disant que sa famille m'attend début mars 2020.

Les films de mes voyages à vélo sur Youtube

Mon ami Luc (du GRACQ) a commencé à mettre tous les films de mes voyages à vélo, réalisés avec la collaboration de Michel et Philippe de Ville, grâce au lien suivant :

Vous pourrez ainsi revivre mes voyages en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique !

Partenariat avec « Entraide et Fraternité »

Si vous souhaitez soutenir et parrainer l’ONG « Entraide et Fraternité » via l’opération « Solidarity Bike » qui soutient plus précisément le projet de l’organisation LAFCCOD aux Philippines, voici quelques renseignements.

La mission de LAFCCOD est d’appuyer les petites communautés de pêcheurs des provinces de Zamboanga del Sur et de Lanao del Norte dans la gestion des écosystèmes marins et côtiers, leur émancipation y inclus celle des femmes musulmanes, chrétiennes et indigènes, ainsi que de promouvoir le respect mutuel des trois peuples et une paix durable. Pour en savoir plus, voici le lien : https://www.entraide.be/LAFCCOD

Votre don est bienvenu au compte BE68 0000 0000 3434 avec la mention « LAFCCOD Philippines Solidarity Bike Léon Tillieux » ; merci de me faire savoir si vous parrainez ce projet.

Que Noël qui approche à grands pas ainsi que les premiers jours de 2020, vous apportent une source d’espérance pour un monde meilleur, plus juste et plus respectueux de notre « Terre-mère ».

Léon Tillieux


Une des nombreuses (belles) images de la traversée des Andes, ici au Pérou en 2009

vendredi 26 avril 2019

Transandina 2019 : film et conférence !

vendredi 22 mars 2019

Transandina 2009-2019 : bilan de la traversée des Andes de Quito à Ushuaïa

Rentré en Belgique ce samedi 16 mars 2019, avec un peu de recul par rapport au défi que je viens de relever, voici quelques réflexions et le bilan de ce que je viens de vivre durant 10 semaines en Amérique Australe.

Dernier regard sur la ville de San Carlos Bariloche et son lac,
un des lacs les plus étendus d'Argentine

Bilan des 4 voyages en Amérique du Sud de 2009 à 2019

Au départ en 2003, mon rêve était de parcourir à vélo « uniquement » le Chili – le pays le plus long de l’Amérique du Sud - du Nord au Sud. Mais c’est d’Equateur que je suis parti en mai 2009 avec comme objectif : « grimper » dans la cordillère des Andes et atteindre Salta dans le Nord de l’Argentine.

Après l’Equateur et une brève incursion en Amazonie sur le Rio Napo, ce fut le Pérou durant un peu plus de trois mois, la Bolivie et le Nord de l’Argentine. En janvier 2013, je repars en Argentine en vue de retraverser les Andes de Salta vers le désert d’Atacama au Chili par le difficile col de Sico (neige) et d’atteindre Santiago.

L’an passé en 2018, je me remets en route en espérant aller le plus loin possible sur la route d’Ushuaïa : j’arrive à San Carlos de Bariloche. Cette année 2019, mal inspiré, je choisi de partir de l’extrême sud pour revenir à Bariloche et ainsi compléter la liaison Equateur – Terre de Feu. En fait les vents seront souvent contraires, et pour contourner la difficulté, je change d’itinéraire en m’offrant la « Carretera Austral » avec ses 600 km de ripio (cailloux), mais aussi la beauté de ses montagnes, lacs et rivières, et de nombreuses et belles rencontres de voyageurs (à pied, à vélo, etc.) de tous pays.

En termes de kms parcourus, voici le détail

  • Voyage 2009 6.988 km en 112 jours moyenne : 10.6 km/h
  • Voyage 2013 2.838 km en 42 jours moyenne : 10.3 km/h
  • Voyage 2018 1.964 km en 26 jours moyenne : 11.1 km/h
  • Voyage 2019 3.020 km en 53 jours moyenne : 9,1 km/h

De Quito à Ushuaïa : 14.810 km en 233 jours

Remarque : pour la totalité de ces 14.810 km, le vélo « Da Silva » n’a connu « que » 4 crevaisons et 4 paires de pneus, « Schwalbe », qualité allemande faut-il préciser !

Remarque importante : la totalité du parcours depuis Quito en Equateur à Ushuaïa en Argentine a été réalisée à vélo comme unique moyen de locomotion; jamais, je n’ai accepté de « monter » dans un camion ou un autre véhicule dont le chauffeur se proposait gentiment d’abréger des montées parfois très longues en distance et en durée.

Des messages de soutien, par dizaines

« Meu Deus, que cela a passé vite !»

Des messages reçus pour encourager un cycliste en lutte contre le vent, la pluie, depuis les intempéries de la région australe jusqu’au soleil réchauffant de la province du Rio Negro dont San Carlos de Bariloche est la ville la plus importante.

Je ne puis que remercier celles et ceux qui ont répondu à mes messages : cela représente 324 messages de 108 personnes différentes, c’est tout simplement incroyable l’intérêt porté à un défi qui n’utilise pourtant qu’un moyen tout simple de déplacement.

L’accueil à San Carlos Bariloche chez Graziela et Marcelo.

Deux jours et deux nuits passés chez ce couple sympathique, engagé depuis longtemps au service du développement et plus spécialement des familles démunies d’une Argentine qui ne cesse de passer de crise en crise. Le courage de gens qui osent consacrer leur vie à la cause de la justice dans un pays où ceux qui recherchent le pouvoir ne voient pas d’un bon œil, celles et ceux qui choisissent de lutter à côté de ceux qui sont victimes du système dominant.

« Ainsi me raconte Graziela, nous étions jeunes en 1984, en principe la dictature des militaires initiée en 1976, était finie depuis deux ans; nous nous rendions le samedi dans un bidonville, attentifs aux problèmes nombreux que les familles démunies rencontraient au jour le jour. Nous étions suivis par une voiture Ford Falcon et nous savions que les passagers n’étaient pas des enfants de chœur mais de sinistres militaires ou paramilitaires qui ne nous voulaient certainement pas du bien ! Si bien que les responsables de la paroisse du bidonville nous ont priés de ne plus venir durant quelques mois, pour ne pas mettre en danger nos vies et celles des résidents ».

Trente ans après, le pays ne s’est pas encore remis de ces années sombres qui a couté la vie à 30.000 disparus : des enfants, des jeunes, des papas, des mamans pour lesquels des gens déterminés continuent à exiger des nouvelles, une demande la plupart du temps restée vaine dans un climat voulu d’impunité « en faveur » de leurs bourreaux.

Quant à la situation politique de l’Argentine de ces dernières années, l’évolution est semblable à celle du Brésil (voir mon premier message de janvier 2019) où les dirigeants suivent les mêmes orientations imposées par le grand voisin du Nord, les Etats-Unis qui n’ont jamais cessé de considérer les pays d’Amérique « dite latine » comme leur jardin ou le terrain de chasse « gardée » de leurs intérêts.

Avec Graziela et Marcelo, nous échangeons sur l’évolution de pays comme l’Argentine, le Brésil, le Chili pour constater qu’en Europe, la même évolution se fait de plus en plus sentir, sous la pression d’un néo-libéralisme qui devient de plus en plus prégnant et ce, au niveau de la planète entière.

Sur la route de l’aéroport, un projet financé par des écotaxes.

Terminons par une information positive. Jeudi 14 mars 2019, 15h15 Marcelo me conduit à l’aéroport de Bariloche. Des ouvriers travaillent à l’embellissement d’un côté de la route, avec des pelouses abondamment arrosées avec l’eau pompée du lac tout proche; ce beau projet a pour but de faciliter sur quelques kilomètres le déplacement des usagers dit faibles : une sorte de « cyclovia » réservée également aux piétons (familles, enfants, etc.) et éviter ainsi de devoir rouler au même endroit que les voitures, ce que j’ai du souvent faire – à mes risques et périls - lors de mes voyages !

Belle initiative financée par une taxe dite écologique, prélevée sur une partie des recettes engendrées par le tourisme. Car dans cette région de Bariloche, il n’y a pas que des touristes cyclistes, en route vers ou venant d’Ushuaïa mais aussi de nombreux randonneurs, et d’innombrables skieurs (20 vols par jour en haute saison amenant les Brésiliens en manque de neige) vers la montagne blanche du mont Cardenal, que j’ai choisi de ne pas monter avec mon vélo bardé de bagages, vous comprendrez... !

Une manif pour le climat, bravo les jeunes !

Vendredi 15 mars 2019. Au moment où à Bruxelles et dans d’autres villes – et même au niveau mondial d’une planète qui en a urgemment besoin - se prépare une manifestation pour le climat initiée surtout par des jeunes, je suis cette importante information, à moitié couché sur mon matelas auto-gonflant dans le hall d’attente de l’aéroport d’Ezeiza à Buenos Aires.

En effet, sur le chemin du retour de la « Transandina », l’escale prévue dans la capitale argentine est de 17 heures incluant une nuit complète de jeudi à vendredi. Si bien que je fais comme la plupart des gens en transit, nous bivouaquons (voir photo) à un endroit prévu pour cela (je doute qu’à Zaventem, il y ait un tel endroit, à moins qu’au « centre fermé tout proche » !) Je regrette non pas l’inconfort (depuis 65 jours, j’ai l’habitude dans ma petite « carpa ») mais c’est d’arriver à Zaventem 24 heures après cette belle et nécessaire manif !

Des projets de voyage pour les années à venir

L’inconfort, vous l’avez bien compris grâce à l’écriture de mes messages, ne me fait pas (plus) peur. C’est pour moi un véritable bonheur de camper dans la nature – au calme surtout – et de découvrir au couchant comme au levant, et entre les deux, les merveilles de la création. Il est urgent, pour le bonheur à venir de nos petits et arrière-petits-enfants de faire connaître ce qui existe encore et risque de disparaitre : glaciers, espèces animales et végétales, sans oublier tout ce qui tourne autour de la préservation des valeurs humaines, et là, le travail de conscientisation et d’action ne manque pas !

Comme je vous l’ai laissé entendre dans mon message précédent, je compte bien sûr continuer à randonner à vélo. Ma compagne Danielle me trouve un peu « à l’étroit » en Belgique quand je ne suis pas avec mon compagnon le vélo en train d’arpenter les grands espaces de notre planète.

Dans ce domaine, il y a encore certainement pas mal de choix possibles pour ces dix prochaines années. En commençant vraisemblablement en 2020 ou 2021 par le chaînon manquant de la traversée de l’Amérique du Sud : le tronçon de Cartagena (à l’extrême Nord de la Colombie) à Quito que je « quittais » en mai 2009 pour me lancer dans cette très longue aventure, que j’ai nommée et écrite « en lettres vélocipédiques » – comme dirait mon professeur de Français Jacques Trépant, la Transandina !

Témoignage à Namur en mai et album photos

Dès mon retour à Namur, plusieurs personnes m’ont demandé si j’avais prévu une « conférence » sur ce récent voyage. Il n’y aura pas de film comme lors des voyages précédents mais un témoignage accompagné d’un « PowerPoint » avec les photos les plus belles et quelques séquences filmées parmi les passages les plus difficiles de la Patagonie, de la Terre de Feu à la Carretera Austral.

Cela aura lieu vraisemblablement en mai à Namur. Vous serez tenus au courant. De même qu’un album-photos est en préparation, à vous de me dire si cela vous intéresse,

A vous revoir « tout bientôt », Abrazos muy fuerte !

Léon Tillieux
leontillieux @ hotmail.com
gsm : +32 478 618581


Dernier regard sur les lacs argentins

dimanche 17 mars 2019

Transandina 2019 : arrivée à San Carlos Bariloche

Voici le compte-rendu de la fin du voyage en Amérique Australe, qui se termine à San Carlos Bariloche d’où je prends l’avion de retour vers la Belgique ce 14 mars 2019 à 18h pour arriver à Zaventem samedi 16 mars à 10h du matin.

Le lac Guillelmo, un des nombreux (beaux) lacs d'Argentine

On peut randonner à vélo longue distance au-delà de « 4 x 20 ans »

Vendredi 1er mars, vers 18h, je reprends la route vers la frontière Argentine, cherchant un endroit calme pour planter la tente une dernière fois en terre chilienne. Je vois arriver devant moi un cyclo-randonneur qui d’emblée m’annonce son âge : 81 ans. Arnoldo a accompli durant ces deux dernières années 14.000 kms à vélo en Argentine et au Chili. Il en a déjà tellement parcourus auparavant qu’il ne sait plus quelle distance cela représente.

Toujours est-il qu’il repart vers le Sud, vers la Carretera Austral que je viens de terminer… avec bonheur. Avec bonheur, non seulement fier d’avoir pu réaliser ce raid mais aussi heureux de laisser « derrière moi » plus de 600 km de ripio !

Arnoldo, fier de ses 81 ans… et toujours cyclo-randonneur « longue distance »

Mais du ripio… en voilà de nouveau : Arnoldo me dit que, après la frontière, les Argentins n’ont pas asphalté la route comme l’on fait les Chiliens sur les 7 derniers km avant la frontière. Dès lors, je vais de nouveau avancer à du 5 ou 6 km/h jusqu’à Trevelin durant une journée. Arnoldo me souhaite un bon voyage.

Son sourire (voir photo), son dynamisme, son courage m’ont convaincu que je pourrai aussi continuer à randonner à vélo au moins pendant 10 ans ! Vous êtes donc prévenus, mes messages ne s’arrêteront pas le 16 mars 2019 et ce site internet continuera à vous donner des nouvelles de mes périples, site agrémenté depuis 2009 par les photos que vous appréciez, d’après les commentaires reçus dans vos courriels… merci !

Toujours du ripio en Argentine, mais celui-ci, dans le parc national « Los Alerces » est "amélioré"

Ici, dans le parc national « Los Alerces », je me sens encore chez moi !

Traversée dans le soleil et la pluie du parc national argentin « Los Alerces »

Plutôt sous la pluie, je suis prévenu : « alerte météorologique ». Les promenades de ce parc naturel sont fermées car ce mercredi 6 mars 2019 ne sera pas un « jour des cendres » mais un jour de pluie. Arrivé au camping libre mardi 5 mars vers 15h, le dernier avant la fin du parc national, le gardien me prévient : demain matin et déjà en fin de nuit, il faut s’attendre à beaucoup de pluie. Aussi, au lieu de planter la tente à l’extérieur, je la monte à l’abri sous le toit du local commun réservé à la cuisine.

Le lendemain matin, alors que la pluie m’a déjà bercé depuis plusieurs heures, arrive un jeune, trempé des pieds à la tête: il a dormi dans sa tente dans le camping adjacent et celle-ci (voir photo) est comme un bateau au milieu de l’eau.

Après une nuit chargée de pluie, la tente de German est comme un bateau au milieu de l’eau

German, voyageur à pied par monts et par vaux, avec des pratiques un peu particulières pour survivre dans la nature

Ce jeune menuisier de 25 ans a choisi de voyager le plus près possible de la nature. Par monts et par vaux, il traverse son pays, l’Argentine, à pied, en ne campant jamais dans un camping mais en dormant, souvent à la belle étoile, dans les forêts ou au bord des lacs… Dieu sait combien il y en a en Argentine !

Pour se nourrir, il pêche du poisson dans les rivières ou dans les lacs et lorsqu’il se trouve dans les montagnes, il a à portée de main une catapulte pour « s’offrir » un oiseau. Mais, comme pour me rassurer (il n’est pas un prédateur), jamais qu’un à la fois et uniquement « lorsque la faim se fait tenace. » Sinon, des amandes et fruits secs ou des fruits des bois suffisent à le nourrir.

Ce voyageur se rend à Ushuaïa à pied (encore quelques mois !) et remontera ensuite à Mendoza, sa ville Argentine, par le Chili mais en stop, cette fois. L’an prochain, il compte travailler quelques mois (comme menuisier au Danemark, il aura du travail comme il voudra et en plus bien payé). Il traversera l’Europe de la Norvège à l’Espagne, à vélo.

Déjà je lui ai dit qu’il pouvait passer nous dire bonjour en Belgique… et partager nos souvenirs de rencontres humaines et autres (la nature, le chant des rivières et de la pluie, la nuit au creux des insomnies, etc.)

A midi, German prépare les zakouski : du poisson qu’il a lui-même pêché et fumé, accompagné de morceaux de fromage; pendant ce temps, je prépare des pâtes… comme les autres jours, sauf que j’ai doublé la quantité.

A cause de la pluie, une journée de lecture pour German, voyageur à pied

La pluie devenant moins forte, je me décide de reprendre la route vers Cholila : il me reste 25 kms de mauvais ripio à parcourir. Cette fois c’est certain, ce sont les derniers… pour cette année ! Arrivé à Cholila, je cherche du Wi-Fi. J’arrive à la poste qui est fermée mais l’employé habitant juste à côté, m’invite chez lui, où il y a du Wi-Fi pour consulter mes courriels. A côté, le voisin accepte les voyageurs qui viennent demander pour « acampar ». Une bonne chose pour moi surtout qu’il y a de l’eau chaude !

Mes cartes postales enfin ont trouvé un timbre pour l’Europe

Ce jeudi 7 mars, à 8h, le bureau de la poste étant ouvert, je puis enfin acheter 3 timbres pour l’Europe. Rappelez-vous à El Chalten en Argentine, l’employée n’en avait plus et m’envoyait à 200 km de là. Au Chili, nouvelle tentative à Coyhaïque, une grande ville. Me présentant l’après-midi, l’employée me répond que les timbres internationaux ne sont vendus que le matin ! Ok, il faut de la persévérance pour envoyer des cartes postales en Patagonie… et ce n’est pas donné : l’équivalent de 4 euros par carte !

Du calme au bord d’un lac d’une limpidité exceptionnelle

Vendredi 8 mars, j’arrive de bon matin au bord du lac d’Epuyen, réputé pour sa transparence. Comme je suis seul, j’en profite car des endroits calmes comme celui-là, il n’y en a pas beaucoup. En effet, arrivent deux dames (dont une fume) avec trois chiens (des bergers Allemands) qui ne trouvent rien de mieux que de se jeter à l’eau. Bref, fini la quiétude, il est temps que je m’en aille… heureusement, je m’étais levé tôt !

La beauté limpide de l’eau du lac d’Epuyen en Argentine

L’aide de cyclo-randonneurs Néerlandais

Dimanche 10 mars, je longe de beaux lacs en route vers Bariloche. Le soir, je vois un couple de Néerlandais en train de camper dans un sous-bois. Je décide de camper au même endroit. Comme ma réserve de gaz est presque terminée, je puis bénéficier du réchaud de mes voisins, alimenté par de l’essence, ce que la plupart des cyclo-randonneurs longue distance utilisent.

Ces personnes ont la soixantaine et le lendemain, nous arrivons ensemble à San Carlos de Bariloche. Comme le monsieur est un très bon photographe (c’est sa femme qui me le dit), j’ai ainsi une très belle photo de mon arrivée… à la fin de la Transandine 2019.

Arrivée à Bariloche, terme de la transandina 2019, après 53 jours de route

Dernière boucle à la découverte de très beaux lacs près de Bariloche

Bariloche est réputée pour son chocolat (ce sera pour le dernier jour, lors des achats souvenirs à ramener en Belgique pour la famille) mais aussi pour la beauté de ses lacs. Comme il me reste un jour complet en réserve, je me rends en boucle vers l’ouest vers le lieu dit « Llao Llao » où il y a aussi un village qui fut habité par des migrants Suisses à la fin du 19ème siècle.

Après avoir admiré le coucher de soleil en haut d’un point de vue panoramique, j’ai passé ma dernière nuit sous la tente, dans un bois situé non loin de là. Personne n’est venu me déranger !

Accueil dans la famille de Marcelo et Graciela

Par l’intermédiaire de René Dardenne de Salzinnes, je suis entré en contact avec une famille de San Carlos de Bariloche: Marcelo et Graciela, qui ont quatre enfants. Très précieux pour passer les derniers moments avant le retour, lorsqu’il faut trouver une caisse pour emballer le vélo et pour se rendre à l’aéroport.

Sujet de discussion intéressant : le projet des « petites maisons » dans la province du Rio Negro, dont Bariloche est la ville a plus importante. Depuis quelques décennies déjà, un important projet de construction de maisons pour des familles nécessiteuses à été lancé sous l’impulsion d’un prêtre Français Claude Faivre du Boz et d'une coopérante belge prénommée Nelly.

Ce projet a été soutenu également par toute une équipe de la région de Meux au nord de Namur, sous l’impulsion de René Dardenne, par qui je suis entré en contact avec la famille de Marcelo. Celui-ci est architecte; c’est lui qui a réalisé les plans de ces maisons. Initié en 1986, ce projet compte actuellement plus de 5.000 habitations à son actif, construites selon le principe suivant: le terrain est attribué par l'état à une famille qui en devient propriétaire à condition de participer à la construction non seulement de sa maison mais aussi de celles des autres familles.

Le projet a été financé par des agences de développement comme Misereor en Allemagne ou le groupe belge de Meux mais aussi par des organismes d'Etat argentins.

Un message de plus pour notre réflexion pour les mois à venir

Sur le mur d'une cour de récréation de El Bolson en Argentine, j'ai été attiré par cette fresque dont le message peut nous inspirer, nous qui bientôt allons choisir des responsables politiques en charge de la politique d'accueil des étrangers ou bien des soins de santé, de l'éducation, etc ... vous pouvez compléter vous-mêmes.

"Le soleil apparaît (se lève) sur la terre pour tous les humains de la même façon !"

Parce que en fait... il n'y a qu'une seule race sur la terre : la race humaine !

Ce sont les enfants argentins qui le disent ! Mais avec les adultes que nous sommes, ce n'est pas nécessairement comme cela que cela se passe !

Oui, c'est la même personne, il s'agit bien de moi, avant et après être passé chez le "diminutif" également "diminuebarbe" pour l'occasion !

Léon Tillieux

À se revoir bientôt en Belgique... après une si longue absence !

Voici encore quelques photos :

Bonne nuit !

En Patagonie, je n'ai pas eu l'occasion de rencontrer beaucoup d'enfants.
Ici, cette petite fille va chercher de l'eau à une source pour se rafraîchir.

Le voile de la mariée !

samedi 2 mars 2019

Transandina 2019 : de Coyhaique à l'Argentine

Voici la suite du voyage sur la « Carretera Austral », qui se termine pour moi, retour par l’Argentine oblige car c’est à Bariloche que je prendrai l’avion de retour en Belgique le 14 mars prochain.

J’aimerais un instant revenir sur la rencontre exceptionnelle avec le couple de Japonais. Norio accomplit un long voyage à pied durant trois ans en tirant une charrette depuis l’Alaska jusqu’à Ushuaïa. Voici encore une photo où l’on voit les visages rayonnants de ces personnes marchant pour la Paix.

Norio et son amie Maki

De Cohaïque à la frontière Argentine

Lundi 18 février, après l’envoi du message n°7, je prends la route de la « Carretera Austral » vers le Nord. Une longue montée dont une partie à pied à cause de travaux en cours. Une longue descente ensuite en passant par un tunnel.

Le long de la rivière Simpson, je rencontre les passagers de deux voitures arrêtées à l’entrée d’une propriété située le long de la rivière; ils attendent que le propriétaire vienne ouvrir la barrière; ils ont l’intention de camper en cet endroit merveilleux : un couple de Santiago et un couple d’Australiens apparentés aux premiers. Ils demandent au propriétaire si je puis aussi « acampar ».

Le propriétaire m’emmène au bord de la rivière et il fait déjà presque nuit lorsque je monte la tente. Le lendemain matin, Harry, l’Australien vient me chercher pour prendre le petit déjeuner avec eux. Lui et son épouse Christina ont dormi dans le break aménagé pour cela.

Rudimentaire leur équipement : une vieille pelle pour faire du feu avec du charbon de bois; une toile attachée par deux cordes pour se protéger du vent et de la pluie. Ce qui est incroyable : ils m’ont dépassé le matin sur la route au moment où je m’étais arrêté pour débarrasser celle-ci d’un gros caillou qui ne pouvait que rendre la route dangereuse pour les voitures mais surtout pour les motos, et les cyclistes !

En parlant de nos projets de voyage, Christina me dit en riant qu’à partir de 70 ans, « on commence une nouvelle vie », et oui certainement, pour moi aussi, et peut-être s’agit-il déjà d’une troisième vie... ? Et les rencontres se suivent toujours aussi chaleureuses et intéressantes.

Le matin du mardi 19 février, je rencontre un couple de Polonais (de mon âge) pédalant vers le Sud. Ils m’apprennent qu’un duo de belges me précède d’un jour ainsi que le couple d’amis de Suisse, Améline et Romain que je n’ai pas eu l’occasion de revoir à Coyhaique, ayant un jour de « retard » sur eux !

La pluie s’invite dès 10h du matin et ne me quitte pas durant la journée. Le soir non plus; heureusement, je trouve une maison inhabitée à vendre au bord de la route, là, je dormirai au sec !

Cuisine ancienne pour pâtes quotidiennes

Cinq cyclotouristes belges se rencontrent à Puyuhuapi

Samedi 23 février 2019, la journée commence par 15 km sous la pluie. A Puyuhuapi, je me réfugie dans un abribus en attendant l’ouverture du supermarché et de l’office du tourisme. Qui vois-je entrer à l’office de tourisme : Améline qui a passé la nuit dans un camping de la ville; la veille, avec Romain et deux filles belges, ils sont allés, en kayak (il ne faisait pas très chaud) aux thermes naturels situés dans le Fjord qui donne accès à l’océan Pacifique. C’est qu’ici, nous sommes à hauteur de la mer et ces thermes (eau chaude) ne sont atteignables que durant un quart-heure lorsque la marée est très basse.

Vers midi, les deux cyclotouristes belges dont m’avait parlé un couple de Polonais habitant aux Etats-Unis, deux jours auparavant, arrivent au camping de même qu’un couple de belges, eux aussi descendant vers le sud. Nous nous retrouvons donc cinq belges dont trois originaires de trois villages contigus faisant partie du grand Namur : Wierde, Andoy et Erpent.

Alexandra (originaire d’Erpent) voyage avec son amie Valentine de Bruxelles; je connais l’oncle d’Alexandra, Xavier Jadoul qui a travaillé au Brésil ainsi que pour l’ONG belge « Entraide et Fraternité ». Le monde est petit !

Quelques instants plus tard, Charles-Henry Gernay (originaire de Wierde dont faisait partie le village d’Andoy où j’ai passé mon enfance) et Delphine, son épouse rejoignent le groupe. Ces « jeunes » mariés ont entamé leur voyage de noces à Santiago, un voyage prévu pour huit mois en Amérique du Sud vers Ushuaïa, qui se prolongera par un autre périple en Amérique du Nord. Déjà, nous nous sommes promis de nous revoir en Belgique dans quelques mois.

La rencontre de cinq cyclotouristes belges au bord du Fjord de Puyuhuapi au Chili.
De gauche à droite : Valentine, Léon, Charles-Henri, Delphine, Alexandra.

Ce dimanche 24 février, le ciel est maussade, le soleil montrera sans doute le bout de son nez (et même un peu plus, nous l’espérons) l’après-midi. Nous repartons vers le Nord. Dans 100 km, à Santa Lucia, il est prévu que je quitte la Carretera austral car je bifurque vers l’Est, vers l’Argentine où mon périple se terminera le 12 mars prochain à Bariloche.

Après avoir du affronter une pluie diluvienne, nous nous arrêtons au bord d‘une rivière. Pour cela, nous avons franchi une barrière fermée et sagement, nous attendons l’arrivée (et la permission) du propriétaire pour monter nos tentes. Vue magnifique sur la rivière, repas partagé sous un arbre à deux pas de l’eau avec en plus un cyclo-randonneur suisse qui nous a rejoints. Intrépide, il prend un bain dans l’eau froide. « C’est après que l’on se sent bien » dit-il !

Les vélos et les tentes au lever du jour au bord de la rivière

Une journée plein soleil et de repos dans de l’eau thermale à 40°

Ayant calculé que j’avais encore quelques jours de réserve, je décide de prolonger quelque peu cette « Carretera Austral » en poussant jusqu’aux « termas d’amarillo », une soixantaine de km de Santa Lucia.*

Le Chili compte un nombre important de volcans et de sources thermales naturelles dont l’eau vient toute chaude de ces volcans. Ce mardi 26 février, journée complète de repos pour les cinq amis belges et suisses pour qui c’est la dernière journée commune. En effet demain, je bifurque vers l’Argentine, vers Bariloche pendant que les 4 autres prennent la direction de Puerto Montt, la fin pour eux (en fait c’est le début) de la Carretera Austral.

Pour Alexandra et Valentine, elles sont heureuses d’annoncer fièrement qu’elles ont dépassé les mille kilomètres sur cette route de légende. Pour un premier voyage longue distance à vélo, c’est pas mal. Il est vrai que pour ce voyage, elles se sont payé (à bon prix) des vélos de marque trouvés sur le net : des « Koga-Miyata » venant des Pays-Bas. C’est (ou plutôt c’était) considéré comme la « Rolls-Royce » du vélo. En tout cas elles pédalent bien avec ce genre d’engin. Quant au nom donné à leur duo, avec un petit clin d’œil pour la Belgique, elles ont choisi de s’appeler « les frites en selle », et cela fait rire, les Français surtout, mais nous aussi !

Léon (qui apprécie les frites) avec les "frites en selle"
alias Alexandra et Valentine de Bruxelles

Les deux Suisses et les trois Belges qui ont co-pédalé durant quelques jours, le dernier soir. De gauche à droite : Améline (CH), Valentine et Alexandra(B), Romain (CH) et Léon

Du mercredi 27 février au vendredi 1er mars 2019

Ayant quitté mes amis belges et suisses qui continuent leur route vers le Nord, je me retrouve sur une route en ripio en direction de l’Est vers l’Argentine. Je découvre un très beau lac et en m’approchant de la plage, je vois un pêcheur qui vient de prendre deux beaux poissons. Il m’aide à passer le vélo et les bagages au dessus de la barrière et à les descendre à l’endroit où je passerai la nuit. Je prépare le repas du soir quand le pêcheur avant de quitter le lac m’offre une canette de bière, bienvenue car au magasin de Santa Lucia, il n’y en avait pas !

Le lendemain, alors que je m’arrête pour le pique-nique du midi, je vois arriver un tandem. C’est un couple de Catalans qui s’expriment en Français (ils exercent la profession de kinés en France). Ils sont partis pour un périple de deux ans au moins en parcourant le Brésil (y compris l’Amazonie), l’Equateur (le Rio Napo par où j’ai commencé la Transandina 2009 et où travaillait ma petite cousine française Amélie), la Colombie, le Pérou, la Bolivie et l’Argentine.

Ils roulent en tandem et sont vraiment sympas. Ils espèrent arriver à Ushuaïa, avant les grands froids. Comme logo, ils ont choisi ceci : « Burn fat, not oil », ce qui veut dire dans la langue de Voltaire : « brûlez de la graisse (la vôtre), mais pas du pétrole ! »; c’est-à-dire qu’il vaut mieux se dépenser en pédalant et ainsi faire fondre sa graisse plutôt que de brûler du pétrole (et ses dérivés, essence, etc) et d’engraisser les Sheiks Arabes et autres actionnaires des multinationales du pétrole ! Bien dit, ne trouvez-vous pas ?

Un couple de Catalans très sympathiques, préférant s’exprimer en Français qu’en Espagnol, ils m’ont raconté leur long périple en Amérique du Sud.

Le soir, un peu de pluie, je m’arrête dans un abribus pour me cuisiner les pâtes quotidiennes. Un peu fatigué par le « ripio » et une « belle » longue montée dans la vallée du Futaleufu où l’on pratique le rafting, je décide de passer la nuit à cet endroit, je serai ainsi au sec !

Arrivé à Futaleufu, ville frontière entre le Chili et l’Argentine, j’ai du bon WI-Fi à la bibliothèque communale, d’où je vous envoie ce message. Ce sera sans doute bientôt le dernier de ce voyage 2019. Il y en aura encore un à la fin du voyage à Bariloche, où j’étais arrivé l’an passé.

Au plaisir de vous informer.

Léon

Il semble que vous appréciez les photos en voici donc !

Le soleil termine son travail par les cimes des montagnes les plus élevées

Pour bénéficier de ce spectacle (4 minutes), il faut se trouver au bon endroit, au bon moment, et se lever tôt !

Fleurs du pays un peu après la pluie

mardi 19 février 2019

Transandina 2019 : de Cochrane à Coyhaique

Voici la suite du voyage sur la « Carretera Austral » … une route avec beaucoup de rencontres de personnes voyageant avec des moyens très différents les-uns des autres. Une route avec beaucoup de solidarité, cela vous l’aviez déjà lu dans les messages précédents.

Le bleu du lac Carrera au Chili

De Cochrane à Coyhaique

Mardi 12 février, je ne me suis mis en route qu’après-midi à partir de la ville de Cochrane, d’où je vous ai envoyé le message précédent. A la sortie de la ville, surprise : la route est asphaltée. Certains diraient : « il doit y avoir des élections municipales prochainement ? ». Je ne sais pas; toujours est-il que c’est de courte durée : après 500 mètres, je retrouve le « ripio » mais amélioré; je puis rouler normalement toute la montée du premier col et la descente; ensuite je retrouve les graviers « roulant », ce qui m’oblige à mettre pied à terre souvent.

Peu de rencontres de cyclistes; deux filles de Santiago font un bout de la carretera. A mon avis, pimpées comme elles sont, elles viennent de prendre le départ : l’équipement (casques, vêtements, lunettes) semblent sortir tout droit d’un magasin de sports « new look » et n’est pas encore marqué par la poussière de la route. Courageusement, en poussant leur vélo, elles entament la côte que je viens de descendre (plusieurs kilomètres) en quelques minutes. Elles mettront s’en doute beaucoup plus de temps. Mais elles ont l’air de savoir que ce sera difficile, « carretera austral » oblige !

Deux jeunes de Santiago qui expérimentent la « carretera austral »

Le lendemain mercredi 13 février, alors que je prenais une petite pause dans un abribus à Puerto Bertrand, un village situé sur la rivière Baker (aux eaux d’un bleu rarement vu), un monsieur s’avance vers moi avec du chocolat. C’est un Finlandais, Taneli Roininen qui a voyagé durant 4 ans à vélo autour du monde et qui fait découvrir (en voiture) à ses parents et à sa compagne chilienne par où il est passé.

Lui sait combien c’est dur de voyager dans de telles conditions; c’est la raison pour laquelle, il me donne du chocolat (j’étais justement en manque) et également à une allemande qui vient d’arriver et prend la même direction que moi. Le lendemain, c’est un Polonais qui arrête son 4x4 pour me donner le même chocolat au lait : celui que j’aime !

Une famille finlandaise, une copine chilienne (à droite) et une allemande à vélo qui, comme moi, a reçu du chocolat pour reprendre des forces !

Heike, de Hanover, 44 ans (sur la photo à gauche) est partie de Ushuaïa fin décembre 2018; elle prend le temps (40 kms par jour); elle compte traverser l’Amérique du Sud et aller jusqu’au Canada. Deux, trois ans ou plus, le temps ne semble pas compter pour elle !

Le soir je plante la tente non loin d‘une rivière se jetant dans le lac Carrera, d’un bleu également éclatant ! Sûr qu’ici, il n’y aura pas de bruit … ce ne sera pas comme au camping de Cochrane, où des jeunes ont fait du bruit en jouant aux cartes et en rigolant sans retenue jusqu’à 4 heures du matin. Il y a comme çà des gens qui ignorent que la nuit est faite pour dormir, et que les autres ont besoin de respect.

Quant à moi, je préfère fuir les campings bruyants… sauf lorsqu’il me faut du WIFI et du courant pour recharger les batteries de mes appareils. Je préfère bénéficier du calme de la nuit champêtre que d’aucuns qualifieront de sauvage, rien de comparable au bord d’une rivière. Il s’agit de la même différence entre un lever de soleil et un feu d’artifice éphémère !

Durant deux jours, j’ai longé un lac immense, le lac Général Carrera; avec ses 970 km carrés, il s’agit du lac le plus étendu du Chili et le second lac en superficie d’Amérique du Sud, après le lac Titicaca (Pérou – Bolivie). Les Tehuelches, les habitants de la région (précédant les Conquistadores Espagnols) l’appelaient Chelenko; à leur époque, ils n’avaient sans doute pas de général à mettre à l’honneur.

Ce lac déborde sur le territoire argentin où il porte tout simplement comme nom « Buenos Aires ». Décidément les Tehuelches étaient mieux inspirés pour donner un nom aux lacs !

Le bleu du lac « Général Carrera »

Jeudi 14 février, j’arrive à Puerto Tranquilo à 15h. De suite je prends le départ d’une excursion en bateau sur le lac Général Carrera vers les « cathédrales de marbre » sculptées par la mer, il y a très longtemps. Etonnantes grottes et excavations – appelées cathédrales ou chapelles de marbre - où le bateau nous emmène. Au retour, le vent est devenu très fort. Nous recevons un équipement pour nous protéger de vent violent (encore lui !) et de l’eau projetée dans le bateau, où nous résistons !

Les « capillas » de marbre, sculptées par la mer

Vendredi 15 février, il est déjà 17h quand j’entame l’ascension d’un col qui me mène à 600 mètres d’altitude quand j’aperçois une dame et des enfants; je me dis « enfin je vais pouvoir rencontrer des habitants de la région» Et bien non : la dame me parle en Français, c’est une famille de Clermont-Ferrand qui campe dans le coin et qui voyage pendant un an, à vélo.

Partis de Lima, ils vont vers le Sud à raison de 20 km par jour. Les trois filles ont moins de 10 ans et c’est la maman qui donne classe chaque jour pendant une heure, dans la tente. J’ignorais qu’il y avait une école ambulante dans cette partie du Chili. Sûr que les enfants en garderont un souvenir impérissable.

Samedi 16 février, la route en « ripio » est particulièrement mauvaise; aussi c’est avec bonheur que j’apprends de la bouche de deux cyclistes chiliens venant en sens inverse que la route a été récemment bétonnée, 10 km avant d’arriver à Vila Cerro Castillo. Je décompte les kilomètres !

La route en « ripio » (tôles ondulées) provoquées par le passage répété des véhicules.

La nouvelle route : finie la poussière !

Marcher pour la paix durant 3 ans et sur plus de 30.000 km depuis l'Alaska, c'est le défi relevé par Norio, le japonais

Dimanche 17 février, après une nuit reposante dans une ferme, j’entame le col qui selon le fermier est très très long. Deux heures après mon départ, j’arrive au sommet : j’ai parcouru 10 km. Dans la descente, rencontre surprenante avec Norio Sasak, un japonais parti d’Alaska, il y a trois ans déjà. C’est qu’il n’a pas de vélo comme la plupart des cyclo-randonneurs que je rencontre. Il tire une charrette avec son matériel de camping. Il lui reste trois mois pour arriver à Ushuaïa… d’où je viens ! A raison de 30 à 50 km par jour.

Son amie Maki Nagahama l’a rejoint depuis un mois. Ils sont très heureux que je passe un peu de temps pour m’intéresser au projet de Norio. Quand je lui demande pourquoi il relève ce défi, il montre sa charrette sur laquelle il est écrit en anglais : « Je voyage à pied à travers le monde et j’ai expérimenté plusieurs situations de défis. Mais j’ai rencontré beaucoup de gens merveilleux, aussi vais-je continuer à marcher avec un sourire fier en espérant que cela aidera le monde à atteindre la paix ! »

Sûr que des gens comme Norio, il en faudrait beaucoup pour que le monde tourne mieux. Mais vous connaissez l'histoire du colibri qui essaye d'éteindre l'incendie : il fait ce qu'il peut, et c'est sa part ! Sûr que la part de notre ami japonais, c'est celle d'un fameux colibri !

En compagnie de Norio, marcheur infatigable qui aura parcouru plus de 30.000 km d’Alaska à Ushuaïa, pour promouvoir la Paix !

L’après-midi, je dois m’arrêter vers 15h : le vent s’est levé et il est difficile d’avancer sans se fatiguer inutilement. J’ai demandé l’hospitalité dans une ferme et j’attendrai un lendemain qui sera plus calme, espérons-le !

Histoire de la « Carretera austral »

Il est venu le temps de vous parler de l’historique de la « Carretera austral » sur laquelle je me trouve. Au début de mon voyage, je ne voulais pas en entendre parler, sachant combien les conditions de circulation sur cette route sont difficiles. Mon ami des Pyrénées André Etchélecou a tenté par deux fois de la parcourir ces dernières années avec chaque fois pas mal de problèmes. Mais rappelez-vous les conseils du vététiste de 75 ans d’El Calafate, qui m’ont convaincu de changer d’itinéraire.

Le long de la carretera austral, il y a de beaux chevaux !

Sur le guide touristique qui date de 1996 (mon premier voyage au Chili avec la FIMARC), le tracé de la carretera austral ne va pas au-delà de Cochrane. 20 ans après, la route a été tracée en « ripio » depuis O’Higgins, avec de nombreux ponts, ouvrages solides, obligatoires pour enjamber les innombrables rivières qui descendent des montagnes. Cette région australe était totalement isolée avant la réalisation de ce projet colossal.

Ce projet merveilleux est cependant lié au nom d’un personnage qui a marqué terriblement – en lettres de sang - l’histoire du Chili : il s’agit du Président Augusto Pinochet, installé (le 11 septembre 1973) avec la complicité de la CIA étatsunienne (un pays qui se vante de vouloir promouvoir la démocratie dans le monde). La « Carretera Austral Presidente Pinochet » qui a porté son nom jusqu’à ce qu’elle soit heureusement débaptisée, a été initiée selon ses ordres en 1976. Le tronçon central fut inauguré en 1983 et progressivement complété vers le Nord (Puerto Montt) et vers le Sud jusque Cochrane.

Du jeudi 7 février au samedi 16 février 2019, depuis le lac de O’Higgins jusque Vila Cerro Castillo, j’ai parcouru un peu plus de 500 km sur cette route de légende qui a été ouverte récemment et qui n’est pas encore ni bétonnée, ni asphaltée. Le fameux « ripio » empêche aux vélos de rouler normalement. En revanche, les véhicules à moteur, de plus en plus nombreux - tourisme oblige - soulèvent des tonnes de poussière lorsqu’il ne pleut pas.

Heureusement, en partant tôt, quand les touristes dorment encore où prennent le temps de prendre leur petit-déjeuner, l’on peut respirer un peu. Mais à partir de 10h, à certains moments, cela devient infernal, lorsque 10 voitures, camions et bus se suivent. Heureusement, à partir de ce 16 février, je suis sur les tronçons bétonnés ou asphaltés; il y aura encore de temps en temps des passages en « ripio », pour que l’on n’oublie pas par où l’on est passé et sué !

Revenons un temps à Pinochet. Il semblerait selon certaines sources que le travail de ce projet d’ouverture d’une route par ailleurs essentielle pour le désenclavement d’une région aux potentialités énormes, notamment en matière de tourisme, a été rendu possible par le concours de nombreux jeunes miliciens, durant les années 1976-1980. Plusieurs sont morts dans des conditions de travail très difficiles. Ici, en effet, l’hiver est terrible ! De temps en temps au bord de la route, un écriteau rappelle le « sacrifice » de soldats morts lors d’accidents.

Le sang d’un soldat, qui selon l’expression souvent utilisée sur les monuments de guerre « jamais n’a été versé en vain. » A mon avis - mais vous savez que j’ai souvent un avis différent - c’est le contraire qu’il eut fallu écrire !

Je suis bien arrivé à Coyhaique, capitale de la Patagonie, ce lundi 18 février 2019, malgré une brève pluie le matin et un vent très fort de face. Heureux de vous envoyer ce message; je vous retrouve dans une semaine. Il me reste 850 kms à parcourir en trois semaines jusque San Carlos Bariloche en Argentine.

Léon Tillieux

Montée en lacets, avec beaucoup de lacets durant 5 km

Transandina 2019 : de El Chalten à Cochrane

Je vous retrouve au Chili, voici le compte-rendu des derniers jours, d’une Transandina qui n’est pas toujours à l’image d’un « long fleuve tranquille »

Dernier regard sur la montagne du Fitz Roy en Argentine au coucher du jour

De El Chalten au lac du désert : 39 km de vélo sur une route en « ripio »

Lundi 4 février 2019, après avoir une dernière fois admiré le soleil levant illuminer la magnifique montagne du Fitz Roy, je prends la route vers le Nord, direction « lago del desierto ». Trois cyclistes français me rattrapent. Craignant un problème avec ma chaîne, j’ai besoin d’un dérive-chaîne, le mien ayant rendu l’âme. Cinq minutes et le problème est résolu ; je puis aborder la « careteira austral » sans trop de craintes.

Nous faisons connaissance : Vincent, Nicolas et Damien sont partis pour un long voyage à vélo jusqu’en Colombie, espérant y arriver à l’automne. Sur le badge de leur voyage, il est marqué en espagnol : « seis ruedas - cinco piés ». Ayant pris du retard, Damien, originaire de Rocroi, à deux pas de chez nous, me dépasse ; c’est à ce moment que je me rends compte qu’il a une jambe artificielle… d’où le nom de leur trio : « six roues pour cinq pieds ». Les trois amis, travaillant dans le domaine d’économie d’énergie, ont préparé ce voyage durant un an et ont pris une longue pause-carrière pour l’accomplir et réaliser leur rêve.

Le courage de Damien me rappelle une image qui est restée gravée dans ma mémoire depuis 1961 et qui explique en partie comment, lors de mes voyages à vélo, je parviens à dépasser les difficultés qui se présentent à moi. En juillet de cette année-là, au Tour de France, Rik Van Looy avait gagné la première demi-étape du jour qui arrivait avenue Bovesse à Jambes; l’après-midi, une seconde demi-étape contre la montre par équipe était organisée en circuit à Jambes.

Avec mon oncle Rémi de Strud et son vélo presque aussi âgé que lui, ainsi qu’un ami prénommé Joseph d’Andoy, nous étions allés à vélo d’Andoy à Erpent (tout au plus 3 km), là où il y avait le garage Aunalux. Plus d’un demi-siècle plus tard, le site est toujours à l’abandon… nous sommes tout près de Namur !

Au retour, mon ami et moi, nous râlions parce qu’il fallait monter les 400 mètres de la côte de « la Perche » vers Andoy, nom qui fut donné par les conducteurs de charriots tirés par des chevaux qui remontaient des mines de derle du « fond d’Andoy » ; arrivés au sommet, avant d’entamer la descente vers Namur, l’on attachait les chevaux à « une perche » (d’où le nom du carrefour et de la côte).

Mais revenons à nos vélos ; alors que nous étions descendus de machine, un jeune gars nous dépasse, sans descendre de vélo et pour cause, il n’avait qu’une jambe et sans béquille ni jambe artificielle; il n’aurait jamais pu faire comme nous. Une image qui m’est revenue en voyant le courage de Damien.

Avec Vincent, Damien et Nicolas, l'équipe "6 roues et 5 pieds" en route vers la Colombie

Arrivés à temps pour prendre le bateau qui traverse le « lago del desierto » dans sa longueur, mes amis prennent un bain dans une eau bleue transparente. Toutefois le lac porte bien son nom; c’est un véritable désert : pas le moindre magasin, pas moyen d’acheter le moindre réfrigérant !

Arrivés au nord du lac, les amis s’arrêtent pour camper pour la nuit. Après avoir passé la frontière argentine, je me décide à commencer l’ascension. L’on m’avait prévenu : 6km de montée par un chemin, difficilement empruntable par des Vététistes, si bien qu’avec un vélo bardé de 40 kg de bagages, c’est pratiquement impossible, à moins de décharger les bagages et les monter un à un vers le sommet… et bien sûr de redescendre pour aller chercher la bicyclette.

Je croise au moins une quinzaine de cyclo-randonneurs qui vont vers le Sud. A un moment quatre espagnols me croisent. J’entends une des filles dire en espagnol à son copain : « Il faudrait aider le vieux ! ». Le gaillard, baraqué comme un judoka, monte quatre de mes sacs sur 500 mètres en moins de deux. Il me demande en Espagnol « c’est des boules de pétanque que tu transportes ? ». « Et bien non, de la nourriture et de l’eau, puisque l’on m’avait dit que c’était un désert ! »

Le soir, je plante ma tente au « mirador » d’où j’ai une vue splendide sur le lac et le Fitz Roy, toujours bien visible à l’horizon et ce – une fois de plus - avec un magnifique coucher de soleil.

Un parcours de vététiste pour rejoindre le lac de Vila O’Higgins

Le lendemain matin, parti de bonne heure pour parcourir les 4 km restant, bourrés d’embûches, de passages de rivière sur des ponts branlants, un itinéraire interminable au profil de « montagnes russes » ; une erreur de parcours m’emmenant à un cul de sac me faisant perdre du temps. Peu de gens me croisent ou me dépassent.

Un couple de Londoniens, à pied me dépasse; je les retrouverai un peu avant la frontière, m’offrant une partie des fruits qu’ils ne peuvent consommer et avec lesquels il est interdit d’entrer au Chili. Rappelez-vous ma mésaventure l’an passé à la frontière chilienne en route vers l’île de Chiloé.

Une autre rencontre très encourageante fut celle d’un couple sympathique de Tallinn en Estonie. Laura et David, le bagage léger, me rattrapent et me ramènent un de mes sacs que j’avais déposé au pied d’une terrible montée, croyant que je l’avais perdu. David, très sympathique se propose alors de porter le bagage jusqu’à la fin du passage difficile. Il restait un km. Vers 14h, me voilà à la fin du passage difficile : six heures pour 4 km, avec une erreur de parcours et un temps repas, mon estomac le réclamant légitiment, vous m’aurez compris !

Après avoir retrouvé le bagage au sommet, il me restait à parcourir les 14 kms jusqu’au contrôle de frontière chilien. Les derniers kms, la pente étant tellement dangereuse, je descendais doucement et malgré cela une chute à cause de ce foutu matériau utilisé pour les routes argentines et chiliennes : le fameux « ripio », des graviers dont une partie roule comme des billes de roulement de bicyclette !

David (le porteur de bagages) et Laura de Tallinn en Estonie

Arrivé au camping, je retrouve les randonneurs qui m’avaient dépassé. Nous parlons du bateau qui viendra le lendemain nous chercher. Viendra-t-il, ne viendra-t-il pas… tout dépend du vent qui s’est levé ? Y en aura-t-il un à 14h ? Il semble que oui aux dernières nouvelles. Mes amis Français ne pourront le prendre car ils ont déjà réservé par Internet pour celui de 17h, et ce n’est pas la même compagnie.

Quant à moi, je n’ai pas acheté à l’avance, ne suivant pas l’exemple de mes amis suisses, Améline et Romain, qui apparemment ont deux jours d’avance ; je leur fais un petit coucou par l’intermédiaire de ce message. La température s’est bien radoucie. Au camping, très rustique, il parait qu’il y a moyen de prendre une douche chaude. Nathalie, une des randonneuses se charge de faire du feu pour chauffer l’eau du réservoir : « dans une heure, nous pourrons prendre une douche ! » Mais y en aura-t-il pour tout le monde ?

Traversée du lac d’O’Higgins

O’Higgins, homme important dans l’indépendance du pays. Voir sur Wikipedia, pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus. Le bateau qui devait partir théoriquement à 14h, partira en fait à 16h30. C’est un petit bateau rapide. Le vent fort sur le lac soulève des vagues terribles que le bateau affronte de face. Le bateau commence à se soulever et à retomber aussitôt avec grand bruit.

Le capitaine nous demande de nous regrouper dans le fond du bateau pour diminuer l’impact de la houle. Après deux heures, nous débarquons à Bahia Bahamondèz à 7 km de Vila O’Higgins. Je dépasse cette ville de cinq km et je demande l’hospitalité dans la dernière maison sur la route vers Yungay.

Une petite ferme avec quelques vaches et moutons ; 4 chiens (attachés) annoncent mon arrivée. Le fermier (79 ans) m’invite à passer la nuit dans une grange « car il va pleuvoir » dit-il ! Il m’invite à prendre un café ; son épouse (86 ans), le dos courbé par une vie dure de travail, me prépare des tartines, du bon beurre (de ferme) et du fromage. Bel accueil – un de plus - à inscrire dans mes carnets de voyage.

Le lendemain matin, le couple dort encore quand je me mets en route ; je ne trouble pas leur repos et je prends la route de la « carretera australe » (remarque, avec l’écriture espagnole correcte « careteira » c’était plutôt du portugnol !)

Vers Yungay sur le lac du Rio Bravo

L’itinéraire comptant 100 kms entre Vila O’Higgins et le lac de Yungay où nous prendrons le bateau, passe par 4 cols. Après 40 km de route, trois têtes connues me rattrapent, ce sont les amis du trio « Damien » ; un quatrième français, Philippe (un jeune retraité de 62 ans, grand-père de 9 petits-enfants)s’est joint au trio ; il vient du Brésil … où il a eu très froid !

Tous les cinq, nous campons au même endroit : une des rares maisons situées sur l’itinéraire. Je plante ma tente à côté d’un énorme engin de chantier. La pluie s’invite durant la nuit. Le matin, je pars à l’avance … je serai rattrapé au sommet du troisième col. Nous croisons des Français qui réalisent la liaison vélo entre Cartagena (Nord de la Colombie) et Ushuaïa, « ville du bout du monde … à l’extrême Sud ».

Quant à nous, nous arriverons pratiquement ensemble au port de Rio Bravo, une demi-heure avant le départ du ferry qui nous emmène à Puerto Yungay. Ce trajet faisant partie de la « carretera austral », c’est l’Etat chilien qui prend en charge le coût de la traversée … bonne affaire pour notre budget bien entamé par le coût des traversées en bateau des jours précédents (40 + 60 dollars, vélos gratuits heureusement) !

Le ferry que nous empruntons porte le nom du « Padre Antonio Ronchi ». Bien avant que la « carretera austral » relie ce coin perdu au Nord du pays, ce missionnaire italien a travaillé durant plusieurs décennies pour apporter l’essentiel nécessaire au développement d’une région défavorisée : des écoles, des centres de santé, des bibliothèques.

Dans le bateau, parmi quelques revues touristiques, il y a un exemplaire d’un document pastoral de 2005 lequel, dix ans avant celui de « Laudato Si » du Pape François, traite de l’enjeu crucial de l’environnement. Cette région du Chili encore pratiquement intacte, représente un enjeu majeur comme la forêt Amazonienne : ici, ce sont essentiellement les réserves d’eau alimentées par des glaciers, qui lentement risquent d’être mises à mal.

Par ailleurs, il ne faudrait pas que des intérêts aussi fous que ceux qui lorgnent sur la forêt Amazonienne et sont depuis longtemps en train de la détruire, viennent perturber cet écosystème, bien si précieux pou l’humanité. Ceci dit, bravo à toux ceux qui manifestent et prennent des initiatives en Belgique et ailleurs concernant le climat… vous voyez que, malgré le manque de WIFI , je suis quand même un peu l’actualité !

Tortel, une ville d’eau… de pluie !

De l’autre côté du lac du Rio Bravo, un chalet nous accueille gratuitement avec d’autres randonneurs : nous serons à l’abri et au chaud : chacun prépare son petit repas. Demain, nous prévoyons d’aller au village de Tortel, un village où – parait-il selon Philippe  – « il pleut 360 jours par an ». Je prévois de partir à l’avance, étant persuadé que mes copains finiront par me rattraper facilement dans un des cols !

C’est bien ce qui s’est passé : une étape très dure, rendue encore plus dure par une pluie soutenue. Tortel porte bien son nom : la ville la plus arrosée du Chili; en « Brusseleir », l’on dirait « le pispot » du pays. Dans cette ville, les maisons situées non loin de l’eau ne peuvent être atteintes que par des passerelles et des escaliers. Pour installer nos tentes, nous devons tout descendre (vélos et sacs) en plusieurs allers-retours. Nous installons nos tentes sur de petites terrasses en bois. A notre disposition, marteau et clous pour éviter que la tente ne s’envole. Oui ici aussi, nous retrouvons le vent !

Le lendemain matin, levé très tôt comme d’habitude, mon voisin vient m’aider à monter le vélo et les sacs jusque la place du village où les bus viennent chercher les passagers. Il s’agit d’un Australien qui voyage avec son épouse et leurs deux enfants de 6 et 8 ans et ce, à vélo et en tandem durant cinq mois. Ils prennent le départ comme nous vers le Nord.

Vers Cochrane

Ce dimanche 10 février, la pluie s’est arrêtée ; de temps en temps, nous bénéficions du soleil. Le soir avec l’équipe des Français, nous campons au bord d’une rivière. Vincent et Nicolas s’essayent à la pêche mais rentrent bredouille. Ils devront – comme souvent - se contenter de pâtes ! Quelques gouttes de pluie quand même, un arc-en-ciel s’ajoute au paysage. La journée n’a pas été trop dure en dénivelé. Demain, ce sera bien différent pour rejoindre la ville de Cochrane où j’espère avoir du WIFI pour communiquer avec Danielle et envoyer ce message.

Arrivés au sommet du col (5 km) : Léon, Vincent et Philippe

Cochrane - lundi 11 février 2019 – 18h30 heure locale

Bien arrivé à Cochrane après une journée interminable … alors qu’il n’y a « que » 62 km au compteur ce soir. Au petit matin (lever à 5h50) la tente est toute givrée mais je n’ai pas eu froid, la toile épaisse de ma tente Salewa (achetée en 2001 pour mon premier long voyage à vélo vers la Roumanie) garde la « chaleur humaine » ; quand à Vincent et Nicolas, ils ont eu froid … dans leurs tentes plus légères !

Je pars à l’avance comme d’habitude et ne serai rattrapé qu’à un km du sommet du col important de la journée (cinq km de long). Je suis fier de moi… je n’ai pas mis pied à terre durant l’ascension malgré les bagages. Dans la descente, Nicolas casse sa chaîne, bien vite réparée par une fausse-maille que je lui avais donnée. Au loin, on entend les hélicoptères qui tentent d’arrêter un feu de forêt. Le ciel bleu (c’est rare ici) est voilé par la fumée dégagée.

La dernière partie de la route semble interminable : de vraies montagnes russes avec en plus de « la tôle ondulée » sur une bonne partie de la route aujourd’hui. Les amis rejoignent Damien qui a pris une pause dans un « hostal » durant deux jours et est arrivé ici en bus. Quant à moi, je passe la nuit dans le camping situé au centre ville après avoir dégusté mon menu préféré du poulet et des frites au restaurant.

Il est vrai que lorsque l’on commande des pâtes au restaurant, l’on vous sert une quantité pour un moineau… c’est un peu « peu » pour un cycliste ! Quant aux courses pour la suite du voyage, je suis ravi : j’ai trouvé une bonbonne pour mon camping-gaz dans le magasin jouxtant le camping. Heureusement, car, vu les risques d’incendie, il est interdit de faire du feu le long de la route … le briquet que j’ai acheté ne servira donc pas … ce qui tranquillisera notre ami cycliste Philippe, un des Français avec qui j’ai parcouru une « belle » partie de la « Carreteira austral » !

Merci à celles et ceux qui ont répondu aux messages précédents ; demain mardi 12 février, je continue cette « carretera australe » vers Cohaïque … d’où j’enverrai le prochain message. Je vous donnerai des explications historiques concernant cette fameuse route, unique en son genre dans le monde … et empruntée par des dizaines de cyclo-randonneurs de tous les âges … de 7 à 77 ans (ouf, comme dirait aussi Philippe … j’ai encore le temps)!

Léon Tillieux

Dans la fameuse montée depuis le "lac du désert" vers celui d'O'Higgins avec le "Fitz Roy"

lundi 4 février 2019

Transandina 2019 : de El Calafate à El Chalten

Chers amies et amis de la Transandina, voici le compte rendu de la « randonnée » à vélo entre El Calafate et El Chalten, toujours en Argentine.

Le Fitz Roy et les montagnes environnantes, à 50 km avant d'arriver à El Chalten

Un coup de téléphone de la Radio Namuroise

Vendredi 25 janvier, à 6h56 je reçois un sms de Théo Mertens, animateur à la Radio RCF Namur, chanteur pour enfants et aussi pour adultes : « j’appelle dans 4 minutes ». Grâce au téléphone fixe du camping (merci à la dame déjà levée), nous pouvons échanger sur les nouvelles importantes de la Transandina à l’attention des auditeurs, comme ce fut déjà le cas pour les voyages précédents. Par exemple ce qui suit :

Sur un panneau routier : « hôpital dans 220 km »

Quand vous pédalez sur une route patagonne et que vous lisez un tel panneau, vous redoublez de vigilance pour ne pas tomber et vous blesser, comme un malheureux guanajo, que j’ai vu prisonnier des fils de la clôture qu’il a voulu sauter mais en ratant son coup ! Il n’y avait bien sûr pas de service de secours pour lui … et les rapaces se sont régalés !

Autre anecdote : « des timbres postaux si c’est possible ? »

Une autre anecdote : voulant envoyer trois cartes postales dont une à Ferdinand Marlet, mon ami qui va fêter ses 90 ans fin février, je cherche trois timbres postaux. Je me rends par conséquent à la poste de la ville de El Chalten, « le Chamonix de l’Argentine », où il y a des centaines de randonneurs ; je m’attends donc à une très longue file.

Que nenni, un seul client demandant une chose impossible, si bien que cela dure… et cela m’énerve ! Entretemps une randonneuse française arrive pour acheter un timbre afin d’envoyer une carte postale à sa grand-mère, sans doute pas encore « branchée internet » ! (Certains diront - peut-être irrespectueusement - " Comment est-ce possible ? ").

Finalement, la gentille dame à qui je demande trois timbres internationaux, me répond qu’elle n’en a plus, qu’il y en aura dans une semaine et que si j’en veux, je puis me rendre… à El Calafate, à 216 km de là (heureusement le vent est « poussant » dans cette direction !). Qui croira encore qu’à l’avenir il y aura toujours un bureau de poste près de chez vous ? Quant à mes cartes postales, elles attendront le Chili, si bureau de poste il y a, avec des timbres ? Quant à toi Ferdinand, je sais qu’une gentille dame de ton entourage imprime mes messages courriel, ainsi tu verras que je ne t’oublie pas !

Un conseil de sage pour changer d’itinéraire

Vendredi 25 janvier, départ à 9h ; emporté par le vent et dans le sens de la descente, je parcours 32 km en deux bonnes heures, laissant El Calafate derrière moi. Un VTTiste me dépasse et quelques km plus loin, après avoir fait demi-tour (son tour quotidien), il s’arrête pour « bater um papo » comme on dit en brésilien.

Je lui dis que je vais vers le Nord, vers Carlos Bariloche, via Perito Moreno. En bon sage (il me devance de 5 ans), il me donne un conseil : ne pas prendre cette route qui me ferait passer par plusieurs centaines de km sans possibilité de ravitaillement… et où il n’y a rien à voir : un véritable désert dans tous les sens du terme ! En revanche, il me conseille, comme me l’ont déjà dit plusieurs cyclo-randonneurs rencontrés depuis trois semaines, de prendre la « careteira austral », cette dure mais belle route qui traverse la partie extrême du Chili sur plusieurs centaines de kms, dans le sens de la longueur (en largeur, ce ne serait pas très long).

D’ici El Chalten, je dois encore réfléchir et prendre une décision. Un cycliste allemand qui en revient, me donne des détails importants si je passe par là : prendre des réserves de nourriture ; il n’y a pas de vent mais parfois de la pluie. Il faut parfois prendre un bateau mais pour un des lacs, il n’y a pas de bateau tous les jours… donc il faut camper en attendant. Bon je suis prévenu.

Un hôtel à l’abandon squatté par les cyclotouristes

Une grande amitié naît automatiquement des rencontres entre cyclotouristes qui se croisent. Echange d’informations sur l’état des routes, les distances, la météo… et les possibilités d’hébergement. Celles-ci ne sont pas nombreuses dans le désert patagon. Il y a parfois des maisons abandonnées où j’ai déjà passé la nuit à l’abri. Il y a aussi deux hôtels qui ont fermé leurs portes au bord d’une route où il y a finalement peu de circulation ; des touristes oui mais qui filent directement vers El Chalten, El Calafate, Torres del Paine, etc. Dans un de ces hôtels, j’ai pu me cuisiner des pâtes à l’abri.

Sur les murs, remplis de graffitis, dessins et commentaires dans toutes les langues, l’on peut passer son temps à lire les nouvelles et les émotions exprimées par des solitaires, des couples, parfois des familles qui ont choisi de se lancer dans de très longs voyages, qui durent parfois plusieurs années… témoins les photos ci-dessous.

Des Français ont réalisé la liaison Quito – Ushuaïa, je ne suis donc pas le seul à l’avoir fait. Mais eux, apparemment en un seul voyage !

Une expérience de vie qui rendrait les personnes pédalantes plus humaines ?
Conseil à suggérer à certains de nos ministres belges (surtout du Nord du pays) !

Le petit « Renard du désert » de Patagonie

Rien à voir avec l’un des généraux allemands de la guerre 1940-1945 en Afrique du Nord (Rommel), mais d’un gentil animal qui s’approche des voitures qui s’arrêtent sur le parking du « mirador » d’où il est possible d’admirer les chaînes des montagnes des Andes marquant la frontière entre Chili et Argentine, dont le fameux « Fitz Roy ».

Ainsi voici une belle photo de ce gentil animal qui semble dire « Je voudrais bien que tu me dessines un mouton, mais s’il te plait, un que je n’ai jamais vu, un beau mouton de ton pays, car ici, il y en a tellement et ils sont tous pareils ! » et une autre photo croquant les regards – humain et canin – captivés par cet animal qui n’a rien de bien méchant.

Un autre petit animal qui a risqué sa vie en traversant la route devant moi. 
Heureusement il n’y avait pas de poids lourd à ce moment-là !

Du vent de nouveau en voilà, qui m’oblige à marcher à côté de mon cheval et de le pousser !

En roulant vers El Chalten, vers l’Ouest, c’est en plein contre sens du vent. Au début, cela va mais aujourd’hui, ce dimanche 26 janvier 2019, alors que levé à 3h, parti à 4h05, j’avais pu rouler une dizaine de km sans vent, celui-ci s’est levé et est devenu de plus en pus fort. Après avoir dû pousser ma monture durant 5 km, j’ai décidé d’arrêter, de monter la tente et d’attendre le lendemain matin, en me levant encore plus tôt, dès 3h pour espérer parcourir les 25 derniers km sans trop de difficultés. « Vederemos ! »

De belles rencontres

Samedi 26 janvier, au bord du lac de Viedma que l’on suit durant près de 90 km, je croise un groupe de 4 cyclistes qui ont démarré leur voyage à El Chalten le matin-même. Les vélos, les sacs « ortlieb » sont neufs, les deux hommes et les deux femmes, semblent être en forme : ils pédalent poussés par le vent et rencontrent leur première côté un peu sérieuse.

Trois brésiliens et un italien, l’occasion de me réhabituer à ces deux langues que j’aime car très chantantes, qui de plus est avec des personnes charmantes. Et puis une bonne nouvelle : une des brésiliennes, prénommée Christina et l’italien du groupe ont initié leur belle histoire d’amour, en Europe, sur le chemin de Compostelle ! Pourquoi pas la continuer sur la route vers Ushuaïa ? Mais cette fois, à vélo !

Des cyclo-randonneurs « heureux » d’Italie et du Brésil

Le vent d’où vient-il ?

Il est vrai comme dans une des chansons que me rappelle mon ami Yves de Gentbrugge dans un courriel reçu : « le vent souffle où il veut, mais tu ne sais pas d’où il vient et tu ne sais pas où il va ». Toutefois, en ce qui me concerne, quand il m’empêche d’avancer, je sais bien qu’il est de « face », peu importe d’où il vient et quand j’avance plus vite que je ne le souhaite - excusez-moi l’expression - je sais bien qu’il est « de fesses » et peu importe où il va, pourvu qu’il m’emmène à bon port !

Une photo avec un vent qui est de « face »

En attente du soleil

A El Chalten, alors que j’avais pu voir la magnifique montagne du Fitz Roy (3.405 m) à plus de 70 km à vol d’oiseau, lorsque j’arrive, tout est dans le brouillard. Le froid s’installe, les randonneurs venus ici pour s’adonner à leur sport favori, doivent attendre des jours meilleurs ou partir malgré tout dans le brouillard.

Au camping, je retrouve mes amis suisses, Améline et Romain qui m’annoncent qu’ils restent encore quelques jours pour un long trekking de 4 jours et - bonne nouvelle - que le soleil s’invite fin de semaine. Me voilà en repos 4 jours ; je choisi d’attendre et de ne pas perdre l’opportunité de m’approcher d’une des plus belles montagnes d’Amérique (du Sud).

Une nuit à l’abri dans un abri prévu pour protéger les animaux du vent

Cherchant un endroit calme pour planter ma tente, je découvre à quelques centaines de mètres du départ de la randonnée vers le Fitz Roy, un endroit chouette pour être à l’abri du vent et du regard : un abri prévu – il y a longtemps – pour que les humains (et sans doute aussi les animaux) puissent se mettre à l’abri du vent (des vents, car ici il faut toujours parler au pluriel).

C’est ainsi que j’installe ma tente un peu comme Alexandre et Sonia Poussin (voir « Africa Trek », récit en deux volumes d’un long voyage à pied du Cap de Bonne Espérance en Afrique du Sud, jusqu’en Palestine) dans un abri entouré de branches d’arbres et d’épines. Mais eux, c’était pour empêcher les hyènes et autre animaux dangereux de les importuner durant leur repos nocturne. Ici pas question de cela, les dernières chèvres ont déserté le lieu depuis que des centaines de randonneurs passent par ici avant de monter vers d’autres paysages.

Un bel abri pour la nuit, à l’abri du vent et des animaux sauvages et la tente est invisible !

Un vélo suisse rebaptisé « Léon »

Parfois les vieux que nous sommes inspirent des plus jeunes, comme en témoigne le courriel reçu de deux cyclotouristes suisses en route sur la « careteira austral ».

« Salut Léon! Super ton article: oui les Suisses sont en pleine admiration devant ce "vieux" en pleine forme qui a réussi à braver le vent ! Je ne te l'ai pas dit mais j'ai d'ailleurs nommé mon vélo "Léon". Je sais ainsi qu'il ne me lâchera jamais même s'il n'est pas tout neuf ! Demain (30 janvier) nous partons pour faire 4 jours de trek. Nous partons donc le dimanche 3 février pour O’Higgins (1er ferry à 16h30) et le 2eme ferry nous le prendrons le lundi 4 à 17h. Tu seras probablement déjà parti... peut être nous reverrons nous sur la carreterra australe. Profite bien du Fitz Roy. Et que le vent soit avec nous pour le vélo » Signé Améline et Romain de Fribourg

Améline et Romain, cyclo-randonneurs suisses, partis de Ushuaïa, à peu près au même moment que moi, rencontrés le long de l’océan Atlantique en Patagonie et retrouvés à El Chalten. Au vu de la couleur des sacs, fraîchement sponsorisés, il apparaît que ceux-ci n'ont pas vécu autant que les miens !

Enfin la randonnée du Fitz Roy a eu lieu

J’ai bien fait d’attendre le vendredi 1er février pour démarrer vers le Fitz Roy, bien équipé de ma tente Salewa (déjà âgée de 18 ans mais toujours aussi résistante au vent et à la pluie, munie de deux nouvelles tirettes en acier cousues par mes soins. Et oui, on peut se faire à tous les métiers), de mon matelas gonflable Thermarest (qui a malheureusement un petite fuite depuis deux jours, vraisemblablement à cause d’une épine), de mon camping gaz et d’une bonne réserve de nourriture et d’eau.

Une boucle de trois jours me permettant de monter jusqu’à la « laguna Torre », en campant le premier jour non loin de là, ensuite au campement Poincenot pour, très tôt le matin du dimanche 3 février, dès avant le lever du jour, monter à la « laguna de los tres » pour admirer un lever du soleil comme il n’y en a que très rarement !

Avec un sac à dos de location, j’ai parcouru une quarentaine de kilomètres en montagne. Le lever du soleil sur les montagnes surplombant la « laguna Torre » a été rouge feu au moment même où le soleil se pointait à l’horizon (voir les très belles couleurs sur les photos ci-dessous).

Le lendemain dimanche, parti dès 4h15 pour gravir les deux km extrêmement difficiles jusqu’au pied du « Fitz Roy ». Le soleil s’est fait attendre et la cinquantaine de spectateurs furent quelque peu déçus : des nuages à l’horizon contrariaient l’apparition du soleil ; celui-ci jeta - mais un peu tard - ses rayons sur les flancs des montagnes à pic. Pas de rouge flamboyant comme la veille, il n’en reste pas moins que toute la journée, ces magnifiques montagnes (certainement les plus belles d’Amérique du Sud) furent majestueuses, dans un ciel serein, comme vous pourrez les admirer sur les photos jointes.

« Il y a toujours une foule nombreuse pour admirer un feu d’artifice, mais peu se donnent la peine de s’éveiller avant l’aube pour admirer un lever de soleil »

Tel est l’objet d’une dissertation dont je n’ai jamais oublié le titre et que j’ai eu le bonheur de rédiger en Rhétorique au Collège de Bellevue en 1966 (« meu Deus, que c’est loin déjà ! »), avec le regretté professeur Joseph Thibaut. C’est avec beaucoup de bonheur que j’ai eu l’occasion de vivre cette expérience unique au pied de la montagne de la tour, située un peu au Sud du Fitz Roy.

D’aucuns me diront qu’un feu d’artifice c’est quand même merveilleux et il se trouvera toujours un politicien ou l’autre pour dire que finalement, cela ne coûte pas si cher que cela aux finances communales… et que finalement, cela distrait les gens ! Bref du pain et des jeux pour amuser les citoyens : les empereurs romains, en leur temps, avaient déjà compris ! Combien de temps faudra-t-il encore pour que l’on puisse éveiller les consciences humaines autrement ?

En route vers la « careteira austral »

Ce lundi 4 février 2019, je prends la route vers une autre partie très difficile de mon voyage : retour au Chili, pour commencer la fameuse « careteira austral ». Des détails dans un prochain message. Je n’aurai guère de couverture réseau ni de Wi-Fi, dès lors ne vous attendez pas à avoir de mes nouvelles si facilement. Mais un jour, ce sera possible.

A bientôt. Léon Tillieux - Transandina 2019

Les photos suivantes concernent, en premier lieu les Tours du Fitz Roy, ensuite un glacier proche du Fitz Roy et enfin les belles couleurs au lever du soleil sur la tour de la "laguna Torre"




samedi 26 janvier 2019

Transandina 2019 : de Puerto Natales à El Calafate

Chers amies et amis de la Transandina, une nouvelle semaine s’ouvre ce dimanche 20 janvier. Je reprends le vélo pour me diriger vers le Nord-est et rentrer en Argentine.

Le glacier Perito Moreno en Argentine, un des glaciers les plus admirés

Une première journée sans vent

Génial quand le vent est absent, c’est très facile de pédaler vers le Nord. Je passe la frontière chilienne à Cerro Castillo à 60 km de Puerto Natales. Trois jeunes attendent un lift pour El Calafate. Pas beaucoup de chance pour eux, avec une voiture en moyenne par heure ! Je ne sais combien de temps ils devront attendre. Je leur souhaite bonne chance, mais harnaché comme je suis (du moins le vélo), je ne puis même pas en charger un… ou une !

Attention, il y aura du vent (des vents) !

Dans le no man's land entre les deux frontières, la route chilienne toute neuve est construite en béton. Quant à la partie argentine, elle est en cailloux (en « pisio » comme on dit en espagnol). C’est vrai que le Chili avec ses mines de cuivre est dans une situation financière meilleure que leurs voisins, qui vivent la crise depuis des années… et une corruption importante (ils ne sont pas les seuls). Pour l’ex-présidente péroniste Cristina Kirchner, l’action en justice est en cours !

Passé la frontière, après 70 km, j’estime en avoir assez pédalé pour la journée. Je demande dans une ferme pour pouvoir « acampar ». C'est oui tout de suite : le responsable des ouvriers agricoles m’indique le dortoir et me convie au repas à 19h30 avec les autres ouvriers. Bonne soupe avec riz, pommes de terre et morceaux de poulet. Ils sont nombreux les bergers (7 ou 8). Iici, je me trouve dans une très grande ferme avec 28.000 moutons. Comme je dors à côté de l’enclos aux agneaux, cela va bêler cette nuit !

Pas de matelas mais l'accueil c'est déjà bien !

Une partie des 28.000 moutons de la ferme, ici les agneaux

Deux journées avec 60 km de « ripio », du vent changeant, du bon et du « pas bon du tout »

En Argentine, quand on retrouve la « Ruta Nacional 40 » (qui traverse toute l’Argentine du Nord au Sud du côté Ouest) et ses mauvais tronçons, pour nous les cyclistes et les motocyclistes, c’est vraiment la bête noire : les roues s’enfoncent dans les cailloux et le vélo, comme un cheval qui se cabre, s’arrête sans crier gare. Il faut sauter d’un côté à l’autre de la route, pour prendre la trajectoire la moins mauvaise.

Ca cogne bien fort. Résultat, la roue arrière légèrement voilée. C’est la première fois de sa vie que cette roue (elle vient, comme le vélo Da Silva, de parcourir son 40.000e km) connait un problème. Mais j’ai de la chance sur cet itinéraire : le vent ¾ arrière me pousse, même dans les montées. Sans cette aide providentielle, j’aurais du pousser le vélo !

Le fameux "ripio" des routes argentines, la terreur des cyclistes et des motocyclistes

Mon "Da Silva" a 10 ans (merci à la "Maison du vélo" de Bruxelles) et 40.000 km dans les jambes (plutôt "les miennes" !)

A mi parcours, j’aperçois une ferme ; je pousse la barrière (sans cadenas) ; le berger me montre un local, où d’autres cyclistes intercontinentaux ont déjà passé la nuit avant moi. Ce berger, seul pour 5.000 moutons, me semble bien triste et m’explique toutes les difficultés de sa vie solitaire. C’est vrai que des moutons, ce n’est pas vraiment une compagnie intéressante ! Heureusement, il y a de temps en temps des voyageurs qui s’arrêtent pour la nuit !

Quand la mauvaise route se termine, la route asphaltée me mène vers le Nord Ouest. Là le vent a changé et de ¾ face il m’empêche d’avancer à plus de 3 km heure. A un moment, à l’arrêt, une rafale m’envoie par terre avec « mon cheval ». Un jeune automobiliste fait demi-tour pour me porter secours… mais plus de peur que de mal !

Après 21 km de parcourus sur l’après-midi et une montagne d’efforts, je décide de monter la tente dans un creux, à l’abri du vent. Je me dis que celui-ci sera moins fort le lendemain matin. Et oui, levé à 3h du matin, je démarre à 4h dans la nuit et je parcours le reste de l’itinéraire (73 km) jusque El Calafate à plus de 14 km de moyenne : ce 23 janvier, pas le moindre vent ! Un écossais me dépasse. A un carrefour, je fais un signe à un des rares conducteurs : je suis à sec d’eau. Je reçois une bouteille pour me dépanner.

A El Calafate au camping, surprise, je retrouve mes amis Amélie et Romain de Fribourg en Suisse ; ils étaient derrière moi sur la route vers Porvenir ; ils étaient allés voir les pingouins. Ils m’ont dépassé (en bus) pour aller faire du trek dans le parc national des « Torres del Paine » et finalement se sont retrouvés un jour devant moi. Sympas les jeunes… tout d’admiration pour « le vieux » qui, à un certain moment les devançait et dont ils avaient des nouvelles de par les cyclistes pédalant en sens inverse.

Le glacier Perito Moreno : impressionnant !

Incontournable, un des glaciers les plus importants et en tout cas un des plus beaux du monde. Une journée légèrement pluvieuse mais le glacier est là devant nous, majestueux. De temps en temps, un grondement vient du glacier, comme s’il s’agissait d’un tir de mine. Le glacier avance lentement et de temps en temps un pan de glace s’écrase avec fracas dans le lac l’entourant.

Sur la plaque d’inauguration datant d’octobre 1991, reconnaissant ce glacier comme faisant partie du patrimoine mondial de l’humanité, il est écrit ce qui suit (en espagnol) :

« Ces glaciers, générés il y a des siècles et des millions d’années au flanc des montagnes sont les témoins permanents de ces masses qui faisaient partie de la planète durant ces deux derniers millions d’années et qui présidèrent au fantastique épisode de la naissance de l’humanité. Puisse l’homme préserver ce site et se préserver lui-même pour que les générations futures puissent toujours contempler cette source de vie. »

Une belle déclaration engageante, tellement différente des âneries émises par les climato sceptiques.

La transandina sur RCF Namur

Demain vendredi 25 mars, je repars vers le Nord vers El Chaltén et le massif du Fitz Roy. Mes amis suisses sont partis ce matin (en bus) ; ils m’ont renseigné sur les treks les plus intéressants à parcourir, dont un à parcourir dès avant le lever du soleil. Avec un peu de chance, nous nous rencontrerons une troisième fois. 220 km jusque là : je prévois 4 jours… tout dépend du vent et surtout de sa direction !

Mais avant, demain matin, j’attends un coup de fil de Théo Mertens (un chanteur pour enfants bien connu) qui est actuellement animateur à la radio RCF Namur.

A vous retrouver dans une bonne semaine.

Léon Tillieux

Quelques photos, du passé argentin et de la faune rencontrée :

Charrette du temps des "pionniers" conquérant la Patagonie, comme au temps du "Far West" étasunien!

Des Nandous, très peureux et capables d'atteindre une très grande vitesse

Un rapace omniprésent au bord des routes : il "nettoie" les cadavres d'animaux renversés par les voitures

dimanche 20 janvier 2019

Transandina 2019 : de Punta Arenas au parc naturel de "Torres del Paine"

Chers amies et amis de la Transandina, un tout grand merci à celles et ceux qui ont répondu à mon message envoyé du Chili le dimanche 13 janvier dernier. Voici la suite de mes aventures de découvertes au Chili.

Les tours de granit du parc national chilien du Paine

Une nuit dans une ferme d’élevage de moutons « Corriedale »

En route vers le Nord du Chili, vers Puerto Natales, après 36 km en affrontant un vent fort toujours de face, je me résous à tenter ma chance de trouver un hébergement, en entrant dans la propriété d’une ferme. Pourquoi pas, le portail, pour une fois est ouvert ?

A un km de la route, se dressent les bâtiments de la ferme « Tehuel Aike Sur ». Je cherche quelqu’un, un homme passe la tête par la fenêtre, me demande d’où je viens et dit au propriétaire à l’intérieur de l’étable « un estrangeiro ! ». J’appris par la suite que le fermier acceptait souvent d’accueillir des étrangers (en Belgique ce n’est pas nécessairement comme cela comme cela, n’est-ce pas Monsieur Francken ?).

Eduardo, le « berger » aide le fermier à rentrer les moutons pour la nuit, pas tous les moutons, mais quelques-uns sélectionnés pour participer au concours annuel de la foire où en mars, l’on élit les plus beaux moutons d’une race importée d’Angleterre : les « Corriedale » réputés pour leur laine. L’étable est couverte de dizaines de médailles de ce concours. Pour protéger les toisons de la pluie, des insectes et multiples saletés que les moutons risquent d’emporter avec eux lors de leurs escapades, l’on couvre ces quadrupèdes de belles couvertures rouge ou bleu, qu’il faut enlever pour la nuit.

La journée est longue pour Eduardo et il est près de 20 heures quand il m’emmène chercher un gigot dans une chambre froide, en vue du repas du soir. De mon côté, j’amène des pâtes et une sauce qui seront ajoutées à la viande découpée lorsque celle-ci aura mijoté durant plus d’une heure sur un vieux poêle à bois.

Eduardo me raconte sa vie, surtout la partie (10 ans) passée au Brésil, durant les années noires du sinistre Pinochet, lorsque beaucoup de démocrates et d’opposants à la dictature s’enfuirent en Europe ou ailleurs, s’ils ne voulaient pas que le désert d’Atacama soit leur cimetière… où aucune victime n’a été retrouvée ni identifiée (voir le très beau film du réalisateur chilien Patricio Guzman intitulé «Nostalgie de la lumière»).

Eduardo a vécu au Brésil comme vendeur de rue, dans le Nord-Est, où selon lui il était très facile de « s’enrichir » (pour survivre) en vendant des lunettes de soleil, des jouets, des vêtements, etc. C’est ainsi que nous avons pu parler Portugais. Il m’a expliqué également toute la dureté de son travail de berger, 365 jours par an. Il s’est retrouvé seul car l’autre berger a trouvé un travail moins dur. Car du travail il y en a, dans une ferme où il y a 5.000 moutons, où chaque animal dispose d’un hectare. Vous pouvez vous représenter l’étendue de cet élevage.

Eduardo recueille plusieurs peaux de cadavres des animaux égorgés par des « soros », une sorte de Coyote qui ne laisse aucune chance à sa victime. Même la laine de ces peaux récupérées est tondue car elle vaut de l’or. Cette belle laine « carriedale » est expédiée par balles de 200 kg en Europe notamment.

Pour améliorer la race, le fermier se rend régulièrement en Nouvelle-Zélande pour acheter des reproducteurs certifiés, qui se tapent un long voyage en avion jusque Santiago ! Les meilleurs valent un million de pesos chiliens, soit près de 5.000 dollars étatsuniens !

Il est près de 23 heures, quand je me couche, bien au chaud dans mon sac de couchage ; de grands grillages en lattes de bois croisées de plus de 4 mètres de haut, entourent la maison afin de réduire l’impact du vent.

Le matin, à 7h, Eduardo se réveille en sursaut, il n’a pas entendu le réveil… les moutons attendent déjà, une longue journée de travail commence pour lui. Quant à moi, je bois en hâte un café et je quitte cet homme courageux, fan d’Aznavour, de Piaf, des Beatles et de Manu Chao avec qui j’ai passé une inoubliable soirée, en parlant du Brésil et de tant de choses qui émaillent ses dures journées de berger, dans une région, la Patagonie où il fait vraiment dur de vivre.

Plusieurs nuits dans des refuges au bord de la nationale 9

Je prends la route toujours vers le Nord. Il n’y a pas beaucoup de circulation, impossible de garder une trajectoire rectiligne car le vent est toujours aussi déroutant. Quand je risque d’être déséquilibré par des rafales vraiment trop fortes, je choisis de rouler sur le côté gauche de la route pour voir les voitures arriver et m’arrêter sur le côté de la route en leur laissant libre passage plutôt que de me faire attraper par un véhicule venant de l’arrière et que je ne vois pas venir. Car une rafale peut m’envoyer en un instant au milieu de la route… ou dans le fossé !

Je croise un couple de Français qui s’arrêtent : Frédérique et Yves viennent d’Alaska, eux aussi ! Ils m’indiquent une cabane où passer la nuit… dans 35 km. Après environ 6 heures de « pédalage » à une moyenne de 6 km/h, j’aperçois cette cabane, ouverte, réservée aux cyclistes. Il y a un lit, le matelas n’est pas à ma taille… mais je serai bien à l’abri du vent jusqu’au lendemain !

Les Français m’avaient prévenu de l’arrivée d’un couple de Belges, que je n’ai pas ratés dans le petit village de Villa Tehuelches, un des rares noms qui ne soit pas à consonance hispanophone. Médecins tous les deux, Séverine et Antoine font un long périple de San Martin de los Andes (en Argentine) jusque Ushuaïa et ensuite partiront de Mexico jusqu’en Colombie via l’Amérique Centrale. Un bon apprentissage pour relever des défis avant d’exercer ce fameux métier de médecin !

Très sympas, ils racontent leurs aventures et me suggèrent un itinéraire bis pour aller à San Carlos Bariloche via Chile Chico et une partie (goudronnée) de la fameuse Careteira Austral chilienne au lieu de m’époumoner sur les routes argentines venteuses. Mais d’ici là, il y aura encore du vent qui aura « coulé » sous les roues et même un peu plus haut jusque dans le visage. Celui-ci (le mien) a changé de physionomie – vous ne vous en doutez pas – d’autant plus que je ne retrouve plus mon rasoir. De toute façon dans les maisons abandonnées où je dors il n’y a pas de miroir !

Des Belges sympas de Mettet et de Jodoigne en route vers Ushuaïa

Deux nuits de suite à l’abri dans une maison abandonnée

Dont la première renseignée par les policiers du village de Morro Chico, chez qui les cyclistes "intercontinentaux" (comme nous appelle Pierre Doumont, rédacteur en chef de Canal C) peuvent trouver de l’eau.

La seconde, le soir du 16 janvier, la maison un peu en retrait de la route semble inhabitée. La porte de devant est fermée mais celle de derrière, oh surprise est ouverte. C’est-là que je passe la nuit après avoir continué à écrire ce message, et après avoir cuisiné les très quotidiennes pâtes à la sauce bolognaise, en me servant d'appui sur un très vieux poêle !

Arrivée à Puerto Natales, site préhistorique et trek aux « Torres del Paine »

Jeudi 17 janvier, la route n’est pas trop balayée par le vent sauf les derniers kilomètres en approchant de Puerto Natales au Chili, durant lesquels je dois descendre de machine si je ne veux pas me retrouver par terre. Le matin, lors de la visite d’une ferme, la cuisinière m’a offert un bon café avec du pain maison.

A l’entrée de la ferme, les touristes sont invités à voir des Lamas mais ceux-ci sont enfermés en un lieu sûr éloigné de la ferme, car des chiens errants, devenus sauvages, s’attaquent à ces animaux. Les guanajos que l’on voit souvent dans les grandes étendues de la Patagonie sont de la même famille de « camelidés » que les lamas, de même que les alpagas et les vigognes, que l’on rencontre plutôt dans les autres pays Andins : Equateur, Pérou, Bolivie et dans le Nord du Chili et de l’Argentine (cfr Transandina 2009 et 2013).

Heureusement, le vent s’est calmé pour monter la tente dans le camping « Guino » à Puerto Natales où de nombreux backpackers ont déjà monté la leur. Génial : les palettes pour protéger du vent !

Ce vendredi 18 janvier (jour d’anniversaire pour Danielle), je prends un jour de repos complet, bien mérité après 761 km de selle … et aussi pour échanger par Skype, profitant du Wi-Fi, totalement inconnu dans les grandes étendues patagones en dehors des villes !

Après midi visite d’un site préhistorique semblable à celui de Goyet ou celui de Spy avec trois cavernes où les hommes (et sans aucune doute leurs femmes aussi) ont vécu ou survécu au climat très rude de l’époque. Ils croisaient certainement un animal très grand, appelé Milodon, aujourd’hui disparu et découvert par Hermann Eberhard en 1895.

Ces hommes des cavernes étaient les ancêtres des « Patagons », ces indigènes baptisés ainsi par les Espagnols car ils étaient très grands et avaient de long pieds. Certains avaient les yeux bleus, peut-être comme les Vikings dont ils pourraient être les descendants. Une chose est sûre, ce n’est pas Colomb (et toute son armada) qui a mis le premier le pied sur la terre des Amériques. Il faudra revoir nos livres d’histoire !

Caverne du site du Milodon à 25 km au nord de Puerto Natales

Samedi 19 janvier, à 7h du matin, je prends un bus pour un trekking jusqu’aux « Torres del Paine ». Ce sont de véritables tours de pierre de granit, comme vous pouvez le voir sur la photo. Le sentier ressemble à une autoroute pédestre au vu du nombre de marcheurs, surtout en ce mois de janvier.

Le seul à dépasser de temps en temps la limite de vitesse permise est le vent, qui risquerait bien d’envoyer par-dessus bord un randonneur s’approchant trop du précipice. Une belle mais dure randonnée jusqu’au « mirador » des tours : 4 heures de montée en ce qui me concerne (4h30 prévues en moyenne), une heure au sommet et 4 heures pour redescendre. Au sommet, une randonneuse chinoise se met à chanter ; je lui demande la permission d’enregistrer sa voix en filmant ce paysage unique : c’est sublime, malgré les bruits du vent et éclats de voix des personnes présentes.

Dimanche 20 janvier : en route vers Calafate en Argentine

La route vers Ushuaïa est fort prisée par les cyclo-randonneurs longue distance, dont plusieurs viennent d’Alaska. En 13 jours, j’en ai compté 56 pédalant dans le (bon) sens du vent et 2 seulement (des Suisses de Fribourg) dans l’autre sens, celui que j’ai pris… vers le Nord !

Dans une semaine, d’autres nouvelles de la Transandine venant de Calafate. Bonne semaine, malgré le froid qui arrive !

Léon Tillieux depuis le port de Puerto Natales au Chili

dimanche 13 janvier 2019

Transandina 2019 : de Ushuaïa à Punta Arenas

Enfin du Wi-Fi disponible ce samedi 12 janvier 2019 pour vous communiquer le récit des premiers 500 km de cette route en Patagonie !

En route vers Ushuaïa via Madrid et Buenos Aires

En ce second jour de 2019, après un bel « au revoir » à ma compagne Danielle, une fois de plus ma conductrice attentionnée, j’embarque à Zaventem avec le vélo auquel la compagnie Air Europa fait un beau cadeau : pour la première fois, mon fidèle destrier voyage gratuitement… mais ce ne pas pour longtemps : à Madrid, avant d’embarquer, l’on me réclame le paiement de ce « bagage spécial hors dimension » !

Le voyage se passe normalement de même que l’embarquement à Buenos Aires pour la Patagonie avec une escale à Trelew, au milieu de nulle part. Arrivé à Ushuaïa, après le remontage du vélo, je fais connaissance avec celui qui sera mon meilleur allié ou mon pire ennemi : le vent, omniprésent en cette région du monde, la plus proche de l’Antarctique.

La température n’est guère élevée, même si nous sommes en ce mois de janvier, le mois le plus chaud de l’été austral avec une température moyenne de 11 degrés. Ricardo, un cyclotouriste argentin qui durant deux ans visite tous les parcs nationaux de son pays, me dit que la température maximum à Ushuaïa en janvier est de 15°, avec une pointe à 18° très rarement (au point que ce jour-là certains prennent congé pour en profiter).

Dans l’avion, dans un journal madrilène, je prends connaissance de l’investiture du nouveau président Bolsonaro au Brésil : une entrée en grandes pompes à Brasilia, dans une Rolls Royce (la voiture du citoyen brésilien moyen comme chacun sait). Fidèle à son programme, alors qu’il n’en est qu’à son premier jour, le nouveau président a déjà supprimé la FUNAI, un organisme créé en 1967 dans le but de protéger les droits des peuples autochtones au Brésil. Etrange… car en 1967, c’était bien les militaires qui étaient au pouvoir au Brésil !

De cette façon, il aura moins de bâtons dans les roues pour s’attaquer à la forêt amazonienne. Etrange aussi dans son allocution d’investiture, comme l’ont fait dans le passé d’autres présidents étas-uniens et d’autres encore, Bolsonaro invoque l’aide de Dieu. Si cela pouvait au moins l’inspirer dans les décisions qu’il prendra. Mais comme nous nous en doutons malheureusement, l’interprétation de certains versets évangéliques risquent de subir un fameux « lifting » ! Comme au temps de la conquête de l’Amérique dite « latine » par les « conquistadores » espagnols et portugais. En Patagonie, comme vous allez le voir, ils firent encore pire : ils n’en laissèrent aucune trace !

La « Terre de Feu » terre de conquête et de génocide (Wikipedia)

Avant l'arrivée des Européens, la région était habitée par des Amérindiens depuis près de 12.000 ans. Les Selk’Nams étaient essentiellement des chasseurs-cueilleurs, alors que les Yagans et Alakalufs étaient des pêcheurs nomades vivant dans les nombreux canaux. C'est d'ailleurs les feux allumés par ceux-ci, et qui étaient visibles depuis l'océan, qui donnèrent son nom à l'archipel. Les noms de Terre des Fumées et Terre des Feux furent choisis par Fernand de Magellan, premier Européen à atteindre les îles et à traverser le détroit qui porte son nom, en 1520. Le roi Charles-Quint nommera officiellement et définitivement l'archipel Terre de Feu.

Lors du premier voyage du navire anglais « HMS Beagle » en 1830, quatre amérindiens de Terre de Feu furent capturés pour être présentés devant le roi et la reine du Royaume-Uni, où ils accédèrent d'ailleurs à une relative « célébrité. » … comme lors de l’exposition de Tervuren fin du 19èmesiècle lorsque les Belges importèrent quelques indigènes congolais … dont 7 moururent de froid et de maladie. Les trois survivants « patagons » retournèrent en Terre de Feu avec le Beagle en compagnie de Charles Darwin.

Au XIXe siècle, les Européens installés sur ces îles (éleveurs, pêcheurs, exploitants de mines d’or) y ont perpétré de terribles massacres et transmis des maladies, réduisant à presque rien les populations autochtones. La souveraineté argentine sur la moitié orientale de la grande île fut établie progressivement tout au long du XIXème siècle. À partir de 1880, l'île fut le théâtre d'un des faits les plus atroces de l'histoire argentine. Des milliers d'indigènes amérindiens furent massacrés par des bandes de tueurs à la solde d'immigrants anglais et croates, propriétaires d'estancias. Cinq livres sterling étaient payés pour chaque indien mort, qu'il soit homme, femme ou enfant.

Les Selk’Nam se protégeaient du froid avec des peaux de guanajos (voir plus loin)

Un aventurier richissime d'origine roumaine, Julius Popper, qui avait établi sa propre loi sur l'île et formé ses propres bandes de tueurs, se vantait alors d'être un « chasseur d'Onas » et exhiba ses propres photos à ce propos. Bien que les pères salésiens aient dénoncé ces horreurs et que leurs rapports soient arrivés au Congrès National à Buenos Aires, rien ne fut fait pour les empêcher, ni pour punir les coupables. Il est vrai qu'à l'époque le président argentin n'était autre que l'ex-général Julio Argentino Roca, celui-là même qui avait conçu et mené la campagne génocidaire anti-indienne dite « Conquête du Désert » en Patagonie. La purification ethnique se poursuivit jusque dans les années 1920.

Après le génocide… d’autres intérêts

Dans le cadre de l'année polaire internationale, la France mena une expédition scientifique en Terre de feu entre 1882 et 1883. L'institution en zone franche, puis la découverte de gisements de gaz naturel et de pétrole ont permis un renouveau de l'économie de cette région.

C'est à partir des années 1980 que le tourisme a fortement progressé, grâce notamment à la réputation de la région pour la pêche sportive dans les rivières à l'image de « bout du monde » dont bénéficie la Terre de Feu. De « la ville la plus australe », Ushuaïa, partent de nombreux bateaux de croisières vers le cap Horn, vers l'Antarctique, dans les canaux fuégiens.

Le Parc national Tierra del Fuego, le canal de Beagle et ses îles sont aussi très visités par de nombreux touristes du monde entier et, parmi eux, de temps en temps, des courageux… à vélo. Car face aux vents, aux températures peu élevées de Patagonie (même en été), il faut être « bardé » de courage et de détermination. Ne vous en faites pas, comme d’habitude, j’en ai pris une bonne dose avant le départ !

De Ushuaïa (Argentine) au port de Punta Arenas (Chili)

La première journée en Terre de Feu fut consacrée à un trekking pour une première mise en jambes : 3h30 de montée pour un dénivelé de près de 1.000 mètres pour découvrir un très beau panorama sur le canal de Beagle, les îles du Sud (la plus extrême mais non visible étant le Cap Horn) et les dernières montagnes Andines qui ne sont pas à comparer à celles du Pérou et de Bolivie.

Au milieu du canal de Beagle, sur une presqu'île, l'aéroport de Ushuaïa

Le soir au camping, nous nous retrouvons à 4 campeurs de 4 pays différents : outre Ricardo, Argentin, il y a Leonardo, un étudiant Colombien et Lisa, une jeune professeure allemande, venue pour des trekkings en Patagonie, une Sueli « bis » voyageant avec un petit sac à dos et une tente de 1,3 kg. Rien à voir avec mes sacs totalisant 30 kgs. Il est vrai que j’ai fait le plein de réserve de nourriture (dont deux pots de choco) au supermarché, car je vise l’autonomie pour plusieurs jours.

Rencontrer des jeunes de pays différents nous aide à comprendre que 20 euros n’a la même valeur selon le pays dont on est le ressortissant. Leonardo s’est acheté une tente à 15 euros, mais n’a pas de double toit, si bien qu’il s’est acheté un film plastique supplémentaire, mais qui ne résistera pas longtemps aux vents patagons. Nous terminons la soirée par le « maté », boisson nationale en Argentine.

Parti le samedi 5 janvier 2019 pour mon périple à vélo, je paie un peu les efforts de la veille mais mes vieilles jambes sont encore assez bonnes pour pédaler durant 59 kms. Pas si mal sur des routes un peu en forme de « montagnes russes ».

Dimanche 6 janvier, je monte un premier col un peu sérieux pour arriver au « mirador » du point de vue « Garibaldi. » Au sommet, un Colombien en voiture attend un cycliste anglais qui tente de battre le record en reliant Ushuaïa à Carthagène au Nord de la Colombie en 40 jours, en parcourant entre 250 et 350 kms par jour (selon les vents dominants). J’entame la descente, très vite, il me dépasse et disparait accompagné de motards. Pas sûr qu’il fera beaucoup de rencontres et qu’il s’arrêtera souvent pour admirer montagnes et lacs.

Le même jour, je rencontre deux couples qui terminent un voyage incroyable : deux Australiens, Nancy et Dave de Sydney sont partis à vélo d’Alaska il y a un an et demi ; encore deux jours de voyage et la belle aventure se termine pour eux.

A Tolhuim, Ricardo ainsi que les Australiens m’avaient renseigné une boulangerie où le patron Emilio, accueille tous les cyclotouristes, très nombreux dans cette partie du monde.

C’est là que je rencontre Sarah et Andy, un couple anglais qui termine également le voyage Alaska / Ushuaïa : 31.000 kms en un an et demi. Partageant la chambre de trois lits, Sarah et Andy me donnent un tas de renseignements pour trouver des refuges le long de la route et pour visiter le fameux parc chilien des « Torres del Paine », où il est impossible de réserver la moindre nuit en camping en ce mois d’affluence de vacances d’été. Je pourrai faire une excursion d’un jour en bus, sans loger dans le parc.

Avec Andy et Sarah de Manchester, arrivant au bout de leur raid Alaska/Ushuaïa

Les jours suivants, d’autres rencontres : la plupart des cyclotouristes terminent leur raid d’Alaska à Ushuaïa, ou de Lima au Pérou. La plupart roulent vers le Sud. Quant à moi, mal renseigné sur les vents dominants, je roule vers le Nord. La plupart du temps, je dois affronter un fort vent de face… sauf ce mardi 8 janvier, exceptionnellement, le vent nous pousse. Je roule quelques kilomètres avec Améline et Romain de Fribourg en Suisse.

Ils étrennent leurs vélos et leurs sacs « Ortlieb » tout neufs ; ils ont pris le départ de Ushuaïa vers le Pérou. Ils sont deux fois plus jeunes que moi ; plusieurs personnes me félicitent de pédaler comme ça à mon âge. Profitant du bon vent qui m’emmène vers le Nord, je parcours 130km en un jour à une moyenne dépassant les 14 kms. Mais les jours suivants, la moyenne baisse à 6 km/h et même à 5 km/h, car le vent est résolument de face… 24 heures durant !

En quittant Rio Grande, je visite le musée historique des Salésiens qui ont tenté de défendre les indigènes face au génocide décrit plus haut. Des documents d’époque retracent la vie de ces indigènes « Selk’Nam » et « Haus » qui furent décimés également par les maladies apportées par les Européens. De 4.000 individus recensés en 1896, il n’y en avait plus que 279 en 1919. Le dernier descendant de ce peuple disparu est décédé en 1999. Pourvu que Bolsonaro au Brésil n’en fasse pas autant !

Une nuit dans une ferme de 3.000 moutons

Mercredi 9 janvier, le passage de la frontière se passe presque sans encombre : pas de contrôle des bagages comme en 2018 à la recherche de fruits interdits à l’importation ; en revanche, la douanière, outre la marque et la couleur du vélo, veut savoir la dimension des roues… du jamais vu au passage de tant de frontières !

Les Chiliens sont super précis (et têtus) dans leurs documents administratifs ! La route qui m’attend n’est pas en montagnes russes mais le vent est impitoyable. Après 40 kms en 8 heures de pédales, je jette l’éponge : j’ouvre le portail d'une ferme que j’aperçois à l’horizon. Bien accueilli par un intendant, je demande à pouvoir dresser la tente mais finalement, je peux cuisiner dans l’atelier et dormir dans le dortoir des ouvriers agricoles, vide ce jour-là.

La ferme (« estancia » en espagnol) compte 3.000 moutons et est autonome en électricité grâce à une petite éolienne et des batteries. En cours de journée, j’avais vu un troupeau de 1.000 moutons au moins, encadrés par deux « bergers » modernes se déplaçant en Quad dans l’immensité des terres patagonnes. Pas sûr que les moutons apprécient ces machines pétaradantes... moins écologiques que les chiens !

Arrivée à Punta Arenas au Chili

Durant trois jours encore, je mors sur ma chique pour faire avancer le vélo malgré le vent de face. Je rencontre des cyclistes plus heureux… le vent les pousse. Ils m’indiquent des endroits pour passer la nuit. Désirant profiter des premières heures du jour où le vent est un peu moins fort, je me couche à 20h et me lève à 4h30, ce qui, compte tenu du décalage horaire de 4 heures, me maintient à l’horaire belge.

Ce samedi après-midi, traversée en ferry du détroit dit de Magellan, durant une heure trente. Tout le monde paie, sauf les vélos… la SNCB devrait en faire autant ! Je me retrouve dans une auberge avec une dizaine de voyageurs (jeunes pour la plupart) à vélo ou « backpackers ». J’ai planté la tente au milieu de la cour.

Je suis allé faire quelques achats pour avoir des réserves de nourriture pour les 5 jours à venir. Objectif 5 x 50 kms jusque Puerto Natales, toujours au Chili. Me dirigeant vers le Nord, je ne puis m’attendre qu’à du vent de face. Et ce ne sera pas des caresses !

Si vous me répondez, déjà je vous remercie de vos encouragements mais je ne pourrai vous répondre … dans la « Pampa » patagonne argentine ou chilienne, le WI-FI n’a pas encore détrôné les moutons et les guanajos (voir photo).

Hasta la vista.
Léon, en Patagonie avec son « Da Silva » qui va bientôt accomplir son 40.000ème kilomètre !

Transandina 2019 : de Ushuaïa à San Carlos Bariloche

Chers amies et amis,

Petit rappel, la traversée des Andes depuis Quito en Equateur a commencé en 2009. J'ai continué la route de Salta en Argentine jusque Santiago du Chili en 2013. En 2018, j'ai accompli un tronçon supplémentaire de la capitale chilienne jusque San Carlos Bariloche en Argentine.

Pour continuer dans le même ordre d'idées (et de projets), ce 2 janvier 2019 je suis reparti avec mon vélo en Argentine en solitaire jusqu'au 16 mars 2019.

Il me reste à accomplir le dernier tronçon, de Ushuaïa en Terre de Feu pour rejoindre San Carlos "contre vents (mais sans marées heureusement)" plus que certainement.

Un long défi ... de plus de 15.000 kms à vélo en solitaire : suite et fin !

Léon Tillieux

samedi 24 mars 2018

Transandine 2018 : de San Carlos Bariloche à Chiloé

Changement de programme

Arrivé à San Carlos Bariloche, il était prévu que je continue vers le Sud, vers Ushuaïa, la ville la plus australe du monde et cette année 2018 ; d’aller au moins jusqu’à Perito Moreno , de laisser le reste (environ 2.000 km) pour le début de 2019 et de rentrer en bus à Santiago au Chili… avec le vélo bien sûr.

Mais en Argentine, il est impossible de charger un vélo dans un bus alors que, renseignements pris auprès des cyclotouristes rencontrés en chemin, c’est tout à fait prévu et possible au Chili. Et ce n’est pas la froideur de la réponse on ne peut plus distante de l’employée du guichet vendant des billets qui me calme … « son regard semble me dire … votre problème, je n’en ai rien à cirer … » ! … « Merci madame pour votre (manque d’) empathie » !

Bon dès lors, comme dans chaque cas où un « problème » vient compliquer la suite du voyage, il s’agit de réagir en disant « il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions ». C’est ainsi que aussitôt le plan « B » est mis en application : retourner vers le Nord et puis vers l’Ouest en regagnant le Chili par le col Cardinal Samoré.

Je ne sais ce que ce brave ecclésiastique a fait mais il n’a sans doute jamais passé ce col à vélo. Ni le douanier qui me souhaite « bonne montée » jusqu’à la frontière : 17 km en 3h54 pour être précis, soit un peu plus de 4 km / heure, sans compter les arrêts. Un peu avant le sommet, je croise un cyclotouriste chilien venant du Chili et qui s’arrête tout heureux d’avoir terminé la longue et difficile ascension ; il me donne un chocolat, « pour (re)prendre des forces », me dit-il ! Au sommet, fier comme D’Artagnan, je me fais un « selfie » (comme les Chinois devant le « Manneken Pis » à Bruxelles) devant le panneau : « Bienvenido a Chile ».

(re)bienvenue au Chili

Excès de zèle

C’est vrai que je les aime bien les chiliens … jusqu’à un certain point quand même ! Ils ont une de ces rigueurs sans doute héritée des Espagnols « conquistadores » ! Tout d’abord, le premier douanier me demande plusieurs renseignements concernant le véhicule utilisé, à savoir dans mon cas un vélo : la marque, la couleur, l’année de fabrication … je lui demande : « voulez-vous savoir le nombre de km parcourus ? » - « Non, il n’y a pas de case prévue à cet effet » …

Ensuite, de nouveau un différend à la frontière qui m’avait déjà provoqué une belle colère à l’aéroport de Santiago à mon arrivée. L’objet du conflit, c’est le contrôle des bagages pour raison sanitaire.  Bon, quand vous avez une seule valise de touriste voyageant en voiture, même si elle est bourrée de vêtements dont dix robes (dont 8 inutiles), c’est vite ouvert et refermé. Quant à moi, sept sacs à ouvrir après avoir patiemment enlevé les cinq sangles qui les attachent au vélo … je refuse … « et bien alors, vous ne passez pas, c’est la loi ! » - « Mais ce ne sont que des vêtements et autre matériel de camping ! » - Peu importe.

Après un certain temps, je me résous quand même à tout ouvrir, n’ayant pas envie de passer la nuit au poste de douane. Le douanier zélé, muni de gants comme un chirurgien, l’air hyper-convaincu de l’utilité de ce qu’il fait, ouvre chaque paquet, même la petite casserole qui me sert à me chauffer une soupe ainsi que ma trousse de secours … pour vérifier qu’il n’y a pas une banane dedans ! « Comme si j’allais y mettre une banane ! » Car en fait, le Chili craignant je ne sais quelle maladie, interdit tout entrée de fruits de leurs voisins argentins qu’ils suspectent sans doute de manque de respect de je ne sais quelles normes d’hygiène. 

Il a donc fallu un certain temps pour que le douanier ait tout inspecté ! Et pour finir, d’une façon aussi froide et antipathique qu’à Santiago : « vous pouvez passer ! » Le comble qui m’a fait sourire et même sauter de joie : un peu après le contrôle frontalier, j’ai senti un citron argentin que j’avais gardé involontairement dans la poche arrière de mon maillot. Un « passager clandestin » de couleur jaune – mais totalement inoffensif - aura quand même bravé l’interdiction !

Vers l’île de Chiloé

Sèchage des vêtements et de la tente au bord d’un lac situé au pied du volcan d’Osorno au Chili

La suite du voyage vers l’île de Chiloé au Chili fut merveilleuse quant aux paysages surtout grâce aux nombreux lacs et aux volcans dont celui d’Osorno. Le problème c’est que plus j’avançais vers l’Ouest, c’est-à-dire vers l’océan Pacifique, qui comme chacun sait n’est pas souvent « pacifique », plus le risque de pluie s’amplifiait. Les nuages cachaient les volcans et la pluie de plus en plus froide s’invitait. C’était la fin de l’été (austral) qui s’annonçait. 

Certaines nuits furent très difficiles à passer dans ma petite tente prévue pour des pays chauds. Tout finissait par être mouillé et « insèchable ». Heureusement, j’ai pu compter sur l’accueil des « Chiliotes », les habitants de l’île de Chiloé.

Une maison ancienne en bois typique de l’île de Chiloé

Ainsi, un soir en voyant au loin une belle ancienne ferme aux murs recouverts « d’ardoises » en bois, j’eu la surprise de la réponse positive de la dame âgée à qui je demandais de pouvoir passer la nuit dans son hangar à l’abri de la pluie. Tout d’abord, elle n’avait pas de chien comme dans la plupart des maisons ... « Non, j’en avais un et il a tordu le cou à mes poules qui me pondaient de bons œufs. » 

Gentille la dame ainsi que la fille qui habite avec elle : séchage de tout ce qui est mouillé dans la pièce chauffée par un ancien poêle à bois comme je les aime même s’ils sont rétro (comme en Roumanie, Ukraine, etc.) Une bonne nuit au sec dans le hangar et au matin, avant de prendre la route … et deux « remontants » œufs sur le plat.

Chiloé, terre de conquête et de mission

Revenons à l’île de Chiloé et à son histoire. Le caractère des « Chiliotes » semble différent de celui des autres chiliens. D’abord c’est une île. Il y a une forte opposition de certains au projet de construction d’un pont pour gagner 25 minutes de traversée en bateau … ce qui du point de vue économique est un frein au développement … du moins c’est le point de vue de ces économistes qui veulent toujours plus de croissance, de plus en plus de biens de consommation … et donc de plus en plus de camions qui jour et nuit saturent les routes et vous empêchent de dormir.

Et ils sont têtus ceux-là qui veulent absolument construire un pont … comme les spéculateurs immobiliers à Namur de mèche avec les politiciens qui veulent absolument construire des commerces et autres bâtiments en rasant les quelques malheureux arbres qui nous restent – au Square Léopold - dans notre jolie petite ville !

Petite église typique en bois de l’île de Chiloé

Historiquement, Chiloé fut colonisée par les Espagnols comme le reste du Chili. Quant à l’évangélisation, elle fut le travail courageux des missionnaires de l’ordre de la Merced, des Franciscains et surtout des Jésuites. Ceux-ci sont parvenus en quelques dizaines d’années à organiser toute une vie communautaire en formant des catéchistes – des laïcs (c’est-à-dire « non clercs ») – qui étaient chargés de toute l’organisation communautaire alors que le missionnaire ne passait dans le « village » que trois jours par an ; cela s’appelait la « ronde » missionnaire.

Construction également d'écoles, de centres de santé, etc. Personnellement, j’ai connu cela lors de mon service civil au Brésil, en Amazonie, dans l’île de Marajo, avec les « communautés de bases » … tiens c’était avec un évêque jésuite (Dom Angelo Rivato). Il avait de bonnes idées … un peu comme un certain François à Rome (tiens tiens, qui est aussi un Jésuite) !

L’intérieur de la belle église en bois de Castro au centre de l’île de Chiloé

Un des résultats de ce type de mission, c’est que l’île de Chiloé a compté longtemps le taux d’analphabétisme le plus bas du pays.

Mais ce travail mené par les Jésuites à partir de 1608 ne plut pas aux colonisateurs de l’époque et l’ordre des Jésuites fut interdit dans l’île comme dans toute l’Amérique dite « latine » en 1767. Les « conquistadores » faisaient couper les arbres de l’île pour les vendre aux Péruviens … bonjour les dérégulations climatiques ! Mais aussi les Droits humains des autochtones. Rappelez-vous le film « Mission » de Roland Joffé, avec Robert De Niro, palme d’or au Festival de Cannes de 1986, retraçant le courageux travail des Jésuites dans les « réductions » du Paraguay.

Ceux qui recherchent le pouvoir n’aiment pas ceux qui « ouvrent les yeux » aux personnes à qui ils donnent des responsabilités pour mieux se défendre. Et pas mal de politiciens dans nos pays qui se disent démocratiques seraient tentés de faire pareil. Pourquoi chez-nous investit-on si peu dans l’enseignement alors que nos dirigeants veulent absolument remplacer des avions de combat « F16 » par ailleurs toujours opérationnels ?

Toujours est-il que du travail des Jésuites même après leur départ forcé, il en est resté quelque chose … les Franciscains ont pris le relais et les laïcs ont continué … c’était trois siècles … avant le Concile Vatican II avec la stratégie suivante utilisée : « donner une responsabilité croissante aux laïcs » comme leitmotiv. A Rome aussi où Il y a encore pas mal de travail malgré les blocages de la Curie mais patiemment – avec François et les autres de bonne volonté – les choses avancent …

Malgré la pluie, envers et contre tout … et grâce à la solidarité de certains !

Accueil un dimanche dans deux familles de Chiloé

Accueil chez Dionisio le dimanche 11 mars 2018

Dimanche 11 mars 2018, après avoir réservé une place (pour moi ainsi que pour mon compagnon le vélo dans le bus de retour à Santiago pour le dimanche suivant), j’assiste à la fin de la messe dans l’église des Jésuites à Puerto Montt.  J’écoute avec beaucoup de bonheur les chants « style misa criola » pour ceux qui connaissent et se rappellent les années 1970.

A l’issue de la célébration, j’échange avec l’un et l’autre et je reçois l’invitation de Dionisio à passer chez lui (à 16 km sur la route vers Chiloé) au km 2,750 … facile à trouver car c’est inscrit sur la route, tous les 100 mètres. Outre une bonne douche, un contact téléphonique et par Skype avec Danielle (ma « compagne » qui ne « m’accompagne pas »), l’épouse de Dionisio a préparé un délicieux repas : des « mariscos » crus, crustacés vivant à un certain niveau dans la mer et du saumon avec des patates du jardin, donc « bio ».

Le soir de ce dimanche de chance, je m’adresse à un monsieur pour planter la tente près de chez lui … il m’envoie chez la voisine, Valéria, une femme courageuse, qui élève seule deux garçons et qui m’invite à dormir dans une annexe, où il y a un lit. Ayant peur que je n’aie froid, elle ajoute un édredon aux nombreuses couvertures déjà sur le lit. 

Le soir, elle m’invite à manger pendant qu’à la télévision, le nouveau Président élu, Sebastián Piñera fait son premier discours.  Je demande aux personnes présentes ce qu’elles pensent de ce nouveau Président … « Nous verrons bien si nous aurons plus dans « notre assiette » … puis elles se plaignent qu’elles n’ont plus d’eau depuis plusieurs jours … alors que la facture continue d’arriver chaque mois.

Le matin, la grand-mère me prépare deux œufs avant de prendre la route.  Valéria est déjà partie très tôt : en plus de tout ce qu’elle fait à la maison, elle travaille au péage de la « Panaméricaine » … Femme courageuse et en plus accueillant un étranger pour la nuit !

Le chalet d’accueil chez Valéria, seule nuit passée dans un lit durant un mois

Revenons à notre route sous la pluie dans cette belle île de Chiloé. Au bout d’une journée épouvantable arrosée d’une pluie fine, continue et froide, je cherchais un endroit sec pour monter la tente. Au détour du chemin, un écriteau « Communauté Franciscaine ».

Je me réjouis déjà de dormir dans un bon lit. Au bout d’un chemin rocailleux, entouré de maisons typiques d’un quartier populaire défavorisé (beaucoup d’annexes et d’objets hétéroclites à l’entour), une belle grille peinte en vert entourant le monastère, des bâtiments modernes récents.

Personne ne répond au parlophone apposé à la grille d’entrée qui semble pouvoir se mouvoir toute seule si quelqu’un pousse sur la télécommande … sans doute est-ce le moment où la communauté est occupée à d’autres « tâches » liées à leur vie contemplative ?

Je poursuis ma route. Un garage ouvert me donne l’idée de demander au patron de pouvoir planter la tente … mais n’ayant guère de place pour me caser entre les voitures en réparation et les bidons d’huile et d’autres pièces hétéroclites de voitures en récupération, celui-ci me suggère d’aller un peu plus loin « chez un ami. »

Bonne idée car cet ami, bien qu’occupé malgré la pluie au travail de montage d’un chalet, m’accueille, prend le temps et me propose de passer la nuit dans un chalet lui appartenant.

Très bonne idée car en plus d’un toit, il y a moyen de chauffer de l’eau et un feu ouvert pour réchauffer le corps, le cœur, l’esprit … et surtout sécher les vêtements devenus « inséchables » depuis plusieurs jours. Belle, chaude et douce nuit malgré la tempête … je n’ose imaginer avoir planté ma tente quelque part en dehors d’une habitation !

Enfin un bon feu de bois pour tout sécher une nuit de tempête

Quelques réflexions supplémentaires à l’issue de ce voyage.

Stop ou pas stop ?

Dans la belle région touristique des « sept lacs », à plusieurs endroits des routes de montagne sinueuses de la « Suisse argentine », j’ai croisé des jeunes qui font – ou plutôt qui tentent de faire – du stop. Je me revois, il y a cinquante ans, faisant du stop à travers l’Europe (en quelques années de 1966 à 1973, j’avais accompli plus de 40.000 kms en stop de Stockholm à Siracuse pour les extrêmes) … mais à l’époque, je n’attendais en moyenne que 15 minutes avant d’être chargé par une voiture ou un camion … parfois pour une distance de 500 ou même 900 kms.

Pour ces jeunes Argentins, Chiliens ou d’autres pays, c’est la désolation, le découragement … « nous attendons depuis des heures » et personne ne s’arrête. Pourtant des voitures, il en passe des dizaines avec chaque fois au moins trois ou quatre places vides … mais pas beaucoup de bonne volonté de partage dans la tête des conducteurs … pas plus que chez nous en Belgique … où l’on ne voit plus depuis longtemps – sauf dans les environs de la ville universitaire de Louvain-La-Neuve – la moindre ombre d’autostoppeur(euse). 

C’est sans doute la faute à un égoïsme croissant chez les possédants de voitures, y compris chez ceux qui font de beaux discours sur la nécessité de construire plus de démocratie, plus de justice, etc. … tous ces « poncifs » qui remplissent les journaux !

J’ai chargé une fois, à la sortie de Salzinnes jusque Floreffe, deux jeunes filles, un mois de décembre, attendant depuis deux heures sous une pluie glaciale. Pourtant, elles ne cachaient aucune « kalachnikov » sous leurs vêtements. Pas plus que les belles Argentines … qui auraient eu beaucoup de peine à cacher ce genre d’engin sous leurs courtes mais par ailleurs jolies tenues estivales …

Pour ces jeunes qui n’ont pas la possibilité de se payer les moyens de transports par ailleurs très chers dans ce pays où le taux de chômage reste élevé, c’est le découragement et un sentiment de révolte totalement justifié naît dans leur cœur par rapport à ceux qui peuvent se payer de telles voitures – par ailleurs très polluantes - et qui leur refusent – l’espace de quelques kms – le bonheur d’être emmené(e)s pour quelques heures au bord des lacs tant que l’été est encore là. 

Faut-il s’étonner si ces jeunes en passe de devenir adultes voient d’un mauvais œil le discours incohérent des adultes qui les précédent sur la route des prises de décision concernant la gestion de la société ? Le dernier jour, j’eu l’occasion d’échanger avec un jeune Equatorien en voyage en stop depuis un an en Amérique du Sud. « Dur dur le stop … parfois des heures d’attente ».

Pour vivre, ce jeune récolte quelques piécettes en animant en jonglant les deux minutes passées par les automobilistes aux carrefours disposant de feux tricolores. « Cela me donne tout au plus 5.000 pesos (moins de 10 dollars étasuniens) au bout de la journée »… juste pour payer une nuit dans un camping au mince filet d’eau à peine tiède … ce qui ne nourrit pas encore l’intéressé !

Il est vrai que, en ce qui me concerne, le fait d’avoir un vélo et d’avoir « le loisir » de pédaler pour avancer (quel que soit le temps) me dispense de devoir attendre « bêtement » et ce serait certainement « rageusement » au bord de la route !

 « Hasta la vista, Chiloé ! »

« Petit » sourire chilien

Un dernier moment de stress à Ancud, le dimanche 18 mars 2018 sur le coup de 18h10. Le bus venant de Castro, ville du centre de l’île de Chiloé à destination de Santiago, arrive à l’heure prévue. Sur mon billet de réservation, il est inscrit « vélo accepté comme bagage »; les deux chauffeurs sont bien au courant et pendant cinq longues minutes, ils s’y sont mis à deux pour tenter de faire entrer mon vélo (pourtant démonté) dans la soute à bagages … ouf, ils y sont parvenus ! C’est vrai qu’il y avait déjà trois vélos dans la soute.

Ainsi grâce à la bienveillance et l’obstination de ces chauffeurs chiliens, ma fidèle monture (38.519 kms au compteur depuis janvier 2009 pour 3.105 heures de bons et loyaux services) m’accompagne pour rentrer au pays. Il est vrai que j’en aurai encore besoin en 2019 pour accomplir le chainon manquant de la traversée des Andes, à savoir de San Carlos Bariloche jusqu’Ushuaïa en Argentine. Alors et alors seulement, mon rêve de traverser l’Amérique du Sud par les Andes de l’équateur à la ville la plus au Sud, sera réalisé … !

Du carton pour emballer le vélo … à une interview à l’aéroport par une chaine de télévision chilienne.

Cartons rassemblés en prévision de l’emballage du vélo pour l’avion de retour

Cette année, pour mon retour à l’aéroport avant de rentrer en Belgique, j’ai innové. Je suis allé à vélo jusqu’à l’aéroport en passant la dernière nuit dans ma tente à deux kms de la piste de décollage, dans un endroit boisé et sec. E

n traversant la ville de Santiago, en débarquant du bus venant de Chiloé (15 heures de route pour 1.122 km), j’avais récupéré des cartons à l’entrée d’un supermarché et le long de la route, en prévision de l’emballage de mon fidèle compagnon qui – contrairement aux bus argentins – pouvait entrer dans la soute à bagage, et ce pour la première fois, sans payer de supplément car ne dépassant pas le poids de 23 kgs.

Cette anecdote, n’a pas échappé à la journaliste de la chaine de télévision Canal 13 de Santiago qui m’a interrogé pendant plus d’un quart d’heure sur tous les détails de mon voyage on ne peut plus insolite : le nombre de kgs chargés sur le vélo, mon couchage, ma batterie de cuisine de campagne, les gens qui m’accueillent, le nombre de kms parcourus par jour, au total, depuis le début de mes voyages, mon âge, ma compagne qui ne m’accompagne pas (« et pourquoi ? »), les dangers de la route, le gilet fluo, le casque de sécurité, l’écarteur qui fait peur aux voitures, etc. Un quart d’heure de bonheur car je sentais que mon voyage on ne peut plus original finissait pas intéresser quelqu’un. … C’est un peu comme … lorsque je reçois vos messages … !

Du Chili … de bonnes idées à mettre en application ?

Je vous ai déjà parlé de la piste utilisable par les vélos le long de l’autoroute. Le long de certaines nationales, il y a une « ciclopista » qui permet aux cyclistes d’utiliser un endroit sécurisé qui leur est réservé et cela dans les deux sens, séparés par une ligne jaune, et réunis du même côté de la route … avec ce qui est génial, une zone neutre de 50 cm pour éviter que les cyclistes ne soient frôlés par les véhicules. Idée géniale, déjà utilisée depuis des décennies aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves … à quand en Belgique ??

Intéressant aussi c’est le feu clignotant qui rend opérationnelle la « zone 30 » à l’approche des écoles, uniquement lorsqu’il y a des enfants. Est-ce « juste », comme cela arrive parfois en Belgique d’avoir un procès lorsque vous dépasser la limite de 30 km heure à 3 heures du matin ou lors de congés scolaires ?

Ce gentil chien m’a accompagné en courant durant plus de 20 km ... il n'a pas aboyé une seule fois !

Retour en Belgique : de bonnes et d’étranges nouvelles … !

En 2016, au retour de Durban après la Transafrica qui m’avait conduit dans le village de Nelson Mandela en Afrique du Sud, je rentrais au lendemain des attentats de Bruxelles … détourné sur Luxembourg. L’atmosphère était lourde mais dans la sérénité, il y avait une recherche de dignité malgré les souffrances. Cette année, des nouvelles moins tristes et plutôt étonnantes !

Tout d’abord la veille de mon retour, « Monsieur » Sarkozy, ancien Président de la République Française et par ailleurs candidat aux élections il n’y a pas si longtemps alors qu’auteur « présumé » d’une série de scandales et de tentatives de corruption à répétition, se retrouve en garde à vue … au moins çà c’est une bonne chose : au moins un peu de justice dans notre société, pourquoi n’y aurait-il que les petits voleurs et les étrangers en recherche d’asile dans un parc qui seraient mis en centre fermé ?

Par ailleurs des décisions peu reluisantes du Gouvernement Wallon qui nous dirige : tout d’abord le fait de suspendre la coopération avec certains projets de développement dans les pays du Sud du Centre National de Coopération au Développement … qui tente depuis cinq décennies de travailler pour plus de justice dans ces pays.

Et tout aussi triste et décevante c’est la décision du Parlement Wallon de suspendre la coopération avec l’autorité Palestinienne … comme si la préoccupation actuelle de nos « pays européens » était de soutenir unilatéralement un des derniers régimes d’apartheid, à savoir l’état d’Israël. Au moment où l’on se rappelle le triste anniversaire des 70 ans de l’occupation de la Palestine, la « Nakba » cette « catastrophe » que l’expulsion de plus de 700.000 Palestiniens de leur terres et de leurs maisons dans ce qui est devenu Israël !

Ceci dit et malgré cela, je vous souhaite bientôt de bonnes fêtes de Pâques ou de Printemps, c’est comme vous voulez.

Coucher de soleil sur la mer à Chiloé

Sourires belgo-brésilien

Les maisons sur pilotis de l’île de Chiloé

Bilan de la "Transandine" à ce jour : 11.790 km soit :

  • 2009  de Quito en Equateur jusque Salta en Argentine : 6.988 km ... en 112 jours;
  • 2013  de Salta en Argentine à Santiago du Chili : 2.838 km ... en 42 jours;
  • 2018  de Santiago du Chili à Chiloé via San Carlos de Bariloche en Argentine : 1.964 km ... en 28 jours de route.

En janvier-février 2019, sur la "Ruta 40" en Argentine, il me restera bien plus que 2.244 km (vraisemblablement entre 2.500 et 3.000) à parcourir de San Carlos de Bariloche jusqu’Ushuaïa … « dans le soleil, la pluie et dans le vent des Andes » … !

Léon Tillieux de retour de la Transandine 2018

- page 1 de 6